Béatrice Roquin

De WikiMediation.

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Béatrice Roquin
Béatrice Roquin est médiatrice

Sommaire

ACTIVITE

Auto-entreprise "LE FIL DE SOI" créée le 8 juin 2009 à Toulouse.

Précédents domaines d'intervention professionnelle :

  • sécurité-prévention, droit du travail ;
  • communication, environnement ;
  • hydraulique, travaux en rivière ;
  • aménagement du territoire, urbanisme ;
  • enseignement, formation des adultes.


PARCOURS PROFESSIONNEL

  • Inspectrice hygiène et sécurité (2003-2009)
  • Responsable cellule communication (2001-2003)
  • Chargée du contrôle des grands barrages (1997-2001)
  • Responsable de subdivision à l'Equipement (1992 - 1997)
  • Responsable de cellule Aménagement (1992-1993)
  • Responsable d'études de développement (1990-1992)
  • Chargée d'études d'urbanisme (1981-1990)
  • Adjointe au chargé de communication(1979-1981)
  • Aérospatiale Toulouse (1974-1975)
  • Maîtresse auxiliaire d'anglais (1973-1974)
  • Surveillante d'externat (1969-1972)

ETUDES

  • Concours d'ingénieur des travaux publics de l'Etat (1991)
  • DEA de géographie-aménagement (Université Toulouse 1991)
  • Maîtrise d'aménagement du territoire (Université Toulouse 1989)
  • Licence d'aménagement du territoire (Université Toulouse 1988)
  • Licence d'enseignement de l'anglais (Université Toulouse 1973)


ANALYSE

Film "Rachel se marie"

REFLEXIONS PERSONNELLES SUR LA MEDIATION

1. Le contexte

Prenant exemple sur le « modèle » américain, notre société est devenue excessivement sécuritaire ce qui induit des comportements « guerriers ». Désormais, tout le monde attaque tout le monde… Parents, enfants, amis, voisins, patrons, collègues… Personne n’est à l’abri d’une procédure. Il faut dire que notre système judiciaire est bien ancré territorialement et formé à répondre aux demandes des citoyens qui souhaitent obtenir réparation (financière le plus souvent) des préjudices qu’ils ont subis.

Nous vivons dans une société de droit et, même si le législateur intervient toujours a posteriori, nos juristes disposent d’un arsenal impressionnant de textes qui codifient notre comportement relationnel au plan familial, social, professionnel… Il faut bien reconnaître que prendre appui sur le droit pour trancher un conflit occulte les causes profondes du différend.

Pour obtenir gain de cause, nous avons donc pris l’habitude de nous en remettre à des spécialistes et experts qui possèdent le « savoir » et dont les compétences sont reconnues. Pourtant, le niveau d’études de notre société progresse de jour en jour et grâce au web, notre accès à la culture, dans tous les domaines, est grandement facilité. Pourquoi nous en remettre ainsi à autrui ?

Notons en outre que le « sachant » - avocat, arbitre, conciliateur ou négociateur - à qui nous confions la résolution de notre conflit, poursuit l’objectif de nous « défendre » en nous impliquant le moins possible dans le « combat ». Faire appel à un avocat nous prive de l’expression de nos intérêts et de nos ressentis. Nous en remettre à un juge nous frustre aussi d’une décision à laquelle nous pourrions avoir envie de prendre part…

Pourtant, puisque le conflit a pris naissance en nous, ne nous sommes pas les mieux placés pour détenir la clé de sa résolution…? Comment la part « humaine » du conflit peut-elle être ainsi « laissée pour compte » alors qu’elle occupe une place majeure ? Tout est affaire de « comptes », en effet, dans un conflit, envers soi et envers autrui…

2. Un nouvel horizon

La médiation professionnelle est née dans les années 1990. Elle ouvre un nouvel horizon. Sa pratique se distingue de celle des négociateurs mandatés par les pouvoirs publics (au printemps 2009 pour la Guadeloupe ou dans les universités). Nommés à tort « médiateurs » puisqu’ils manquaient de neutralité et venaient avec des consignes, ils sont repartis sans obtenir de résultats. Dans le même esprit, un « médiateur de crédits » vient d’être désigné par le gouvernement : il fait pourtant office de « régulateur » et non de médiateur…

Regrettons tout de même cet engouement soudain et « sur médiatisé » qui entretient l’ambiguïté entre médiation et négociation, deux approches radicalement différentes !

La médiation professionnelle doit se dérouler dans un esprit de neutralité, d’impartialité et d’indépendance. Elle consiste à « accompagner » deux parties en conflit, jusqu’à leur décision finale, en pratiquant l’art de la maïeutique chère à Socrate. Elle est extrêmement « révolutionnaire », par son approche, face à tout l’apparat judiciaire mis en place depuis de décennies puisqu’elle redonne enfin (!) la parole aux protagonistes.

Cette approche est novatrice et pourtant, il faut bien reconnaître, ne peut s’exercer que dans un Etat de droit. Même sans faire usage des textes de loi, on sait qu’ils restent à notre portée et cadrent les échanges entre protagonistes qui sont eux-mêmes enclins à les respecter. On constate d’ailleurs que peu d’accords de médiation se situent hors du champ du droit.

Comme on peut le constater, les affaires tranchées par les juges ne rétablissent pas vraiment (pas du tout ?) la communication entre les personnes en conflit. On approuve Charles PEGUY quand il affirme que « le droit ne fait pas la paix mais la guerre ! ».

Dans la mesure où il a été « imposé », un jugement laisse le protagoniste « perdant » forcément frustré, insatisfait. Ce ressenti peut même envenimer le désaccord puisque le droit le place en situation de faire appel de la décision, donc de poursuivre ou relancer son adversaire.

Quant au « gagnant », s’il éprouve une certaine fierté, il peut aussi se sentir frustré d’avoir obtenu gain de cause sur la base de principes qu’il méconnait et d’un plaidoyer auquel il n’a pas participé, comme si la « partie » s’était «jouée » sans lui.

Justement, ne pouvons-nous postuler que ces conflits - qui nous infantilisent, à quelque niveau que ce soit - reproduisent les jeux et enjeux de pouvoir vécus dans notre enfance ? Nos rapports humains n’auraient-ils pour véritable objectif que la reconnaissance de ce que nous sommes réellement : des individus en quête d’harmonie personnelle et de lien social ?

Le déroulement de notre civilisation a été marqué par plusieurs courants de pensées :

. le courant spirituel, qui moralise nos actes ;
. le courant juridique, qui met l’accent sur nos droits et obligations ;
. le courant psychologique, qui vise à guérir nos « pathologies » ;
. le courant scientifique, basé sur des observations et expérimentations, qui conduit à l’élaboration de règles.

Aucun n’a cependant réussi à résoudre les conflits – qu’ils soient d’ordre privé ou public – en aboutissant à la « paix » entre les parties.


3. Un pari sociétal

L’approche par la médiation est totalement novatrice (révolutionnaire ?). Elle consiste à aborder un conflit sous l’angle des relations humaines, en traitant avant toute chose la question émotionnelle, qui, le plus souvent, fausse la vision du problème et amplifie le désaccord. Les intervenants habituels (avocats, négociateurs, arbitres ou conciliateurs) laissent ce point essentiel de côté.

Pourtant, si tout conflit comporte une dimension juridique et une dimension technique, chacun sait qu’il est surtout alimenté par la dimension émotionnelle.

Prenons l’exemple d’un conflit de voisinage ayant pour objet l’édification d’un mur mitoyen entre deux propriétés. Pour le résoudre, un avocat s’appuiera sur le droit : « en vertu du code de la construction … » ; un expert abordera le sujet sous l’angle technique, « compte tenu de l’impact concret du mur sur la propriété adjacente… ». La dimension affective sera complètement éludée alors que le voisin « qui subit » se pose forcément des questions fondamentales, génératrices du conflit : « Pourquoi mon voisin érige-t-il un mur entre nous ? » ; « Nous ne pourrons donc plus nous parler de notre jardin comme avant ! » ; « Qu’ai-je fait qui lui aurait déplu ? » ; « Est-ce qu’il supporte mal mes enfants ? ». L’approche juridique et technique élude complètement la part « humaine » du conflit.

Un médiateur professionnel s’attachera avant tout, lors des entretiens individuels, à « décrypter » dans l’écoute attentive de chacun de ses interlocuteurs, la part affective, souvent cachée - parfois « inavouable » parce qu’elle renvoie à des contradictions profondes - du conflit. Son rôle consiste à dérouler le fil de « l’histoire » qui oppose les deux voisins.

Le point de départ d’un conflit est souvent banal. Il peut aussi remonter à des faits « historiques » que l’autre partie a pu oublier ou qu’elle ne soupçonne même pas…

En pratiquant l’art du questionnement, le médiateur conduira chaque interlocuteur à décharger l’émotion non exprimée mais bien réelle qui sommeille en lui. Ainsi « accompagnées » dans cette phase de réflexion sur soi, les parties pourront se rencontrer sur de nouvelles bases et régler avec une simplicité « enfantine » les aspects techniques et juridiques de l’objet qui les opposait. Les expériences de médiation conduites dans ces conditions démontrent que les parties communiquent à nouveau, sans aucun sous-entendu (comme si le travail profond d’analyse sur eux-mêmes avait « réinitialisé » leur relation).

Les moments de convivialité entre « nos » voisins se poursuivront donc chaleureusement… avec ou sans mur mitoyen d’ailleurs, puisque chacun aura compris et admis les intentions de l’autre.

Tous les conflits n’aboutissent pas à un accord mais dans tous les cas, il est important que les parties décident elles-mêmes de l’avenir de leur relation. En préambule aux entretiens, le médiateur aura à cœur de leur expliquer qu’elles peuvent :

. soit reprendre des relations normales, semblables à celles qu’elles avaient avant le conflit ;
. soit « aménager » leur relation, c’est-à-dire continuer à se voir mais différemment, dans des conditions qu’elles définiront ensemble ;
. soit cesser toute relation.
Dans tous les cas, il n’aura pas à les influencer en faisant intervenir ses propres critères relationnels.

On le voit, la médiation professionnelle diffère fondamentalement des autres modes de résolution des conflits parce qu’elle s’appuie sur une véritable posture « philosophique » faite de distanciation et d’altéro-centrage. Contrairement aux apparences, ces termes ne sont pas antinomiques : il faut à la fois se centrer sur l’interlocuteur et ne pas se laisser émouvoir par son vécu…

Ceci en suivant au plus près le déroulement des pensées et ressentis de son interlocuteur jusqu’à ce qu’il comprenne comment il en est arrivé là.

Ce moment d’auto-compréhension est aussi indispensable que crucial et « réparateur ». Indispensable parce que cette étape prépare l’intéressé à un changement décisif d’attitude : il va pouvoir exprimer ses non-dits. Crucial parce que ces confidences « personnelles » vont le confronter à lui-même et qu’il va comprendre qu’il détient la « clé ». Réparateur parce que la personne se montre sans fard, humaine, ce qui pourra la rendre « touchante » aux yeux de l’autre partie. Ce « tour de magie » n’est rendu possible que grâce à l’empathie du médiateur.

Ainsi, par le biais de la médiation professionnelle, tout conflit doit pouvoir trouver une issue satisfaisante – la moins mauvaise possible en tout cas – et toujours valorisante au plan humain dans la mesure où les deux parties se seront impliquées dans le processus de réflexion et de décision : ce sont d’ailleurs les parties qui rédigeront, entre elles, les termes du « contrat » final (avec ou sans l’aide du médiateur) et qui choisiront (ou non) de le faire homologuer, en l’officialisant par un acte juridique.

Il est passionnant de constater combien cette approche peut modifier le comportement des protagonistes et les conduire à une prise de conscience salutaire. Une fois l’émotionnel « déchargé », le relationnel se ré-enclenche de façon durable entre les personnes. Les questions juridiques et techniques se résolvent d’elles-mêmes et reçoivent forcément l’accord des deux parties.

On peut se demander si notre société – hyper-sophistiquée et sur réglementée - n’a pas « mécanisé » le relationnel entre citoyens au point de leur avoir fait perdre le « sens » de l‘humain...

Il serait compréhensible qu’elle revienne aujourd’hui à des considérations plus simples pour mettre en évidence la dimension humaine comme point de départ (et d’aboutissement !) des bons usages sociaux et relationnels.

4. Des compétences avérées

L’approche par la médiation est séduisante sur ce plan puisqu’elle se pose en accompagnement, en appui d’une décision librement consentie et qui libère les protagonistes du carcan de leurs préjugés, de leurs a priori, de leurs croyances (souvent erronées).

Cette libération peut être vécue comme perturbante, brutale, aveuglante (comme le décrit Platon dans son « allégorie de la caverne »). Elle peut même être jugée inacceptable voire impossible à mettre en oeuvre tant elle révolutionne nos modes habituels de vivre et de penser. Se remettre en cause n’est pas si « naturel » que ça, après tout, d’autant plus que nous sommes – dès le plus jeune âge - « dressés » à la compétition, à l’élitisme, à l’adversité, finalement à être les meilleurs et avoir toujours raison.

Ce changement radical de comportement repose entièrement sur les compétences du médiateur.

Celui-ci devra donc avoir travaillé sur lui pour intégrer la posture requise et réussir à amener les parties sur le terrain de « l’inimaginable » : inimaginable discussion, inimaginable changement de point de vue, inimaginable implication dans la résolution de leur conflit ! Pendant la médiation, le regard réaliste et neutre que chacun des protagonistes est amené à porter sur soi, sur autrui et sur le conflit coûte forcément.

C’est que le médiateur les entraîne à la découverte d’un autre mode de relation à la réalité. Notre rapport au réel est de toute évidence partiel lorsque nous nous « prenons » pour le centre du monde, ce qui est le cas dans un conflit.

Le médiateur nous aide donc à assembler le puzzle de l’histoire conflictuelle que nous traversons. En nous regardant avec humanisme mais sans concession. Cet apprentissage peut être vécu comme une souffrance profonde parce qu’il conduit à reconnaître ses propres faiblesses, ses erreurs, ses prêts d’intention, ses jugements. Miroir forcément déstabilisant pour le protagoniste habitué à ce que l’on défende ses intérêts en habit de justice, à coup d’articles de loi… même quand il est en tort. Le processus de médiation le met en quelque sorte « en danger ».

Il peut arriver que certaines personnes éprouvent des difficultés à sortir de leur conflit. Non qu’elles le fassent exprès. Il s’agit d’une « résistance au changement », le plus souvent inconsciente. On peut le comprendre : passer d’un modèle d’adversité à un modèle d’altérité - en d’autres termes aller vers l’autre alors que tout nous pousse à le rejeter - relève presque de « l’exploit humain ». En premier lieu parce que, culturellement et socialement, l’idée - forte - de l’adversité l’emporte sur l’idée - faible - de l’altérité : serait-il plus « facile » d’être agressif que sociable ? En second lieu parce que, pour se protéger, les adultes se sont forgés une épaisse carapace faite d’orgueil et de certitudes…

En leur offrant une écoute de qualité, neutre mais attentive, non compassionnelle mais empathique, le médiateur aide ses interlocuteurs. Pour une fois, ce qu’ils disent compte pour quelqu’un qui, de surcroît, ne porte aucun jugement sur eux ! Pour un médiateur expérimenté, en effet, la nature humaine a peu de secrets : il sait que les intentions de ses interlocuteurs ne sont ni bonnes ni mauvaises, juste fondamentalement … maladroites ! A l’image de toutes les erreurs de communication qu’il a pu lui-même commettre, des non-dits qui jalonnent sa vie et ont pu dégénérer en conflit… Et son expérience enrichit son approche.

Seule l’intervention d’un tiers peut parfois nous amener à considérer la situation avec distanciation. C’est bien là le rôle du médiateur qui, à sa façon, met en scène l’humain dans son « meilleur » rôle.

Le médiateur va mettre toutes ses compétences au service de « l’intelligence » du conflit : au sens étymologique, aider ses interlocuteurs à « faire le lien » entre les événements et les attitudes autour desquels le conflit s’est construit. Sa posture permet à chacun de comprendre son fonctionnement, ce qui apporte un éclairage nouveau à la situation. A juste titre : le regard que l’on porte sur soi en plein conflit ne manque-t-il pas de clarté ?

5. Le besoin d'humanisation de notre société

On peut postuler que chaque être humain cherche à vivre en parfaite harmonie avec soi et les autres.

Pourtant, force est de constater que nous sommes tous confrontés à des conflits au cours de notre vie. Nous perdons alors notre capacité d’analyse, nous nous identifions au « paraître » (la partie « visible » de l’iceberg) qui nous oppose à un tiers alors qu’au fond de nous-mêmes nous connaissons le réel motif d’opposition (la partie immergée du conflit). Involontairement et inconsciemment, nous éprouvons des difficultés à affronter la réalité… Creuser au fond de soi est « bouleversant ». Nous risquons de perdre l’harmonie intérieure à laquelle nous aspirons pourtant fondamentalement. Il nous faut alors l’aide d’un tiers compétent pour réaliser où nous en sommes vraiment.

Actuellement, la crise économique nous conduit à nous recentrer, à porter un regard différent (philosophique ?) sur la société et sur l’Homme… Celui-ci n’est pas seulement un « assemblage» moléculaire ou une « variable d’ajustement » économique. Bien au-delà de la « personne sociale » que l’on voit, il est aussi « un être profond » capable et désireux de « rencontrer » l’autre. Et si nous étions à un tournant post-matérialiste de notre histoire, au début d’un changement radical de culture, basé sur les valeurs humaines ?

La pratique de la médiation répond à cette dimension-là. On peut penser qu’elle correspond à un véritable besoin de notre société. Sans prôner son utilisation comme mode absolu de résolution des conflits, il est satisfaisant de participer à ce courant de pensée qui place l’humain au cœur du sujet, comme les philosophes antiques nous l’ont brillamment démontré.

ViaMediation

Contacter le Réseau de médiation professionnelle : 05 57 88 27 79


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