Carnet de voyage d'un médiateur

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Carnet de voyage d’un médiateur.

Vacances j’oublie tout, ne plus rien à faire du tout… Pas si sûr ….surtout que pour vacance c’est un fantastique voyage qui se profile dans un pays lointain avec des mœurs et coutumes, des habitudes de vie tellement éloignée de mon quotidien que c’est au contraire toute mon attention que je vais porter autour de moi. En cours de formation de médiateur professionnel, au plaisir des rencontres, de l’enrichissement personnel que cette expérience m’a apporté, j’ai voulu développer ma culture de médiateur et suis aussi allée à la pêche aux informations concernant une thématique importante de notre profession, l’accompagnement des conflits. Qu’en est-il chez les nomades en Mongolie ?

Quelques repères : La Mongolie est un vaste plateau montagneux situé pour 80% à plus de 1000 mètres d’altitude .Elle est grande comme 2,5 fois la France avec une population de 2,8 millions d’habitant ce qui fait d’elle : le pays à la plus faible densité de population au monde avec 1.9 habitant au km2. Le climat continental est l’un des plus rudes du globe pouvant aller de -40 en hiver à +40 en été .Il y a 25 ethnies en Mongolie,25% de la population est nomade et vit de l’élevage.

Apres avoir passé quelques jours dans la steppe entourée de mongols exprimant à chaque instant une joie de vivre, un intérêt à l’autre, une posture très douce concernant ce qu’ils ne peuvent maîtriser, voici que je pose la question à mon ami Chinguun ; Quels sont les usages ,les pratiques, les habitudes en cas de conflit chez les nomades ?

C’est un peu étonné par cette question qu’il m’explique que cette notion de conflit n’est pas tellement dans les mœurs, il me l’illustre par l’adage : « Нэр хугархаар, яс хугар » ou « Ner khugarkhaar, yas khugar » ce qui a pour signification : mieux vaut se casser un os que de souiller son nom. En effet dans ce pays si peu peuplé, chaque personne représente par son nom : une famille, parfois une ethnie et se considère comme un ambassadeur, il se doit donc de maintenir le respect de son nom en agissant pour le mieux en toute occasion.

Quand j’ai évoqué le conflit chez les nomades on m’a aussi répondu qu’il n’était pas envisageable au regard d’un autre aspect, celui de la survie. En effet les conditions de vie sont tellement difficiles de par le climat, la géographie, la dépendance au troupeau, les prédateurs qu’il est fort possible qu’a un moment on ait besoin de l’autre pour sa survie, il n’est donc pas pensable de laisser les relations se dégrader.

J’ai pu observer que dans les coutumes, les usages, de nombreuses actions sont menées pour montrer le respect et la considération qui est porté à l’autre ;

L’hospitalité, que l’on connaisse la personne ou non, chacun sera accueilli de la meilleur façon possible, sera invité à goûter les divers produits résultant du travail de l’hôte. La manière de rentrer dans la yourte, le bon pied en premier montre le respect que l’on a pour l’hôte. La manière de se passer les boissons, en le faisant avec la bonne main et en soutenant son coude permet encore une fois de montrer le respect porté à celui à qui on passe le bol. Quand deux personnes se touchent les pieds, elles se serrent la main….

Ces actions et d’autres encore sont pratiquée quotidiennement et leurs messages implicites de respect et de bienveillance contribuent à la qualité relationnelle grâce à la reconnaissance de l’autre.

Au vue de toutes ces observations il me semble juste de dire que tout est mis en œuvre pour prévenir les conflits au sein des peuples nomades de manière culturelle. Cette organisation sociale est fondée sur l’altérité. Mais quand même, tout en reconnaissant la démarche d’altérité j’aimerai savoir ce qui se passe en cas de conflit, mes amis me répondront au conditionnel, s’il y avait un conflit, et que les impliqués n’arrivent pas à le régler, alors on demanderait à un aîné de venir le résoudre, et là, pas besoin de diplôme de juge ou d’arbitre, en Mongolie, les anciens ont toujours raison et font loi et c’est unanimement reconnu. Donc pas d’intervention d’un médiateur mais d’un sage qui tranchera, rassemblera autour de sa solution, selon son vécu, son ressenti de la situation. Le tiers intervient donc plus comme un conciliateur que comme un médiateur.

Un contexte historique paradoxal : Au 12 ème siècle les mongols organisés en clans sont confrontés continuellement à des luttes internes et divisés face à leurs ennemis. En effet à cette époque on volait sa femme à un autre clan, on empoisonnait ses voisins… Puis Gengis khan va rassembler les peuples autour de sa conquête du monde.

Aujourd'hui, Gengis Khan est largement reconnu comme l'un des leaders mongols les plus légendaires et les plus aimés par le peuple. On le pense responsable de l'émergence des Mongols en tant qu'identité ethnique et politique, ainsi qu'à l'origine de l'écriture mongole et de la yassa, premier code juridique mongol.

C’est notamment dans ce code que nous retrouvons les premiers éléments historiques de tolérance même dans un des contextes les plus guerriers que le monde ait connu. Un exemple fort est que les mongols n’entendent pas imposer leur foi : En fait si les grands leaders, les Khans s'intéressent aux questions religieuses (organisant des débats entre théologiens comme celui auquel participe Guillaume de Rubrouck en 1254), ils refusent longtemps de choisir entre les religions à prétention universelle qui se disputent la suprématie. Même s’ils finissent par se convertir à l'une d'elle, ils continuent de respecter les autres cultes et rejettent le fanatisme. En territoire Mongol, chacun est libre de professer sa foi. Aucune discrimination de nature religieuse n'est mise en œuvre dans le recrutement des serviteurs de l'Etat. Les grands Khans n'hésitent pas en effet à s'entourer de conseillers de toutes tendances: bouddhistes, musulmans, chamanistes et même chrétiens de différentes tendances. La tolérance religieuse et la neutralité de l'administration mongole dans le domaine des cultes forment à cet égard un contraste saisissant avec les habitudes dans les autres états de cette époque(1).

Une volonté d’état: En 1992 une nouvelle constitution définie la Mongolie comme un pays de démocratie, de justice, de liberté et d’égalité ayant des symboles d’indépendance et de souveraineté, elle a pour symbole son drapeau représentant les traditions, les aspirations, l’unité, la justice et l’esprit des mongols(2).

Le peuple mongol s’est uni pour faire la guerre et cette unité lui a permis de conquérir le monde, l’esprit de conquête n’est plus, mais l’esprit d’unité en son sein se maintient par un respect des traditions démontrant une démarche d’altérité dans son organisation sociale nomade. Seulement tout change et aujourd'hui, les nomades perdent de plus en plus de bétails chaque hiver. Ce sont des millions de bêtes qui ne survivent pas aux rigueurs du climat souvent à cause du manque de fourrage lié au sur-pâturage ce qui oblige de nombreuses familles à quitter leur mode de vie ancestral, le nomadisme pour se rapprocher des villes .La confrontation avec la vie sédentaire, la pauvreté et l’alcool, sont en train de transformer les peuples. L’adversité guette.


Sources: Chinguun, Tuchec, Ash, Amphisbene(1), Tzu-ying Han(MTAC Secretary)(2)

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