Discussion catégorie:Pédagogie

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Version du 29 avril 2008 à 16:27 par Herbert Minkus (discuter | contributions)

Indissociables: Affect et mémoire, conflit et biographie?

Existe-t-il un lien entre bon nombre de conflits (en particulier familiaux) et la biographie, qu'ils soient internes,inexprimés ou extériorisés et par conséquent projetés vers autrui ? Dans les deux cas les techniques de médiation sont un secours. Dans le cas d'un conflit intériorisé non résolu, ce n'est qu'une question de temps pour qu'il se somatise et pour s'appeler "maladie" par la suite. A travers l'écoute active et la re-formulation nous pouvons aider à exprimer ce qui est si "mal-à-dire". Dans le cas d'un conflit projeté sur autrui le médiateur peut comprendre le sujet et l'objet du mécontentement. Le sujet et l'objet entrent en résonance avec des circonstances analogues d'une situation mal vécue dans le passé, ayant créé un conflit non résolu. L'affect en est le témoin. H. Laborit, célèbre biologiste du comportement, s'est largement étendu sur ce sujet dans "La nouvelle grille", en démontrant les bases physiologiques et leurs mécanismes. Il les voyait dans le fonctionnement du système limbique (cerveau mammiférien). "Considéré classiquement comme le système dominant l'affectivité, il nous paraît plus exact de dire qu'il joue un rôle essentiel dans la mémoire à long terme, sans laquelle l'affectivité nous paraît guère possible. En effet, la mémoire à long terme ... est nécessaire pour savoir si qu'une situation a été déjà éprouvée antérieurement comme aréable ou désagréable."

Parler d'un "re-sentiment" d'aujourd'hui n'induit il pas de parler d'un certain "sentiment" d'hier? En effet, se souvenir d'une situation éprouvée gratifiante fait remonter le bonheur. En général, nous ne rencontrons aucune difficulté à nous la rappeler...("une situation éprouvée gratifiante entraîne une réponse du MFB (Medial Foreign Bundle) au niveau du cerveau mammiférien" insérant dans notre système des "catécholamines", des substances déclanchant de différentes façons un sentiment de bonheur, de bien-être et "d'être dans l'action". Pourquoi à l'inverse avons nous des "lacunes", des difficultés à nous souvenir de situations mal vécues et classées comme désagréables? De quelle nature est la gêne? Si H. Laborit a raison, le souvenir est accompagné par l'affect. Les sentiments d'une situation que l'on vit mal peuvent être: La peur, la pudeur, la tristesse, la honte, l'impression d'être inapte, se sentir rejeté... Ces sentiments ne déclenchent-ils pas une seule envie: Celle de fuir ? Si nous ne pouvons fuir la situation, eh bien, il nous reste toujours l'option de l'enfouir quelque part à l'intérieur de soi... H. Laborit: "le plus souvent ce conflit sans solution est si douloureux (système PVS; Peri Ventricular Systeme) que l'individu préfère l'enfouir dans son inconscient, le refouler". (Chaque réaction à une situation mal vécue déclenche immédiatement une réponse du système PVS -opposé au MFB - dont les substances biochimiques "cholinérgiques" nous mettent physiquement mal à l'aise, rendent déprimé et - à long terme - malade. "Etre loin d'agir". Oui, on voudrait parfois nier ce que la physiologie met clairement en évidence: Quasiment synchrone, selon la manière dont on vit une situation, nos glandes et centres nerveux émettent des substances, que ce soit des hormones ou des neuromédiateurs. Ceux-ci font - selon leur qualité - qu'en premier lieu notre système nerveux réceptif devient calme (pour être sûr de nous) ou irrité (pour que le milieu nous paraise menaçant). Ensuite, en deuxième lieu, l'information traitée passe du système nerveux au "sang", le rendant "bon" ou "mauvais". On peut se dire et croire que l'information ne dure pas. Ceci ne paraît guère réaliste. Il est plutôt probable que l'information perdure jusqu'au moment où nous développons une stratégie, qui nous permet de faire façe, de ne plus fuir...

Les expériences en Ostéopathie et d'autres domaines mettent en évidence qu'une information "négative" n'est pas évacuée ou neutralisée. Elle est condamnée à rester quelque part dans nos tissus jusqu'au moment où nous pouvons l'accueillir, l'accepter, la transformer, pour enfin nous en libérer.

Qu'on le veuille ou non, notre "je" est bien lié à notre support physique, son mode de fonctionnement et sa fonction de "boite noire". Les empreintes du passé conduisent inévitablement aux stratégies comportementales aujourd'hui. Un médiateur devrait connaître les grandes lignes du fonctionnement humain et les stratégies d'ajustement par rapport aux situations mal vécues. Il devrait en tirer des conclusions et adapter ses techniques pour ne pas ressembler à un mé-decin, qui ne sait pas mieux faire que de proposer un antalgique à une personne souffrant de douleurs... Ces réflexion ne sauraint être un plaidoyer pour une approche psychologique de la médiation. Cépendant: Il existe la simple relation physiologique de cause à effet. Un médiateur peut - grâce à une analyse profonde dans son approche - s'en servir pour avoir une idée de la situation que la personne impliquée dans un conflit a mal vécue dans le passé. L'intérêt (pédagogique) de ce raisonnement est de pouvoir aider la personne - aujourd'hui - à trouver la stratégie (le remède) qui lui permet de se positionner, de développer la capacité de gérer le conflit. Le but est la transformation. La personne s'en souviendra...

Sources: H. LABORIT "La nouvelle grille" R. Laffont, 1974

        H. Minkus "la parabole humaine", parution 2008



  • Merci pour ce sujet intéressant. Pourrait-on le considérer un peu plus avant en le développant vers une réflexion portant sur la différence entre thérapie et médiation ?

Ici la thérapie nous montre et nous explique les traces du passé et les conséquences physiques de blocages psychiques. 2 points qui me semblent intéressant de prendre en compte.

1: En ce qui concerne l'explication du présent par le passé, le médiateur fait usage de sa fonction pour clarifier ce qui dans le passé à été établie entre plusieures personnes. Il n'est donc pas dans sa fonction de déméler le terrain personnel, mais plutôt interpersonnel. Ce faisant, il déclenche peut-être chez la personne une possibilité de le faire elle-même.
L'intéret de la médiation en ce domaine est de permettre la compréhension du présent pour envisager l'avenir d'une nouvelle façon. En l'ocurence ce changement est celui qui consiste à se tourner vers un accord, c'est à dire vers l'autre. Ainsi, bien que le travail d'introspection soit peut-être aussi provoqué par le médiateur, il me semble que de tourner l'attention vers une analyse de ce que la personne aurait peut-être vécu, nous éloigne du sujet médial, et tout particulièrement d'un de ces principaux fondements: l'altérocentrage.
Comment en effet parvenir jusqu'à l'autre si je me comforte en analyse, renforçant de cette manière non seulement la conscience de moi-même, analysant, mais aussi celle de mes jugements...? Je pense bien au contraire que cette connaissance biologique ou neurobiologique, par ailleurs passionnante, n'a d'usage en médiation que centrée sur l'instant, en observation, plutôt qu'en analyse.

2: C'est pourquoi la considération, d'ailleurs développée par certains ostéopathes, considération d'une unité de fonctionnement et de causalité entre les symptomes psychiques et physiques, cessant par là de différencier la trace de sa cause, l'émotion de son noeud et le noeud de son expression présente, me semble tout particulièrement convenir à cette étude de rapprochement entre la médiation et la science à laquelle vous faites référence, puisqu'elle ne se base sur aucune interprétation ni analyse, mais bien sur sur l'accueil de ce qui se présente.

A ce sujet, je propose de voir le film " Will Hunting " de Gus Van Sant, grace auquel on observe (entre autres intérets médiaux) la façon dont la thérapie et la médiation peuvent ou ne peuvent pas s'entendre, et parvenir à un résultat. (Article à venir)

Ivan Martin


Merci Ivan,

pour éviter toute confusion: l'analyse profonde de l'approche ne concerne que le fonctionnement humain et les stratégies que l'on est amenées a mettre en place dans notre quête de connaissance et de reconnaissance. Elle n'est pas à confondre avec une analyse profonde d'une personne et l'objectif en médiation n'est pas de travailler sur le passé d'une/des personnes. La nuance est : la situation qui pose /a posé problème saute aux yeux... connaissant ce contexte, le médiateur peut mettre de la graisse sur les charnières de la porte aujourd'hui...le but est mémoire et bien-être.

Herbert Minkus


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