Conflit, concurrence, compétition, émulation

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Conflits, concurrence, compétition, émulation ... et médiation 

La pratique de la médiation en entreprise peut être freiné par différentes idées reçues, au nombre desquelles :

- les conflits sont innévitables dans toute organisation humaine et particulièrement en entreprise ;

- les conflits sont utiles à l'entreprise, ils obligent les collaborateurs à se dépasser, ils font "sortir" les meilleurs, ...


Ces idées peuvent trouver leur origine dans une confusion de sens entre différentes notions que sont : le conflit, la concurrence, la compétition et l'émulation. Si toutes ces différentes notions qualifient des relations entre acteurs, elles ne sont pas pour autant équivalentes.

En effet, la compétition ou concurrence, l'émulation ou le challenge, supposent une relation structurée entre les parties, a minima par deux conditions : un but partagé et connu des différents acteurs et des règles du jeu préétablies. Ce but et ces règles peuvent être plus ou moins clairs et plus ou moins acceptés par les protagonistes : moins ils le sont plus le risque de dériver vers une situation conflictuelle est grande.

Une situation conflictuelle se caractérise, par opposition aux situations de concurrence ou de compétition, par une relation totalement déstructurée, dominée par les affects. Cela ne veut pas dire que des situations de concurrence ou de compétition sont dénuées d'affects, mais ces derniers sont (plus ou moins) solidement encadrés par le but à atteindre et les règles à respecter.


Sommaire

Conflit :

Définition du dictionnaire Larousse

- Lutte armée, combat entre deux ou plusieurs puissances qui se disputent un droit.

- Violente opposition de sentiments, d'opinions, d'intérêts : Le conflit de deux générations.

- Situation opposant deux types de juridiction (conflit d'attribution) ou deux tribunaux d'un même ordre (conflit de juridiction) qui prétendent tous deux se saisir d'une même affaire (conflit positif) ou, au contraire, se refusent l'un et l'autre à s'en saisir (conflit négatif).

- Expression d'exigences internes inconciliables, telles que désirs et représentations opposés, et plus spécifiquement de forces pulsionnelles antagonistes. (Le conflit psychique peut être manifeste ou latent.).


Étymologie (CNTRL) :

Vient du latin confligere qui veut dire lutter, combattre


Trois sources de conflit :

  • Interprétations : ce que je pense de l’autre, de l’action de l’autre
  • Prêts d’intention : ce que l’autre n’a pas dit et que j’ai entendu
  • Contraintes : ce que je veux que l’autre fasse et lui non


Trois invariants du conflit :

  • Juridique : la loi, le contrat
  • Technique : les conditions d’application de la loi ou du contrat, les actes et leurs conséquences
  • Emotionnelle : la relation entre les acteurs, leur ressenti


Dans l’entreprise : Le conflit ne doit pas être considéré comme indissociable de la vie d’une entreprise. Il est même systématiquement contre-productif. En effet, il augmente les « frottements » des rouages de cette dernière (on peut dire également qu’il en augmente l’entropie). Ce faisant, il augmente l’énergie et les moyens nécessaires à son bon fonctionnement, énergie et moyens qu’il détourne de l’objet même de l’entreprise (ses produits, son marché, ses clients). Il diminue la capacité de l’entreprise à anticiper sur les risques et les opportunités, parce qu’il empêche la bonne circulation d’informations essentielles, par le fait de la mauvaise qualité de la relation entre les acteurs. Poussé à l’extrême, il peut conduire à d’authentiques actes de sabotage des personnes en conflit envers leur propre entreprise. Le conflit ne conduit en rien ni à la créativité ni au dépassement de soi.

Concurrence :

Définition du dictionnaire Larousse

• Compétition, rivalité d'intérêts entre plusieurs personnes qui poursuivent un même but : Être en concurrence avec quelqu'un pour obtenir un poste.

• Structure d'un marché qui se caractérise par une pluralité d'entreprises en compétition les unes par rapport aux autres pour bénéficier de la préférence des consommateurs.

• Compétition sur le marché commercial entre plusieurs produits, services, etc.

• Ensemble des commerçants, des industriels concurrents : Lutter contre la concurrence.


Ethymologie (CNRTL) :

Latin médieval concurrentia : "somme que l'on peut dépenser" ou "rivalité"


Trois sources de concurrence :

  • But commun et antagoniste entre plusieurs acteurs : objectif à atteindre, prédéfini qui anime l’action et met en concurrence des acteurs antagonistes  - Opportunité : un marché (besoins exprimés par un tiers, ce dernier ayant renoncé (au moins temporairement) à produire par lui-même la réponse à ces besoins), un concours, une niche écologique, ... Une opportunité peut être "provoquée" par l'un des protagonistes de la concurrence (qui réalise alors un travail de prescription), par exemple sur la base d'un avantage concurrentiel (technologie, ...).
  • Ressources limités : la ressource disponible est inférieure à la somme des besoins (réels ou supposés) des acteurs
  • Réglementation : règlementations qui régissent ou non l’exercice de la concurrence, « règles du jeu » - le cahier de charges, les caractéristiques du besoin qui crée la mise en concurrence, …

    Trois invariants de la concurrence :
  • Variation : mécanisme qui permet de proposer ou de tester de nouvelles solutions en situation de concurrence (ou de compétition) 
  • Sélection : mécanisme qui selectionne parmi les variations l'une d'entre elles pour répondre à une situation de concurrence
  • Contrainte historique : point dont on part et qui conditionne les variations imaginées ("champ des possibles")


Dans l’entreprise : Deux types de concurrence doivent être envisagés : La concurrence externe, contre d’autres entreprises produisant le même bien ou le même service est consubstantielle du fonctionnement des entreprises. Elle fait partie de leur dynamique, elle conduit à leur succès ou à leur disparition. Elle est porteuse d’innovation et de dépassement de soi, tout en restant clairement dans la sphère de l’adversité puisqu’elle constitue une contrainte. La concurrence interne, entre services d’une même entreprise : si elle ne concoure pas à un but commun, elle paraît ressortir de la sphère du conflit. Dans le cas contraire, il semble plus approprié de parler d’émulation.

La concurrence vue par un paléoanthropologue(P. Picq - "Un paléoanthropologue dans l'entreprise") :

"D’un point de vue darwinien, la concurrence associe sélection, symbiose, coo-pétition, interdépendance, prédation et entraide, ce qui donne la coévolution et produit de la biodiversité." Ce qui confirme que la concurrence est bien une notion radicalement différente à celle de conflit.

Compétition :

Définition du dictionnaire Larousse :

• Action de chercher à obtenir en même temps que d'autres le même titre, la même charge ou dignité, la même fonction, etc. : La compétition électorale.

• Action de participer à un championnat, à une coupe, à un tournoi : Faire de la compétition automobile.

• Épreuve sportive mettant aux prises plusieurs équipes ou concurrents : Participer à une compétition de natation.


Ethymologie (CNRTL) :

Emprunté à l'anglais competition « rivalité, compétition »


Dans l’entreprise : La notion de compétition paraît indentique à celle de concurrence, partageant les mêmes sources et invariants. Toutefois, la notion de compétition semble mettre un accent plus particulier sur la question des ressources et plus significativement sur la limitation de ces dernières. Dans le cadre de la théorie de l’évolution des espèces, la compétition pour l’accès à des ressources limitées est un facteur de sélection qui conduit à la différenciation, à la diversification des réponses puis à la sélection et à la disparition de certaines espèces (les moins adaptées) au profit d’autres espèces (les plus adaptées). Ainsi deux personnes travaillant dans une même entreprise peuvent être en compétition pour la même ressource (exemple : fonds pour financer un projet). Suivant les stratégies adoptées par les protagonostes, il n'est pas impossible que cela dégénère en conflit ...


Emulation :

Définition du dictionnaire Larousse :

• Sentiment qui pousse à faire aussi bien ou mieux qu'un ou plusieurs autres dans diverses activités ; rivalité conçue comme une incitation au travail : Émulation en classe.

• Simulation par des moyens matériels et logiciels d'un ordinateur d'un certain type sur un ordinateur d'un autre type.


Ethymologie (CNRTL) :

Emprunté au latin classique : "aemulatio" soit « désir d'égaler (en bonne ou mauvaise part) ».


Trois sources de l’émulation :

  • But commun à plusieurs acteurs : objectif à atteindre, prédéfini qui anime l’action et suscite l’émulation d’acteurs concurrents ou non
  • Opportunité : domaine d'application du but à atteindre
  • Récompense : ce que je gagne si j’atteins le but


Trois invariants de l’émulation :

  • Réglementaire : règlementations qui régissent ou non l’exercice de la concurrence, « règles du jeu »
  • Dynamique positive : envie / culture du dépassement de soi.
  • Métrique : ce qui permet de mesurer l’avancement et de vérifier l’atteinte du but

 

Dans l’entreprise : L’émulation semble concerner plus particulièrement l’interne d’une entreprise. Elle suppose la définition d’un but commun à plusieurs équipes (ex : amélioration des résultats sécurité et santé au travail) et non nécessairement exclusif : l'un des participants peut atteindre le but sans que cela empêche obligatoirement les autres d’en faire autant. Pour être « saine », elle suppose des règles claires idéalement co-construites entre les compétiteurs. L’émulation est souvent porteuse de créativité, d’innovation et de dépassement de soi. Bien menée, elle appartient au registre de l’altérité.


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