Conflit

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Version du 5 août 2015 à 12:47 par Jean-Louis Lascoux (discuter | contributions)
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Le mot conflit a été emprunté du latin conflictus qui signifie « lutte, combat » et de confligere qui signifie « heurter », « se heurter ». Un conflit peut être distingué d'autres types de différends :

  • une crise (latin crisis) présente une charge émotionnelle spontanée et d'une durée que l'on pense à priori courte ;
  • un contentieux - jusqu'au XVIIe siècle surtout au sens de « querelleur » - emprunté du latin contentiosus, « querelleur » et, dans la langue juridique, « litigieux, qui provoque la discussion », de contentio, « lutte »
  • un litige repose sur une question d'interprétation du droit combinée ou non avec des aspects techniques
  • un différend : désaccord, contestation entre deux ou plusieurs personnes sur des opinions ou sur des questions d'intérêts.

Un conflit présente l'ensemble des caractéristiques ci-dessus. Cette identification des composantes des conflits permet de comprendre qui fait quoi, dans quel domaine, dans quel but. Elle ouvre la voie à un travail mécanique des conflits et permet de mieux les appréhender...

Sommaire

Un conflit ce n'est pas ... c'est ...

Un conflit dans une organisation, ce n'est pas une affaire d'enjeux, d'intérêts, de technique, de finances, de représentation du monde ou des personnes. Les typologies qui font des conflits des spécialités sont inopérantes. Un conflit n'est pas un désaccord sur des choix. Un conflit, c’est se laisser embarquer par des états émotionnels qui dégradent voire font obstacle au dialogue...

Les invariants des conflits

Ceux qui en sont affectés pensent vivre un record et s’attachent à transmettre en héritage leurs gloires vaniteuses. On peut constater que le terme de conflit doit être interrogé préalablement à toute réflexion approfondie visant une résolution d'un conflit. A défaut, il est rapide de confondre un conflit avec un débat animé, une polémique, une divergence d'opinion, que l'on pourra définir comme conflit de valeur que l'on retrouve ici avec une approche académique[1].

Trois invariants d'un conflit judiciarisable

Nous pouvons constater que tous les conflits qui sont présentés habituellement au système judiciaire en vue de les faire arbitrer, ont une composante juridique, conséquence d'une relation établie sur un fondement technique ou affectif.

Ainsi, nous pouvons identifier utilement les trois invariants de la dynamique conflictuelle judiciarisée[2] :

  1. juridique
  2. technique
  3. affect - émotion

Dans les définitions présentées ci-dessus, il est aisé d'identifier les dominantes dans les différents types.

Le système judiciaire examine le différend en prenant l'aspect juridique, puis le technique et enfin l'affectif. La médiation procède de manière inverse. Il faut donc bien voir une grande différence de pratiques et de compétences.

J'ai pu identifier que ces trois composantes du conflit sont présentes dans toutes les actions judiciaires. Cette identification des trois composantes du conflits permet de savoir comment interviennent les différents acteurs chargés de la représentation des parties, de la compréhension de la situation conflictuelle, de son arbitrage ou de l'accompagnement de sa résolution.

voir les invariants en médiation professionnelle.

Le juriste et le conflit

Le juriste approche le conflit au regard du droit et des éléments constitutifs du contrat et du respect des textes législatifs et règlementaires. L'avocat prend le parti de son client, en développant son argumentation à partir du droit, puis examine ou fait examiner les aspects techniques. Il agrémente son argumentation par les aspects émotionnels auxquels il donne une présentation pour les rendre compréhensibles, voire simplement audibles par le juge.

L'expert et le conflit

L'élément technique, s'il dépasse les compétences d'approche du juriste, est confié à un expert, lequel en réalise l'observation et peut faire des préconisation quant à la réparation matérielle. Le rapport de l'expert éclairera éventuellement le juge pour qu'il puisse rendre une décision.

L'élément émotionnel, en droit, est un moyen pour le défenseur de présenter les dégats affectifs causés par le non respect du cadre juridique. Il pourra le cas échéant faire l'objet d'une réparation prononcée par le juge.

Ainsi, avocats, experts et juges ou arbitres ont en commun de poursuivre la logique d'examination d'un conflit : à commencer par l'élément juridique, en suivant par l'élément technique et réparant éventuellement l'élément affectif.

Le médiateur et le conflit

Le médiateur procède de manière totalement inversée. C'est pourquoi la médiation professionnelle permet aux personnes d'entretenir le cadre de leur liberté de décision. Et c'est ce que nous travaillons en formation.

Surenchère et exponentialité dans les conflits

Le conflit s'alimente d'une forme d'exponentialité. Celle-ci est due à une rencontre fusionnelle entre une demande matérielle vécue comme illégitimement rejetée et l'émotion que le sentiment d'illégitimité a provoqué. Une gradation s'en suit. Par exemple, une frustration dégénère en colère.

Une personne s'est vue brimée par la maladresse d'une autre. Elle pose une réclamation matérielle tandis qu'elle n'est encore que frustrée. Sa requête est rejetée. Son sentiment d'injustice s'ajoute de manière amplifiée à sa frustration initiale. La demande qu'elle fait pour se faire entendre augmente, comme quelqu'un qui élève la voix jusqu'à crier parce que son interlocuteur ne lui semble par être à l'écoute. Ce qu'elle se dit en elle est devenu si obsédant qu'elle hurle pour couvrir l'ensemble du montage sonore. A mesure que le volume sonore augmente, la demande augmente aussi. L'exemple de l'amplification vocale vient illustrer un mécanisme. Toutefois, la colère peut très bien ne pas être systématiquement verbalisée et vocalisée. C'est l'émotion qui accumule différentes manifestations lesquelles déforment l'état initiale de la même manière que la matérialité originelle s'en trouve simultanément transformée.

La demande matérielle peut paraître à ses interlocuteurs disproportionnée relativement à la matérialité initiale, mais elle trouve une logique compensatoire. La raison est soumise à la dynamique émotionnelle et justifie la valeur ajoutée à la demande initiale. Le conflit peut alors prendre des proportions qui peuvent paraître injustifiées et dont la logique est cependant très perceptible mais exclusivement par la personne concernée.

Les avantages à entrer en conflit

Rien n'est fait par une personne si elle n'y trouve pas un avantage, un bénéfice, une dynamique positive, un intérêt. Cet aspect du fonctionnement humain peut conduire les personnes à des conséquences paradoxales. Il repose sur le principe de la dynamique de bonne intention centrée sur soi, par une quête de satisfaction, d'harmonie ou d'équilibre.

Il convient de faire réfléchir une personne en conflit à ce qu'elle trouve dans sa persistance conflictuelle - soit les bénéfices directes du conflits :

  • en elle
  • dans la relation avec l'autre

Ce qu'elle a trouve immédiatement dans le conflit et les conséquences à moyens et longs termes...

Des mots pour les conflits

Notes et références

  1. Dissertation qui pose la question du rôle de la philosophie, lieu de débat, de conflit et de réflexion, au cœur des conflits de valeur, omniprésents dans notre quotidien.
  2. Clarification proposée par Jean-Louis Lascoux, publiée dans Le Code de la médiation, Médiateurs Editeurs 2009
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