"Rachel se marie"

De WikiMediation.

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Œuvre cinématographique : « Rachel se marie », comédie dramatique américaine de Jonathan DEMME, avec Anne HATHAWAY, Rosemarie DEWITT, Bill IRWIN par Béatrice Roquin

Le synopsis

A 16 ans, alors qu’elle était un mannequin célèbre, Kym a tué son petit frère Ethan dans un accident de voiture. Elle conduisait sous l’emprise de la drogue. Bien que son addiction fût notoire, sa mère lui avait confié son petit frère...

Depuis ce drame, toute la famille a volé en éclats : les parents Paul et Carol se sont séparés et chacun d’eux a refait sa vie. Kym erre de cure de désintoxication en clinique psychiatrique sans réussir à se pardonner. Quant à la sœur aînée, Rachel, elle s’est investie dans une thèse qui la hissera prochainement au rang de docteur en psychologie... comme pour pouvoir donner du sens au « passif » familial.

Dix ans après, le mariage de Rachel est la première grande occasion de se retrouver en famille et, bien sûr, chacun est heureux de cet événement « rassembleur ». Les retrouvailles se veulent chaleureuses. Pourtant elles sont très tendues.

Kym revient au bercail après une cure de 9 mois. On la sent exigeante et irritable. Pendant les préparatifs, Rachel s’est entourée de sa meilleure amie Emma. Kym la toise d’emblée en « concurrente ». Elle revendique la place de première demoiselle d’honneur en hurlant : « c’est une question de solidarité entre sœurs ! » et en profite pour reprocher à Rachel d’être « une sœur modèle », icône contre laquelle elle n’a pu lutter… Rachel cède et lui accorde la place convoitée, acceptant aussi que Kym se distingue des autres demoiselles d’honneur en revêtant un sari de couleur différente. Au travers de ces détails, qui sont loin d’être insignifiants, c’est bien sûr SA place que Kym revendique au sein de la famille !

Et elle ne s’arrête pas là, se montrant aussi jalouse du fiancé qui va lui ravir sa sœur et l’emmener à Hawaï, comme si la distance émotionnelle et affective de ces dernières années ne suffisait pas... Dès son arrivée, elle demande à Rachel : « …En parlant de chien, quand est-ce que je vais le rencontrer, ton fiancé ? ».

Ecartelé, le père temporise les rapports des uns et des autres. A défaut de pouvoir effacer le passé qui les ronge, il se pose en père « nourricier », aux « petits soins ». D’une façon excessive qui en dit long sur sa propre culpabilité. Comme si la satisfaction des papilles gustatives avait la moindre chance d’atténuer l’obsession du drame qui les a désunis et les sépare encore ! On le voit en permanence aux aguets, accompagnant du regard les faits et gestes de Kym, anticipant ses demandes… Il lui refuse tout de même sa voiture prétextant une question d’assurance. Kym lui reproche alors de la considérer « comme une sociopathe en visite »…

La mère, Carol, affiche quant à elle, un faux air détaché, du style « baba-cool » en harmonie complète avec son passé. Elle s’octroie le droit d’arriver en retard le jour J et de repartir avant tout le monde, prétextant un voyage professionnel avec son nouveau mari. Pourtant, son comportement ne trompe personne : elle aussi est restée prisonnière du passé. Autant elle est complice de Rachel et Emma, autant elle se montre critique envers Kym. Tout est prétexte à la rudoyer : « Eteins-moi cette cigarette, cela fait mauvais effet ! » comme pour exprimer la rancœur profonde dont elle n’est pas délivrée.

Il est clair qu’aucun des membres du noyau familial n’est en paix avec soi. L’ombre d’Ethan plane partout, ce que concrétise d’ailleurs le pasteur et meilleur ami de Paul, au moment où chacun dit un mot gentil sur les mariés. On sent bien qu’il a été profondément marqué par le drame, lui aussi. Pourtant, c’est volontairement qu’il évoque la « présence » d’Ethan, « libre à tout jamais et (qui les) observe ». Son propos alourdit l’ambiance. A la fois parce qu’il est courageux et confrontant. Le pasteur a raison d’évoquer la mémoire du jeune enfant : pour la famille, l’heure est venue d’avancer vers la guérison, l’acceptation des événements, le dépassement de la culpabilité…
Le mariage de Rachel met en évidence le fait que ni les parents ni les grandes sœurs n’ont franchi les 7 étapes du deuil (le choc, le déni, l’accusation/culpabilité, la dépression, la résignation, l’acceptation et enfin la libération, lorsqu’on est capable de s’impliquer vers d’autres projets). Chacun porte encore ses blessures secrètes, non résolues par le temps.

Les parents et la sœur aînée se sont forgés une « carapace sociale » mais, on le constate, les stratégies « d’évitement » n’ont pas dissipé les souffrances. La charge émotionnelle reste intacte. Chacun se trouve prisonnier du passé, figé dans un fatalisme fonctionnel et incapable de revenir à des relations pacifiées.
Les quatre protagonistes sont dans un état de dépendance affective directement lié à leur sentiment de culpabilité et à leur besoin de reconnaissance identitaire.

Une violente altercation entre Carol et Kym renvoie directement à la souffrance induite par ce « passif » non soldé. En public, l’apparente courtoisie de leurs relations masquait leur adversité réciproque. En privé, lorsque Kym rencontre sa mère, le ton monte rapidement entre elles et, sur un mot de trop (ou mal interprété), on est stupéfait de les voir en venir aux mains, s’accusant mutuellement de la mort d’Ethan !

Kym arborera donc (peut-être avec une certaine fierté ?) un magnifique œil au beurre noir, le lendemain, pour la cérémonie du mariage. L’ovale parfait de son visage de mannequin porte ainsi les traces de la violence maternelle, ce qui, aux yeux de tous, la victimise et la grandit à la fois.

Kym est celle que tout accuse. Le fardeau de la culpabilité – la sienne et celle de ses proches - a accentué sa marginalisation. Sa « dérive » est pourtant lucide : elle hurle « personne n’est clair avec moi » ! Elle cherche sans cesse, parfois de façon maladroite, à communiquer, comprendre, s’expliquer, pour retrouver sa place. Sa souffrance est à la hauteur de l’égocentrisme et de la demande de compassion qu’elle exprime. Sa prise de parole en public ressemble à une « tentative d’expiation ». Elle se dévalorise : « moi, un cauchemar », et accentue la distance qui la sépare de sa sœur : « toi, une sainte », « digne d’éloge », « l’un des ingrédients les plus vitaux de la famille »…
Ainsi la cérémonie du mariage qui se voulait paisible et heureuse met en évidence l’impossibilité à communiquer entre elles de personnes qui s’aiment pourtant et qui souffrent. Elle se termine, comme le film, sur un constat d’échec. Kym reprend tristement le chemin de son hôpital d’accueil, comme si de rien n’était.

Approche par la médiation

L’intervention d’un médiateur permettrait certainement à cette famille de sortir de l’impasse, il pourrait faciliter l’échange d’information et de compréhension entre les parents et les sœurs d’Ethan. En tant que pacificateur relationnel - neutre, indépendant, impartial et garant d’un processus confidentiel – il s’entretiendrait individuellement avec chacun – Paul, le père ; Carol, la mère ; Rachel, la sœur aînée et Kym, la sœur cadette.

Les innombrables questions qui ont suivi la mort d’Ethan n’ont jamais été abordées en famille. Chacun vit avec son chagrin et étouffe encore de n’avoir pu exprimer la façon dont il a vécu l’événement. Le travail d’altéro-centrage du médiateur permettrait à chaque protagoniste de « purger » la part émotionnelle qu’il porte en lui depuis le drame.

L’attitude empathique et sans parti pris du médiateur favoriserait la prise de conscience des convictions, des interprétations, des jugements que chacun a pu échafauder sur ses proches dans le silence des non-dits. En approfondissant la posture des intervenants jusqu’à obtenir leur lâcher-prise, il pourrait les aider à extérioriser leur vécu et à prendre de la distance pour les entraîner sur le terrain de « l’inimaginable discussion » : oser parler ensemble et sans tabou du décès accidentel d’Ethan, de ses ressentis et de sa culpabilité ! Chacun pourrait ainsi gagner en autonomie et accepter le drame sans en rejeter la responsabilité sur autrui.

Une approche par la médiation aiderait les membres de cette famille à sortir du « piège » émotionnel qui les ego-centre et accentue leur enfermement, alors qu’ils n’aspirent qu’à se retrouver dans une compréhension mutuelle.

Les bénéfices pour la famille

Grâce à la médiation, chaque membre de la famille pourrait considérer la situation d’un œil neuf, du point de vue de l’autre, avec distanciation, sans jugement ni prêt d’intentions. La famille pourrait communiquer, s’accepter telle qu’elle est, voire même s’entraider pour que chacun se libère et puisse enfin (!) aller vers un projet personnel de vie, sans pour autant oublier le petit Ethan.
Une médiation serait efficace et apaisante. On peut penser que Kym est celle de la famille qui en tirerait le meilleur profit puisqu’elle est affectée au point de n’avoir jamais réussi à se ressocialiser depuis le drame. Pourtant, il apparaît comme une évidence que Paul, Carol et Rachel sortiraient aussi du processus de médiation beaucoup plus sereins et prêts à accueillir Kym sans jugement pour former une famille unie.

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