Discussion utilisateur:Stagiaire

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Version du 26 août 2017 à 10:31 par Stagiaire (discuter | contributions)

Bonjour, en regardant ce qui se fait à droite - à gauche je suis tombé sur une formation de médiateur. Il s'agit d'un DU (diplôme universitaire) qui vient de voir le jour. Il est délivré en formation continue par l'université Capitole de Toulouse ce qui en soit est déjà synonyme de courant juridique. En regardant un peu plus la plaquette de présentation (et pas besoin de regarder longtemps) il se trouve que ce DU a été créé en partenariat avec nos confrères de l'ANM (Association Nationale des Médiateurs) et le Centre de Médiation Toulouse-Pyrénées. Par ailleurs, il n'envisage la médiation qu'au travers de 3 axes juridiques qui sont : les matières juridiques civile (famille), commerciale (contrats) et sociale (droit du travail). De ce point de vue (et des autres que j'exposerai après) cette formation est très différente de celle proposée par l'EPMN en ce que l'EPMN ne fait pas de distinction de nature de conflit. Un conflit étant un dysfonctionnement de la relation, à quoi bon le catégoriser ? le qualifier ? si ce n'est pour le raccrocher à des ... règles de droit. De ce fait et à mon humble avis, ce DU plutôt que de s'attacher au traitement la dimension émotionnelle en revient aux bonnes vielles recettes qui visent avant toute chose à borner le conflit pour qu'il soit ... gérable. Le mot est lancé ne serait-on pas, une fois encore face à une approche qui ne vise pas à rendre les personnes actrices de leur sortie de conflit, à les accompagner vers leur solution co-construite mais qui viserait plutôt à gérer le conflit en conditionnant et en limitant la capacité créative des personnes concernées par le cadre juridique ?

voici le lien : http://www.ut-capitole.fr/formations/se-former-autrement/formation-continue/diplome-d-universite-de-mediation-droit-et-pratiques-de-la-mediation-en-matiere-civile-commerciale-et-sociale-formation-continue--304291.kjsp

Les noms et professions des intervenants ne nous apprend rien de plus : des magistrats, des avocats, des membres de l'ANM ...

Voici donc ma modeste contribution au Wiki.

Bien à vous

Hervé Frescaline médiateur stagiaire promotion François Villon

Sommaire

Coaching professionnel et Médiation Professionnelle : deux notions motrices communes : l'émotion et l'intention

L’émotion est à l’origine de la mise en mouvement de la personne ; autant dans la mise en œuvre de projets que dans les comportements adoptés dans une relation. Ce que la personne en fait dépend de son niveau de conscience sur le sujet.

Dans le coaching, elle est la source de motivation au changement et à davantage de cohérence (avec les valeurs) et de congruence de la personne ; comme à la recherche de solutions.

En médiation, elle est à l’origine des conflits, tout comme de leurs résolutions.

Il ne s’agit pas d’opposer coaching et médiation. Ces deux activités sont très complémentaires. Ce sont justement leurs différences qui les rendent complémentaires. Je rejoins totalement Stéphane Seiracq, quand il dit que “l’enchainement des deux […] ne peut se faire que dans un sens, de la médiation au coaching”. Obligation sans laquelle la notion d’impartialité ne serait pas réalisable pour le professionnel en situation de médiation.

Enfin, une similitude forte, entre les deux pratiques, est la mise en lumière, qui doit être faite tant par le coach que par le médiateur, de l'intention portée par la personne. En médiation comme en coaching, l'intention recherchée est celle cachée derrière l'émotion qui met en mouvement. En médiation particulièrement, l'intention recherchée est celle relative aux trois niveaux de reconnaissance : légitimité de point de vue, la bonne intention pour soi, la maladresse.

Samuel Chemin

extrait du film le discours d'un roi

Synthèse du film : Le film « le discours d’un roi » se situe entre 1925 à 1939, en Angleterre. Il commence par un discours à Wembley donné par le duc d’York, deuxième fils du roi Georges V. Le duc rencontre d’énormes difficultés à prononcer son discours car il bégaie. Le film se termine par le premier discours officiel donné par cette même personne, devenu le roi Georges VI ; ce discours est dit sans bégaiement. Le film raconte le parcours de cet homme entre ces deux dates, sa rencontre avec Lionel Logue, ses efforts pour surmonter son handicap avec l’aide de Logue, et son accession au trône. Analyse de l’extrait : préparatifs du couronnement

L’extrait se situe dans l’abbaye de Westminster, le soir. Cela fait plusieurs années que le futur roi travaille sur son bégaiement avec Logue. Mais le roi vient d’apprendre que Logue n’a pas de diplôme. Celui-ci arrive, pour aider le roi à se préparer à son couronnement, et lui demande : «  tout va bien ? On s’y met ? ». En effet, le roi a l’air abattu.

La mise en accusation

Roi : « Je ne suis pas ici pour la répétition, docteur Logue. (…) C’est vrai, jamais vous vous êtes dit médecin. C’est moi qui vous donnais du docteur. Aucune formation, ni diplôme, ni aucune qualification. Juste un culot immense ». Il bégaie. Le roi accuse Logue de 2 choses : .La première, de l’avoir trompé. Pourtant, le roi reconnaît que c’est lui qui a interprété la situation, qu’il a imaginé que Logue était orthophoniste. Cette démarche correspond à la recherche d’harmonie : voyant ce que fait Logue, le roi en a tiré l’interprétation que Logue est orthophoniste. Dans son monde, les titres comptent. Mais, par un phénomène de retournement, il l’accuse de l’avoir trompé, alors qu’il s’est trompé tout seul. Logue reste factuel pour lui répondre : « Sur ma plaque on lit : L. Logue, défauts d’élocutions, et non docteur ; aucun titre spécifique ». .La deuxième, de n’avoir aucune qualification. Il le juge donc incompétent, incapable de l’aider. Logue argumente, en expliquant d’où vient sa méthode et dit avoir eu « de nombreux succès ! Certes je n’ai aucun certificat, la formation était inexistante. Mon savoir je l’ai tiré de mon expérience ». Cet échange est centré sur Logue, sur ce qu’il est ou pas, s’il est qualifié ou pas. Mais le vrai sujet est l’état émotionnel du roi, sa peur de ne pas pouvoir exercer son rôle, qui apparaît dans la réplique suivante :

R : «  La guerre menace et vous affligez le pays d’un roi sans voix. Ridicule. (En se levant). Vous avez détruit sans y penser le bonheur de ma famille pour le plaisir de réussir à ferrer un patient prestigieux qu’il vous était impossible d’aider. Ce sera comme ce fou de roi George III le monarque fou et George VI le bègue. Qui ne trouva rien de mieux que d’abandonner ses sujets dans cette heure cruciale … » Il bégaie. Son équilibre est perturbé : il s’imagine que les autres ne le verront que comme bègue. Cela l’attriste, car il veut être pleinement roi. Ce besoin qu’il ne voit pas comment satisfaire l’amène à se contraindre lui-même en se définissant de façon réductrice : il n’est que bègue. Le roi fait deux prêt d’intention à Logue : l’avoir trompé sciemment, et à son seul profit. Mais il ne contraint pas Logue. Il n’est pas en conflit, il est abattu, et il passe de la mise en accusation à l’énoncé de sa propre détresse.

Logue décide de mettre en œuvre ses compétences et d’aider le roi

Logue reste calme. Le roi l’a mal jugé, en considérant que, parce qu’il n’a pas de diplôme il est incompétent ; Le roi lui a prêté des intentions infondées (le tromper, vouloir traiter un patient prestigieux), mais il a exprimé sa propre peur de ne pas être à la hauteur. Au lieu de contraindre Lionel, il s’est contraint lui-même, en ne se voyant plus que comme bègue. Logue veut aider le roi, lui rendre sa liberté, le sortir de ce sentiment d’abattement, d’impuissance, d’incompétence, le reconnecter à sa capacité à raisonner, à s’exprimer. Comme le roi vient de se tourner en dérision, Logue tourne en dérision la royauté en s’asseyant sur le trône. Il va d’abord faire changer le roi d’état émotionnel en le mettant en colère. R : « Qu’est-ce qui vous prend, c’est un sacrilège, debout ! » L : « Pourquoi, ce n’est qu’un siège » R : « Non c’est un siège chargé d’histoire, c’est le siège où s’est assis saint Eloi ! » A lieu un échange rapide à propos de ce siège, Lionel n’en bougeant pas. Les deux parlent en même temps. Puis le roi éclate, en répétant trois fois : « Écoutez-moi ! » ; L : « vous, de quel droit ? » ; R : « je suis roi de droit divin ne vous en déplaise ». C’est la première fois qu’il le dit, alors qu’il semblait en douter, car son frère aîné n’est pas mort, mais a seulement renoncé au trône. L : « non, vous m’avez dit ne pas vouloir de la couronne. Pourquoi devrais-je perdre mon temps à vous écouter ? » Lionel se place sur un autre plan : pour être pleinement roi, il faut vouloir exercer son rôle. R : « parce que je veux me faire entendre, moi aussi j’ai une voix ! ». Silence. L : « vous en avez une (il se relève) ; J’admire votre persévérance Bertie, vous êtes tellement courageux, vous ferez un fichu bon roi ». Lionel a obtenu ce qu’il voulait : refaire prendre conscience au roi qu’il est roi (un fait) qu’il a un rôle à jouer, des messages à délivrer, une voix à faire entendre (conséquences), et qu’il veut le faire (ressenti). Il réitère l’affirmation du roi, et la renforce en lui donnant un signe de reconnaissance positif sur ses capacités. Il a préservé sa relation avec le roi, qui le confirme un peu plus tard dans ses fonctions.

Dominique Phely

PNL et médiation

Cet article se veut une contribution à la comparaison entre la PNL et la médiation professionnelle telle qu’enseignée par l’EPMN. Il ne vise pas l’exhaustivité, mais simplement à : • mettre en exergue les points de convergence qui m’ont frappés lors de ma formation à la médiation ; • Réfléchir, à la lumière de l’approche du médiateur professionnel, à la conception en PNL du traitement du conflit, ces deux approches étant très différentes, tant dans leur façon de faire que leurs résultats

1. Les points de convergences qui m’ont frappé

Je suis depuis plusieurs années coach, et j’utilise notamment dans ma pratique la PNL, en tant que maître-praticienne. Lors de ma formation à la médiation, comme tout apprenant, j’ai cherché à voir comment ce que je suis en train de découvrir s’articule avec ce que j’ai déjà appris. Les premières similitudes qui m’ont frappées résident dans la posture du coach et du médiateur : confidentialité, neutralité, non-jugement, acceptation de la personne, position altéro-centrée (ou centrée sur l’autre). Ensuite, la modélisation des personnes comme des systèmes qui pensent, ont des émotions, et agissent. Mais surtout, j’ai trouvé des liens entre des présupposés de la PNL, et des principes de médiation : L’un des présupposés de la PNL est que « la carte n’est pas le territoire », et que nous avons chacun une représentation différente et spécifique de « la réalité ». Un conflit naît lorsque, dans une situation donnée, deux « représentations du monde » trop différentes se rencontrent, dans un climat de défiance. Pour le médiateur professionnel, face à l’incompréhension de l’autre, on cherche à interpréter ses intentions (forcément mauvaises), on juge son comportement (inadapté, puisque ce n’est pas ce que l’on ferait), on veut le convaincre d’adopter son point de vue, sa solution, bref, le contraindre …Les trois ingrédients du conflit identifiés en médiation professionnelle sont réunis. D’autres présupposés de la PNL sont également présents en médiation : .l’autre a dans son comportement une « intention positive » (ou principe de « bonne intention », en médiation), il cherche à satisfaire ses besoins ; .il a simplement fait « le meilleur choix possible parmi ceux perçus comme disponibles dans sa carte du monde » (la « maladresse », en médiation). En effet, dans une situation donnée, chacun réagit avec son état du moment (son humeur, sa clarté d’esprit, sa capacité à agir), qui n’est pas forcément le mieux adapté à la situation. .Chacun cherche à préserver son équilibre interne (PNL) ou besoin d’harmonie (médiation), pour respecter ses valeurs, ses croyances.

2. Mais cependant, deux approches très différentes du conflit et de sa résolution

Le médiateur est un spécialiste du conflit. Il a comme client les deux parties et agit auprès des deux protagonistes. Il vise la résolution du conflit. Il dispose d’un processus structuré qui permet aux deux parties d’évoluer dans leur représentation d’elles-mêmes, de l’autre, de la situation, et des solutions possibles. Elles peuvent ainsi, ensemble, décider de la suite qu’elles souhaitent donner à leur relation (reprise, aménagement, rupture) et co-construire une solution nouvelle par rapport au sujet du conflit.

Le coach n’est pas un spécialiste du conflit, c’est un généraliste du comportement humain. Il n’a pas accès aux deux parties. Il peut être en train de coacher quelqu’un qui à un moment lui dit « : j’ai un problème avec M. ou Mme X », et décrit une situation de conflit. Le coach ne peut pas se transformer en médiateur (même s’il en a les compétences par ailleurs), puisqu’il n’est pas impartial : il est aux côtés de son client. Le coach, comme le médiateur, va considérer que l’origine du conflit se situe du côté des émotions. Il dispose de deux grands types d’outils en PNL pour aider son client en situation de conflit :

.les protocoles liés à la « gestion » des émotions. En effet, une personne en conflit ressent des émotions désagréables en présence de « l’autre » (agressivité, énervement, peur, il se sent tendu, bloqué, l’esprit confu …). L’aider à ressentir des sensations différentes (calme, serein, détendu, esprit clair …) en présence de l’autre va lui permettre de réagir autrement, d’être capable de mobiliser ses capacités cognitives, qui ne seront plus parasitées par des sentiments négatifs. La relation va nécessairement évoluer, « l’autre » percevant un changement. Mais on est dans une dynamique de gestion du conflit, la relation restant instable, car non traitée en tant que telle entre les deux parties ;

.des protocoles liés à la compréhension de soi-même face à l’autre, de son propre comportement, du comportement de l’autre, la prise de conscience des interprétations et des jugements que l’on projette sur l’autre. Ces protocoles visent à faire prendre conscience au client de l’existence de ces deux « cartes du monde », et qu’elles sont aussi légitimes l’une que l’autre. Cette prise de conscience modifie complètement chez le client sa perception de la relation qu’il a avec « l’autre ». Il pourra alors parler de cette relation avec « l’autre » et lui proposer de la modifier, d’établir un nouveau mode de fonctionnement. Si « l’autre » accepte cette démarche, il s’agit bien alors de résolution de conflit, car ils définiront ensemble comment ils veulent voir évoluer leur relation. Malheureusement, « l’autre » peut rester bloqué dans sa position, obligeant alors à une sortie en adversité (abandon, résignation, domination).

En conclusion

Une situation de conflit impose, pour une sortie durable et stable, de travailler avec les deux protagonistes, selon une méthode structurée, celle de la médiation professionnelle. Une approche en coaching avec l’un des deux protagonistes aboutit le plus souvent à une gestion du conflit, ou une sortie en altérité, ou en adversité, selon le bon vouloir du deuxième protagoniste. L’issue est donc tout à fait incertaine, ce qui n’est pas satisfaisant. Un coach ayant un client en conflit sera donc bien avisé de lui recommander de recourir à une médiation professionnelle.


Dominique Phély

La médiation à l'étranger : la médiation dans les écoles en Angleterre.

Cet article se décompose en 2 parties :

_une première partie s'intéressant à la définition de la médiation et aux différents sens donnés à ce mot en France et en Angleterre.

_une deuxième partie portée sur l'application de la médiation dans les écoles anglaises.


PARTIE I : DEFINITIONS

Le sens du mot médiation ouvre une grande polémique dans l'hexagone de la part de ceux qui se disent médiateurs. Chacun y va de sa définition et semble pouvoir dire ce qu'est « véritablement » la médiation.

L'un des intérêts de cet article, qui proposera une définition tout en restant critique, est de savoir ce qu'est la médiation en dehors de la France. J'ai pour ce premier article choisi de poser la loupe sur la Grande-Bretagne.

En effet, nos voisins britannique donnent une définition différente de celle du premier syndicat de médiateurs en France, la CPMN (Chambre Professionnelle de la Médiation et de la Négociation).

Premièrement à travers la notion de med-arb (médiateur-arbitre) qui prévoit un arbitrage en cas d'échec de la médiation : « si sa médiation n'aboutit pas, quelle qu'en soit la raison, le médiateur se transforme en arbitre. » (cf article « Med-arb par Jean-Louis Lascoux » - toutes les références renvoient à des articles du wikimédiation)

Pratique contradictoire s'il en est pour les médiateurs professionnels, membres de la CPMN, pour qui la médiation est une discipline promulguant et permettant l'expansion de la libre décision ; le médiateur se positionnant en facilitateur de la circulation de l'information tout en restant impartial face aux parties en conflit et neutre quant à la solution trouvée et adoptée par celles-ci. Il est clair dans l'esprit du médiateur professionnel que cette posture de distanciation, complétée par une indépendance tutélaire totale, est incompatible avec la posture de l'arbitre, qui a pour rôle de faire appliquer une solution qu'il estime convenir à la situation de conflit vécue par les personnes. (ce qui s'apparente, pour le médiateur professionnel, à une dynamique contraignante)

Nous avons ici une divergence de point de vue qu'il est important de souligner :

_Pour certains la médiation peut se permettre d'imposer sa solution aux personnes, dans le but de les sortir de l'impasse.

_Pour la CPMN et les médiateurs professionnels, la médiation se définit comme une méthode d'aide à la réflexion et d'accompagnement vers plus de conscience, qui ouvre sur le libre choix. (cf article « Introduction à la médiation professionnelle » - partie 4 « Postures et techniques » - dernier paragraphe)


La question qui se pose alors est de savoir si la médiation doit être un droit, une option, nécessitant une volonté affirmée de la part des personnes pour être mise en place, et qui peut se permettre d'imposer sa solution, soit de faire ce qui lui semble juste ; ou si elle doit être obligatoire et s'appliquer à tous afin de permettre à des personnes au départ non volontaires d'entrer dans un processus visant l'expansion de leur liberté de décision.

Comme le dit Jean-Louis Lascoux, fondateur de la médiation professionnelle en France, et président de l'EPMN (Ecole Professionnelle de la Médiation et de la Négociation) : « La médiation n'est pas un moyen au service d'un apaisement fondé sur une restriction. » (cf article : « Discours de Jean-Louis Lascoux à Rome, pour la médiation obligatoire, 18 décembre 2012 »)

De plus, il est inscrit dans le CODEOME, premier code d'éthique et de déontologie des médiateurs, à l'article 4.3.1 que : « La médiation est un processus d'accompagnement non-autoritaire d'aide à la réflexion et à la décision, visant la responsabilisation et l'autonomie des personnes, qu'il s'agisse ou non d'une situation conflictuelle, dans le cadre ou en dehors d'une action judiciaire. »

Certains diront que la « médiation obligatoire » représente en soi une forme d' « autorité contraignante ».

Dans ce cas précis, un approfondissement des notions d'obligation et de liberté peut dissoudre une certaine confusion. Il s'agit de rendre obligatoire le passage d'une personne devant un médiateur dès lors que celle avec qui elle est en conflit en fait la demande. Là et uniquement là se trouve la notion d'obligation. Le recours à la médiation se veut un droit fondamental de l'être humain, rendant de fait la médiation obligatoire ; l'intérêt étant d'étendre la notion de liberté, telle qu'inscrite dans l'article premier de la Constitution Universelle des Droits de l'Homme et du Citoyen, à travers la médiation.

Ce droit rendrait donc obligatoire la mise en place d'un processus d'accompagnement des personnes vers la liberté de décision.

Si la médiation en Angleterre est mélangée avec l'arbitrage, et voit ainsi redéfinit son sens propre et professionnel, l'hexagone est lui aussi en proie à une certaine confusion en ce qui concerne cette pratique. En effet, pour beaucoup de praticiens du continent, la médiation se fond dans la conciliation, la négociation ou encore, comme en Angleterre, l'arbitrage. Certains en font une branche intermédiaire du milieu judiciaire, d'autres y voit une pratique issue du domaine psychologique, d'autres encore lui donnent une base spiritualiste. Tous ces milieux professionnels étant différents les uns par rapport aux autres, une question pertinente peut alors se poser : comment se peut-il qu'une seule et même pratique, la médiation, puisse s'habiller d'autant de noms différents ? Si la médiation se retrouve aujourd'hui ainsi travestie, c'est peut-être qu'elle n'a pas encore été bien définie ; soit définie comme étant elle-même, la Médiation avec un M majuscule. Pourtant, la CPMN, à travers notamment son école de formation, l'EPMN, semble lui tailler un costume sur mesure. En quelques mots, celle-ci explique que la médiation a pour partie pris la qualité relationnelle, au service de l'amélioration des rapports humains. La médiation étant une pratique au service de la résolution des conflits, la CPMN s'interroge sur ce qu'est un conflit ; sa réponse ? Une relation dégradée. La question que l'on se pose alors est la suivante : qu'est-ce qu'une relation ? C'est avec cet état d'esprit curieux, inquisiteur et se voulant le plus rationnel possible que les médiateurs professionnels ont pu répondre à cette question, comme à bien d'autres et on pu habiller le mot médiation d'une définition qui lui est propre et lui attribuer un sens professionnel. Ici, pas de mélange d'apothicaire, prenant un peu de judiciaire par là, y ajoutant de la conciliation, une dose de psycho ou encore quelques gouttes de morale si besoin. La médiation prend sa source dans ce qui constitue l'essence de toute société, le relationnel. Et c'est parce que ce relationnel est fragile et évolutif que la médiation trouve sa place en société. Pour la CPMN, pas de personnes « malades », pas de « bonnes ou mauvaises  actions » (qui sont de l'ordre du jugement et donc de la subjectivité) mais de l'ignorance humaine, qui se traduit par un manque de savoir faire autrement. La médiation professionnelle se veut une profession pédagogique qui, comme nous l'avons vu plus haut, stimule la réflexion et met en lumière des solutions jusqu'alors non imaginées par des personnes qui, en plein conflit, ont momentanément perdu une certaine rationalité et se laissent souvent guider par leurs émotions.

Le sujet est complexe et a fait l'objet de plusieurs articles dans ce wiki, aussi ne vais-je pas m'étendre dessus et revenir au sujet principal de cet écrit.


PARTIE II : DES « GRANDS FRERES » DANS LES ECOLES ANGLAISES.

Article : "En Angleterre, des « grands frères » contre la violence scolaire." (Londres)

Source : Le Parisien – 11 septembre 2008 – leparisien.fr

Lien : http://www.leparisien.fr/societe/en-angleterre-des-grands-freres-contre-la-violence-scolaire-11-09-2008-214748.php

Synthèse de l'article :

[ Pour lutter contre les violences à l'écoles, le « bullying » (le harcèlement), ou encore l'absentéisme, les Britanniques expérimentent une solution efficace et pédagogique à la fois : les « big brothers ». Ce système de médiation démarre au début des années 2000, pour éradiquer les problèmes que connaissait le système éducatif anglais, et est effectué par les élèves eux-mêmes. Ces grands frères ont entre 9 et 17 ans et s'occupent des problèmes des élèves plus jeunes qu'eux. Leur mission, bénévole bien sûr, est d'intervenir lors d'une bagarre, de régler les contentieux, de discuter avec les élèves trop absents, ou de faire cesser des actes d'humiliation. La médiation se passe à la pause déjeuner ou après les cours, dans une salle au calme et sans contrainte de durée. Ces jeunes jouent donc à la fois un rôle de psychologue, d'assistante sociale et d'agent de sécurité ! Et le succès est fulgurant.

« Nous avons remarqué que tout se passe beaucoup mieux quand ce sont des élèves qui règlent les problèmes de leurs camarades. (…) Ils écoutent plus et se confient plus à des grands frères. » « Nous formons donc des élèves à devenir médiateurs. »


Masamba Tamank, 16 ans, médiateur depuis 7 ans : « J'ai toujours aimé aider les plus jeunes, rendre service pour faire avancer les choses, essayer de faire changer le comportement de certains. Quand on voit les résultats que nous obtenons avec la médiation, c'est vraiment très encourageant et ça donne envie de faire plus. » ]


Si « le succès est fulgurant », il est intéressant de se pencher sur la pratique de cette forme de médiation. L'une des premières choses qui frappent lorsqu'on lit cet article est l'ouverture d'esprit du système éducatif anglo-saxon et des enfants qui participent à la mise en place de cette pratique. Lancée début 2000, elle est aujourd'hui partie intégrante des modes de fonctionnement des établissements scolaires et participe à l'éducation des élèves. Mieux encore, si ce projet a été initié par le ministère de l'éducation, il est directement finalisé par les établissements en coopération avec des associations qui luttent contre les difficultés scolaire (voir l'article complet), ce qui affirme l'implication des dirigeants de ces établissements et l'importance accordée au relationnel à l'école, ou plutôt dès l'école, dans certains pays. Mais analysons plus en détails.

Il est dit dans l'article que les grands frères sont des médiateurs scolaires qui jouent un rôle de psychologue auprès de leurs camarades. Or, nous avons vu que la médiation peut, et a tout intérêt à se définir comme une discipline à part entière et se dissociant du domaine psychologique. Encore une fois, il ne doit pas s'agir d'étiqueter la personne en fonction de son comportement et de ses choix, mais de l'aider à prendre conscience que le conflit est nourrit par certains comportements et la faire réfléchir sur tous les choix qui s'offrent à elles dans la situation qu'elle vit, afin qu'elle se sorte de l'impasse qu'elle n'a pas su éviter. Cette posture contredit également le terme d'assistante sociale utilisé dans l'article, puisque le médiateur ne doit pas être un conseiller ni prendre des décisions pour la personne, quand bien même son jugement personnel intime l'inciterait à la faire. Il dispose en revanche d'outils permettant à la personne de prendre toute la mesure de ses actes, paroles et pensées, qui impactent sa situation de vie. Ainsi, le médiateur devient un réflecteur des propos et pensées de la personne et lui envoi un retour percutant.

L'idée que les élèves règlent leurs conflits eux-même semble cependant bonne et pose la question de l'intérêt de la sensibilisation des enfants à des techniques de communication et plus globalement à tout ce qui concerne le relationnel et l'anticipation des conflits.

Si chacun a sa définition d'une relation et sa « bonne manière » de « gérer » un conflit, il semble toutefois important que les principes comportementaux et sociétaux reposent sur des bases pédagogiques concrètes et solides (en terme de médiation).

Les big brothers sont formés par les professeurs... mais qui forme les professeurs ? Si l'on considère la médiation du point de vue des professionnels membre de la CPMN, soit comme un métier à part entière, il est cohérent de dire que comme tout métier, celui-ci s'apprend. Il ne s'agit pas d'une pratique secondaire mais d'une profession qui, si elle peut se joindre à d'autres pratiques, a alors pour but de renforcer leurs bases en terme de relationnel et d'interactions sociales. Il semble alors quelque peu utopique de penser que des enfants puissent devenir experts dans la pratique de médiation en étant instruit à celle-ci par des adultes n'ayant eux-mêmes pas été formés au préalable. L'initiative britannique participe néanmoins à l'expansion de la médiation dans le système éducatif de façon générale, en l'intégrant sous la forme des big brothers, et rejoint l'idée des médiateurs professionnels inscrite dans Le Manifeste pour le droit à la médiation professionnelle, qui en prône une acquisition dès l'école :


« la médiation fondée sur l'altérité a tout lieu d'être enseignée à l'école, dès les premières classes. Elle répond au besoin de mieux comprendre les modes de fonctionnement des organisations et des personnes, et de savoir comment faire pour éviter les impasses relationnelles. Elle permet très tôt de changer le mode d'approche d'autrui, de basculer de la méfiance, de l'adversité et des rapports de force qui s'ensuivent vers les comportements de solidarité qui garantissent la sécurité dans notre organisation sociale. »

Kévin Husson, stagiaire à l'EPMN, Promotion Victor Schoelcher.

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