Ciao Stefano

De WikiMediation.

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Œuvre cinématographique : « Ciao Stefano » de Giani Zanasi, commenté par Marie-José Gava

Sommaire

Les problématiques abordées

Les conflits familiaux, les attitudes individuelles de réaction face aux situations destabilisantes, la difficile posture du médiateur.

L’histoire

Stefano Nardini, jeune guitariste, vit à Rome où il peine à percer dans le monde de la musique. Suite à une déception amoureuse, il décide de retourner dans le foyer familial, à Rimini, en Emilie-Romagne. Il y retrouve la chaleur des liens familiaux auprès de ses parents, de son frère, de sa sœur et de ses neveux. Mais il ne tarde pas à découvrir que chacun des membres du foyer est en proie à des tensions intérieures et à des conflits parfois lourds à assumer.

Le film vu sous l’angle de la médiation

Ce film, analysé avec « les lunettes » du médiateur, s’avère pertinent à de multiples égards.

Conflits et réactions d’adaptation

Il montre avant tout la complexité des relations humaines et des problématiques conflictuelles, en particulier au sein du noyau familial. Au travers de ce film d’une apparente légèreté, on retrouve les trois types de réactions d’un individu sous l’emprise d’une situation stressante, tels qu’Henri Laborit, théoricien des comportements humains, les a décrits. Ces trois réactions étant l’agressivité, le repli sur soi et la fuite.

Ainsi, Alberto, le frère de Stefano, qui a repris l’entreprise familiale de sirops et de conserves de fruits, est au bord de la faillite, étranglé par les dettes et les conflits sociaux (ses ouvriers en viennent à saboter les chaînes de production). Pour préserver ses parents, et leur montrer sa capacité à diriger la PME, ce chef d’entreprise a choisi la stratégie de la « fuite », autrement dit, de l’évitement. Mais cette stratégie a ses limites et Alberto va entrer en conflit avec son frère, qui cherche pourtant à l’aider.

Michela, la discrète sœur de Stefano, préfère quant à elle l’option du « repli sur soi ». La jeune femme a abandonné ses études à l’université pour se consacrer au dressage des dauphins, dans un parc aquatique de la région. Elle semble sereine, quoi que...

La mère de Stefano a également glissé vers un certain isolement puisque depuis des années, elle dissimule un secret : l’actuel père de Stefano n’est pas son père biologique. La nouvelle du décès du « vrai père » de son fils la plonge dans une grave crise intérieure, teintée d’un imparable sentiment de culpabilité.

Quant au comportement d’agressivité, il est représenté par celui de Stefano lui-même. Face à ces drames humains dont il est le témoin impuissant, il se met à disjoncter, alternant « coups de gueule », phases de combativité débridée et désabusement qui cachent sa propre angoisse existentielle.

Changer de point de vue

C’est là une autre thématique abordée dans ce film. Lorsque Stefano, un peu provocateur, demande à ses jeunes neveux « Vous n’avez jamais eu envie de partir d’ici ? Vous savez, même à 20 kilomètres, on voit les choses différemment... Si on ne quitte pas l’endroit où l’on est, on risque de devenir idiot... ». Dans ce passage, on perçoit l’idée du changement d’angle de vue, qui, rapportée à la problématique des conflits, permet aux parties de descendre de leur point de vue, condition préliminaire pour prétendre trouver une issue à leur différend. En restant campé sur ses positions, impossible d’y parvenir.

Le rôle de médiateur

Ce film montre également toute la difficulté pour un individu à assumer le rôle de médiateur neutre et impartial au cœur de conflits, quels qu’ils soient (familiaux, sociaux, financiers, professionnels…). A l’écran, ce rôle est représenté par Stefano qui devient en quelque sorte le secouriste de la famille.

D’emblée, dès son retour dans le foyer familial, le jeune homme va coiffer la casquette de médiateur. Il en a les qualités : sens de l’écoute, perspicacité, assurance. Stefano adopte par ailleurs un comportement interventionniste puisqu’il a la ferme intention de permettre à chacun des membres de la famille de sortir du conflit qui le tourmente et de tendre vers l’équilibre. En cela, il assume avec justesse cette mission de médiateur. En effet, il va jouer le transmetteur d’informations au sein de la cellule familiale, mais aussi, avec l’extérieur (lors d’un rendez-vous avec le banquier de son frère, par exemple). Il contribue ainsi à mettre à jour les non-dits entre les uns et les autres, en incitant chacun à aller chercher au fond de lui-même les racines du conflit.

Et ses limites

Seulement voilà, Stefano, victime d’un excès d’empathie (voire de sympathie), finit par sortir de son rôle. Du médiateur soucieux de faciliter la circulation de l’information entre les parties, afin qu’elles trouvent par elles-mêmes une issue à leurs tourments, le jeune homme bascule vers le rôle de sauveteur, voire du donneur de leçons. Il enrage de ne pouvoir aider les uns et les autres à sortir de leurs conflits, du coup, il multiplie les faux pas. « Je dois vous dire ce que je pense, vous refusez de voir les choses en face, moi, je sais parce que je vais au fond des choses ! » martèle-t-il à ses proches (autant de phrases contraires à la posture du bon médiateur). Réaction immédiate de la famille : l’agressivité.

Pris dans la toile de l’affectif, Stefano finit par se perdre dans le labyrinthe des sentiments. Désireux d’aboutir à une harmonie durable, il intervient – trop – se substituant aux acteurs eux-mêmes, s’identifiant à eux, faute de distance suffisante. Dépassé par les problématiques familiales, il se fragilise, se fissure, implose. Psychologiquement, il est anéanti. Pulvérisé dans le tourbillon des conflits familiaux. Son (faux) père reconnaît, malgré tout, sa mission mais il conclut ainsi : « Jouer de la musique, c’est ce que tu sais faire de mieux... ». Et Stefano reprend sa guitare, et quitte l’univers conflictuel dans lequel il s’est laissé happer.

Le rôle de médiateur, en effet, ne s’improvise pas.

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