Beaumarchais l'insolent

De WikiMediation.

Share/Save/Bookmark

Beaumarchais l'insolent est un film Réalisé par Edouard Molinaro, avec Fabrice Luchini, Sandrine Kiberlain, Manuel Blanc.

Sylvie Lambert en propose un point de vue de médiateur.

Sommaire

L’histoire

1773 – Louis XV est en fin de règne. Attisé par les « Lumières », le peuple se réveille et commence à contester l’ordre établi.

Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, homme de lettre mais aussi magistrat à ses heures, s’illustre par ses faits et propos provocateurs.

Alors qu’il finalise la mise en scène du « Barbier de Séville » avec sa troupe d’acteurs, il fait connaissance avec Gudin de la Brenellerie, émissaire de Voltaire. Il l’engage alors comme secrétaire et biographe personnel. Accompagné par Gudin, nous suivons les tribulations de Beaumarchais… Contraint et forcé par l’issue d’un ultime procès en justice dans le conflit qui l’oppose au comte de la Blache, celui-ci se transforme en agent secret, puis en fournisseur d’armes aux insurgés américains avant finalement de revenir à l’écriture.

Reprenant le fil de son propos (amorcé dans le Barbier de Séville), Beaumarchais triomphe avec « le mariage de Figaro », une œuvre « impertinente » qui dénonce une nouvelle fois les privilèges de la noblesse. Elle remporte immédiatement un immense succès populaire et finit, après une période de censure, par s’imposer au roi.

La contestation

Ce film illustre parfaitement l’éveil de la réflexion sur l’ordre établi. Voltaire écrit à Baumarchais :

  • « J’ai peur que vous n’ayez raison au fond contre tout le monde .A travers votre procès, vous attaquez le parlement… »

En effet, lors de la scène du procès, on voit comment Beaumarchais utilise l’audience qui lui est alors donnée pour agiter les esprits, provoquer les réactions du peuple !

Lorsqu’au cours de ce procès, il prend le public à témoin en parlant de la lassitude de la France devant les injustices, les scandales, le rapporteur agacé par ces propos, lui déclare

  • « Laissez la France tranquille ! » et là Beaumarchais de répliquer :
  • «  Mais c’est qu’elle ne veut plus justement ! Ecoutez là ! ».

Bien évidemment la clameur de la foule présente lors du procès témoigne de la réalité des paroles de Beaumarchais !

La dialectique

Beaumarchais excelle dans ce jeu, dans cette joute verbale où l’on joue sur l’argumentation et sur les effets oratoires. Pour illustration ; son procès.

Le rapporteur du procès au parlement dans son introduction présente les faits ainsi :

  • «  … un papier illégitime qui spolie honteusement le Comte de la Blache ». La présentation est loin d’être neutre et impartiale. Dès l’énoncé, le public peut comprendre que le procès est joué d’avance.

Et le rapporteur continue :

  • « Alors qui devons nous croire ? Un homme respecté de tous et qui depuis toujours honore sa position ou bien un amuseur public dont le métier est l’illusion et dont le nom même n’est que mensonge… »

L’appréciation repose sur des notions de respectabilité. Ces notions sont entièrement contestables puisqu’elles se réfèrent à un seul et unique référentiel ; celui de la Cour et du Parlement, imposé à tous. Comment Beaumarchais peut il réagir à pareille charge ? La première partie de sa réponse consiste à provoquer pour décrédibiliser les « arguments » spécieux invoqués. Ainsi, lorsque le rapporteur se tourne vers Beaumarchais après lui avoir asséné son dernier coup de boutoir « vous avez quelque chose à dire ? » Il rétorque « TOUT ».

Puis il complète «  tout ce qui ne concerne pas cet acte et dont le comte de Blache et vous-même avez décidé qu’il était faux ». L’extension du propos dépasse alors complètement les faits à l’origine du procès. Puis il continue « Comment établir ma bonne foi ? Je n’ai rien à vous proposer, que ma parole et nous savons ce qu’elle vaut pour les membres d’un jury que j’abomine et dont vous êtes le personnage le plus représentatif ». Il s’en prend au conseiller lui-même (argumentum ad personam) : puisque qu’ils ont décidé qu’il avait perdu, il peut se permettre d’être offensant et grossier !

Et là il persiste et signe :

  • Le rapporteur : «  c’est à moi que vous vous adressez ? »
  • Beaumarchais « Oui, oui, à vous et à l’institution que vous incarnez et qui se soucie beaucoup moins de la vérité que de la protection de ses privilèges »


Là Beaumarchais révèle sa motivation profonde, ce qui le pousse à poursuivre cette action en justice alors qu’il sait très bien que tout est perdu d’avance : c’est une quête de vérité. C’est dans le même esprit qu’il exerce aussi sa charge de magistrat « avant d’être accusé, je joue les petits juges ». Et quand il juge, son interrogatoire est beaucoup plus factuel que celui observé dans son procès personnel :

  • Beaumarchais (magistrat) « On a démoli votre mur ?  »
  • Le plaignant « je l’avais construit de mes mains au bout de mon pré pour décourager les maraudeurs »
  • Beaumarchais « Qui l’a démoli ce mur ? »
  • Le plaignant (silence)
  • Beaumarchais « Parlez, parlez N’ayez pas peur »
  • Le plaignant « Le prince de Conti »
  • Beaumarchais « le prince de Conti ! Pourquoi a-t-il démoli ce mur ? »
  • Le plaignant «  Pour chasser, Monsieur le Juge ! pour faire passer sa meute »

La déstabilisation

Le film illustre également le principe de déstabilisation avant une négociation difficile et secrète que Beaumarchais doit mener dans l’anonymat le plus complet, en tant qu’agent secret de LOUIS XV.

Un intermédiaire introduit Beaumarchais auprès du chevalier d’Eon : « Le baron de Ronac ». Immédiatement, le chevalier lui rétorque avec une déférence toute ironique «  Monsieur de Beaumarchais »… On voit nettement dans le regard de Beaumarchais cet instant de complète stupeur, qui le déstabilise et …lui fait changer sa stratégie! La déstabilisation est de courte durée car Beaumarchais a de la répartie et surtout une grande volonté d’arriver à ses fins (la restitution d’un document compromettant pour retrouver l’ensemble de ses droits civiques et la possibilité de poursuivre la représentation de sa pièce) !

Lien interne

Sur ce film, voir aussi Clin d'oeil critique

Outils personnels
Translate