Discussion utilisateur:Stagiaire

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(Différences entre les versions)
(AVOCAT EN MUTATION… Comment introduire l’altérité dans les prétoires… 1 En chambre de la famille ? « Easy » ! : nouvelle section)
(AVOCAT EN MUTATION… Comment introduire de l’altérité dans les prétoires 2 Et comment cela peut-il se passer devant une juridiction pénale ? : nouvelle section)
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Ils ne savaient pas – maintenant ils savent et peuvent accéder à la « connaissance » et se responsabiliser…
Ils ne savaient pas – maintenant ils savent et peuvent accéder à la « connaissance » et se responsabiliser…
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== AVOCAT EN MUTATION… Comment introduire de l’altérité dans les prétoires  2  Et comment cela peut-il se passer devant une juridiction pénale ? ==
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J’avais eu une discussion fort intéressante, à l’occasion du Symposium intervenue les 19 et 20 octobre 2016, avec Gérard THIEL qui m’avait invitée, et Gaétane CATALANO tous deux médiateurs professionnels depuis une année environ.
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Cette discussion portait sur la posture d’un médiateur face à un auteur de violences conjugales.
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L’avocate féministe engagée que j’étais depuis plus de 28 ans avait fièrement déclaré que vu les spécimens qu’elle avait rencontrés à l’occasion d’affaires particulièrement sordides, il n’était pas possible de reconnaître une quelconque légitimité à un homme qui osait battre femme et enfants et qui n’avait en cours de procédure de divorce, qu’un seul objectif, atteindre encore et davantage son épouse quitte à prendre pour otages les enfants…
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Gaétane m’avait doucement glissé « nous en reparlerons une fois ta formation au sein de l’EPMN achevée… » J’avais été interpellée car je me considérais au surcroit médiateur, ayant passé un diplôme trois ans auparavant…
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Enthousiasmée par cette nouvelle approche de la médiation développée par la CPMN, je m’inscrivis immédiatement à l’EPMN et là, ce fut la révélation… je trouvais enfin des véritables outils. Permettez-moi de m’expliquer…
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Réaliser que le droit n’a pas réponse à tout et constater qu’à l’issue d’un contentieux, toutes les parties en sortaient épuisées et insatisfaites, avaient été pour moi depuis quelques années, un véritable déclencheur…
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J’avais tenté par tous moyens dans l’intérêt de mes clients, d’éviter les procédures longues, onéreuses, de plus en plus aléatoires, en anticipant par la rédaction de contrats, conditions générales de vente, guides de poses etc… œuvrant tout particulièrement dans le milieu du bâtiment. Cela ne suffisait pas…
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Je me suis donc tournée vers la Médiation depuis 2014. La première formation que j’ai eue était à connotation juridique.
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Durant tout ce temps, et je comprends aujourd’hui ce qui me limitait au fond de moi-même, j’étais et je réfléchissais toujours dans l’adversité et non dans l’altérité.
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Même quand j’ai eu mon diplôme de médiateur, je n’avais pas réellement de processus structuré et plus encore, nous étions axés toujours sur le juridique ; il était impossible de réfléchir différemment et impossible surtout d’aider une personne quelle qu’elle soit à se libérer de ses émotions, au cœur de toute relation…
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L’enseignement suivi au sein de l’EPMN m’a permis littéralement de me structurer et m’affirmer et … çà marche ! même dans les prétoires…
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Récemment, j’ai assisté par-devant le tribunal correctionnel d’Avignon, une cliente victime de violences de la part de son concubin et cette nouvelle affaire m’a permis de me « sonder ».
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La Juge unique qui siégeait était une personne qui anciennement juge aux affaires familiales, me connaissait de part les convictions que j’ai toujours défendues dans ce domaine.
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Elle s’attendait donc à ce que je sois déterminée en tant que défenseur de la partie civile à solliciter les peines maximales. Elle entama l’instruction de ce dossier très sévèrement vis-à-vis du prévenu.
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Lorsque vint mon tour de plaider, j’ai avant tout donné la parole à ma cliente que l’on avait jusque-là quasiment ignoré. Celle-ci a pu exprimer toutes les souffrances qu’elles avaient subies et qui ne figuraient pas dans le dossier pénal.
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Ensuite, j’ai pris la parole et me suis surprise de ne pas être dure et tranchante voire sarcastique comme je l’aurais été dans le passé.
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Mes propos furent principalement de dire que :
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- Ce type de dossier est pour nous tous une grande souffrance, qui que nous soyons, certes les victimes directes mais aussi avocats, magistrats et auteur. Il doit nous permettre de réfléchir sur notre société en général…
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- Pour le cas présent, les faits sont établis, même reconnus pour certains d’entre eux. Il y a des textes de loi, il conviendra d’en faire application.
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- Cependant, il conviendra de faire en sorte que la peine prononcée soit efficace : la victime doit avec ses enfants, être protégée et surtout l’auteur doit se responsabiliser et se soigner – le fait de « se prendre en main » ne dépendant que de lui-même. Il a des antécédents, mais j’ai considéré sa seule maladresse.
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- Dans la mesure où ma cliente et ses enfants vivaient pour l’instant dans l’ancien domicile conjugal mais qui était un bien propre à Monsieur, j’avais à travers son avocat, obtenu son acceptation de maintien dans les lieux jusqu’à la fin de la scolarité des enfants – j’ai donc tenu à donner cette information au tribunal et remercier publiquement Monsieur pour cet engagement.
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A ce moment précis, le procès qui avait commencé dans un véritable climat d’adversité glissa quelque peu dans une dimension plus humaine…
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Le procureur de la république fit une plaidoirie « soft » qui n’accablait pas l’auteur – il resta ferme mais ne fut pas virulent comme j’avais pu le voir auparavant dans des dossiers similaires Nonobstant la gravité des violences (agressions et menaces avec arme), il semblait comprendre le désarroi de l’auteur et de la victime ; il requiert une peine d’emprisonnement avec sursis avec mise à l’épreuve – dans le droit fil de ce que je demandais- à savoir interdiction d’approcher la victime et ses enfants et obligation de soin.
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L’avocat du prévenu plaida non sur les faits mais sur la personnalité de son client, indiquant avoir apprécié mes remerciements.
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La Juge délibéra sur le siège, et très calme, déclara coupable Monsieur des violences commises, le condamna à une peine d’emprisonnement de 6 mois avec sursis avec mise à l’épreuve durant 2 ans avec obligation de soin, interdiction d’approcher la victime et ses enfants et obligation d’indemniser la victime (3000 € de dommages et intérêts et 800 € d’article 475-1 du Code Pénal – au titre des frais d’avocat).
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Au-delà d’une audience qui s’est déroulée dans un climat plus apaisé que la normale, les parties sont sorties sereines.
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L’auteur semblait apaisé et avait accepté la décision rendue.
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Ma cliente était elle aussi apaisée et n’était plus dans la colère exprimée jusque-là ; elle avait été entendue, reconnue ; elle ne voulait pas que son ex-concubin subisse une lourde peine et était inquiète à ce propos.
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Sortie de l’audience, elle était en accord avec ce qu’elle ressentait au fond d’elle-même car la décision rendue, ce qu’il s’était passé ce matin-là, avait rétabli en elle, équilibre et harmonie.
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Pour ma part, je suis sortie profondément heureuse et un déclic en moi s’était opéré… Me remémorant mes réflexions d’avant ma plaidoirie… je reconnais l’auteur dans la légitimité de son point de vue, sa bonne intention pour lui-même et sa maladresse car il ne savait pas s’exprimer et faire autrement que comme il l’a fait…
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Plus encore, je me suis moi-même sentie en harmonie et de là ma réflexion : Nous les avocats, ne subissons-nous pas le déséquilibre et la disharmonie de nos clients ? à tout le moins, étant dans le conflit en permanence, ne ressentons-nous pas ces besoins d’équilibre et d’harmonie car nous vivons les histoires de nos clients, nonobstant le recul que nous pouvons avoir…
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La pleine satisfaction des besoins du client, telle doit être notre engagement… et cet engagement passe avant tout par une écoute attentive totalement altéro-centrée et la voie judiciaire n’est sans doute pas la solution…
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Une belle aventure… la magie du travail sur la qualité relationnelle fonctionne même dans les prétoires ! c’est voir et exercer notre profession initiale différemment…
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Edith DELBREIL
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Stagiaire EPMN

Version du 2 septembre 2017 à 16:47

Bonjour, en regardant ce qui se fait à droite - à gauche je suis tombé sur une formation de médiateur. Il s'agit d'un DU (diplôme universitaire) qui vient de voir le jour. Il est délivré en formation continue par l'université Capitole de Toulouse ce qui en soit est déjà synonyme de courant juridique. En regardant un peu plus la plaquette de présentation (et pas besoin de regarder longtemps) il se trouve que ce DU a été créé en partenariat avec nos confrères de l'ANM (Association Nationale des Médiateurs) et le Centre de Médiation Toulouse-Pyrénées. Par ailleurs, il n'envisage la médiation qu'au travers de 3 axes juridiques qui sont : les matières juridiques civile (famille), commerciale (contrats) et sociale (droit du travail). De ce point de vue (et des autres que j'exposerai après) cette formation est très différente de celle proposée par l'EPMN en ce que l'EPMN ne fait pas de distinction de nature de conflit. Un conflit étant un dysfonctionnement de la relation, à quoi bon le catégoriser ? le qualifier ? si ce n'est pour le raccrocher à des ... règles de droit. De ce fait et à mon humble avis, ce DU plutôt que de s'attacher au traitement la dimension émotionnelle en revient aux bonnes vielles recettes qui visent avant toute chose à borner le conflit pour qu'il soit ... gérable. Le mot est lancé ne serait-on pas, une fois encore face à une approche qui ne vise pas à rendre les personnes actrices de leur sortie de conflit, à les accompagner vers leur solution co-construite mais qui viserait plutôt à gérer le conflit en conditionnant et en limitant la capacité créative des personnes concernées par le cadre juridique ?

voici le lien : http://www.ut-capitole.fr/formations/se-former-autrement/formation-continue/diplome-d-universite-de-mediation-droit-et-pratiques-de-la-mediation-en-matiere-civile-commerciale-et-sociale-formation-continue--304291.kjsp

Les noms et professions des intervenants ne nous apprend rien de plus : des magistrats, des avocats, des membres de l'ANM ...

Voici donc ma modeste contribution au Wiki.

Bien à vous

Hervé Frescaline médiateur stagiaire promotion François Villon

Sommaire

Coaching professionnel et Médiation Professionnelle : deux notions motrices communes : l'émotion et l'intention

L’émotion est à l’origine de la mise en mouvement de la personne ; autant dans la mise en œuvre de projets que dans les comportements adoptés dans une relation. Ce que la personne en fait dépend de son niveau de conscience sur le sujet.

Dans le coaching, elle est la source de motivation au changement et à davantage de cohérence (avec les valeurs) et de congruence de la personne ; comme à la recherche de solutions.

En médiation, elle est à l’origine des conflits, tout comme de leurs résolutions.

Il ne s’agit pas d’opposer coaching et médiation. Ces deux activités sont très complémentaires. Ce sont justement leurs différences qui les rendent complémentaires. Je rejoins totalement Stéphane Seiracq, quand il dit que “l’enchainement des deux […] ne peut se faire que dans un sens, de la médiation au coaching”. Obligation sans laquelle la notion d’impartialité ne serait pas réalisable pour le professionnel en situation de médiation.

Enfin, une similitude forte, entre les deux pratiques, est la mise en lumière, qui doit être faite tant par le coach que par le médiateur, de l'intention portée par la personne. En médiation comme en coaching, l'intention recherchée est celle cachée derrière l'émotion qui met en mouvement. En médiation particulièrement, l'intention recherchée est celle relative aux trois niveaux de reconnaissance : légitimité de point de vue, la bonne intention pour soi, la maladresse.

Samuel Chemin

extrait du film le discours d'un roi

Synthèse du film : Le film « le discours d’un roi » se situe entre 1925 à 1939, en Angleterre. Il commence par un discours à Wembley donné par le duc d’York, deuxième fils du roi Georges V. Le duc rencontre d’énormes difficultés à prononcer son discours car il bégaie. Le film se termine par le premier discours officiel donné par cette même personne, devenu le roi Georges VI ; ce discours est dit sans bégaiement. Le film raconte le parcours de cet homme entre ces deux dates, sa rencontre avec Lionel Logue, ses efforts pour surmonter son handicap avec l’aide de Logue, et son accession au trône. Analyse de l’extrait : préparatifs du couronnement

L’extrait se situe dans l’abbaye de Westminster, le soir. Cela fait plusieurs années que le futur roi travaille sur son bégaiement avec Logue. Mais le roi vient d’apprendre que Logue n’a pas de diplôme. Celui-ci arrive, pour aider le roi à se préparer à son couronnement, et lui demande : «  tout va bien ? On s’y met ? ». En effet, le roi a l’air abattu.

La mise en accusation

Roi : « Je ne suis pas ici pour la répétition, docteur Logue. (…) C’est vrai, jamais vous vous êtes dit médecin. C’est moi qui vous donnais du docteur. Aucune formation, ni diplôme, ni aucune qualification. Juste un culot immense ». Il bégaie. Le roi accuse Logue de 2 choses : .La première, de l’avoir trompé. Pourtant, le roi reconnaît que c’est lui qui a interprété la situation, qu’il a imaginé que Logue était orthophoniste. Cette démarche correspond à la recherche d’harmonie : voyant ce que fait Logue, le roi en a tiré l’interprétation que Logue est orthophoniste. Dans son monde, les titres comptent. Mais, par un phénomène de retournement, il l’accuse de l’avoir trompé, alors qu’il s’est trompé tout seul. Logue reste factuel pour lui répondre : « Sur ma plaque on lit : L. Logue, défauts d’élocutions, et non docteur ; aucun titre spécifique ». .La deuxième, de n’avoir aucune qualification. Il le juge donc incompétent, incapable de l’aider. Logue argumente, en expliquant d’où vient sa méthode et dit avoir eu « de nombreux succès ! Certes je n’ai aucun certificat, la formation était inexistante. Mon savoir je l’ai tiré de mon expérience ». Cet échange est centré sur Logue, sur ce qu’il est ou pas, s’il est qualifié ou pas. Mais le vrai sujet est l’état émotionnel du roi, sa peur de ne pas pouvoir exercer son rôle, qui apparaît dans la réplique suivante :

R : «  La guerre menace et vous affligez le pays d’un roi sans voix. Ridicule. (En se levant). Vous avez détruit sans y penser le bonheur de ma famille pour le plaisir de réussir à ferrer un patient prestigieux qu’il vous était impossible d’aider. Ce sera comme ce fou de roi George III le monarque fou et George VI le bègue. Qui ne trouva rien de mieux que d’abandonner ses sujets dans cette heure cruciale … » Il bégaie. Son équilibre est perturbé : il s’imagine que les autres ne le verront que comme bègue. Cela l’attriste, car il veut être pleinement roi. Ce besoin qu’il ne voit pas comment satisfaire l’amène à se contraindre lui-même en se définissant de façon réductrice : il n’est que bègue. Le roi fait deux prêt d’intention à Logue : l’avoir trompé sciemment, et à son seul profit. Mais il ne contraint pas Logue. Il n’est pas en conflit, il est abattu, et il passe de la mise en accusation à l’énoncé de sa propre détresse.

Logue décide de mettre en œuvre ses compétences et d’aider le roi

Logue reste calme. Le roi l’a mal jugé, en considérant que, parce qu’il n’a pas de diplôme il est incompétent ; Le roi lui a prêté des intentions infondées (le tromper, vouloir traiter un patient prestigieux), mais il a exprimé sa propre peur de ne pas être à la hauteur. Au lieu de contraindre Lionel, il s’est contraint lui-même, en ne se voyant plus que comme bègue. Logue veut aider le roi, lui rendre sa liberté, le sortir de ce sentiment d’abattement, d’impuissance, d’incompétence, le reconnecter à sa capacité à raisonner, à s’exprimer. Comme le roi vient de se tourner en dérision, Logue tourne en dérision la royauté en s’asseyant sur le trône. Il va d’abord faire changer le roi d’état émotionnel en le mettant en colère. R : « Qu’est-ce qui vous prend, c’est un sacrilège, debout ! » L : « Pourquoi, ce n’est qu’un siège » R : « Non c’est un siège chargé d’histoire, c’est le siège où s’est assis saint Eloi ! » A lieu un échange rapide à propos de ce siège, Lionel n’en bougeant pas. Les deux parlent en même temps. Puis le roi éclate, en répétant trois fois : « Écoutez-moi ! » ; L : « vous, de quel droit ? » ; R : « je suis roi de droit divin ne vous en déplaise ». C’est la première fois qu’il le dit, alors qu’il semblait en douter, car son frère aîné n’est pas mort, mais a seulement renoncé au trône. L : « non, vous m’avez dit ne pas vouloir de la couronne. Pourquoi devrais-je perdre mon temps à vous écouter ? » Lionel se place sur un autre plan : pour être pleinement roi, il faut vouloir exercer son rôle. R : « parce que je veux me faire entendre, moi aussi j’ai une voix ! ». Silence. L : « vous en avez une (il se relève) ; J’admire votre persévérance Bertie, vous êtes tellement courageux, vous ferez un fichu bon roi ». Lionel a obtenu ce qu’il voulait : refaire prendre conscience au roi qu’il est roi (un fait) qu’il a un rôle à jouer, des messages à délivrer, une voix à faire entendre (conséquences), et qu’il veut le faire (ressenti). Il réitère l’affirmation du roi, et la renforce en lui donnant un signe de reconnaissance positif sur ses capacités. Il a préservé sa relation avec le roi, qui le confirme un peu plus tard dans ses fonctions.

Dominique Phely

PNL et médiation

Cet article se veut une contribution à la comparaison entre la PNL et la médiation professionnelle telle qu’enseignée par l’EPMN. Il ne vise pas l’exhaustivité, mais simplement à : • mettre en exergue les points de convergence qui m’ont frappés lors de ma formation à la médiation ; • Réfléchir, à la lumière de l’approche du médiateur professionnel, à la conception en PNL du traitement du conflit, ces deux approches étant très différentes, tant dans leur façon de faire que leurs résultats

1. Les points de convergences qui m’ont frappé

Je suis depuis plusieurs années coach, et j’utilise notamment dans ma pratique la PNL, en tant que maître-praticienne. Lors de ma formation à la médiation, comme tout apprenant, j’ai cherché à voir comment ce que je suis en train de découvrir s’articule avec ce que j’ai déjà appris. Les premières similitudes qui m’ont frappées résident dans la posture du coach et du médiateur : confidentialité, neutralité, non-jugement, acceptation de la personne, position altéro-centrée (ou centrée sur l’autre). Ensuite, la modélisation des personnes comme des systèmes qui pensent, ont des émotions, et agissent. Mais surtout, j’ai trouvé des liens entre des présupposés de la PNL, et des principes de médiation : L’un des présupposés de la PNL est que « la carte n’est pas le territoire », et que nous avons chacun une représentation différente et spécifique de « la réalité ». Un conflit naît lorsque, dans une situation donnée, deux « représentations du monde » trop différentes se rencontrent, dans un climat de défiance. Pour le médiateur professionnel, face à l’incompréhension de l’autre, on cherche à interpréter ses intentions (forcément mauvaises), on juge son comportement (inadapté, puisque ce n’est pas ce que l’on ferait), on veut le convaincre d’adopter son point de vue, sa solution, bref, le contraindre …Les trois ingrédients du conflit identifiés en médiation professionnelle sont réunis. D’autres présupposés de la PNL sont également présents en médiation : .l’autre a dans son comportement une « intention positive » (ou principe de « bonne intention », en médiation), il cherche à satisfaire ses besoins ; .il a simplement fait « le meilleur choix possible parmi ceux perçus comme disponibles dans sa carte du monde » (la « maladresse », en médiation). En effet, dans une situation donnée, chacun réagit avec son état du moment (son humeur, sa clarté d’esprit, sa capacité à agir), qui n’est pas forcément le mieux adapté à la situation. .Chacun cherche à préserver son équilibre interne (PNL) ou besoin d’harmonie (médiation), pour respecter ses valeurs, ses croyances.

2. Mais cependant, deux approches très différentes du conflit et de sa résolution

Le médiateur est un spécialiste du conflit. Il a comme client les deux parties et agit auprès des deux protagonistes. Il vise la résolution du conflit. Il dispose d’un processus structuré qui permet aux deux parties d’évoluer dans leur représentation d’elles-mêmes, de l’autre, de la situation, et des solutions possibles. Elles peuvent ainsi, ensemble, décider de la suite qu’elles souhaitent donner à leur relation (reprise, aménagement, rupture) et co-construire une solution nouvelle par rapport au sujet du conflit.

Le coach n’est pas un spécialiste du conflit, c’est un généraliste du comportement humain. Il n’a pas accès aux deux parties. Il peut être en train de coacher quelqu’un qui à un moment lui dit « : j’ai un problème avec M. ou Mme X », et décrit une situation de conflit. Le coach ne peut pas se transformer en médiateur (même s’il en a les compétences par ailleurs), puisqu’il n’est pas impartial : il est aux côtés de son client. Le coach, comme le médiateur, va considérer que l’origine du conflit se situe du côté des émotions. Il dispose de deux grands types d’outils en PNL pour aider son client en situation de conflit :

.les protocoles liés à la « gestion » des émotions. En effet, une personne en conflit ressent des émotions désagréables en présence de « l’autre » (agressivité, énervement, peur, il se sent tendu, bloqué, l’esprit confu …). L’aider à ressentir des sensations différentes (calme, serein, détendu, esprit clair …) en présence de l’autre va lui permettre de réagir autrement, d’être capable de mobiliser ses capacités cognitives, qui ne seront plus parasitées par des sentiments négatifs. La relation va nécessairement évoluer, « l’autre » percevant un changement. Mais on est dans une dynamique de gestion du conflit, la relation restant instable, car non traitée en tant que telle entre les deux parties ;

.des protocoles liés à la compréhension de soi-même face à l’autre, de son propre comportement, du comportement de l’autre, la prise de conscience des interprétations et des jugements que l’on projette sur l’autre. Ces protocoles visent à faire prendre conscience au client de l’existence de ces deux « cartes du monde », et qu’elles sont aussi légitimes l’une que l’autre. Cette prise de conscience modifie complètement chez le client sa perception de la relation qu’il a avec « l’autre ». Il pourra alors parler de cette relation avec « l’autre » et lui proposer de la modifier, d’établir un nouveau mode de fonctionnement. Si « l’autre » accepte cette démarche, il s’agit bien alors de résolution de conflit, car ils définiront ensemble comment ils veulent voir évoluer leur relation. Malheureusement, « l’autre » peut rester bloqué dans sa position, obligeant alors à une sortie en adversité (abandon, résignation, domination).

En conclusion

Une situation de conflit impose, pour une sortie durable et stable, de travailler avec les deux protagonistes, selon une méthode structurée, celle de la médiation professionnelle. Une approche en coaching avec l’un des deux protagonistes aboutit le plus souvent à une gestion du conflit, ou une sortie en altérité, ou en adversité, selon le bon vouloir du deuxième protagoniste. L’issue est donc tout à fait incertaine, ce qui n’est pas satisfaisant. Un coach ayant un client en conflit sera donc bien avisé de lui recommander de recourir à une médiation professionnelle.


Dominique Phély

La médiation à l'étranger : la médiation dans les écoles en Angleterre.

Cet article se décompose en 2 parties :

_une première partie s'intéressant à la définition de la médiation et aux différents sens donnés à ce mot en France et en Angleterre.

_une deuxième partie portée sur l'application de la médiation dans les écoles anglaises.


PARTIE I : DEFINITIONS

Le sens du mot médiation ouvre une grande polémique dans l'hexagone de la part de ceux qui se disent médiateurs. Chacun y va de sa définition et semble pouvoir dire ce qu'est « véritablement » la médiation.

L'un des intérêts de cet article, qui proposera une définition tout en restant critique, est de savoir ce qu'est la médiation en dehors de la France. J'ai pour ce premier article choisi de poser la loupe sur la Grande-Bretagne.

En effet, nos voisins britannique donnent une définition différente de celle du premier syndicat de médiateurs en France, la CPMN (Chambre Professionnelle de la Médiation et de la Négociation).

Premièrement à travers la notion de med-arb (médiateur-arbitre) qui prévoit un arbitrage en cas d'échec de la médiation : « si sa médiation n'aboutit pas, quelle qu'en soit la raison, le médiateur se transforme en arbitre. » (cf article « Med-arb par Jean-Louis Lascoux » - toutes les références renvoient à des articles du wikimédiation)

Pratique contradictoire s'il en est pour les médiateurs professionnels, membres de la CPMN, pour qui la médiation est une discipline promulguant et permettant l'expansion de la libre décision ; le médiateur se positionnant en facilitateur de la circulation de l'information tout en restant impartial face aux parties en conflit et neutre quant à la solution trouvée et adoptée par celles-ci. Il est clair dans l'esprit du médiateur professionnel que cette posture de distanciation, complétée par une indépendance tutélaire totale, est incompatible avec la posture de l'arbitre, qui a pour rôle de faire appliquer une solution qu'il estime convenir à la situation de conflit vécue par les personnes. (ce qui s'apparente, pour le médiateur professionnel, à une dynamique contraignante)

Nous avons ici une divergence de point de vue qu'il est important de souligner :

_Pour certains la médiation peut se permettre d'imposer sa solution aux personnes, dans le but de les sortir de l'impasse.

_Pour la CPMN et les médiateurs professionnels, la médiation se définit comme une méthode d'aide à la réflexion et d'accompagnement vers plus de conscience, qui ouvre sur le libre choix. (cf article « Introduction à la médiation professionnelle » - partie 4 « Postures et techniques » - dernier paragraphe)


La question qui se pose alors est de savoir si la médiation doit être un droit, une option, nécessitant une volonté affirmée de la part des personnes pour être mise en place, et qui peut se permettre d'imposer sa solution, soit de faire ce qui lui semble juste ; ou si elle doit être obligatoire et s'appliquer à tous afin de permettre à des personnes au départ non volontaires d'entrer dans un processus visant l'expansion de leur liberté de décision.

Comme le dit Jean-Louis Lascoux, fondateur de la médiation professionnelle en France, et président de l'EPMN (Ecole Professionnelle de la Médiation et de la Négociation) : « La médiation n'est pas un moyen au service d'un apaisement fondé sur une restriction. » (cf article : « Discours de Jean-Louis Lascoux à Rome, pour la médiation obligatoire, 18 décembre 2012 »)

De plus, il est inscrit dans le CODEOME, premier code d'éthique et de déontologie des médiateurs, à l'article 4.3.1 que : « La médiation est un processus d'accompagnement non-autoritaire d'aide à la réflexion et à la décision, visant la responsabilisation et l'autonomie des personnes, qu'il s'agisse ou non d'une situation conflictuelle, dans le cadre ou en dehors d'une action judiciaire. »

Certains diront que la « médiation obligatoire » représente en soi une forme d' « autorité contraignante ».

Dans ce cas précis, un approfondissement des notions d'obligation et de liberté peut dissoudre une certaine confusion. Il s'agit de rendre obligatoire le passage d'une personne devant un médiateur dès lors que celle avec qui elle est en conflit en fait la demande. Là et uniquement là se trouve la notion d'obligation. Le recours à la médiation se veut un droit fondamental de l'être humain, rendant de fait la médiation obligatoire ; l'intérêt étant d'étendre la notion de liberté, telle qu'inscrite dans l'article premier de la Constitution Universelle des Droits de l'Homme et du Citoyen, à travers la médiation.

Ce droit rendrait donc obligatoire la mise en place d'un processus d'accompagnement des personnes vers la liberté de décision.

Si la médiation en Angleterre est mélangée avec l'arbitrage, et voit ainsi redéfinit son sens propre et professionnel, l'hexagone est lui aussi en proie à une certaine confusion en ce qui concerne cette pratique. En effet, pour beaucoup de praticiens du continent, la médiation se fond dans la conciliation, la négociation ou encore, comme en Angleterre, l'arbitrage. Certains en font une branche intermédiaire du milieu judiciaire, d'autres y voit une pratique issue du domaine psychologique, d'autres encore lui donnent une base spiritualiste. Tous ces milieux professionnels étant différents les uns par rapport aux autres, une question pertinente peut alors se poser : comment se peut-il qu'une seule et même pratique, la médiation, puisse s'habiller d'autant de noms différents ? Si la médiation se retrouve aujourd'hui ainsi travestie, c'est peut-être qu'elle n'a pas encore été bien définie ; soit définie comme étant elle-même, la Médiation avec un M majuscule. Pourtant, la CPMN, à travers notamment son école de formation, l'EPMN, semble lui tailler un costume sur mesure. En quelques mots, celle-ci explique que la médiation a pour partie pris la qualité relationnelle, au service de l'amélioration des rapports humains. La médiation étant une pratique au service de la résolution des conflits, la CPMN s'interroge sur ce qu'est un conflit ; sa réponse ? Une relation dégradée. La question que l'on se pose alors est la suivante : qu'est-ce qu'une relation ? C'est avec cet état d'esprit curieux, inquisiteur et se voulant le plus rationnel possible que les médiateurs professionnels ont pu répondre à cette question, comme à bien d'autres et on pu habiller le mot médiation d'une définition qui lui est propre et lui attribuer un sens professionnel. Ici, pas de mélange d'apothicaire, prenant un peu de judiciaire par là, y ajoutant de la conciliation, une dose de psycho ou encore quelques gouttes de morale si besoin. La médiation prend sa source dans ce qui constitue l'essence de toute société, le relationnel. Et c'est parce que ce relationnel est fragile et évolutif que la médiation trouve sa place en société. Pour la CPMN, pas de personnes « malades », pas de « bonnes ou mauvaises  actions » (qui sont de l'ordre du jugement et donc de la subjectivité) mais de l'ignorance humaine, qui se traduit par un manque de savoir faire autrement. La médiation professionnelle se veut une profession pédagogique qui, comme nous l'avons vu plus haut, stimule la réflexion et met en lumière des solutions jusqu'alors non imaginées par des personnes qui, en plein conflit, ont momentanément perdu une certaine rationalité et se laissent souvent guider par leurs émotions.

Le sujet est complexe et a fait l'objet de plusieurs articles dans ce wiki, aussi ne vais-je pas m'étendre dessus et revenir au sujet principal de cet écrit.


PARTIE II : DES « GRANDS FRERES » DANS LES ECOLES ANGLAISES.

Article : "En Angleterre, des « grands frères » contre la violence scolaire." (Londres)

Source : Le Parisien – 11 septembre 2008 – leparisien.fr

Lien : http://www.leparisien.fr/societe/en-angleterre-des-grands-freres-contre-la-violence-scolaire-11-09-2008-214748.php

Synthèse de l'article :

[ Pour lutter contre les violences à l'écoles, le « bullying » (le harcèlement), ou encore l'absentéisme, les Britanniques expérimentent une solution efficace et pédagogique à la fois : les « big brothers ». Ce système de médiation démarre au début des années 2000, pour éradiquer les problèmes que connaissait le système éducatif anglais, et est effectué par les élèves eux-mêmes. Ces grands frères ont entre 9 et 17 ans et s'occupent des problèmes des élèves plus jeunes qu'eux. Leur mission, bénévole bien sûr, est d'intervenir lors d'une bagarre, de régler les contentieux, de discuter avec les élèves trop absents, ou de faire cesser des actes d'humiliation. La médiation se passe à la pause déjeuner ou après les cours, dans une salle au calme et sans contrainte de durée. Ces jeunes jouent donc à la fois un rôle de psychologue, d'assistante sociale et d'agent de sécurité ! Et le succès est fulgurant.

« Nous avons remarqué que tout se passe beaucoup mieux quand ce sont des élèves qui règlent les problèmes de leurs camarades. (…) Ils écoutent plus et se confient plus à des grands frères. » « Nous formons donc des élèves à devenir médiateurs. »


Masamba Tamank, 16 ans, médiateur depuis 7 ans : « J'ai toujours aimé aider les plus jeunes, rendre service pour faire avancer les choses, essayer de faire changer le comportement de certains. Quand on voit les résultats que nous obtenons avec la médiation, c'est vraiment très encourageant et ça donne envie de faire plus. » ]


Si « le succès est fulgurant », il est intéressant de se pencher sur la pratique de cette forme de médiation. L'une des premières choses qui frappent lorsqu'on lit cet article est l'ouverture d'esprit du système éducatif anglo-saxon et des enfants qui participent à la mise en place de cette pratique. Lancée début 2000, elle est aujourd'hui partie intégrante des modes de fonctionnement des établissements scolaires et participe à l'éducation des élèves. Mieux encore, si ce projet a été initié par le ministère de l'éducation, il est directement finalisé par les établissements en coopération avec des associations qui luttent contre les difficultés scolaire (voir l'article complet), ce qui affirme l'implication des dirigeants de ces établissements et l'importance accordée au relationnel à l'école, ou plutôt dès l'école, dans certains pays. Mais analysons plus en détails.

Il est dit dans l'article que les grands frères sont des médiateurs scolaires qui jouent un rôle de psychologue auprès de leurs camarades. Or, nous avons vu que la médiation peut, et a tout intérêt à se définir comme une discipline à part entière et se dissociant du domaine psychologique. Encore une fois, il ne doit pas s'agir d'étiqueter la personne en fonction de son comportement et de ses choix, mais de l'aider à prendre conscience que le conflit est nourrit par certains comportements et la faire réfléchir sur tous les choix qui s'offrent à elles dans la situation qu'elle vit, afin qu'elle se sorte de l'impasse qu'elle n'a pas su éviter. Cette posture contredit également le terme d'assistante sociale utilisé dans l'article, puisque le médiateur ne doit pas être un conseiller ni prendre des décisions pour la personne, quand bien même son jugement personnel intime l'inciterait à la faire. Il dispose en revanche d'outils permettant à la personne de prendre toute la mesure de ses actes, paroles et pensées, qui impactent sa situation de vie. Ainsi, le médiateur devient un réflecteur des propos et pensées de la personne et lui envoi un retour percutant.

L'idée que les élèves règlent leurs conflits eux-même semble cependant bonne et pose la question de l'intérêt de la sensibilisation des enfants à des techniques de communication et plus globalement à tout ce qui concerne le relationnel et l'anticipation des conflits.

Si chacun a sa définition d'une relation et sa « bonne manière » de « gérer » un conflit, il semble toutefois important que les principes comportementaux et sociétaux reposent sur des bases pédagogiques concrètes et solides (en terme de médiation).

Les big brothers sont formés par les professeurs... mais qui forme les professeurs ? Si l'on considère la médiation du point de vue des professionnels membre de la CPMN, soit comme un métier à part entière, il est cohérent de dire que comme tout métier, celui-ci s'apprend. Il ne s'agit pas d'une pratique secondaire mais d'une profession qui, si elle peut se joindre à d'autres pratiques, a alors pour but de renforcer leurs bases en terme de relationnel et d'interactions sociales. Il semble alors quelque peu utopique de penser que des enfants puissent devenir experts dans la pratique de médiation en étant instruit à celle-ci par des adultes n'ayant eux-mêmes pas été formés au préalable. L'initiative britannique participe néanmoins à l'expansion de la médiation dans le système éducatif de façon générale, en l'intégrant sous la forme des big brothers, et rejoint l'idée des médiateurs professionnels inscrite dans Le Manifeste pour le droit à la médiation professionnelle, qui en prône une acquisition dès l'école :


« la médiation fondée sur l'altérité a tout lieu d'être enseignée à l'école, dès les premières classes. Elle répond au besoin de mieux comprendre les modes de fonctionnement des organisations et des personnes, et de savoir comment faire pour éviter les impasses relationnelles. Elle permet très tôt de changer le mode d'approche d'autrui, de basculer de la méfiance, de l'adversité et des rapports de force qui s'ensuivent vers les comportements de solidarité qui garantissent la sécurité dans notre organisation sociale. »

Kévin Husson, stagiaire à l'EPMN, Promotion Victor Schoelcher.

Analyse de l'oeuvre : Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) de Marshall B. Rosenberg

Pour ma contribution au wikimediation, je propose une analyse de l'oeuvre de Marshall B. Rosenberg relative au concept de communication non violente. cette analyse a pour but de mettre en avant les points communs et les divergences entre CNV et médiation professionnelle. A noter que cet article se base uniquement sur le livre "Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs)" donnant des éléments généraux sur la CNV et n'entrant pas forcément dans le détail de ce processus.

1) Présentation de l’auteur

Marshall. B. ROSENBERG est un psychologue américain (1934 – 2015), formé à la psychothérapie psychanalytique et docteur en psychologie clinique, qui a créé un processus de communication appelé Communication Non Violente (CNV). Il a développé ce processus et l’a notamment utilisé dans le cadre de la mise en place de médiations familiales, scolaires, en entreprise ou dans les pays en guerre (en intervenant notamment dans le conflit Israélo-palestinien).


2) Points communs entre CNV et médiation professionnelle

a. Faits – Conséquences – Ressentis

Le livre décrit de façon synthétique le processus de Communication Non Violente à travers de nombreux exemples de conflits traités par l’auteur. Il décrit ainsi les 4 composantes incontournables de la CNV que sont : 1) L’observation de comportement concret affectant le bien-être 2) La réaction à cette observation par l’apparition d’un sentiment 3) La compréhension des besoins internes qui ont éveillé ce sentiment 4) La verbalisation d’une demande concrète à l’autre partie qui contribuera à répondre au besoin émis

Il est intéressant à la vue de ces composantes de faire le lien avec le processus de médiation professionnelle. Ainsi, si les mots utilisés sont différents, les composantes de la CNV semble renvoyer à la triade Faits – Conséquences – Ressentis appris au cours de la formation CAP’M. La verbalisation d’une demande concrète peut également renvoyer à la phase de la médiation professionnelle où l’on demande aux parties d’exprimer leurs attentes en termes de solutions.

b. Obstacles à une communication de qualité

L’auteur décrit par la suite les obstacles à une bonne communication et reprend ces obstacles qui ressemblent à s’en méprendre aux PIC (Prêt d’intention – Propos interprétatifs négatifs – Contraintes) appris au cours de la formation à la médiation professionnelle. On y retrouve notamment les jugements moralisants et les contraintes imposées par l’autre partie. Des notions importantes comme le fatalisme fonctionnel sont également évoquées.

Enfin, le prêt d’intention est également introduit dans cet ouvrage. En effet, un point central de la CNV consiste à ne pas évaluer ce que l’on observe en partant du constat que « prêter des intentions à quelqu’un est différent d’observer ces actions ». Pour illustrer cette notion, on retiendra une citation d’un philosophe indien utilisée dans le livre et qui dit que « observer sans évaluer est la plus haute forme d’intelligence ».

c. Expression des sentiments

L’expression des sentiments des parties est le point qui différencie la médiation professionnelle de la majorité des courants de médiation. Ainsi, l’aspect émotionnel des relations est traité en priorité en amont des aspects juridiques et techniques de celles-ci.

La 2ème composante de la CNV est d’aider les parties à exprimer clairement les sentiments ressentis et à développer la capacité des personnes à enrichir leur vocabulaire affectif. On retrouve donc encore un point de convergence entre les 2 pratiques à savoir la mise en avant des émotions dans le processus de médiation.

Enfin, à partir de ces émotions, la CNV a pour objectif de verbaliser les besoins des parties et d’en assumer la responsabilité. Cette phase me parait également ressembler aux moments des entretiens individuels en médiation professionnelle où les parties passent d’une expression systématique à l’autre partie à une expression personnelle (Passage du TU au JE). La responsabilisation des actes et des paroles des parties constituent donc un élément central de la CNV.

d. La CNV : une critique des pratiques psychothérapeutiques

Bien que docteur en psychologie, l’auteur émet des critiques sur ses propres pratiques de la psychologie clinique. Ainsi, il explique avoir eu un déclic après être tombé sur une discussion entre un philosophe et un psychothérapeute (Martin BUBER et Carl ROGERS) dans lequel un doute était émis sur la possibilité de faire de la psychothérapie dans le rôle du psychothérapeute.

Ce doute était émis par rapport à la posture du soignant qui émet un diagnostic du patient et donc un jugement. Ainsi, l’auteur s’était rendu compte que ce diagnostic dépendait plus de l’école dont était issu le thérapeute que des symptômes réels des patients. Lorsqu’il a conceptualisé la CNV, l’auteur a eu pour objectif de se détacher de ces conditionnements (créés par les études qu’il avait suivi) et de rechercher ce que ressentaient les personnes et non plus leurs défaillances.

Cette remise en cause du courant psychothérapeutique et plus généralement du conditionnement que l’on a pu avoir au cours de nos études m’a renvoyé au contenu de la formation à la médiation professionnelle. En effet, au cours de celle-ci, nos formateurs se sont attelés à nous expliquer que le médiateur doit aller au-delà de tout conditionnement qu’il soit culturel, cultuel ou autres et de passer au-dessus des idées reçues entendues depuis son enfance. En réalisant cela, le médiateur est mis dans les meilleures dispositions pour rester neutre dans son intervention. Un nouveau point commun entre les 2 processus est ainsi mis en avant.


3) Différences entre médiation professionnelle et CNV

a. Empathie vs altérocentrage

Le point divergent principal entre la CNV et la médiation professionnelle va se situer dans la posture adoptée par le médiateur. Ainsi, là où la médiation professionnelle parle d’altérocentrage (positionnement consistant à se centrer sur un tiers), la CNV parle d’empathie (capacité de ressentir les émotions, les sentiments, les expériences d'une autre personne ou de se mettre à sa place) et de bienveillance (disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui).

Cette différence introduit un aspect émotionnel et une implication personnelle dans l’attitude du médiateur lorsqu’il utilise le processus de la CNV alors qu’il a pour objectif de rester dans la rationalité lorsqu’il utilise le processus de médiation professionnelle.

La distanciation par rapport aux 2 parties semble donc moins fondamentale en CNV par rapport à la médiation professionnelle. L’empathie vise en effet à comprendre ce que l’autre ressent alors que l’altérité a pour objectif d’aider à la réflexion des parties.

b. Un processus techniquement différent

Dans l’ouvrage de Marshall B. ROSENBERG, il n’est à aucun moment fait état de réalisation d’entretiens individuels préalables aux réunions. Il illustre tous ses exemples par des réunions collectives directes.

Le travail en réunion est centré sur la recherche de verbalisation des besoins concrets actuels des parties et à vérifier que chaque partie a entendu les besoins de l’autre. Une fois que ces besoins ont été verbalisés et entendus, des stratégies de résolution de conflits sont évoquées.

Il insiste ainsi sur l’importance de différencier le besoin de la stratégie de résolution du conflit. Ainsi, pour l’auteur, le besoin ne fait jamais référence à une action particulière à effectuer par une personne en particulier alors que les stratégies font référence à des actions concrètes. Le rôle du médiateur est donc ici de traduire chaque message émis en besoin et à vérifier que l’autre partie a bien entendu ce besoin.

Les étapes d’entretien de la médiation professionnelle sont largement différentes et suivent un schéma plus précis et semblent par ailleurs plus cadrées. Ainsi, en CNV, il n’est pas fait référence à un quelconque engagement des parties ou à la définition préalable d’obstacles à la qualité relationnelle. C’est au médiateur de réguler les réunions et de repérer et traiter ces obstacles.

Enfin, les issues possibles de la médiation (retour à 0, aménagement de la relation ou rupture de la relation) ne sont pas posées clairement dans cet ouvrage. La majorité des exemples pris débouchent sur des aménagements de relation et des prises de conscience individuelle visant à un changement d’attitude personnelle.



4) Conclusion

Communication non Violente et médiation professionnelle sont deux processus pouvant être utilisés pour résoudre des conflits. Les bases théoriques des deux approches restent très proches en plaçant le volet émotionnel au centre de la relation et en positionnant le médiateur comme un acteur de la reconnaissance des parties.

Cependant, des différences importantes dans le déroulé pratique de ces processus existent. À la lecture du livre de Marshall. B. ROSENBERG, il apparait que la médiation en CNV se déroule en réunion collective sans forcément de rencontres préalables. De même, les réunions se basent sur les quatre composantes de la CNV décrites dans les paragraphes précédents et sont donc très différentes des entretiens et réunions réalisés en médiation professionnelle. En outre, la rigueur dans le suivi du processus de médiation professionnelle est beaucoup plus présente que pour la CNV.

La 2nde différence importante entre les deux processus réside dans la posture même du médiateur, altérocentré d’un côté, empathique de l’autre qui rend une dimension parfois un peu mystique au concept de CNV.

Pour conclure, je terminerai par une chanson de Ruth BEBERMEYER qui a donné le titre au livre et repris en introduction du livre de Marshall. B. ROSENBERG et qui décrit la force que peut avoir les mots utilisés dans un conflit :

"Je me sens tellement jugée et repoussée, Avant de partir, j'aimerais savoir, Est-ce cela que tu voulais dire ? Avant que je ne me lève pour ma défense, Avant que je ne parle poussée par ma souffrance ou par la peur Avant que je ne construise un mur de mots, Dis-moi, ai-je bien entendu ? Les mots sont des fenêtres, ou bien ils sont des murs. Ils nous condamnent ou nous libèrent. Lorsque je parle et lorsque j'écoute, Puisse la lumière de l'amour rayonner à travers moi. Il y a des choses qui signifient tant pour moi, Si mes mots ne rendent pas mon message limpide, M'aideras-tu à me sentir libre ? Si j'ai paru te rabaisser, Si tu m'as crue indifférente, Essaie d'écouter par-delà mes mots Les sentiments que nous partageons."


Franck DAL PAN

The lost city of Z

Le film

Avec son dernier film, James Gray ouvre un champ nouveau, quittant l’univers urbain et new yorkais pour s’attaquer à 20 ans de la vie de l’explorateur britannique Percy Fawcett. Le film retrace les étapes fondamentales de ces 20 ans en commençant par une mise en perspective du héros, jeune officier, audacieux et capable mais souffrant de sa relégation et de l’absence de toute reconnaissance. Son nom, marqué par un père joueur et alcoolique, exclue la reconnaissance de ses exploits et l’écarte de promotions comme toute reconnaissance sociale. Le récit se centre après sur ses 3 expéditions,entrecoupées par les combats de la première guerre mondiale, dans la forêt amazonienne. The lost city of Z est bien plus qu’un film d’aventure, il aborde de multiples thèmes et notamment les préjugés et la liberté. Nombre de scènes portent sur la prévention ou la résolution de conflit.

Un regard sur les préjugés

Le film est irrigué par trois préjugés dont Fawcett, victime, contempteur ou conscient mais porteur, est le vecteur de la mise en exergue. En creux sont esquissées les pertes que cela implique pour une société qui ne sait pas regarder autrement. Le premier est celui de la naissance. Fawcett, mal né d’un père dont on devine qu’il était noble mais dont le comportement à tâché le nom, se voit refuser toute reconnaissance de ses qualités et aptitudes, frein absolu à sa carrière. C’est parce qu’on lui fait miroiter la reconnaissance de ses mérites qu’il accepte sa première mission en Amazonie. Le second préjugé qui conduira à la seconde mission de Fawcett, est celui de la suprématie la civilisation occidentale. Les indiens ne peuvent être que des sauvages, écartés de manière sous entendue et subliminale, d’une certaine notion d’humanité, et en tout cas de capacité à la civilisation. L’affirmation de l’existence d’une ville engloutie dans la jungle, antérieure à la civilisation européenne sera l’occasion d’une violente dispute devant la Société nationale géographique, une telle assertion étant inconcevable. Fawcett est tout au long du film le porteur d’une opposition à ce préjugé et d’une capacité à affirmer la richesse des autres, dans le temps et dans l’espace. Un troisième préjugé est celui de la place des femmes, résumée à celle d’épouse et de mère, reléguées aux bancs de la société. Une scène le montre physiquement, où l’on voit l’épouse du héros, debout au poulailler de la salle de conférence de la Société nationale de géographie, seul espace où les femmes sont acceptées, quand bien même elles auraient contribuées, comme elle, aux avancées de la science. Devant l’indignation de cette dernière, quelqu’un lui rappelle que c’est bien là sa place, nul espace pour un regard différent, chacun est enfermé dans sa « caverne ». Cette relégation de la femme réapparait en filigrane à de multiples reprises. L’épouse de Fawcett, femme libre, comme elle le revendique est tenue voire remise à sa place : porter et éduquer les enfants, attendre son époux. Même son mari, esprit ouvert et éclairé, reconnaissant l’égalité des sexes, lui refusera de l’accompagner dans une expédition, au nom de sa faiblesse physique.

Un regard sur la liberté

Le second thème qui irrigue le film est celui de la liberté. Un explorateur en est par essence un symbole. Fawcett en se rendant à 3 reprises en Amazonie témoigne de plusieurs récits de la liberté, liberté réservée aux mâles, comme on l’a vu plus haut. Chaque fois, paradoxalement, la décision de partir n’est pas le fruit de sa volonté explicite. Il est poussé par d’autres à se révéler à lui-même. La première expédition n’est acceptée par Fawcett que pour reconquérir son honneur. La seconde est poussée par un défi à relever : découvrir la cité perdue de Z, dont l’existence reste à démontrer après les premiers éléments identifiés lors de la première expédition. Pour la dernière, c’est le fils de Fawcett qui le convaincra, sans peine, de partir à nouveau, cette fois pour réaliser son rêve. En effet, partir est le rêve, au sens littéral, de Fawcett, sa liberté, mais à chaque fois ce besoin doit lui être révélé par un tiers. Ce besoin de liberté, il le revendique d’autant plus facilement que le départ lui est dicté, l’aidant à surmonter ses chaines, familiales. Elle lui est reconnue par son épouse, et de manière plus inattendue par son fils devenu majeur, lui qui l’avait accusé de l’avoir abandonné et d’avoir préféré l’appel de la forêt à sa famille.

Conflit, arbitrage, « médiation »

Plusieurs scènes du film sont porteuses de résolution des conflits. La première mission de Fawcett est le fruit d’une forme d’arbitrage : Bolivie et Brésil s’opposent sur le tracé de leur frontière, avec de forts enjeux économiques en cette période de boom du caoutchouc. Pour éviter une guerre, ils donnent mission à un tiers neutre, la Grande Bretagne, de l’établir. Confrontés à des tribus amazoniennes, les explorateurs, pour certains tentés en première réaction, par le recours aux armes, déploient, sous l’influence du héros, des messages de prévention de l’usage de la violence : bras levés, mouchoir déployé en signe de bienveillance, plus original, musique (des explorateurs dépenaillés émergeant des eaux troubles du fleuve sur un chant britannique). La relation avec les indiens est marquée par la reconnaissance de la légitimité des attitudes, Fawcett accepte les coutumes locales, même anthropophages, dont il nous rappelle au passage les fondements. Enfin et surtout, une scène relate une tentative, échouée, de conciliation. De retour de sa seconde expédition, où il s’est séparé de Murray, de son équipe, Fawcett est invité par la Société nationale de géographie qui veut jouer la conciliation entre un Murray qui accuse Fawcett de l’avoir abandonné en mettant sa vie en péril et ce dernier qui estime avoir fait son devoir et donné à Murray sa seule chance de survie. Fawcett, peu informé de la conciliation, entame les échanges par des propos élogieux sur la prouesse remarquable de Murray d’être revenu sain et sauf, illustration d’une démarche de reconnaissance. Mais l’échange se poursuit sur un ton différent. Murray accuse Fawcett de l’avoir abandonné, prêt d’intention. Fawcett lui répond qu’il en allait de la survie de l’équipe, qu’il lui a laissé cheval, hommes, plus de nourriture qu’à eux, et enfin que Murray a volontairement saccagé ses vivres, ce que ce dernier dément, tout en indiquant qu’il a saisi un avocat pour avoir été abandonné. Il précise toutefois qu’il est prêt à renoncer si Fawcett lui adresse ses excuses sous certaines conditions, illustration d’une contrainte. Ce dernier en accepte le principe dans « l’intérêt collectif » mais souhaite connaitre ces conditions : des excuses publiques devant son épouse. Fawcett est prêt à les formuler devant ses hommes, plus lui parait inacceptable, il s’emporte, quitte la salle tout en démissionnant de la Société nationale de géographie. Les protagonistes sont entrés dans une logique de surenchère.

Cette « médiation » est illustrative à plus d’un titre d’un conflit et des erreurs à éviter.

Elle est publique, menée devant la Société nationale de géographie, donc sous le regarde de pairs, ce qui exacerbe les postures. Le médiateur est ambivalent et transparent. En effet, la Société nationale de géographie n’est pas très claire sur ses intentions et sa neutralité et se montre absente dans les échanges qui s’enflamment vite sous les yeux un peu atterrés de ses membres. De fait, la conciliation semble ressembler plus au début d’un procès destiné à éviter une action en justice au risque médiatique qu’à une réelle conciliation. La scène commence en effet plutôt comme une mise en accusation que comme une conciliation. A tout le moins, la Société nationale de géographie pèche par impréparation. Aucune préparation n’a précédé les échanges pour permettre moins d’établir les griefs que d’éclairer les attentes respectives et de préparer l’équilibre des attitudes. Ceci a pour conséquence l’absence de recherche de parallélisme dans les attitudes, voire simplement dans la régulation des prises de parole. En découle, alors que l’on semble partir d’une possibilité d’accord simple : la présentation d’excuses, demande acceptée dans son principe à une rapide escalade verbale qui aura vite raison de la tentative de conciliation.

Les excuses acceptées par Fawcett, le sont non parce qu’elles seraient fondées sur un défaut d’interprétation mas au nom du bien commun et de l’intérêt de tous, nulle reconnaissance de la légitimité du point de vue de Murray ou de maladresse. Les conditions mises à la présentation des excuses par Murray, une fois détaillées s’avèrent inacceptables pour  Fawcett. Une inversion et une déclinaison conceptuelle eut sans doute fait apparaitre à Murray, le caractère  sensible de sa demande et l’eut fait réfléchir sur ce qui lui serait à lui acceptable.

Dès lors point de surprise à l’issue violente de la tentative amiable. On retrouve par ailleurs autour du même fait- l’impossibilité de Murray, malade, de poursuivre l’expédition, conduisant à la séparation du groupe et le raccompagnement de Murray vers la base de départ- deux ressentis opposés avec leur lot de prêts d’intention et d’interprétations contradictoires. D’un côté Murray porte un prêt d’intention : on l’a sciemment abandonné sans chance de survie, lui qui s’est toujours senti (ou s’est placé) en dehors du groupe ; de l’autre Fawcett estime avoir choisi la seule voie possible : donner à Murray une chance de survie en lui permettant avec des moyens en hommes, chevaux et vivres largement comptés de retourner vers une zone habitée par des blancs.

The lost city of Z est donc un film philosophique, social, aux nombreuses facettes et aussi d’une grande richesse visuelle (il faut voir la dernière scène avec la tribu qui va accueillir Fawcett et son fils.

Dominique Ganiage

AVOCAT EN MUTATION… Comment introduire l’altérité dans les prétoires… 1 En chambre de la famille ? « Easy » !

Hier matin, j’avais une audience en conciliation divorce et j’assistais une jeune sénégalaise qui dix ans auparavant, avait rencontré dans son pays, un instituteur français ! ils se sont plus immédiatement, mariés très vite et Madame a suivi son époux en France. Deux ans après, un petit Marcus naissait !

Aujourd’hui rien ne va plus ! Monsieur a pris l’initiative de la procédure de divorce.

De peur que son épouse reparte vivre auprès des siens avec l’enfant, il n’hésita pas à porter plainte contre elle, l’empêchant de passer la frontière, puis lui imposa avec l’aide de ses propres parents, une résidence alternée de l’enfant âgé aujourd’hui de 5 ans et demi.

Madame m’explique qu’elle se sent, de par l’attitude de son époux, contrainte dans ses faits et gestes. Elle souhaiterait exprimer ses ressentis librement et avoir « droit à la parole », ne plus se sentir contrainte par son époux. Elle souhaiterait que son époux ne le juge plus d’incompétente dans l’éducation de l’enfant commun et reconnaisse au contraire ses qualités de mère – lui rappelant qu’ils ont vécu ensemble depuis 10 ans ! Elle souhaiterait qu’il ne lui prête plus de mauvaises intentions du genre « partir dans son pays et le couper de tous liens avec l’enfant ».

Elle voudrait que l’on reconnaisse qu’à ce jour, elle suit des cours de français et va passer en fin d’année un CAP de coiffure afin de pouvoir exercer une activité professionnelle en France.

Dans le cadre de la procédure initiée, Monsieur souhaite la résidence alternée de l’enfant. Madame de son côté a souhaité la résidence fixée chez elle, indiquant que l’enfant était perturbé.


Comment s’est passée l’audience ?


Ma cliente avait entièrement confiance en moi et a accepté certes que je maintienne ses demandes initiales mais que j’évoque l’ensemble de son mal-être.

Le conseil de Monsieur plaida pour sa part classiquement, en adversité allant même jusqu’à évoquer le fait que Madame ne savait pas écrire le français, lâchant un nouveau prêt d’intention mal vécue par ma cliente.



Je tentais de contrer cette adversité par de l’altérité :

J’ai avant tout déploré le fait que par une peur irraisonnée, Monsieur avait développé une dynamique conflictuelle de surenchère ; la relation entre les époux s’était dégradée et ne cesserait de se dégrader tant que l’on resterait dans cette dynamique.

Monsieur interrogatif me fixait… je fis donc de la reconnaissance en lui indiquant que je ne me positionnais nullement en terme de fautes mais que je considérais qu’il a agi par simple maladresse, parce qu’il ne savait pas faire autrement et qu’il ne pensait pas disposer d’autres moyens pour se rassurer que de porter plainte puis d’entamer cette procédure.

J’insistais cependant sur le fait que sa maladresse avait été et est ressentie durement par Madame qui se sent jugée du fait d’interprétations erronées, souffre des mauvaises intentions qu’on lui prête et se sent contrainte par les agissements et propos de Monsieur.

Plus encore, au milieu de ce conflit, il y a un petit gars âgé de 5 ans qui aujourd’hui est perturbé.

Je précise que si Madame s’est opposée à cette résidence alternée, en revendiquant la résidence chez elle c’est du fait de toutes ces raisons ; en définitive elle ne cherche, tout comme le père, que le bien-être de son enfant…


Une réaction inattendue du Juge aux affaires familiales :


Il avait été particulièrement attentif car les mots qu’il venait d’entendre étaient bien différents de ceux qu’ils avaient jusque-là l’habitude d’entendre ; il s’est montrée particulièrement sensible à ce que je venais de dire puisqu’en m’interrompant, il indiqua « Maître, je suis entièrement d’accord avec votre analyse... » il s’adressa ensuite aux deux parents en insistant sur leurs attitudes passées et leur demandant de réfléchir utilement sur leur avenir et le réel intérêt qu’ils portaient à leur enfant. J’avoue que c’était sur le ton inapproprié de la morale mais un juge ne peut changer du tout au tout …

Le magistrat indiqua par ailleurs que la résidence alternée est peut-être une bonne chose mais exercée comme elle l’est à ce jour n’est sans doute pas le mieux pour l’enfant qui s’il est perturbé, doit inévitablement ressentir qu’il est un véritable enjeu dans le conflit opposant ses parents.

A sa façon il les a invités -pour ne pas dire ordonner- à réfléchir plus en avant…

Profitant que l’on me redonna la parole, je remerciais le magistrat d’avoir abondé dans mon raisonnement et insistait sur le fait qu’il est nécessaire de rétablir un dialogue constructif entre les époux en définissant des principes de qualité relationnelle par le biais d’une médiation.

Le Juge mit ce dossier en délibéré mais avant tout demanda aux parties, comme je l’avais proposé, si elles étaient d’accord sur le principe d’une médiation. Sans aucune hésitation, cette proposition fut acceptée – ma cliente me faisant part sans plus attendre sa satisfaction car elle avait en définitive été écoutée…

En complément, le magistrat indiqua qu’il allait parallèlement ordonner une enquête sociale et pour l’heure, sauf meilleur accord, une résidence alternée était maintenue mais avec une coupure en milieu de semaine pour éviter qu’une semaine pleine ne soit pas ressentie par l’enfant comme étant trop longue.


Une réaction également inhabituelle de la partie dite « adverse » :

En sortant, l’époux et son conseil surpris, m’ont remercié !

Ne pas s’en remettre au juge pour des décisions concernant leur enfant ; les parents savent mieux que quiconque ce qui est de mieux pour ce dernier… il faut donc mieux communiquer…

Notre mission fondamentale, même si l’on assiste qu’une seule des parties, est donc d’éclairer les parties vers cette voie…

Ils ne savaient pas – maintenant ils savent et peuvent accéder à la « connaissance » et se responsabiliser…

AVOCAT EN MUTATION… Comment introduire de l’altérité dans les prétoires 2 Et comment cela peut-il se passer devant une juridiction pénale ?

J’avais eu une discussion fort intéressante, à l’occasion du Symposium intervenue les 19 et 20 octobre 2016, avec Gérard THIEL qui m’avait invitée, et Gaétane CATALANO tous deux médiateurs professionnels depuis une année environ.

Cette discussion portait sur la posture d’un médiateur face à un auteur de violences conjugales.

L’avocate féministe engagée que j’étais depuis plus de 28 ans avait fièrement déclaré que vu les spécimens qu’elle avait rencontrés à l’occasion d’affaires particulièrement sordides, il n’était pas possible de reconnaître une quelconque légitimité à un homme qui osait battre femme et enfants et qui n’avait en cours de procédure de divorce, qu’un seul objectif, atteindre encore et davantage son épouse quitte à prendre pour otages les enfants…

Gaétane m’avait doucement glissé « nous en reparlerons une fois ta formation au sein de l’EPMN achevée… » J’avais été interpellée car je me considérais au surcroit médiateur, ayant passé un diplôme trois ans auparavant…

Enthousiasmée par cette nouvelle approche de la médiation développée par la CPMN, je m’inscrivis immédiatement à l’EPMN et là, ce fut la révélation… je trouvais enfin des véritables outils. Permettez-moi de m’expliquer…

Réaliser que le droit n’a pas réponse à tout et constater qu’à l’issue d’un contentieux, toutes les parties en sortaient épuisées et insatisfaites, avaient été pour moi depuis quelques années, un véritable déclencheur…

J’avais tenté par tous moyens dans l’intérêt de mes clients, d’éviter les procédures longues, onéreuses, de plus en plus aléatoires, en anticipant par la rédaction de contrats, conditions générales de vente, guides de poses etc… œuvrant tout particulièrement dans le milieu du bâtiment. Cela ne suffisait pas…

Je me suis donc tournée vers la Médiation depuis 2014. La première formation que j’ai eue était à connotation juridique.

Durant tout ce temps, et je comprends aujourd’hui ce qui me limitait au fond de moi-même, j’étais et je réfléchissais toujours dans l’adversité et non dans l’altérité.





Même quand j’ai eu mon diplôme de médiateur, je n’avais pas réellement de processus structuré et plus encore, nous étions axés toujours sur le juridique ; il était impossible de réfléchir différemment et impossible surtout d’aider une personne quelle qu’elle soit à se libérer de ses émotions, au cœur de toute relation…

L’enseignement suivi au sein de l’EPMN m’a permis littéralement de me structurer et m’affirmer et … çà marche ! même dans les prétoires…


Récemment, j’ai assisté par-devant le tribunal correctionnel d’Avignon, une cliente victime de violences de la part de son concubin et cette nouvelle affaire m’a permis de me « sonder ».

La Juge unique qui siégeait était une personne qui anciennement juge aux affaires familiales, me connaissait de part les convictions que j’ai toujours défendues dans ce domaine.

Elle s’attendait donc à ce que je sois déterminée en tant que défenseur de la partie civile à solliciter les peines maximales. Elle entama l’instruction de ce dossier très sévèrement vis-à-vis du prévenu.


Lorsque vint mon tour de plaider, j’ai avant tout donné la parole à ma cliente que l’on avait jusque-là quasiment ignoré. Celle-ci a pu exprimer toutes les souffrances qu’elles avaient subies et qui ne figuraient pas dans le dossier pénal.

Ensuite, j’ai pris la parole et me suis surprise de ne pas être dure et tranchante voire sarcastique comme je l’aurais été dans le passé.

Mes propos furent principalement de dire que :

- Ce type de dossier est pour nous tous une grande souffrance, qui que nous soyons, certes les victimes directes mais aussi avocats, magistrats et auteur. Il doit nous permettre de réfléchir sur notre société en général…

- Pour le cas présent, les faits sont établis, même reconnus pour certains d’entre eux. Il y a des textes de loi, il conviendra d’en faire application.

- Cependant, il conviendra de faire en sorte que la peine prononcée soit efficace : la victime doit avec ses enfants, être protégée et surtout l’auteur doit se responsabiliser et se soigner – le fait de « se prendre en main » ne dépendant que de lui-même. Il a des antécédents, mais j’ai considéré sa seule maladresse.




- Dans la mesure où ma cliente et ses enfants vivaient pour l’instant dans l’ancien domicile conjugal mais qui était un bien propre à Monsieur, j’avais à travers son avocat, obtenu son acceptation de maintien dans les lieux jusqu’à la fin de la scolarité des enfants – j’ai donc tenu à donner cette information au tribunal et remercier publiquement Monsieur pour cet engagement.


A ce moment précis, le procès qui avait commencé dans un véritable climat d’adversité glissa quelque peu dans une dimension plus humaine…

Le procureur de la république fit une plaidoirie « soft » qui n’accablait pas l’auteur – il resta ferme mais ne fut pas virulent comme j’avais pu le voir auparavant dans des dossiers similaires Nonobstant la gravité des violences (agressions et menaces avec arme), il semblait comprendre le désarroi de l’auteur et de la victime ; il requiert une peine d’emprisonnement avec sursis avec mise à l’épreuve – dans le droit fil de ce que je demandais- à savoir interdiction d’approcher la victime et ses enfants et obligation de soin.

L’avocat du prévenu plaida non sur les faits mais sur la personnalité de son client, indiquant avoir apprécié mes remerciements.

La Juge délibéra sur le siège, et très calme, déclara coupable Monsieur des violences commises, le condamna à une peine d’emprisonnement de 6 mois avec sursis avec mise à l’épreuve durant 2 ans avec obligation de soin, interdiction d’approcher la victime et ses enfants et obligation d’indemniser la victime (3000 € de dommages et intérêts et 800 € d’article 475-1 du Code Pénal – au titre des frais d’avocat).

Au-delà d’une audience qui s’est déroulée dans un climat plus apaisé que la normale, les parties sont sorties sereines.

L’auteur semblait apaisé et avait accepté la décision rendue.

Ma cliente était elle aussi apaisée et n’était plus dans la colère exprimée jusque-là ; elle avait été entendue, reconnue ; elle ne voulait pas que son ex-concubin subisse une lourde peine et était inquiète à ce propos.

Sortie de l’audience, elle était en accord avec ce qu’elle ressentait au fond d’elle-même car la décision rendue, ce qu’il s’était passé ce matin-là, avait rétabli en elle, équilibre et harmonie.






Pour ma part, je suis sortie profondément heureuse et un déclic en moi s’était opéré… Me remémorant mes réflexions d’avant ma plaidoirie… je reconnais l’auteur dans la légitimité de son point de vue, sa bonne intention pour lui-même et sa maladresse car il ne savait pas s’exprimer et faire autrement que comme il l’a fait…

Plus encore, je me suis moi-même sentie en harmonie et de là ma réflexion : Nous les avocats, ne subissons-nous pas le déséquilibre et la disharmonie de nos clients ? à tout le moins, étant dans le conflit en permanence, ne ressentons-nous pas ces besoins d’équilibre et d’harmonie car nous vivons les histoires de nos clients, nonobstant le recul que nous pouvons avoir…

La pleine satisfaction des besoins du client, telle doit être notre engagement… et cet engagement passe avant tout par une écoute attentive totalement altéro-centrée et la voie judiciaire n’est sans doute pas la solution…


Une belle aventure… la magie du travail sur la qualité relationnelle fonctionne même dans les prétoires ! c’est voir et exercer notre profession initiale différemment…


Edith DELBREIL Stagiaire EPMN

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