Capacité dans le conflit au lieu d’esprit querelleur

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A propos de l’ouvrage de Friedrich Glasl : « Capacité dans le conflit au lieu d’esprit querelleur »

par Herbert Minkus
  1. Que veut dire ‘capacité dans le conflit’?
  2. Mécanismes d’auto- contamination des conflits
  3. Reconnaissance précoce des conflits
  4. Trois composantes de la capacité à gérer les conflits
  5. La zone démonisée
  6. Travail sur notre capacité de perception
  7. Travail sur les émotions
  8. Possibilités de subjugation des conflits

Sommaire

L’approche de médiation de Friedrich Glasl

L'approche de cet auteur est fondée principalement sur des expériences en entreprise.

Selon lui, il faut toujours chercher le côté enrichissant et positif des conflits. Le problème ne serait pas le fait ‘qu’il y a conflit’ mais plutôt la façon dont les différents acteurs « le » traite. L’éventail des solutions des conflits du passé permet de moins en moins de résoudre des conflits actuels. Il faudrait, selon lui, un dépassement de sa capacité personnelle pour résoudre les nouveaux conflits.

A partir d’une différence sur la conformité, il illustre comment, généralement, le mécanisme d’un conflit se met en place. Déclenchée par un objet, une différence crée deux parties qui passent par des étapes successives : irritation, doute, impatience, vexation… La tension, une fois installée, amplifie la différence sur le plan tant matériel qu’affectif. L’addition des deux facteurs non résolus entraîne un comportement d’état psychogène négatif ‘mécanique’. Cet état va par son automatisme entraîner une absence successive du « je » et une perte de conscience des participants. Si les deux parties parlent avec un tiers de la situation avec deux visions différentes, les deux vécus génèrent souvent un conflit sur le conflit. Il appelle ceci un conflit infecté, qui peut même culminer dans un conflit sur la résolution du conflit.

Il conclut : ce ne sont plus les parties qui sont en conflit, mais le conflit possède les deux parties. Il (se) pose la question : "Qui agit dans le fond, si ce n’est plus le « je », la conscience individuelle ? Qui serait l’instance responsable ?"

Le remède préconisé par lui dans la reconnaissance précoce des conflits est un bilan qui serait à tirer périodiquement. Il donne la définition « d’un conflit social » : l’interaction entre deux, voir plusieurs acteurs, dont au moins un se situe en désaccord vécu dans ses pensées, ses sentiments ou sa volonté, de manière que la/sa réalisation se trouve contrainte par un /les autres acteurs.

Trois composantes de la capacité de gérer des conflits

  • l’entraînement de notre perception ;
  • l’aptitude à juger dans un sens positif, se rendre compte de ses propres attitudes, de son authenticité, de ses ambitions ; être objectif par rapport à soi-même, pour ne pas perdre son autogestion;
  • et la capacité d’agir qu’il entend tripartite : en intuitive, imaginative et technique.

Dans un conflit en escalade les deux parties vont toujours plus loin qu’elles ne le voudraient. Quelle est la force qui agit à travers nous pour en arriver là ? Pourquoi le comportement entraîne-t-il des effets ne correspondant que partiellement aux intentions conscientes ; le sub-conscient est-il plus agressif que nous l’admettons volontiers ? Les effets malintentionnés sont des biens sans propriétaire, mais les parties en souffrent.

Par le travail sur la capacité perceptive il entend la vigilance, car selon lui, le manque de la vigilance empêche une clairvoyance objective. A cause de ce manque de présence peuvent se créer des « lacunes » qu’il voit comme un vide. Par ce vacuum peuvent pénétrer « des forces incontrôlables » qui empêchent de voir la totalité de « l’espace ». Il définit l’espace comme une multitude d’aspects et de facteurs reliés. Dans les conflits avec tension intérieure élevée, le champ de vision se rétrécit et nous ne voyons plus qu’un côté du différend, le soupçonnant la cause du conflit. GLASL appelle ce phénomène la « vision tubulaire ». Selon lui, ce rétrécissement du champ de vision concerne aussi la perspective dans le temps, la projection dans l’avenir se trouve contrainte, c’est ce qu’il appelle : « myopie cognitive ». Ces facteurs entraînent l’accroissement de la « zone démonisée ». L’auteur voit une solution seulement dans la « compétence perceptive » de soi, de l’autre, détachée des projections, de sympathie ou antipathie. L’image de l’autre ne doit pas être enfermée dans un cercueil, « l’encercueillant vivant ». Au contraire il souhaite percevoir « l’homme en évolution », au lieu de le mémoriser et visualiser inerte.

Devenir soi-même et authentique peut résumer au mieux le travail sur l’émotionel qu’il nous suggère. Cependant il note l’apparition de deux phénomènes paradoxaux dans un conflit, parfois la sensibilité devenant de plus en plus sensiblerie et susceptibilité et d’autre fois le « besoin » de ne pas être déconcerté, voire de se caparaçonner et de se désensibiliser. Pour devenir capable de gérer des conflits (sachant qu’il est parfois difficilement supportable que « deux âmes habitent dans ma poitrine » Goethe), il souligne que dans un conflit la tendance à séparer sympathie et antipathie, signifie que les sentiments positifs seraient les ‘miens’ et les négatives les ‘tiens’. Il constate qu’apparemment le conflit porte en soi une orientation fatale, dégrade la polyvalence en monovalence ; une étroitesse de vue s’installe posant le problème : « de l’autre, du vouloir d’autrui, de l’autre concept, de son expérience, de sa méthode différente...etc ». Ceci est clairement en contradiction avec « une vie libre de l’esprit », et « son expression plurielle ».

Possibilités de surmonter le conflit consistent à appliquer des connaissances

Perceptions Emotions Volonté
Comportement
Effets

Ils amènent à une méthode.

Exemple de Anna et Bruno

Le couple s'accorde à clarifier un conflit en trois ou quatre épisodes et commence par une reconstruction du départ du conflit. Qui était présent ? Qui a contribué ? Quelles raisons de dispute ; les moments difficiles de l’épisode ; comment l’affaire s’est réglée ?

Anna décrit concrètement comment elle a vécu de façon subjective le conflit en accordant une importance à l’expression : j’ai… (Aucun énonce sur Bruno) … Bruno répète l’essentiel sans commentaire ou explication. Anna complète éventuellement et valide.

Ensuite Anna décrit le comportement dérangeant de Bruno de la façon suivante: «  je me souviens que… après je crois que… ». Avec ces formulations elle souligne qu’il s’agit bien là aussi de sa perception subjective. Bruno réplique également en résumant sans commentaire ou explication.

Bruno décrit ensuite son souvenir de ses modes de comportements, sans explication. Là c’est Anna qui résume et Bruno valide et complète éventuellement.

Il expose ce qu’il a perçu, pensé et senti avant et pendant son action. Anna résume…Bruno valide…

Et finalement Bruno énonce de quelle façon il se souvient de ses impulsions et intentions. Anna résume… Si le différend est éclairé de cette manière, GLASL prétend qu’avec cette méthode « microscopique et au ralenti » en pesant sur les détails et sur l’écoute réciproque en écartant les justifications et attaques éventuelles, les partis expriment leurs regrets. L’auteur souligne : « si une personne est confrontée à son vécu extérieur et intérieur, elle développe la force morale de prendre la part de sa responsabilité et de créer un raccommodement. » Reprenant l’exemple, les rôles peuvent être inversés… A la fin, selon lui, il est de plus en plus défini où l’intention, comportement et effets divergent et pourquoi il peut être ainsi. « Parce qu’ils obtiennent l’information par la description des effets intentionnés ou non intentionnés de l’autre partie, ils arrivent mieux à gérer leurs comportements - s’ils le désirent. » « L’idée de base est de vivre, de souffrir ce qu’on a fait à l’autre. »

  • STEINER, Rudolf (1989) . Metamorphosen des Seelenlebens / Pfade der Seelenerlebnisse.Band 1 und 2. Rudolf Steiner Verlag, Dornach, Schweiz
  • LIEVEGOED, Bernard (1994). Eine Kultur des Herzens. Verlag Freies Geistesleben, Stuttgart, Deutschland
  • TOLLE, Eckhart (2000) . Le pouvoir du moment present. Ariane
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