A mort l'arbitre

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Version du 20 novembre 2008 à 13:58

A mort l’arbitre

Ce film brosse un portrait sans complaisance du milieu du football dans les années 80. Il montre comment une bande de supporters, conduit par un leader, arrive à transformer un moment festif en un cauchemar. L’analyse du médiateur montrera ici comment le mélange détonant d’émotions et de jugements conduit peu à peu à des morts.


Histoire :

Lors d’un match de football, l’arbitre joué par Eddy Mitchell, alias Maurice Bruno, siffle un pénalty qui entraîne la défaite d’une équipe les « jaunes et noirs ». Leurs supporters menés par Michel Serrault, Ricco dans le film, vont tout d’abord déclencher une bagarre avec les supporters de l’équipe victorieuse, puis vont attendre l’arbitre et sa petite amie à la sortie des vestiaires. L’inspecteur de police joué par Jean Pierre Mocky, leur conseille de ne pas sortir, mais le couple ne mesurant pas la charge émotionnelle déclenchée par ce pénalty, sort et reçoit invectives et coups. Le couple s’enfuira grâce au Masseur Kinésithérapeute de l’équipe vaincue, qui les cachera dans son véhicule et les conduira à France 3 afin que l’arbitre participe à une table ronde sur le football. Lors de cette émission, retransmise en direct, les supporters conspuent les déclarations de l’arbitre : « 90% des spectateurs qui sifflent ne connaissent pas le règlement », ils enragent et décident de se rendre sur le plateau de télévision. L’arbitre et son amie s’enfuient, poursuivis par cette horde menaçante. Lors de cette traque le leader du groupe des supporters Ricco, prend peur et tue par accident un de ses acolytes. Paniqué, il retrouve sa bande et déclare que l’arbitre a tué l’un des leurs. La poursuite entrainera des blessés, des morts, dont celle de l’arbitre et de sa compagne. Le film s’achèvera sur le délire de Ricco déambulant dans une carrière poursuivi par une voiture de police.

Analyse du médiateur :

Aujourd’hui après ces premiers pas dans la médiation, je constate mon changement d’attitude dans ma façon d’apprécier ce film. En effet je suis passée d’une lecture empreinte d’émotions (empathie) à une analyse centrée sur les personnages, une manière consciente et rationnelle (altérocentrage) qui m’a permis de mettre en lumière les différentes phases du conflit (la progression) et de repérer des composants du conflit ( P.I.C).

I Les différentes phases du conflit Processus du conflit

      Un contexte :

Chez les supporters une ambiance animée et alcoolisée.

      Des événements :

Des provocations : Ricco nargue l’arbitre Un coup de poing Des insultes « Au chiottes l’arbitre » puis « A mort l’arbitre »… Un pénalty

      Un non dit, un mal dit :

Aucune explication n’est donnée sur les raisons de ce pénalty. Aucun médiateur n’intervient, l’inspecteur de police ne parvient pas à calmer les esprits.

      La recherche d’alliances :

Lorsqu’une partie des supporters tente de ramener les meneurs à la raison « on est venue voir un match pas une corrida » la réponse fuse : « Virez-moi ces cons, et je vous conseille de la boucler ».


II Les Composants du conflit (les ingrédients).

Ce qui permet de mettre en lumière les obstacles à la médiation

      Jugement :

La tension est entretenue par un flot de préjugés de part et d’autre : De la part des supporters : « L’arbitre c’est toujours un con, un mégalo, il voit rien, il entend rien, il comprend rien ». De la part de l’arbitre : « 90 % des spectateurs qui sifflent ne connaissent pas le règlement ». « Dis tout de suite qu’on est des cons, ordure, et en plus il se paye notre fiole… ».

      Les présupposés :

Prêt d’intention : Les supporters pensent que l’arbitre a sifflé un pénalty sans raison, simplement pour éliminer leur équipe.

      Interprétations :

Dans la traque, le leader suppose que la silhouette qui s’approche sans se signaler, est un adversaire, il frappera, ce qui conduira à la mort du premier supporter.

     Contrainte :

Le leader oblige les supporters qui ne le croient pas où qui simplement ne souhaitent pas s’engager dans la traque, à se taire. Il utilisera pour cela la vexation, la coercition, l’oppression et ira jusqu’à meurtrir ses comparses.


III L’intervention d’un médiateur


Il faut noter que le médiateur doit avoir en face de lui des individus capables de raisonner, ici la médiation aurait été difficile dans ce contexte alcoolisé. Hormis cet élément, le processus de médiation aurait pu s’établir en faisant baisser la charge émotionnelle. On voit que la peur est omniprésente : quand Ricco tue, il est pétrifié par la peur ; quand il comprend qu’il peut être démasqué, la peur à nouveau l’envahit et il tue. Un médiateur aurait demandé à l’arbitre de ne pas porter ce jugement qui a mis le feu aux poudres. Il aurait sans doute demandé à l’arbitre si cette affirmation était Vrai, Utile et de Qualité. Je crois enfin, que le médiateur aurait isolé le leader. On remarquera que le seul personnage rationnel reste le Kiné qui malgré sa désapprobation de l’arbitrage n’interprétera pas et ne prêtera pas de mauvaises intentions à l’arbitre. Le soignant, restant sur des faits avec une charge émotionnelle raisonnable, il déclare : « Je tenais quand même à vous dire que je ne suis pas d’accord avec votre arbitrage. »

Pour conclure : J’ai pris plaisir à revoir ce film, pour le jeu des acteurs et pour le parallèle pouvant être fait entre l’arbitrage et la médiation. L’arbitre, ce juge privé est là pour faire appliquer le règlement et ne prend pas en considération les émotions qui découlent de son arbitrage. A la différence, le médiateur va commencer par purger l’aspect émotionnel du conflit afin « d’assainir le terrain ». En d’autres termes il va ramener les parties à la raison avant d’envisager l’aspect technique lié au conflit.


--Nathalie Duthu 19 novembre 2008 à 18:54 (UTC)

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