Cyrano l'indépendant

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Un regard sur Cyrano l'indépendant, par Ivan Martin.


Sommaire

Cyrano Savinien-Hercule de Bergerac, héro en un mot : Indépendant !

(Œuvre en pages et en images)

En quelques mots

« ...Empanaché d’indépendance et de franchise…
Retroussant mon esprit ainsi qu’une moustache,
Je fais, en traversant les groupes et les ronds,
Sonner les vérités comme des éperons.»
(Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand, Acte 1, Scène 4)

Un coin du miroir

Gardons l’aspect médial de l’histoire, les nombreux aspects de l’intrigue qui nous rappellent la médiation, pour une autre synthèse, plus tard, peut-être la vôtre. Pour l’instant considérons de notre point de vue limité la richesse du texte, des dialogues seulement, pour en extraire une broutille - tentative de butiner sur ces pistils formidables une poussière de pollen sur laquelle l’œil du médiateur pourrait reposer sa fortune, en posant sur ce miroir sans âge, l’image que de lui-même il quêterait.

Identité d'un Héro

Cyrano ; Médiateur de génie, perfection de discipline, magistrale rhétorique, mission de vie que celle du sens et de son combat pour la justesse.

Un homme « contre mille », au « panache » indépendant contre lequel seule la chute d’une poutre se risque une fissure. Entier - tellement que cette seule fissure, première et dernière atteinte, lui coûte la vie. A la fois moralisateur et anarchiste iconoclaste, engagé comme cent hommes dans un combat infini, prenant le parti de sa passion de justesse et de justice au front de tous, il est aussi celui qui passe et transmet la voix de l’autre, disparaissant aussi habilement qu’il sait imposer sa voix. C’est d’ailleurs peut-être ici, dans le mot, le verbe, la verve, que jamais il ne s’éteint, car même entre - baillé d’invisible, disparu des consciences, sa vérité sonne et permet, encore. (voire la scène du balcon – Acte 3, Sc.8-10)

L’œuvre est si excellente qu’Edmond ROSTAND n’en eu d‘autre à prétendre pour la rejoindre, et s’en tint à ce diamant pour voyager dans les siècles. J.P. Rappeneau nous la sert avec beaucoup d’entrain, mené par des acteurs révélés à la vertu du texte (G.Depardieu, J.Weber, A. Brochet, V. Perez, R. Bertin) adaptée avec l’aide de J.C. Carrière.

Mais voyons la fortune du héro ; Liberté d’être, de faire, de dire, de se défendre, de se battre et de choisir. Et surtout : indépendance ! Sa fortune est celle du Médiateur ; L’indépendance face à tout, tous et chacun, même face à lui-même. Choisissons cette vertu pour thème de notre vue. Vertu qu’il partage avec les pères qu’il nome et auxquels il s’identifie : Dans l’ordre ; Don Quichotte, Descartes, Socrate, Galilée, Copernic.

Le fait que Cyrano ait existé donne au courage du médiateur une paternité.

De l'indépendance; Tentative d'approche

Il faudrait mille pages pour faire de cette œuvre un tour de visite selon le point de vue médial. Le simple fait de se réserver au thème de l’indépendance en laisse de nombreux de côté. lui-même semble impossible d'être entièrement parcouru.
Comment aborder l’ensemble ? Peut-être en l’abordant… tout simplement. En considérant son début, un bord.

Cyrano commence, aborde, en interrompant le jeu, en faisant tomber le masque, et en provoquant la foule, en la défiant de lui donner tort… Gardons ce bord-là et poursuivons par le texte lui-même. Ariane avait besoin d’un fil. Soyons donc linéaires, au risque de ne pas tout voir.

Par le droit

« Coquin ! Ne t’ais-je pas interdit pour un mois ? » (acte 1 sc.3), sont les premiers mots de Cyrano. Déjà il refait la loi… Pour plus de justesse…
Et lorsqu’on s’inquiète de ses droits après son scandale public, déclarant la suprématie de l’épée de la raison ;

  • « Avez-vous un patron ? – Non !
    Quoi pas un grand seigneur pour couvrir de son nom ?
    Non pas de protecteur… Mais une protectrice ! (la main à son épée) ».

Il défie même ensuite jusqu’à la coiffe de l'anobli qui le jugerait. Ici vient donc l’indépendance face à la loi.
Sa raison « protectrice » est par ailleurs bien habile à attaquer les tabous en chantant la louange de la précision offensive dont le sens est doté;

  • «J’escarmouche, je coupe, je feinte, à la fin de l’envoi, je touche »

Ainsi gardée par la raison, sa fonction Mousquetaire d'aucun roi est aussi bien protégée de celui qui oserait se donner les mêmes atouts que les siens pour les lui opposer ; (acte 1sc 4) :

  • « Je me les sers moi-même, avec assez de verve,

Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve. »

Par le monde

Critiquant la molle raison;

  • « Un affront pas très bien lavé, la conscience

jaune encor de sommeil dans le coin de son œil,
Un honneur chiffonné, des scrupules en deuil. »,

il impose au terme de cette même scène du nez ce que le médiateur peut-être se procure en silence face à la mondanité;

  • « Moi c’est moralement que j’ai mes élégances…

... Je marche, sans rien sur moi qui ne reluise,
Empanaché d’indépendance et de franchise ;
Ce n’est pas une taille avantageuse, c’est
Mon âme que je cambre ainsi qu’en un corset,
Et tout couvert d’exploits qu’en rubans je m’attache,
Retroussant mon esprit ainsi qu’une moustache,
Je fais, en traversant les groupes et les ronds,
Sonner les vérités comme des éperons.»

Par l'ami

Puis viens l’amitié, de laquelle il s’affranchi d’ailleurs aussi ;

  • « … Des ennemis partout ! - oui, cela me ravit ! »

«.../... A force de vous voir vous faire des amis,
Et rire à ces amis dont vous avez des foules,
D’une bouche empruntée au derrière des poules !
J’aime raréfier sur mes pas les saluts,
Et m’écrie avec joie : un ennemi de plus ! …/…

Par la partie

Amitié qui, face à cette position trop impartiale, s’indigne (Acte 1 sc.5) :

  • « Quel système est le tien ? » Voici sa réponse :

« ... J’errais dans un méandre ;
J’avais trop de partis, trop compliqués, à prendre ;
J’ai pris… Le plus simple, de beaucoup. »

Par le pouvoir

Viens maintenant la position indépendante face au pouvoir (acte2 sc.7);
De Guiche, neveu de Richelieu le tente de rendre son combat:

  • « voulez-vous être à moi ?...- Non monsieur ; à personne ! »

Il continue, parodiant la fortune et la gloire comme le juste sourit au parvenu (Acte 2, scène 8) :

  • « Et que faudrait-il faire ?

Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce,
grimper par ruse au lieu de s’élever par force ?
Non, merci…/…"

Nous avons là peut-être de ce métier en société, ce que la rhétorique est au dialogue. Il continue:

  • "Dédier, comme tous ils le font,

Des vers aux financiers ? Se changer en bouffon
Dans l’espoir vil de voir, aux lèvres d’un ministre, Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci…/…"

De la complaisance de l'homme face aux fonctions, discriminantes, et de la pertinance du médiateur face à l'humain et l'égalité.

  • "Se pousser de giron en giron,

Devenir un petit grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs de vielles dames ?
Non, merci. »

S'agit-il ici d'un quelconque émicicle, ou d'un tribunal social ?

Par les émotions

Indépendant même des ressentis, il parvient à la liberté de celui qui, libre de ce qui ne lui appartient pas, demeure confortable au milieu des indésirables :

  • « Mon cher, si tu savais comme l’on marche mieux

Sous la pistolétade excitante des yeux ! .../…
Car le front n’ayant pas de maintien ni de loi,
S’abandonne à pencher dans tous les sens. Mais moi,
La haine, chaque jour, me tuyaute et m’apprête
La fraise dont l’empois force à lever la tête ;
Chaque ennemi de plus est un nouveau godron
Qui m’ajoute une gêne et m’ajoute un rayon :
Car, pareille en tous points à la fraise espagnole,
La haine est carcan, mais c’est une auréole ! »

N’est-ce pas une merveille de médiateur, que celle de se parer de ce que l’on fuit pour en faire un palace, manipulant la forme ?

Par le combat

L’indépendance est cela aussi, bien qu’elle ne se réserve d’offenser (Acte 5 sc.2) :

  • Le Bret: « Il attaque les faux nobles, les faux dévots, les faux braves, les plagiaires, - tout le monde. »

Mais les offensés eux-mêmes, approchant la sagesse, reconnaissent le juste :

  • Le Duc : « Ah ! celui-là n’est pas parvenu ! – c’est égal,

Ne le plaignez pas trop…/… Il a vécu sans pactes,
Libre dans sa pensée autant que dans ses actes. »

Le combat pour la justesse rend philosophe même les vaincus.

Tout au long de ces extraits les métaphores affluent. On préfèrera sans doute leur laisser le soin de vous venir pelle - mêle, sans rien en dire, de peur d'en voiler la justesse.

Par le repos

Continuons alors dans ce respect dépouillé, car vient l’inévitable, la seule certitude de l’homme, la constante impromptue ; La mort (Acte 5 sc.6) :

  • « … Oui, ma vie

Ce fut d’être celui qui souffle - et qu’on oublie ! »

  • « Grand riposteur du tac au tac »
  • « Ah ! je vous reconnais, tous mes vieux ennemis !

Le mensonge ? Tiens, tiens ! – Ha ! ha ! les compromis,
Les préjugés, les lâchetés !... Que je pactise ?
Jamais, jamais ! – Ah ! te voilà, toi, la sottise !
- je sais bien qu’à la fin vous me mettrez à bas ;
N’importe : Je me bats ! Je me bats ! Je me bats !
Oui, vous m’arrachez tout, le laurier et la rose !
Arrachez ! Il y a malgré vous quelque chose
Que j’emporte…/…Quelque chose que sans un plis, sans une tache,
J’emporte malgré vous, et c’est… Mon panache. »

RIDEAU.

Références:

  • Edmond Rostand / CYRANO DE BERGERAC / Editions Pocket (1,50 euro)
  • Jean Paul Rappeneau / CYRANO DE BERGERAC / Pathé! cinéma distribution
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