Banlieue 13

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Poster du Film Banlieue 13

Banlieue 13, un simple film d'action ?

Par Stéphane Gillet, le 07/09/2010

Ce résumé révèle des éléments clés de l'intrigue. Le lecteur est donc invité à visionner l'œuvre avant lecture.

Sommaire

Introduction du film

"Paris, 2010
Devant la montée incontournable de la criminalité dans certaines banlieues, le gouvernement autorise la construction d'un mur d'isolement autour des cités classées à haut risque."

2010… Banlieue 13… Dates, nombres et lieux pris au hasard ?

Ce film sorti en 2003, propose une action qui se déroule en banlieue parisienne, en 2013. Il s’agit donc d’un lieu réel et d’un futur proche à échelle humaine. Si ces choix peuvent paraître anodins, ils permettent pourtant "d’ouvrir l'esprit du spectateur", en lui soumettant des hypothèses, extrêmes mais pourtant crédibles. Cela peut ainsi amener un spectateur averti, à une réflexion, voire à une prise de conscience à travers un divertissement.

En ce qui concerne le nombre 13, sans rentrer dans le débat de sa symbolique, il montre simplement qu'il existe au moins 12 autres banlieues de ce type en France. Pourtant la Banlieue 13 regroupe les départements des Hauts-de-Seine et de la Seine Saint-Denis, soit un territoire de plus de 400 km² et d'environ 2 millions de personnes selon le scénario. D’après les recensements de l’INSEE près de 3 millions de personnes vivent dans ces départements à la date de sortie du film.

Contexte du film

Le film est sorti dans un contexte fragile. En effet, en 2003 la situation matérielle et humaine de nombreuses banlieues dites défavorisées est particulièrement dégradée. Les logements en hauteur destinés à recevoir les familles les moins aisées, sont pour la plupart, isolés de la société et inadaptés à la vie en communauté.

De son côté, le gouvernement, n’a soit pas pris conscience de l’importance de la situation, soit pas mis en place suffisamment de moyens financiers et humains pour redresser la situation. En tout état de cause, il n’a pas su résoudre les malaises et conflits de la banlieue. Les habitants conscients de cela utilisent alors parfois la violence pour se faire entendre, ou pour survivre dans les cas les plus extrêmes. Cette situation éclatera d’ailleurs deux ans plus tard lors des émeutes de 2005 dans les banlieues françaises.

Les principaux messages du film

Isoler une population de la société est en soi générateur de conflits

Le film met en avant l’injustice en elle-même de vivre en banlieue. Ainsi, il ne vise aucune ethnie particulière, et met seule en avant la stigmatisation des banlieues par la société.

Il illustre le fait, qu’en banlieue, une minorité de personnes ne respecte pas le pacte social, et que l’ensemble des habitants en souffre. Il illustre également que le nombre de personnes qui ne respectent pas ce pacte augmente avec la dégradation de la qualité de vie, et leur rejet par la société. Le fossé social entre la ville et la banlieue, souvent à l’origine d’une haine de la société, a été officialisé par la construction d’un mur. Ainsi la séparation idéologique a été matérialisée, ce qui emprisonne davantage les habitants dans leur banlieue.


« - Quand on vient de la rue on a un truc en plus…
- Ah bon ! Et c’est quoi ?
- La haine…
- Ah, c’est vrai, excuse moi, vieux… C’est vrai que ça ne fait pas partie de mon éducation, moi on m’a appris Liberté, Egalité, Fraternité
- L’Eau, le Gaz, l’Electricité !
- Allez, vas-y fais ton malin, tu t’en fous des lois c’est ça ?
- Pas du tout, j’aimerais juste qu’elles soient les mêmes pour tout le monde… […] Je suis né dans cette banlieue, et elle était déjà pourrie à ma naissance… Et pour mes 18 ans on a construit un mur tout autour... J’ai fait quelque chose de mal pour être puni comme ça ? Non, j’ai respecté toutes tes putains de lois à la lettre ! […] La seule erreur que j’ai faite dans ma vie c’est de naître ici…
- Et tu crois vraiment que c’est en brûlant des bagnoles que ça va s’arranger ?
- Non, mais tu as une autre idée pour qu’on nous entende ?
- Là, dans l’immédiat, non…»

L’inaction, l’action sur la partie émergée des conflits et la violence, ne résolvent pas les conflits

Le coûteux mur, a protégé la ville des conflits de la banlieue et masqué les problèmes pendant trois ans. Depuis la construction du mur, l’Etat a progressivement supprimé les services publics, et laissé la situation se dégrader. Ce comportement de fuite face à ses responsabilités, a entraîné une augmentation de l’importance des conflits. Désormais, «la Banlieue 13 est incontrôlable, ça coûte une fortune à l’Etat ; et les contribuables ont peur… Peur, et marre de payer pour cette racaille!». Un gang en a le contrôle, et ses membres «ont de quoi envahir Paris s’ils le veulent…»

Le gouvernement a toutefois pris le parti d’affronter certains conflits de manière à limiter ou annuler leurs effets. Cela a entraîné une escalade puis une banalisation de la violence. Les unités de police formées et équipées pour la Banlieue 13 ne peuvent plus agir. Leur force de frappe est grande, mais elle ne joue qu’un rôle dissuasif dans la mesure où les gangs ont un équipement presque similaire. Toute utilisation de cet équipement entraînerait alors de nombreuses morts humaines. De plus la police ne semble plus être considérée par les gangs comme un représentant de l’ordre mais plutôt comme un gang rival. Ainsi à un moment clé du film le commissariat se retrouve assiégé par le gang principal de la Banlieue 13, et le commissaire doit céder à ses exigences.

Le gouvernement s’est donc mis dans une situation où il n'existe plus aucune solution économiquement viable. Il décide alors d’éliminer physiquement les habitants de la Banlieue 13, à l’aide d’une "bombe propre", et de maquiller cet acte en accident. Le gouvernement argumente alors : «Ce n’est pas très démocratique, mais ça résout beaucoup de problèmes». Le film permet ainsi d'illustrer les limites de l’utilisation de la violence dans le cadre de la résolution des conflits.

Conclusion

Pour un spectateur averti, ce film représente bien plus qu’un simple divertissement, car il fait passer plusieurs messages forts. Il peut donc amener à une prise de conscience sur la situation des banlieues et de ce fait peut déranger. Cela peut d’ailleurs être une des raisons pour lesquelles le second volet, Banlieue 13 Ultimatum, n’a pas été diffusé dans certaines salles de banlieue parisienne.[1]

Ce film suggère une autre façon de penser, en réprimant la violence qui est une forme de contrainte. Il semble donc ébaucher une réflexion en altérité, plutôt qu’en adversité.

Références

  1. Absence du film Banlieue 13 Ultimatum dans certaines salles de banlieue parisienne, 20minutes.fr Web. Consulté le 07 septembre 2010
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