Discours de Jean-Louis Lascoux à Rome, pour la médiation obligatoire, 18 décembre 2012

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Discours de Jean-Louis Lascoux, à Rome, le 18 décembre 2012, à la chambre des députés. Pour la médiation obligatoire. Signature du traité pour l'Union européenne des médiateurs - UEM.

Discours

Signori, signore, amici e professionisti della mediazione, buongiorno.

Mesdames et messieurs, amis et professionnels de la médiation, bonjour.

Votre pays a choisi une voie vers plus de liberté et vous vous démenez tous, dans le cadre de ce Forum extraordinaire, en Italie, pour que cette opportunité ne soit pas abandonnée au profit d’une régression sociale.

Je n’hésite pas à le dire, abandonner l’idée d’une médiation préalable à l’action judiciaire est régressif. Tandis que la médiation parle du futur, le système judiciaire, indispensable dans bien des cas pour accompagner la régulation des comportements humains, parle du passé. Tandis que la médiation ouvre sur le libre choix, le système judiciaire est privatif de la libre décision. Abandonner cette opportunité d’une médiation avant les procès se ferait donc au profit d’un choix de décadence culturelle. Les mots semblent forts, mais tous ceux qui ne pensent pas en termes d’intérêts corporatistes, mais en intérêts pour les personnes et les organisations, ne peuvent que constater leur justesse. La médiation présente de multiples avantages, et ses avantages majeurs ne doivent pas être masqués.

C’est pour saluer cette avancée que e suis venu auprès de vous, c’est par solidarité que, représentants du mouvement pro-médiation préalable dans le domaine judiciaire, que nous sommes venus, Agnès Tavel et moi-même, au nom de nos organisations non-gouvernementales, la Chambre Professionnelle de la Médiation et de la Négociation et son école, l’EPMN, qui regroupe et forme en France les médiateurs professionnels et notre réseau de la médiation professionnelle, ViaMediation. Merci de votre action et de votre accueil.

Par l’action que vous conduisez, ici, en Italie, vous mettez en évidence que les médiateurs doivent s’organiser. Ils doivent s’affirmer dans leur professionnalisme dans chaque pays, et en Europe, et dans la communauté internationale. Ils ne doivent pas laisser à des lobbys professionnels un pouvoir de captation et à des volontés politiques ou économiques la possibilité de revenir sur des acquis intéressants l’ensemble des personnes, dans tous les contextes de la vie sociétale. Car la médiation est une nouvelle instrumentation au service d’une meilleure compréhension des risques de dégradation des relations entre les personnes et au sein des organisations. La médiation outille la qualité des relations humaines aussi sûrement qu’en tant que processus professionnel, elle favorise la résolution des différends. Toute notre organisation sociale est concernée, parce qu’elle est fondée sur un contrat qui n’est jamais tout acquis. En effet, le pacte social nécessite d’être parlé. Sa transmissibilité n’est pas automatique. Elle nécessite une réflexion permanente que seule la médiation peut améliorer, voire garantir. Encore faut-il que cette médiation soit professionnelle et non conduite dans un contexte qui s’exonèrerait de la rigueur et de la recherche d’amélioration. Avec la qualité et la détérioration relationnelles, nous sommes dans un champ d’investigation nouveau. L’amateurisme est bienvenu mais c’est avec l’exigence professionnelle que les choses avanceront.

Dans cette période de forte instabilité politique et économique, certains y voient l’opportunité de priver et de contraindre. Les mesures prises par les argentiers et leurs serviteurs en témoignent. Le plus grand nombre est obligé de se restreindre. Pour cette minorité spéculative, la médiation apparait comme un moyen d’économiser aussi sur les devoirs de l’organisation sociale envers tous. Or, économiser sur la solidarité, c’est conduire vers l’insécurité. Le calcul est très mauvais. On n’économise pas sur ce qui protège les personnes. L’ouverture de l’Europe est le résultat d’une ouverture sur la confiance et la régression de la méfiance. La confiance, c’est le meilleur moyen pour faire obstacle au conflit. Et la médiation, dans son développement professionnel, est fondée sur l’altérité et la confiance. Elle participe de toutes les avancées, qu’elles soient politiques, sociales ou familiales.

Ainsi, la médiation n’est pas un moyen au service d’un apaisement fondé sur la restriction. Cette pratique exige un renforcement de la protection des droits des personnes. Elle avance avec la garantie du respect de l’égalité dans les relations. Et cela, seul le droit peut le garantir. Ce n’est donc pas en visant des économies d’échelle sur le système judiciaire que la médiation se portera mieux, c’est en renforçant le pouvoir du juge pour soutenir l’effort de médiation que les choses avanceront.

Le choix de votre pays fait partie des choix les plus audacieux de l’Europe et du monde concernant l’évolution du droit des personnes. Il est comparable à l’abandon de la peine de mort. C’est un modèle qui se dessine. Certainement, la pratique de la médiation doit évoluer ici aussi, sortir elle-même de certains courants d’influence qui n’optimisent pas son efficacité. Mais les conditions d’une médiation au service du renforcement de l’exercice de la liberté de décision est une avancée formidable.

En inscrivant la médiation dans la loi, le législateur italien initie un changement dans la représentation de notre organisation sociale. Il montre que ce qui fonde le lien social n’est pas une approche de gestion de l’adversité, avec ces idées fatalistes que l’homme serait un loup pour l’homme, qu’il faut se méfier des autres. Il met en évidence que c’est la recherche d’altérité qui est un aspect fondateur, quoique très maladroitement promu, de notre organisation sociale, avec les droits humains. Il favorise une prise de conscience collective.

Ainsi, la médiation est moins une affaire de gain, avec cette idée fausse du gagnant/gagnant, qu’une affaire de droit, de renforcement de la qualité du dialogue entre les personnes et du dialogue social, au service du pacte social. Et cette médiation-là ne pouvait venir de pays où le culte est à l’argent. Cette médiation-là émerge d’un pays qui rayonne de par le monde pour son modèle qui a fondé le droit. Maintenant, vous avez ouvert une nouvelle pratique qui apporte aux personnes : celle de faire prospérer leur libre choix dans les situations où cela leur semble impossible. Vous avez consacré l’ouverture de l’inimaginable discussion et c’est une posture extraordinaire qui doit être reconnue et reproduite partout dans le monde. Ce n’est pas sans humour que j’observe que c’est à Rome que cet événement a lieu. C’est une ville d’où se propagent des idées fondatrices.

Dans tous les cas, merci de cette initiative formidable.

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