Crédit Mut

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Le spot télé_

Point de vue d'un médiateur sur une pub "Crédit Mutuel" par Alain Gadreau

Sommaire

Dialogue

Le père : Où tu vas comme ça ?
La fille : Au crédit mutuel
Le père : A cette heure-là ?
La fille : Heu oui, c’est l’assemblée générale.
Le père : Et avec ce que tu as sur ton compte, tu crois qu’ils vont t’écouter ?
La fille : Tu sais papa, au crédit mutuel ce n’est pas comme ici, ce n’est pas le plus fort qui fait la loi. Quand tu es client et sociétaire, tu as une voix et tu peux voter et participer aux décisions. On est tous à égalité, c’est cela la démocratie. Le père : Oh là (en levant la main)
La mère : ça serait bien si c’était partout comme ça ! »

Introduction

J’ai trouvé cette publicité intéressante car elle montre une famille dans un mode de communication dont les échanges peuvent indiquer une tension latente depuis fort longtemps (mon interprétation). Nous pouvons trouver ici différents ingrédients du conflit.
C’est une scène qui peut paraître banale, une simple discussion entre un père et sa fille, avec une légère intervention de la mère.
Pour l’analyse de la scène avec un regard de médiateur, je vais « interpréter » les rôles et être ainsi dans un imaginaire qui me permettra d’exploiter mon argumentation. De ce fait en me basant sur les quelques propos des uns et les autres je vais imaginer, prêter des intentions, des jugements et accentuer la dynamique de conflit.
Dans la totale interprétation des rôles, je dirais que nous avons dans cette pièce un père qui sait tout. Un père qui a le savoir puisqu’il est le père, et sa fille qui a grandi et ose lui répondre. Nous pouvons voir que sous l’effet de son émotion la réponse de la fille fuse telle une balle de ping pong : «ce n’est pas comme ici, ce n’est pas le plus fort qui fait la loi ». La maman qui semble être exacerbée par la rengaine de ce type de débat conclura en tentant de montrer sa tristesse ou sa résignation.
Je vais rechercher dans ce court épisode les éléments de communication qui sont sources de montées en tensions. Nous allons voir qu’un conflit peut naître rapidement au travers d’un échange qui détient des ingrédients de violence.
Quelques questions peuvent rapidement se poser à notre esprit.

Sommes-nous dans un conflit ?
Quelles sont les raisons qui pourraient amener chacun à monter en tension ?

  • Interprétation ?
  • à priori ?
  • préjugé ?
  • jugement ?
  • contraintes ?
  • comparaison ?

Quelles sont les émotions qui visitent chacun des protagonistes ?
Quels sont les moyens qui pourraient permettre à cette famille de communiquer sur d’autres types de registres ?

Pour le père…! Un changement qu’il n’accepte pas….. qui lui est dure à vivre ?
Pour la fille ?
Pour la mère ?

Sommes-nous dans un conflit ?

Nous retrouvons dans ce court métrage :

  • un lien juridique entre les parties: famille, parents, enfants, mari, femme.
  • un élément technique: La situation économique et financière différente des acteurs. La jeune femme peut être encore étudiante,faible ou absence de salaire. Le père avec des responsabilités et un salaire conséquent.
  • un déclencheur émotionnel.

Nous assistons dans cet épisode non pas à une dispute, mais seulement à un désaccord avec des points de vue différents. Et en même temps, je dirais que nous avons suffisamment d’ingrédients pour un conflit. La scène laisse à penser que la communication dans cette famille a été longtemps descendante. Quand le père donne son opinion ou sa décision, la famille doit obtempérer (mon interprétation). Cette situation pourrait être la répétition de scénarii vécus depuis bien des années. Cette tension, sans cesse croissante, semble se calmer dans certaines circonstances car la mère joue le rôle de celle qui évite de mettre de l’huile sur le feu. Le droit à la différence d’opinion semble ne pas être toléré dans la famille. La différence d’opinion, la différence de regard sur les choses, la différence de point de vue deviennent les étincelles qui risquent de faire exploser le système familial. Nous pouvons imaginer que cette situation n’est que la répétition de scènes identiques par la tension dues à autant de maladresses, de mal dits et d’entêtements.
Tout simplement, dans ce cours dialogue, nous pouvons trouver différents ingrédients visibles du conflit.

Le père:
Et avec ce que tu as sur ton compte, tu crois qu’ils vont t’écouter ?

  • P ==> X
  • I
  • C ==> X

La fille:
Tu sais papa au crédit mutuel ce n’est pas comme ici, ce n’est pas le plus fort qui fait la loi. Quand tu es client et sociétaire, tu as une voix et tu peux voter et participer aux décisions. On est tous à égalité, c’est cela la démocratie. ?

  • P
  • I ==> X
  • C ==> X

La mère:
Cela serait bien si c’était partout comme ça ! ?

  • P ==> X
  • I ==> X
  • C ==> X


Quelles sont les raisons qui pourraient amener chacun à monter en tension ?

Pour le père

Antoine de Saint Exupéry écrivait « la vraie rencontre a lieu entre les êtres et non entre les rôles ». Le père semble (mon point de vue) vivre sa relation avec sa fille comme un père qui a tout le savoir et la connaissance. Il ne se montre pas, dans cette scène, un père qui chercherait une relation qualitative et une volonté d’accompagner sa fille dans sa vie de jeune adulte. Il est confronté à cette dualité du changement imposé et non accueilli. Sa fille a grandi, elle a changé et il refuse de la considérer comme une adulte. Il se montre un père qui sait (qui ne sait pas qu’il ne sait pas), qui a l’autorité, qui dirige, qui ordonne, qui a lui aussi été (certainement) élevé dans une éducation dans laquelle le père disait quelque chose et toute la famille devait filer droit.
La difficulté pour lui, ou plutôt la difficulté pour établir avec sa fille une relation dans la communication, est qu’il ne sait certainement pas faire autrement. Il lui parle sous forme d’interrogatoire, et quand sa fille répond, il peut avoir du mal à gérer son émotion. Il rétorquera sur le ton de l’ironie ; sans réfléchir, en mode express, il utilisera ce moyen de réponse. Ce n’est pas de la méchanceté, certains diraient c’est de la bêtise. Si je regarde cet homme avec un œil différent, je dirais qu’il n’a pas appris d’autres modes relationnels. Il est même certainement interloqué quand l’autre lui répond du tac au tac et au fond de lui-même il se dira l’enfer c’est les autres, ou alors « elle a du répondant ma fille, c’est bien, elle ne se laissera pas faire »…

S’il réfléchit à la situation il ne pensera pas qu’il a une part de responsabilité dans la discorde.

Il utilise la comparaison comme mode de réponse, ce qui risque de générer une tension chez l’autre « Et avec ce que tu as sur ton compte, tu crois qu’ils vont t’écouter ». C’est un obstacle à la qualité relationnelle. Si je reformulais son propos en y rajoutant de l’interprétation, je pourrais dire par exemple « dans les banques on écoute les personnes qui ont un compte bien rempli, ce n’est pas le cas pour toi. Il y a les riches et les pauvres, toi, tu n’as aucune chance d’être écoutée». J’entends derrière cette phrase quelqu’un qui est marqué par le système binaire et comparatif un système dans lequel il n’y a pas de gamme de gris. Tout est blanc ou tout est noir, tout est bon ou tout est mauvais. De plus la fille risque d’entendre derrière ces propos dont l’humour est cassant, qu’elle n’a pas réussi professionnellement ou qu’elle en est encore loin.

Pour la fille

Quand elle entend le questionnement de son père et ses propos quant à sa situation financière, elle gère son émotion tant bien que mal et va lui répondre sur le même mode de communication qui est la comparaison.

Elle lui répondra donc « Tu sais papa au crédit mutuel ce n’est pas comme ici ! On est tous à égalité, c’est cela la démocratie.» Elle a dû souvent se retrouver dans cette situation avec son père sans trop savoir quoi répondre. Elle a certainement appris progressivement par mimétisme à utiliser sans le savoir un mode miroir dans ses réponses. « Tu aimes comparer les choses pour montrer ta toute puissance, et bien moi je vais faire de même. Je vais comparer les modes d’écoutes, celui de ma banque et celui de ma maison. En filagramme papa, tu pourras entendre, et bien tu vois, je préfère de loin passer une soirée avec ma banque pour parler de projet et de me savoir écouter que de passer une soirée de plus avec toi pour t’entendre me sermonner ». Ceci n’est bien sûr que conjecture, cela ne représente qu’une hypothèse de ce que la fille peut penser quand elle répond à son père. Elle a choisi ce mode de réponse car elle est sur la défensive et cherche à reprendre une position qui lui semble meilleure, celle de son père, celui qui a raison. Si elle réfléchit plus tard à la situation, elle pourrait se dire que c’est dommage d’avoir de telles relations, qu’elle n’est en aucun cas responsable de ces incompréhensions et de ces incessants conflits latents, que son père n’y comprend rien et que l’enfer c’est les autres.

Pour la mère (mon interprétation)

La mère dans cet échange n’interviendra que très peu. Elle donnera une note finale «ça serait bien si c’était partout comme ça ! »

Elle a certainement tenté tout au long de sa vie la discussion avec son mari, je veux dire, tenté d’échanger des idées, des points de vue. Pour différentes raisons, il y a beaucoup de tensions, et sous la colère et la pression qu’elle devait ressentir, elle a appris que son meilleur choix pouvait être la fuite et que d’une certaine manière elle vivait cette résignation. Ou encore laisser croire à l’autre que les contraintes qu’il pensait mettre sur elle ou sur ses enfants fonctionnaient.

Afin de limiter la tension de son côté, ne sachant pas comment parler ou aborder son mari sans déclencher des tsunamis de colère, elle s’est adaptée d’une part et à appris à répondre elle aussi dans certains cas en utilisant le même mode que son mari. Elle répond en miroir, elle compare aussi « ça serait bien si c’était partout comme cela ». En reformulant, on pourrait dire : ce que l’on vit ici est inadmissible et invivable, c’est simplement mal, alors que là-bas ce qui est vécu est paradisiaque et tout simplement l’idéal de vie. Marquée par ce que la morale indique comme bien ou mal, elle est ballotée dans ses émotions qu’elle cache, et en même temps elle semble vivre cela comme une normalité. Elle s’est progressivement habituée à supporter cela en rentrant dans un fatalisme fonctionnel.

Elle s’exprime aussi en utilisant la comparaison sur un ton différent que celui du mari et elle exprime la contrainte qu’elle ressent de son mari, cette contrainte à se soumettre à ses idées. Elle pointera d’une certaine manière son mari en l’accusant dans le non-dit, « dans notre foyer ce n’est pas la liberté d’expression et c’est toi qui en est la cause ». Dans son for intérieur elle pourra se dire qu’elle n’est en rien responsable de ces disputes, que son mari n’y comprend rien et qu’il ne changera jamais. L’enfer c’est les autres.

Quelles sont les émotions qui visitent chacun des acteurs ?

Le conflit s’installe quand chacun reste campé sur son point de vue sans vouloir lâcher un pouce. Ce sont les émotions débordantes et parfois non contrôlées qui mettent en exergue le conflit. Tant que tout le monde s’adapte on pourra penser que la situation est paisible mais dès lors que les émotions ne sont plus contrôlées on verra nettement le conflit au grand jour.

Le père (ce qu’il a pu vivre dans son for intérieur)

Il voulait tenter de discuter ce soir avec sa fille. Il sait qu’il a certaines difficultés de communication. Il est content et reposé après un bon repas en famille.

Tout à coup, voyant sa fille qui s’en va, il est frustré. Il cache sa frustration et interroge sa fille sur sa sortie. Insatisfait et énervé par le fait qu’elle s’en aille, il ne peut pas s’empêcher de la taquiner, juste un peu.

Par contre elle lui répond. Elle a bien grandi et n’est pas capable de se taire. Comme tous les jeunes elle pense avoir toujours raison : Quelle famille ! Ras le bol.

Le père se sent seul et amer. Comble de tout, la mère comme d’habitude ne peut pas s’empêcher de venir au secours de sa fille.

Toutes ces émotions sont au centre de ce que vit le père. Ne sachant pas comment les gérer et n’ayant pas d’autres stratégies à utiliser que celle qu’il a vécu de nombreuses fois, la pression augmente et les risques d’explosions sont réels. Il se sent très seul.

La fille (ce qu’elle a pu vivre dans son for intérieur)

Ce soir la fille est bien disposée car elle est conviée à l’assemblée générale de sa banque. Des projets plein la tête, de belles perspectives qui la rendent enthousiaste et remplie de plaisir.

Elle était un peu stressée à table et n’a pas voulu parler de sa soirée à son père qui ne comprend jamais rien à sa vie. Il la considère toujours comme une adolescente et semble consterné de la voir prendre son envol. De ce fait, pour un rien, il explose, il enquête et veut tout gérer. Elle le connait par cœur, et tellement par cœur qu’elle sait que c’est impossible qu’il puisse changer.

Tout à coup, au moment de partir, il la questionne et là c’est le drame. Elle s’emballe intérieurement, mais tente de ne pas trop le montrer. Puis, du tac au tac, elle lui répond comme elle sait si bien le faire. Elle reprend sa manière de critiquer et lui sort une pique du même style. Ouf ! Cela soulage. Elle lui a envoyé une bombe et elle s’en va à sa réunion. Là-bas au moins elle sait qu’elle sera écoutée. Par contre à la maison cela devient dur et ce soir c’est la goutte qui fait déborder le vase.

La mère (ce qu’elle a pu vivre dans son for intérieur)

Elle est heureuse de voir sa fille qui grandit et qui s’assume de plus en plus. C’est beaucoup de bonheur pour elle. Par contre, dans son couple, avec son mari, c’est difficile. Il est dur, très dur, il veut tout diriger. Il critique et se montre dédaigneux avec sa fille et n’a aucun mot de reconnaissance vis-à-vis d’elle. Elle préfère ne pas le contrarier et acquiesce à ses exigences. Ainsi, elle calme les disputes. Elle se sent très seule.

Quels sont les moyens qui pourraient permettre à cette famille de communiquer sur d’autres types de registres ?

En fait, c’est certainement la question la plus complexe.
Le point central de toute communication est l’intention. Si chacun se posait la question suivante :<br /

  • Quelle est mon intention dans ce que je vais dire ?
  • Pourquoi et dans quel but ?

Ce serait la première piste pour rentrer dans une dynamique de changement pour un cercle vertueux et pour une meilleure qualité relationnelle.

Le second principe fondamental serait de prendre conscience que les préjugés et les jugements ou encore les procès d’intention sont les ingrédients principaux générateurs de conflits. C’est en prenant conscience de ces points que le démarrage de nouveaux échanges pourra commencer. De nouvelles stratégies et éléments de réponses pourront être imaginés et des épisodes différents seront possibles.

En troisième lieu, exprimer les faits, ce qui s’est déroulé sans interprétation, ni jugement associé au ressenti de la personne pourrait permettre d’apaiser la relation.

C’est ce que le médiateur utilisera lors de son entretien pour permettre la reconnaissance dans la situation vécue.

Conclusion

Dans cet échange rapide j’ai imaginé différentes possibilités d’intentions et les jugements que les uns ou les autres pouvaient avoir dans cette situation.

Les éléments qui dégradent la relation sont mis en évidence : les prêts d’intention, les interprétations et les contraintes, et nous avons pu voir que ces éléments peuvent être utilisés à tour de rôle par chacun des interlocuteurs. La qualité des relations s’est vite dégradée par l’utilisation des comparaisons (Facteur dégradant de la relation)

Si l’un ou l’autre avait l’idée de reconnaître la légitimité du point de vue son prochain, et ainsi changer de registre de communication, cela ouvrirait une brèche qui permettrait une relation plus apaisée.

Nous pouvons constater qu’il suffit de quelques mots mal-dits, d’une plaisanterie douteuse pour qu’une situation tranquille se transforme en une soirée tragique.

Le médiateur devra trouver les clefs qui permettent aux interlocuteurs de s’écouter, de se parler et d’entreprendre de trouver en eux des solutions à leurs problèmes.

Un possible scénario avec un esprit « qualité relationnelle » aurait pu être avancé par la mère. Elle aurait pu intervenir de cette manière :
« Quand tu vois sortir ta fille qui est devenue une jeune femme, tu te sens certainement désemparé car tu la vois progressivement nous quitter. Tu as certainement des peurs que tu ne maîtrises pas… alors tu la taquines car tu ne sais pas montrer un autre visage. Qu’en penses-tu ? » Un dernier point que je soulignerai sur ce dossier est relatif au changement. Nous savons que tout changement est, soit imposé soit souhaité. Ce changement recevra un bon ou mauvais accueil. Ne serions-nous pas dans cette histoire dans le cas d’un changement biologique ? L’enfant est devenue jeune fille puis jeune femme. Le père semble mal accueillir ce changement imposé par la vie et de ce fait va mal réagir ne sachant pas comment faire. Le médiateur pourra par son questionnement amener les parties à prendre conscience d’autres possibles.

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