Développer son empathie

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Développer son empathie de Sarah Famery lu par Gilberte Scalliet

Sommaire

Résumé

L’auteur, Sarah Famery, Docteur en sciences humaines (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), consultante, souligne la puissance de ce concept d’empathie dans un monde où les situations de crise sont omniprésentes. Elle précise que cette posture d’empathie est un état rare, et propose d’explorer la façon de développer cette manière d’être.

Architecture de l'ouvrage

Le livre est structuré en quatre grandes parties que nous allons évoquer chronologiquement.

La première partie : une définition de l’empathie, son champ et ses exigences

L'empathie est définie comme la capacité « à capter et comprendre les signaux émotionnels d’autrui avec pour intention le soulagement d’autrui ».

Au-delà d’une explication scientifique de l’empathie (mécanismes neurologiques aptes à traiter l’information et percevoir la subjectivité de l’autre), l’auteur fait un détour par la compassion, comme moyen de relier les deux mécanismes de l’empathie : ressentir et comprendre, comme un passage du moi à l’autre.

Après avoir distingué l’empathie (représentation de l’émotion, distinction entre soi et les autres, absence de lien affectif, réaction à l’émotion par le comportement) de la sympathie (partage de l’émotion, identification à l’autre, lien affectif, réaction émotionnelle), l’auteur qualifie des degrés d’empathie :

  • l’état empathique, caractérisé par un accueil et une écoute globale de l’autre, propre au thérapeute, avec pour effet le sentiment de reconnaissance, l’instauration d’un climat de confiance, et la réduction des tensions.
  • l’attitude empathique, caractérisée par une position : l’intention d’écouter, avec un champ d’écoute orienté plus restreint. Celle ci impose :
    • un état de disponibilité, d’ouverture à l’autre
    • la capacité à identifier la nature de l’émotion, à en comprendre la raison
    • la capacité à favoriser son expression et à communiquer sur l’émotion ressentie

Cette posture a pour effet de désamorcer les tensions, d’aider l’autre dans sa prise de conscience, dans sa réflexion, de favoriser l’évolution des comportements.

  • le comportement empathique, exigeant de se décentrer pour se centrer sur les besoins, les ressentis de l’autre, considérer le contexte de l’autre, ses objectifs, ses contraintes. Cette posture a pour effet de dénouer des situations bloquées.

L’auteur termine cette première partie en repérant les obstacles à lever pour être à l’écoute des émotions et pose les exigences de l’empathie :

  • la valorisation de la vie émotionnelle
  • l’abandon de la volonté de pouvoir sur l’autre
  • la disponibilité temporelle à ce qui est humain
  • l’exigence de se « dé-centrer », de disponibilité intérieure

La deuxième partie : se mettre en état d’empathie

L'auteur traite ici des dispositions intérieures qui permettent une disponibilité et un accueil de l’autre :

  • La connexion à l’autre en tant que personne : la nécessité de passer les barrières de l’être social pour accéder chez l’autre à l’individu, ce qui le constitue comme être vivant unique et qui a pour effet d’éviter le jugement.
  • La nécessaire clarté sur ses propres intentions pour ne pas être déstabilisé par les émotions de l'autre, pour une plus grande disponibilité à l’autre
  • Un travail de gestion de ses propres émotions pour plus de liberté dans la relation

La troisième partie : le développement des attitudes empathiques

Apres avoir posé l’état d’empathie comme condition première, l’auteur souligne que le développement des attitudes empathiques va passer par la capacité à :

  • repérer les différents types d’émotions, définies comme réactions intérieures ponctuelles avec manifestations physiques intenses, à différencier :
    • du sentiment : état affectif complexe assez stable
    • et du ressenti : perception affective et/ou cognitive
  • identifier la nature des émotions, et développer leur perception en étant attentif :
    • au langage non verbal et para-verbal (les attitudes, les expressions faciales, corporelles ou vocales)
    • à l’expression verbale et à la structure du discours
    • aux comportements
  • comprendre l’origine psychologique des émotions, fondée sur la théorie des besoins, le processus émotionnel étant décrit comme le signe de la frustration ou de la satisfaction d’un besoin ; son intensité étant fonction de la récurrence ou de l’intensité de la satisfaction ou non satisfaction.

L’auteur souligne, par rapport à ces besoins universels, l’impact des facteurs personnels dans la genèse des émotions :

  • les buts, désirs et motivations personnels
  • la structure psychologique du sujet : ses fragilités personnelles liées à son histoire de l’individu

La quatrième partie : l’empathie en action

Cette partie est orientée sur les attitudes, comportements qui vont permettre :

  • l’expression des émotions, favorisée par :
    • l’exigence d’authenticité
    • la centration sur la personne (et non sur le problème(, sur l’écoute des émotions
    • une position de non jugement
    • une attitude d’approfondissement : creuser ce que dit l’autre
  • l’anticipation d’émotions négatives et la possibilité d’en déjouer certaines pour :
    • désamorcer certaines tensions
    • permettre à l’autre de gérer ses frustrations

Point de vue du médiateur

Faisant une lecture orientée de cet ouvrage : approfondir les points de convergence et repérer les différences entre empathie et alterocentrage, j'ai pointé quelques éléments :

  • Dans la pratique de l’alterocentrage en médiation, l’intention n’est pas tant le soulagement de la souffrance d’autrui, but de l’empathie mentionnée par l’auteur, que de suivre l’autre dans son raisonnement, dans ses émotions pour l’amener progressivement à un changement de position dans son conflit. Il est bien clair que la résolution du conflit amène un soulagement du fait de la baisse de tension émotionnelle.
  • Dans l’alterocentrage, le développement de l’état empathique et des attitudes empathiques décrites par l’auteur sont requises pour permettre aux parties une prise de conscience de la dynamique conflictuelle et de désamorcer leurs attitudes conflictuelles et les faire cheminer vers une sortie de crise. Toutefois, l’auteur développe un point de vue exclusivement centré sur les émotions dans l’empathie, alors que l’alterocentrage requiert de se centrer aussi sur la logique des personnes, leur façon de raisonner, d’appréhender le monde, sur la dynamique conflictuelle pour les accompagner dans une sortie de crise.

Une différence fondamentale réside dans l’objectif poursuivi dans l’empathie et dans l’alterocentrage, ce qui modifie le sens de certaines attitudes ou comportements susceptibles d’être développés dans le champ de la médiation. Néanmoins, ce livre assez didactique aide à la compréhension des mécanismes émotionnels et donne des pistes sur la gestion de ce processus.

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