Brubaker

De WikiMediation.

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Corinne Desains a commenté « Brubaker », film américain produit par Stuart Rosenberg et nominé aux Oscars en 1981 avec, dans le rôle principal, Robert Redford.

Inspiré d’une histoire vraie, Brubaker dénonce avec force l’enfer carcéral et l’attentisme des politiques sur le sujet. Ce film présente ainsi deux types de conflits, le premier entre les prisonniers et l’administration pénitentiaire, le second entre Brubaker et les politiques.

Sommaire

L’histoire

Dans une région reculée de l’Arkansas des années soixante, Stan Collin fait son entrée au pénitencier de Wakefield. Astreint aux pénibles tâches agricoles et sévèrement malmené comme tous les autres prisonniers par les matons, il découvre que les gardiens ne sont autres que des détenus privilégiés. Collin s’efforce de faire front, jusqu’au jour où il est obligé de révéler sa véritable identité. Il n’est autre qu’Henri Brubaker, le nouveau directeur de la prison et va s’efforcer de la réformer. Pour cela, il va devoir travailler pour avoir la confiance des prisonniers et se battre contre les politiques qui, bien que « se disant libéraux, ne veulent en réalité rien libérer ».


Les éléments du conflit

Conflit entre les prisonniers et l’administration pénitentiaire : de l’adversité à l’altérité

Cet univers carcéral issu des conséquences des relations conflictuelles, génère et entretient le conflit. On retrouve les éléments constitutifs du conflit dans les traitements des prisonniers sous la contrainte permanente. Outre la privation de liberté, les conditions de détention sont très dures. Soumis aux travaux forcés, ils dorment dans des taudis, subissent les assauts sexuels de certains, doivent vendre leur sang pour manger, sont battus pour l’exemple, voire torturés.

L’administration pénitentiaire n’a aucune considération pour ces prisonniers qu’elle exploite. Entachés pour toujours par les conséquences de leurs actes, ils sont vus comme ne pouvant évoluer et à ce titre, sont parqués, exploités, torturés avec la bénédiction de l’ancien directeur. Le prêt d’intention et le jugement sont présents.

C’est là que dans un premier temps, Brubaker apparaît comme un médiateur entre les prisonniers et l’administration pénitentiaire. Il veut réformer la prison et va réaliser de nombreux changements. Des faits, ils tirent les conséquences et les ressentis qui en découlent. Les prisonniers sont mal traités, ce qui les rend réfractaires, rebelles et hostiles, générant terreur, haine et violence.

Brubaker agit en toute indépendance, sans fléchir devant les pressions internes et les intimidations extérieures.

Mais, l’essentiel réside dans son aptitude à l’altérité dans un climat d’adversité.

Alors qu’il découvre un taulard hurlant enfermé dans le noir depuis six mois, Brubaker lui demande ce qu’il désire. Il veut qu’on lui repeigne sa cellule. Ensuite, le directeur lui demande de quelle couleur sans essayer de discuter. Il renvoie en miroir et renverse la situation. Le prisonnier veut une fenêtre. Le directeur lui dit « sur quel mur ». Le détenu se sent écouté et entonne « de quoi j’ai besoin, d’un peu de respect ! ».

Attentif aux besoins primaires des détenus, il leur apporte les soins et la nourriture de base, supprime le fouet comme moyen de discussion, fait retaper les baraquements, interdit les insultes proférées par les gardiens.

Au début, les prisonniers sont résignés sur leur sort et ne croient pas en la volonté de réforme de Brubaker. Devant la détermination et la présence de ce dernier, ils se sentent pris en considération et certains commencent à se détendre et à reconnaître sa volonté réelle de changement. Il a réussi à les faire changer d’attitudes.

Là s’opère l’accompagnement dans le changement libérateur, les hommes se sentent considérés et finissent par coopérer avec ce directeur qui vit comme eux, mange avec eux et se met à leur diapason. Grâce à la confiance et à la conscience qu’il a suscitées, il va permettre à certains prisonniers, « les libérés sur parole », de prendre des responsabilités au sein même de la prison. Ils retrouvent leur dignité.

Conflit entre Brubaker et les hommes politiques de la communauté : de l’altérité à l’adversité

Tout semble s’améliorer, jusqu’à ce que Brubaker, ayant pris très fortement parti pour les détenus, affronte les politiques et la communauté qui accueille cette prison.

Ne faisant aucune concession, Brubaker reste sur ses positions, dénonce les malversations dont profitent les concitoyens, refuse d’être raisonné par le sénateur alors qu’il fait le jour sur l’enterrement dans la ferme de la prison de plus d’une centaine de prisonniers tués et mutilés.

Les politiques le rejettent, menaçant de le virer pour incompétence. Il ne fléchit pas, ce qui lui vaut le respect des prisonniers. Alors que la communauté lui reproche d’en faire trop pour ces malfrats peu dignes d’intérêt, de leur faciliter la vie et de renverser les lois, il leur répond que « ce qui compte, c’est que les hommes sentent enfin qu’on leur donne des responsabilités pour changer leur vie ». « La prison n’a pas à humilier les hommes ».

Brubaker reste indépendant vis à vis des autorités hiérarchiques mais son refus d’écouter le point de vue des politiques n’y voyant que manipulation, l’empêche de continuer les réformes visant à l’amélioration des conditions de vie des prisonniers.

Le conflit est à son paroxysme et se traduit par un abandon de la partie par Brubaker. Les parties ne se parlent plus et Brubaker ne voulant pas rentrer dans le système pour le changer, considère que « les libéraux ne veulent rien libérer ».


Glissement du médiateur vers le justicier

Trop impliqué à défendre la cause des prisonniers, il refuse les moyens qui seraient mis à sa disposition par les politiques à condition qu’il renonce à dénoncer le scandale qui entache la communauté.

De médiateur, il est devenu justicier.

« Pas de demi-mesure avec la vérité, pas de compromis avec les principes ».

Alors, il est licencié, désormais impuissant à réaliser ces réformes.

Il a toutefois réussi sur un certain plan et part sous les applaudissements des prisonniers en reconnaissance de son intégrité.

Ils ont retrouvé leur dignité en devenant responsables.

Brubaker leur a redonné le sens de leur valeur d’être humain.


Conclusion

Après avoir utilisé les moyens propres à la résolution des conflits en développant écoute, altérité, reconnaissance, Brubaker a acquis la confiance des détenus qui ont retrouvé une certaine liberté intérieure. Du fait de son extrémisme et de ses positions tranchées, il est rentré dans un conflit avec les politiques qui s’est terminé par son exclusion.

La confiance qu’a su insuffler Brubaker aux prisonniers n’a pas été vaine car deux ans après, vingt quatre prisonniers attaquèrent la prison en justice pour mauvais traitements et la prison a été condamnée à être fermée ou réformée.

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