Don d'organe et médiation : "Réparer les vivants" de Maylis de Kerangal

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Version du 13 septembre 2016 à 10:00 par Stagiaire (discuter | contributions)
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Ce livre traite de l’acceptation de parents confrontés à une demande de don d’organes de leur enfant (19 ans) en état de mort cérébral.

Il est très important de préciser que juridiquement, en cas de non opposition au prélèvement, tous les organes vitaux peuvent être prélevés. Le rôle du coordinateur (médiateur) va permettre aux parents de prendre de la distance face au choc de la mort en les faisant basculer vers une solution qui peut être soit le refus, soit l’acceptation, soit l’acceptation sous certaines conditions.

Tous les éléments étudiés au cours de la formation sont présents dans ce chapitre (page 123/140) : Le JTE, R3, les obstacles, les PIC, ce à quoi s’engage le médiateur, « l’altéro-centrage », la liberté de décision, le remerciement.

1- Le JTE Juridique : Formulaire du consentement au don d’organe. Il existe une présomption d’acceptation aux dons du potentiel donneur majeur, en cas de non inscription sur le registre national des refus de dons d’organes. On pourrait donc imposer le prélèvement par la contrainte. Technique : Prélèvement des organes, quels organes. Dans un délai limité. Emotionnel : Comment accompagner des parents anéantis par le décès brutal de leur enfant vers le choix de consentir ou non au don d’organe.

2- Le Processus Page 125 : « il discipline sa respiration, conscient que la ponctuation est l’anatomie du langage, la structure du sens, si bien qu’il visualise la phrase d’amorce, celle qui va fendre le silence, précise, rapide comme une coupure ». Le médiateur doit se mettre en condition. La médiation passe par la posture du Médiateur. La médiation répond en premier lieu à une méthode précise. Il est donc nécessaire de se positionner en qualité de médiateur. - L’objet de la médiation Page 126 : l’objet de la médiation : rappelant avec méthode le contexte de la situation. « J’ai conscience de la douleur qui est la vôtre mais je dois aborder avec vous un sujet délicat. Nous sommes dans un contexte où il serait envisageable d’envisager que Simon fasse un don d’organe ». Partant de la douleur qui entoure le décès brutal de leur enfant, le médiateur doit rapidement faire accepter aux parents leur faculté de consentir au prélèvement des organes de leur enfant. - Les obstacles à la réussite de la médiation « Je voudrai savoir si votre fils avait eu l’occasion de s’exprimer sur ce sujet et d’en parler avec vous ? » L’état d’esprit des parents. Le médiateur doit faire ressortir les PIC émotionnels. p.127. Ils se débattent face à ce trou d’air, ensemble, bien que n’agitant ni les mêmes interrogations, ni les mêmes émotions. Le père : homme solitaire et taiseux, combinant l’ignorance la plus limpide à une spiritualité lyrique La mère : croyante, entre dans les églises, explore le silence comme la texture d’un mystère, cherche la lumière rouge allumée derrière l’autel. Ils se sont penchés en avant, bras croisés sur le ventre pour encaisser le choc, et leurs pensées ont convergé dans un entonnoir d’interrogations qu’ils ne peuvent formuler. On voit bien ici qu’à ce stade, les parents sont prisonniers de leurs émotions. Le médiateur va donc chercher à éliminer les obstacles à la médiation. « C’est un autre chemin- Votre fils est-il inscrit au registre national des refus de dons d’organes ? Ou savez-vous s’il avait exprimé une opposition à cette idée, s’il était contre ? » La mère : secoue la tête, je ne sais pas, je ne crois pas….elle balbutie. Le père : dix-neuf ans- il y a des garçons de dix-neuf ans qui prennent des dispositions au sujet de, pour, ça existe ? – « des dispositions ». Le coordinateur : cela peut arriver, c’est parfois le cas. Ici le médiateur, ne prend pas une posture fermée au dialogue, alors que la question du père appellerait spontanément une réponse négative. Le père : peut-être mais pas Simon. Alors se faufilant dans ce qu’il identifie comme une brèche dans le dialogue : pas Simon ? Le père : parce qu’il aimait tellement la vie. Le médiateur utilise la reformulation pour recentrer le débat sur l’objet de la médiation en cherchant à éliminer tous les obstacles au consentement au don. « Il hoche la tête, je comprends mais insiste : aimer la vie ne signifie pas qu’il n’ait pas envisagé sa mort, il aurait pu en avoir parlé à des proches. » La mère : des proches, oui je ne sais pas, sa sœur, ses copains, oui…mais ses proches c’est qui ? Enfin si sa grand-mère, son cousin, Juliette, son premier amour oui, voilà ses proches, c’est nous. Le coordinateur (médiateur) poursuit : je vous pose cette question car si la personne décédée, ici votre fils Simon, n’a pas fait connaitre son refus de son vivant, s’elle n’a pas exprimé son opposition, nous devons nous interroger ensemble sur ce qu’elle aurait souhaité. Cet entretien a pour but de formuler l’expression d’une volonté, celle de Simon. Il ne s’agit pas de réfléchir à ce que vous feriez pour vous-même, mais de nous demander ce que votre fils aurait décidé. Ici on retrouve l’idée d’ouvrir un dialogue avec une personne pourtant dans l’incapacité d’exprimer sa volonté. Il s’agit de la technique de l’altero-centrage. La mère : comment savoir ? Elle demande une méthode. Elle cherche un cadre. On va donc chercher à identifier tous les PIC Ici le coordinateur va permettre aux parents de distinguer radicalement de leur corps celui de leur enfant, inscrivent une distance, pour leur permettre de s’interroger malgré le choc émotionnel. Il faut réfléchir ensemble. Nous sommes là pour penser à Simon, à la personne qu’il était ; la démarche de prélèvement se recorde toujours à un individu singulier, à la lecture que nous pouvons faire de son existence ; il faut réfléchir ensemble ; par exemple : Simon est-il croyant ? Était-il généreux ? La mère répète : généreux ? Le coordinateur/médteur : oui généreux ? Était-il curieux ? Faisait-il des voyages ? La mère ne fait pas le lien. Elle est serrée contre le père de son fils. L’interroge. Le père : oui. La mère : nous sommes catholiques, Simon est baptisé. Le coordonateur : il était croyant ? ll croyait en la résurrection des corps ? La mère : je ne sais pas, nous ne pratiquons pas beaucoup. L’an dernier il a lu un livre sur la réincarnation. Le père : approuve et ajoute, il était physique, c’est ça, c’est comme ça que je le vois, la nature, dans la nature, il n’avait pas peur. La mère : demande si c’est ça être généreux ? Elle ne sait pas. Pour le médiateur, l’idée de la mort cristallise. Il cherche à faire retomber les émotions et constate que les parents qui parlaient de leur enfant au présent au début de l’entretien, en parle maintenant à l’imparfait. Mais la situation se retourne : Le père : c’est de la merde cette histoire de générosité. Je ne vois pas en quoi le fait d’être généreux ou de faire des voyages vous autorise à penser qu’il aurait voulu faire don de ses organes, c’est trop facile, et par ailleurs si je vous dis qu’il était égoïste Simon alors ça s’arrête là l’entretien ? Dis-nous simplement si on peut dire oui ou non ? Vas-y dis-le nous ? Le coordonateur : le corps de Simon n’est pas un stock d’organes sur lequel il s’agit de faire main basse, la démarche s’interrompe si la recherche de volonté de défunt, que l’on a menée avec les proches, aboutie au refus. Trop dur, trop complexe, trop violent. Aucun recul, tout va trop vite.

Les parents ont à peine réalisé leur drame qu’ils doivent statuer sur le prélèvement des organes de leurs fils. Basiquement, les parents sont plongés dans l’adversité. Nous sommes ici sur R3 : le point de vue du père est légitime, il est maladroit, mais n’a pas de mauvaise intention. C’est une posture de défiance/méfiance, il est dans l’adversité. Pour calmer le père et faire retomber la tension, il informe que l’entretien peut s’arrêter si les parents le souhaitent. Il renvoie le père vers ses contradictions pour qu’il réfléchisse. L’entretien se termine. Aucune solution n’a émergé mais il semble évident que les parents vont réflechir. Nous sommes ici dans la proposition par le médiateur des trois solutions possibles. Et la situation s’inverse….

3- L’acceptation du don Le père : d’accord, on prélève quoi ? - Ce qu’il demande aux parents pour que l’acceptation du don se déroule dans les meilleures conditions. Le coordinateur dresse la liste de tous les organes qu’il souhaiterait prélever (cœur, foie, poumons, reins). La mère ne souhaite pas que la corné de son fils soit prélevée. S’il sait que la cornée, tout comme la peau, les tissus, peuvent être prélevés sans le consentement des parties, il sait que pour sa mère, les yeux de son fils, sont l’un des capteurs vivants de son corps. Il lui confirme que la cornée ne sera pas prélevée. Il est dans l’empathie, il donne confiance, rassure les parents et s’engage. « Le corps de votre enfant sera restauré, c’est une promesse, il ne sera pas mort pour rien ». Le premier entretien s’achève le temps d’une courte pause car le temps est compté. S’il y a acceptation, le/les prélèvements doivent intervenir dans les 8 heures qui suivent le décès. Les parents reviennent p.160. Le père annonce « il est donneur ». Le coordinateur s’avance vers eux. Il se lève et vient vers eux le texte précise : « pile. Merci. » Il remercie les parents pour ce choix qu’ils ont fait. Le remerciement est l’un des fondements de la médiation professionnelle.

Xavière CIABRINI CANU Médiateur stagiaire

Experte relations sociales et fonctionnement des IRP Pro-CE

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