Discours de la méthode - à propos du libre choix

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(Différences entre les versions)
(Introduction)
(Se libérer des contraintes, même de celles du raisonnement)
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Mieux que de cacher ses opinions dans un emballage distordu, qui suspect le pourrait plus tard forcer à se fourvoyer, Il excelle en l’art de duper la censure en se faisant porte-drapeau de la cause qu’il réfute.
Mieux que de cacher ses opinions dans un emballage distordu, qui suspect le pourrait plus tard forcer à se fourvoyer, Il excelle en l’art de duper la censure en se faisant porte-drapeau de la cause qu’il réfute.
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==Se libérer des contraintes, même de celles du raisonnement==
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==Libérer des contraintes==
C’est cette position de lecture que je choisis, et je vais tenter de n’en pas dénaturer le sens, tout en la transformant à la perspective de ce sens.
C’est cette position de lecture que je choisis, et je vais tenter de n’en pas dénaturer le sens, tout en la transformant à la perspective de ce sens.

Version du 20 décembre 2007 à 17:00

Ivan Martin propose ici une autre lecture du Discours de la méthode.

Sommaire

La rhétorique du clandestin

La censure écartèle la sagesse entre la connaissance et son contrat, le contrat du sage étant la transmission de sa connaissance.

(Ceci était aussi d’actualité au 17e siècle…) Il lui faut alors, à ce sage, maquiller son message. Mais le sage n’est pas toujours artiste, parfois même est-il politique. D’où que certains d’entre ces sages se remarquent trop, et déplaisent à la censure du droit divin, dit-on.

Ainsi ce siècle préparant les Lumières accourt vers la fortune d’une rhétorique au service du clandestin, habile parfois jusqu’à abriter curiosité, sens et provocation au sein de la raison d’un prêche sophiste.

Bien que d’autres s’y perdent, où doivent courber l’échine en regrettant leur liberté provocante, Descartes apporte déjà une lumière à l’agilité de la raison. Mieux que de cacher ses opinions dans un emballage distordu, qui suspect le pourrait plus tard forcer à se fourvoyer, Il excelle en l’art de duper la censure en se faisant porte-drapeau de la cause qu’il réfute.

Libérer des contraintes

C’est cette position de lecture que je choisis, et je vais tenter de n’en pas dénaturer le sens, tout en la transformant à la perspective de ce sens.

Il rend hommage à la toute puissance de Dieu dont il prétend prouver l’existence par un raisonnement qui semble absurde, alors qu’il offre simultanément les moyens de détrôner le roi Dieu par une méthode exhaustive de raisonnement.

Cette science que l’on pourrait rapprocher de l’humour, théâtre de la comédie politique, sème alors le sens des mots d’un Molière à venir...

Dans son Discours de la méthode, Descartes donne peut-être une leçon aux envieux de la libre expression, en démontrant, par le fait, que l’on peut se libérer de toutes les contraintes, y- compris de celles du raisonnement, et ce par la raison seule.

Il indique précisément les données de sa réflexion, qui ne laisse aux croyances pas même une poussière d’espoir. Puis il argumente sur l’existence de Dieu, tentant par la raison d’en prouver l’existence, en entraînant plus avant le lecteur, à travers un dédale de descriptions scientifiques surabondantes. De cette manière il déboussole les repères que le sens commun protège, c’est à dire qu’il sort si complètement le lecteur de ses propres références, jusqu’à les perdre toutes, que ce lecteur guidé pourrait tomber dans un piège où le bien pensant censeur - qu’il pourrait être - se trouve tant confus, qu’il se perd naturellement dans son acceptation naïve, acceptation de ce qu’il a toujours pensé sans jamais l’avoir vérifié.

Le bon sens est la chose la mieux partagée

Ainsi Descartes mène peut-être par le bout du nez celui qui l’empêche d’écrire, en lui faisant, bien malgré lui, démontrer l’art de l’hérésie. Et son cheval de Troie de semer le doute. Et du doute son propre bénéfice, qui permet à l’auteur de prolonger son art.

En quelques lignes déjà, au-devant de cette manipulation de bon goût, ou de bon sens, il prévient le lecteur du changement à venir, qu’il accompagnera de fait, en parfait Médiateur.

Il commence son Discours de la méthode par une phrase qui pourrait bien en effet résumer l’essentiel de notre art:

« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée …/… En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent ; mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes…/ »

A-t-on tant d’autre à écrire sur la neutralité du Médiateur ? N’est-ce pas là un fondement certain de la raison pour le médiateur de ne point peser sur les décisions du libre accord des parties ? Et quel autre moyen de reconnaître la légitimité de chacun ?

Mais la phrase continue :

« /…et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies et ne considérons pas les mêmes choses…/ »

Comment mieux donner sens à l’impartialité du Médiateur ? Qui irait, sachant cela, peser plus pour l’un que pour l’autre ? Encore mieux : Comment ne pas devenir Médiateur, ayant pour référence cet accès de raison ?

La chasse aux idées reçues

Puis il poursuit :

« /…Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. »

Existe-t-il esprit mieux appliqué que celui qui est garant de confidentialité ?

Neutralité; Impartialité; Confidentialité.

Ainsi en quelques lignes introductives, l’auteur distribue les cartes de la méthode du Médiateur.

Il précise ensuite, après avoir fait sa courbette au Dieu qu’il vénère tant, en lui reconnaissant les pleins pouvoirs sans jamais les lui accorder, la position de celui qui, accompagné comme indiqué plus haut, va changer dans sa réflexion la consistance de sa raison. Ici encore la Médiation est instruite.

« Toutes les opinions que j’avais jusqu’alors en ma créance, je ne pouvais mieux faire que d’entreprendre, une bonne fois, de les ôter, afin d’y en remettre par après…/… lorsque je les aurais ajustées à la raison. »

N’est-ce pas là victoire de médiation ? N’est-ce pas là purge du passé ? Y- a-t-il meilleur moyen de clore un conflit ?

Le mot continue ainsi :

« Et je crus fermement que par ce moyen je réussirais à conduire ma vie beaucoup mieux que si je me bâtissais que sur de vieux fondements…/…et sur les principes que je m’étais laissé persuadé dans ma jeunesse, sans avoir jamais examiné s’ils étaient vrais. »

Et là encore, si l’on considère les parties accompagnées au travers du changement ; quel autre constat de perception pourrait pérenniser un accord à venir, un contrat de libre action, de libre pensée ?

Et qu’a-t-on d’autre à souhaiter que la libre pensée ?

N’est-ce pas d’elle dont dépendent nos droits réels ?

La République de Platon aura encore à dire sur ce sujet…

Ici l’auteur est complice de ses censeurs ; s’en faisant l’avocat il peut les contredire si clairement qu’ils n’y voient que de l’argumentation, du zèle.

Après avoir fait l’humble éloge des positions qu’il s’est choisies, il appelle la bénédiction du saint censeur en déclarant qu’il n’est lui-même pas un bon exemple à suivre. Il déclare cependant en signant sa missive :

« Je n’ai jamais taché de cacher mes actions comme des crimes, ni n’ai usé de beaucoup de précautions pour être inconnu. »

De cette manière, et de tous droits, il serait libre de présenter les préceptes et maximes de son cru, qui en toute impunité déroutent la totalité des croyances.

Et pour se prévenir encore plus certainement du jugement fatal, il mettrait au cœur de son ouvrage un plaidoyer pour l’existence de Dieu, remportant dés - lors toutes les saintes bourses, savamment grisées par le mouvement immobile d’un raisonnement sans logique.

Et puisque c’est de nos sujets d’étude ; Ridicule de Patrice Leconte, montre ce principe de sophistique joliment mis en verve par l’Abbé de Vilecourt (Bernard Giraudeau), notamment lorsqu’il fait à la cour et au roi une démonstration très appréciée de l’existence de Dieu, à laquelle il rajoute qu’il aurait tout aussi bien pu prouver le contraire, ce qui lui vaut, en dernière instance, d’être excommunié.

Là, le zèle manquait de raison.

Descartes, un provocateur ?

Descartes lui, élabore et structure sa raison par des déclarations qui flattent le bon sens. Ainsi présente-t-il ses quatre préceptes et trois maximes. En quelques lignes il inocule son message, qu’il lui faut apparemment neutraliser par des centaines d’autres lignes. Mais ce poison contre l’ignorance est irréversible pour la conscience en marche, bien qu’inoffensif contre la croyance en place.

Comme il l’écrit au terme de la présentation de ses principes ;

« l’action de la pensée par laquelle on croit une chose étant différente de celle par laquelle on connaît qu’on la croit, elles sont souvent l’une sans l’autre. »

En pleine provocation, Descartes, en parfait sophiste, semble créer en l’esprit du lecteur la croyance d’une thèse démontrée (celle de l’existence de Dieu), qu’il affiche pour s’exonérer de la censure. Mais ce faisant il fournit discrètement les moyens de « connaître qu’on la croit », cette croyance, lesquels moyens en démontrent d’ailleurs l’antithèse.

De quels moyens s’agit-il ? Et bien de ceux qui osent remplacer le droit divin lui-même, sans manquer de les légitimer :

« La multitude des lois fournit souvent des excuses aux vices »

Ainsi présente-t-il quatre préceptes et trois maximes, qui en quelques lignes vont, bien qu’étant supposés ne convenir qu’à l’auteur lui-même, et bien qu’ils soient cependant le résultat d’une étude et d’une expérience étonnants et sans conteste cause de réalisation, donner au lecteur la recette de l’autonomie de penser et d’agir.

Le parallèle avec la médiation est ici encore frappant, car on y prône le libre choix et l’on y travaille à faciliter la liberté contractuelle. C’est en effet en ces lignes que Descartes parvient, à la barbe des autorités supérieures, à rendre le soi-disant contrat que Dieu fit à l’humanité, caduque.

Quatre préceptes pour bien conduire sa pensée

Voici donc les quatre Préceptes :

« …De ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle : C’est à dire d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention… »

Pour « précipitation » et « prévention » il est annoté d’y entendre : «jugement » et « préjugés » (L.Renault ; GF Flammarion)… Ce qui nous rappelle déjà deux sur trois des éléments constitutifs d’une communication « à risque », comme identifiés par Jean-Louis Lascoux. Le précepte qui permet de se libérer de ces éléments représente donc pour le Médiateur un intérêt certain. Voyons le deuxième Précepte :

« …De diviser chacune des difficultés que j’examinerais en autant de parcelles qu’il se pourrait et qu’il serait requit pour les mieux résoudre. »

…Ce qui est une façon de passer du problème à la difficulté, et d’ensuite simplifier les difficultés, en se tenant au traitement systémique et analogique de la forme et du sens, si cher au Médiateur. (Merci Jean Louis) Le troisième Précepte indique :

« …De conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu, comme par degrés, jusques à la connaissance des plus composés ; et supposant même de l’ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres. »

Ici le Médiateur se remémore, entre – autres, le besoin du principe de raisonnement « par l’entonnoir » (cf.Lascoux).

Il peut aussi penser aux principes de déductions qu’il utilise pour libérer les contraintes, ou encore à ce qu’il vous plaira qui dépende d’un processus… Et le quatrième :

« De faire partout des dénombrements si entiers, et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre. »

Celui-ci je vous le laisse en réflexion. Comme ce qui suit d’ailleurs, car il serait séduisant de prêter une autre direction que celle d’origine, surtout lorsqu’il s’agit d’une œuvre d’une telle envergure. La véhémence de mon propos aura tôt fait de se ridiculiser par ses prétentions à la sagesse.

Recevez pour ma défense que le seul attribut que j’avance est non pas de mesurer par sagesse, mais bien simplement d’apprécier par amour.

Par amour de la sagesse, soit, mais c’est bien là l’attribut du « Philo »-« sophe », et il est entendu dans nos rangs anarchiques, que le Médiateur, ou la Médiateure, est un « qui aime »-« la sagesse ».

Pourtant, pour, peut-être, inviter ceux qui l’ont oublié, à lire cet ouvrage sur la raison, j’indiquerais que la suite, c’est-à-dire les maximes, donnent, de l’éthique et de la déontologie, ce que tout humain garderait au cœur de son bonheur, s’il décidait de l’appliquer.

Pour légitimité de peut-être donner à la raison plus de conscience qu’à l’opinion, Descartes, tout comme Socrate le fit, témoigne :

« Et je n’ai jamais remarqué non plus que, par le moyen des disputes qui se pratiquent dans les écoles, on ai découvert aucune vérité qu’on ignorât auparavant ; car pendant que chacun tâche de vaincre, on s’exerce bien plus à faire valoir la vraisemblance, qu à peser les raisons de part et d’autre ; et ceux qui ont été longtemps bons avocats ne sont pas pour cela, par après, meilleurs juges. »

Je ne tirerais rien de ce passage, pour, sur cette fin, donner plus le ton du respect, car mon orgueil m’oblige à souhaiter que mes élucubrations parasites, comme le vert de gris qui oublie la perfection d’une sculpture parfaite, en lui prêtant des aspects qu’il invente, n’auront touché en rien à votre appréciation de l’œuvre.

L’auteur lui-même, termine en se défendant d’avoir donné aucune preuve –contrairement à ce qu’il attribuait à sa diatribe sur Dieu, soit dit en passant – mais de n’avoir octroyé que des explications.

Voici comment il rétribue les places respectives :

Il clôture son effet par une pointe de reproche à la prétention, ou par ce que je me permets encore d’interpréter comme un tour, habile qu’il est je crois à se jouer des cibles en se faisant l’archer d’une connaissance qu’il prétend viser, se substituant aux juges, alors que la proie de son tir serait la déraison de ces derniers.

Descartes, le penseur masqué

Et je prendrais donc cette flèche en plein sens :

« … (ces suppositions) je pense les pouvoir déduire de ces premières vérités que j’ai ci-dessus expliquées, mais que j’ai voulu expressément ne le pas faire, pour empêcher que certains esprits, qui s’imaginent qu’ils savent en un jour tout ce qu’un autre a pensé en vingt années, sitôt qu’il leur en a seulement dit deux ou trois mots, et qui sont d’autant plus sujet à faillir, et moins capables de la vérité, qu’ils sont plus pénétrants et plus vifs, ne puissent de là prendre occasion de bâtir quelque philosophie extravagante sur ce qu’ils croiront être mes principes, et qu’on m’en attribue la faute. »

Cela pouvant, éventuellement, être utile à d’autres.

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