Aux champs

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Aux champs de Guy de Maupassant lu par Marie-Christine Aime

Résumé

Dans un village de Normandie, deux familles vivent dans une belle harmonie, leur ferme se touche et chacune ont quatre enfants, âgés de 15 mois à 6 ans. La famille Tuvache a trois filles et un garçon, la famille Vallin a trois garçons et une fille. Malgré les difficultés à nourrir tout ce petit monde, les parents ne s’en sortent pas trop mal. Mais l'arrivée d'un couple (venant de la capitale), au niveau social élevé, va semer la confusion au sein de ces deux familles très liées, jusqu'à semer la discorde entre elles. En effet, ce couple, les D'Hubières, n'a pas d'enfant et la femme souhaite donc adopter un des plus jeunes enfants, un garçon de 15 mois. Pendant plusieurs semaines, ils viennent régulièrement voir les enfants et Mme D'Hubières leurs distribue caresses et bonbons. Jusqu'au jour où ils se décident et entrent chez la famille Tuvache. Maladroitement, Mme D’Hubières leur demande d'emmener leur petit dernier (et seul garçon) afin de lui faire bénéficier d'une très bonne éducation. En échange de quoi, il leur sera versé une somme d'argent tous les mois. Immédiatement, Mme Tuvache, très en colère, refuse et son mari adopte la même opinion mais ne dit rien. Le couple parisien va alors tenter sa chance auprès de l'autre famille, les Vallin, auxquels ils font les mêmes propositions mais de manière plus appropriée : "avec plus d'insinuations, de précautions oratoires et d'astuce". Ici, la fermière demande l'avis de son mari qui n'est pas contre, celui-ci se renseigne sur les conditions et aspects pratiques de la transaction, ils parviennent même à obtenir une augmentation de la rente mensuelle. L'accord est scellé par un écrit devant témoins et les D’Hubières repartent avec le petit Jean Vallin. A partir de ce jour, les deux familles ne vont plus s'entendre et durant plusieurs années, reproches, insultes et propos vulgaires seront échangés. Vingt ans après, Jean Vallin revient : c'est un jeune homme très bien habillé et cultivé qui est très heureux de retrouver ses véritables parents : sa famille d'accueil lui a bien expliqué sa situation. En voyant cela, le fils des Tuvache, Charlot fait des reproches à ses parents de ne pas être à la place de Jean. Il préfère partir, plein de rancœur, sans leur laisser le temps et la possibilité de s’expliquer et s’en va sans leur pardonner leur décision prise à l’époque.

Analyse et décodage du point de vue du médiateur

A travers ce texte, Guy de Maupassant décrit de façon très pertinente les relations familiales et surtout la difficulté à les maintenir dès qu'un changement intervient. Au début, les deux couples s'entendent très bien et ce, malgré la proximité de leur ferme et leur difficultés financières. Même les naissances successives de leurs enfants n'engendrent aucun problème : le partage, l’entraide et une certaine liberté prédominent. C'est effectivement une communauté harmonieuse qui fonctionne bien. Cependant, la communication et la qualité des échanges ne semblent pas être identiques au sein des deux couples. L'arrivée des D'Hubières et leur proposition vont faire voler en éclat cette stabilité et l'avenir de chacune des familles. En effet, les valeurs et principes de chacun vont être « mis à mal » avec l’intervention du couple parisien qui va se proposer en tant que famille d’accueil. La famille Tuvache n'ayant qu'un seul garçon ne va pas voir les choses de la même manière que la famille Vallin qui elle, en a trois. Chez les Tuvache, l’émotion de la mère est intense et de ce fait parasite sa réflexion, son raisonnement est donc perturbé par cette charge affective (elle se laisse déborder, envahir et dépasser par celle-ci). De plus, la communication avec son mari est inexistante : aucun échange verbal constructif n’est envisagé ; chacun reste seul dans son ressenti. Dans une situation aussi dérangeante et difficile, entraînant des remises en cause et une décision très délicates, une réflexion approfondie et un dialogue serein entre les époux seraient nécessaires, mais ils en sont incapables. L’aide d’un médiateur-coach leur permettrait, avec leur accord, de les accompagner dans cette réflexion, tout en facilitant leurs échanges réciproques, en les aidant ainsi à clarifier pour chacun d’entre eux leur point de vue et à exprimer librement leurs émotions. C'est certainement la peur qui fait réagir de manière aussi agressive et brutale la mère Tuvache : la peur de perdre son enfant, d’être séparé de lui ; de ce que les autres diront ou penseront ; sans ce fils, la crainte que la ferme ne soit pas reprise. Dans ce contexte conflictuel, une médiation peut être envisagée en accord avec les deux parties (les deux couples) mais également à l’intérieur du couple Tuvache (avec là aussi l’accord de chacun). Le médiateur pourra ainsi favoriser la régulation des échanges et garantir les règles de qualité relationnelle. Cette médiation permettra ainsi à chacun d’apurer toutes ses émotions et les aidera à mieux comprendre leurs difficultés et à envisager la situation autrement, à réfléchir aux solutions et conséquences possibles, à imaginer « l’inenvisageable » et à se dire « l’inimaginable ». Le médiateur permettra à chacun de lâcher leur réflexion en adversité (l’affrontement, la fuite, l’accusation, les reproches) et les amènera peu à peu vers une réflexion en altérité (l’affirmation de soi, la reconnaissance, la responsabilité, le respect). Nous retrouvons les trois principaux obstacles à la médiation :

  • les prêts d'intention : Mme D’Hubières pense que pour eux la contre-partie financière suffira ; qu'ils seront capables de se séparer affectivement de leur fils unique ; qu'eux-mêmes seront certainement de bons parents "d'accueil" ;
  • les interprétations - les jugements : les Tuvache, du fait de leur situation sociale difficile, reçoivent un jugement dévalorisant de la part des D'Hubières à travers leur proposition : sous entendu "grâce à nos moyens, il n'y a que nous qui seront capables de donner une bonne éducation à votre fils" ; des insultes, des reproches et des propos vulgaires sont échangés entre les deux familles ;
  • les contraintes : c'est une action contraignante que Mme D'Hubières demande aux deux familles : se séparer d’un de leurs enfants. C’est également une contrainte morale : imposer une certaine culpabilité aux parents ayant fait le choix d’accepter sa proposition ; le refus personnel de Mme Tuvache (en tant que seule solution envisagée) relève aussi d’une dynamique contraignante.

De plus, lors de sa première proposition, Mme D'Hubières s'exprime mal, se précipite à faire sa demande de façon maladroite, chargée d'émotion : ne prend donc pas le temps d'une préparation individuelle qui aurait pu être effectuée par le médiateur, plutôt coach à ce moment-là : les deux disciplines sont très proches. Les limites entre l’action de coaching et la médiation ne sont pas si tranchées et franches que ça : il peut y avoir interpénétration entre ces deux disciplines et donc être effectuées par la même personne. Avec l'aide du médiateur, Mr et Mme Tuvache peuvent peut-être trouver une autre issue à la situation difficile dans laquelle ils sont confrontés. La médiation va donc leur permettre une approche rationnalisée de leurs émotions. Ils vont pouvoir ainsi envisager une solution différente, comme refuser la séparation d’avec leur fils car unique et oser une négociation avec les Vallin, afin que les deux familles si soudées, perçoivent toutes les deux des compensations financières ou autres (par exemple placement des filles en ville). Ainsi, le médiateur va leur permettre de réfléchir à d’autres issues possibles, à explorer d’autres pistes de réflexion, à ce que d’autres hypothèses réalisables soient recherchées et envisagées par eux et que la solution retenue soit la plus satisfaisante pour chacun d’entre eux et qu’ils y adhèrent totalement et de manière durable.

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