Évocation

De WikiMediation.

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« Pas de médiation sans prise de conscience »… En fin de compte, si la personne ne voie pas les choses autrement, il ne peut pas changer. Donc, il faut voir les choses autrement pour changer de point de vue. C’est dire aussi qu’il ne faut pas que notre pensée demeure toujours sur le même angle.

Je vais expliquer l’importance du tandem perception-évocation au moment des faits et au moment de la médiation. L’un est spontané et entretenu par la personne en conflit, l’autre tandem est provoqué par le médiateur dans le but d’une prise de conscience.

la réflexion

La pensée a ses angles d’observation comme la réflexion de la lumière en physique : la lumière se réfléchit sur un prisme et donne une infinité de couleurs...toutes différentes suivant l’angle de sortie…qui ne sont que des ondes à différentes mesures…certaines sont mêmes invisibles.

La pensée n’est pas la lumière. Elle est de l’autre côté, là où sont les couleurs visibles et invisibles. La lumière est l’expéditrice, la pensée le destinataire. L’une est extérieure à nous, l’autre est ce que nous en voyons, ce que nous interprétons, ce qui incombe à notre pensée par sa réflexion.

Nous nous plaçons nous même comme un curseur qui donnerait des points de vue différents sur la chose ou l’événement.

Revenons à notre « Prise de conscience » : c’est le fait qu’une personne s’aperçoit qu’il est passé d’un point de vue qu’il n’en démordait pas, à un autre point de vue qui a fait « lâcher prise ».

Ce changement (brusque en général) vient d’une réflexion.

Certes, il y a eu une réflexion. Une réflexion qui ne peut être que mental.

En psychologie, il s’agit de l’action de la pensée qui revient sur elle-même. C’est aussi l’action de la pensée qui considère attentivement une idée. C’est aussi réfléchir. Reflectere en latin signifie « recourber ».

Le médiateur aide à réfléchir.

Il agit d’ailleurs par l’altero centrage, par le recadrage, l’ego centrage…il fait ce retour vers la personne pour qu’il puisse passer son curseur d’un point à un autre, de sa pensée initiale à une autre pensée, un autre point de vue.

Ne nous trompons pas : il y a un double mouvement. Le médiateur choisit son langage propre dans l’unique but de placer son interlocuteur dans un autre endroit d’analyse : surtout que la personne quitte volontairement ou inconsciemment son premier point de vue ! Qu’il y vienne de lui-même. Mais il est important qu’à sa nouvelle position, nouvelle vue, il en prenne conscience ! Le médiateur le rend acteur de son mouvement. C’est la personne qui met son curseur à un autre niveau.

En effet, se cramponner à un point de vue c’est aussi spécifier que la pensée ne veut pas bouger.

C’est aussi dire que son fonctionnement est passif et qu’il faut qu’il le quitte s’il veut trouver « du neuf ».

A cette conscience passive, il faut lui substituer une conscience active. Là est toute la problématique que je souhaite relever.

le tandem perception-evocation

Une personne en conflit a vu cela à un moment donné. Elle a interpréter ceci. Elle a compris cela etc…à un moment donné.

Et cela lui reste.

Ce n’est pas uniquement une question de confort intellectuel…bien que parfois, l’homme peut trouver plus facile de se complaire dans ses malheurs. Je crois qu’il est important de relever l’analyse du « cramponnement » ou de l’ « accroche-toi » (voir synthèse sur le film « Un homme presque parfait »).

Lors d’un conflit, la personne retient sa version des faits. Elle les enregistre dans sa mémoire avec tout ce qui est de subjectifs, de ressentis. S’ajoutent à cela toutes les discussions internes qui vont alimenter le débat initial : ce qui fait qu’elle GROSSIT ou DIMINUE l’importance de ce qu’elle a retenu.

Là vient aussi le ou les dérèglements qui viennent de l’imagination.

De là aussi vient les écarts entre la réalité et une réalité « falsifiée ». La réalité vient alors vite mensonge et…le mensonge (en soit) vient vite réalité. La méprise est là.

L’enracinement de sa vérité devient plus fort que tout ce que l’on pourra lui dire, lui expliquer. Qui s’accroche ? …sa réalité, son mensonge !... à la personne.

C’est pourquoi, il est nécessaire de détacher les comportements de la personne.

Ainsi, la personne se forge et construit un univers qui enfle avec le temps et donne l’image d’une falaise, d’un mur. L’homme s’enferme.

« Chacun de nous projette un univers dans lequel il s’enferme et les autres avec lui » Luigi Pirandello

…il enferme les autres avec lui…

La prise de conscience ne peut venir d’où ?

Réponse logique : il faut l’aider à « décrocher » ! Il faut l’aider à « s’ouvrir » ! ou il faut l’aider à le transposer ailleurs...dans tous les cas, il ne sera pas dans le même endroit !

Soit il prend la porte et sort pour voir autre chose et le médiateur l’y aide…soit, il est mis directement dans un lieu que le médiateur lui aura suscité : tout dépend du mécanisme de réflexion de la personne.

C’est la vie mentale de la personne au moment des faits qui vont être significatifs des désordres.

Transformer le perçu en évoqué déclenche la vie mentale.

Il y a eu des informations. Il a réalisé un codage qui lui permet d’effectuer une représentation de cette information ou ces informations. Et il nous restitue selon son processus d’appropriation : perception, réflexion, transmission.

Longtemps l'évocation avait pour but de "faire apparaître visuellement" une entité. D’ailleurs le terme vient du latin « vocare » qui signifie « appeler ». Il s'agit, par un travail de nommage et de visualisation, de circonscrire un concept pour mieux le comprendre. Aujourd’hui, nous savons qu’évoquer, c’est l’action d’appeler mais surtout de mémoriser (auditif, visuel…les sens) avec un projet.

Qu’est ce que la personne a pu évoquer au moment des faits ? Ces premiers indices d’évocation sont les préliminaires à la fabrication de la pelote de laine d’Ariane comme aux murs qui « enferment ».

Il y a là les fondations qu’il est bon de mettre à jour si nous voulons aller vite dans l’énumération DES RAISONNEMENTS scabreux, les prêts d’intentions, les jugements et les interprétations ( « les PIC ».) et surtout passer à une autre dimension, à un autre point de vue, à une autre logique, à un autre point d’intérêt…

Le médiateur est là pour FAIRE REVENIR la personne sur ces instants : ce qu’il a ressenti, ce qu’il l’a motivé, ce qu’il a pensé, ce qu’il a imaginé, ce qu’il a éprouvé, ce qu’il a compris… Il place l’être aux commandes de sa vie intérieure et l’incite à faire sien ce qu’il a pu percevoir.

Il n’y a pas en général, à proprement parler, de projet de faire exister un discours dans sa tête AU MOMENT DES FAITS. La personne n’est pas dans une situation d’apprenant.

Par contre les évocations sont rapides, spontanées et s’impriment. Elles ne sont pas au départ dirigées.

Après les faits, ce sont des évocations dirigées. « On se fait son cinéma » est-il courant d’entendre ! Celles-ci font gonfler et ruminer des détails évoqués qui n’ont pas de fondement mais qui paralysent la réflexion, et laissent l’imagination gambadée à grand galop.

Prendre conscience, c’est comprendre…c’est prendre pour soi…c’est s’approprier le sens …d’un chemin de sortie ou d’entrée dans un autre lieu.

Prendre conscience, prend toute sa signification : celle de vouloir et pouvoir appliquer et expliquer ce qui a été compris.

C’est alors un pouvoir dynamique, une conscience active.

Pour comprendre, il faut évoquer ce qu’on perçoit : le médiateur provoque des perceptions nouvelles et pousse à l’évocation.

C’est le même mouvement que j’expliquais précédemment mais guidé, orienté. Au moment des faits des litiges, les évocations ne sont pas dirigées. Au moment de la médiation, les évocations sont nouvelles et dirigées.

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