Empathie

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L'empathie (du grec ancien εμ, dans, à l'intérieur et πάθoς, souffrance, ce qu'on éprouve) est une notion complexe désignant le mécanisme psychologique par lequel un individu peut comprendre les sentiments et les émotions d'une autre personne, sans les ressentir lui-même.

Sommaire

Origine du mot

L’empathie est la plupart du temps référée à Theodor Lipps qui l’a en effet élaborée en esthétique, en psychologie et en philosophie. Nous remontons dans cet article à l’origine du concept, où Lipps lui-même l’a trouvé, dans la thèse doctorale de Robert Vischer, fils de l’historien et théoricien de l’art Theodor Vischer dont il caractérisait ainsi la remise en cause de l’esthétique hégélienne. Ce retour aux sources n’est pas une question d’érudition. Nous montrons comment en déployant le champ lexical de l’empathie, Einfühlung, Anfühlung, Zufühlung et Nachfühlung, Durchfühlung, Ausfühlung et Zusammenfühlung, Selbstfühlung et Mitfühlung, Robert Vischer a donné les éléments d’une constitution transcendantale de l’espace[1].

Définitions

L'empathie se différencie de la contagion émotionnelle dans laquelle une personne éprouve le même état affectif qu'une autre sans conserver la distance qu'on observe dans l'empathie. Les théories modernes distinguent aussi l'empathie de la sympathie qui consiste aussi à comprendre les affections d'une autre personne mais qui comporte en plus une dimension affective : alors que l'empathie repose sur une capacité d'imagination, la sympathie repose plus sur la proximité affective avec celui ou celle qui en est l'objet. Certains chercheurs préfèrent parler d'empathie cognitive pour insister sur le fait que l'empathie repose sur un mécanisme cognitif neutre sans lien avec la relation qu'on entretient avec la personne qui en est l'objet.

De nombreuses définitions sont proposées pour l'empathie, souvent confondue avec la sympathie. L'empathie implique un processus de recul intellectuel qui vise la compréhension des états émotionnels des autres, tandis que la sympathie est un comportement réflexe, de type réactif.

Le chercheur Giacomo Rizzolatti, directeur du département de neurosciences de la faculté de médecine de Parme, a baptisé neurones miroirs ceux qui sont responsables du mimétisme sympathique. Ces circuits neuronaux nous font adopter l'expression de l'émotion de l'autre, ou par identification, ressentir des sentiments de même nature ou de nature considérée comme similaire.

L'effet miroir souvent assimilé au retour fait par le praticien de l'empathie conduit à une certaine confusion dans les définitions.

Dans les sciences humaines, l'empathie désigne une attitude envers autrui caractérisée par un effort objectif et rationnel de compréhension intellectuelle des ressentis de l'autre (en particulier de sa souffrance). Excluant particulièrement tout entraînement affectif personnel (sympathie, antipathie) et tout jugement moral.

Geoffrey Miller The Mating Mind présente un point de vue selon lequel l'empathie se serait développée parce que se mettre à la place de l'autre pour savoir comment il pense et va peut-être réagir constitue un important facteur de survie dans un monde où l'homme est sans cesse en compétition avec l'homme[2].

Fiction, ésotérisme et empathie

Depuis le développement des jeux de rôle, le terme d'empathie est utilisé de manière très voisine au mentalisme. L'empathie est dans ce contexte le énième sixième sens qui serait fondé sur l'intuition.

Ainsi, dans certains jeux, le personnage qui aurait le pouvoir de manipuler les autres en utilisant leurs émotions, voire simplement en lisant dans leur pensée, serait un empathe. Des communautés ésotériques se sont appropriés ces idées pour développer, voire étayer leurs croyances magiques.

Par exemples :

  • Les Hérauts de Valdemar : oeuvre de Mercedes Lackey
  • Bétazoïde : peuple imaginaire dans la série Star Trek
  • Voight-Kampff : polygraphe, instrument imaginaire de type détecteur de mensonge dans Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?
  • Charmed : série télévisée américaine créée par Constance M. Burge dans laquelle l'une des trois sœurs, Phoebe Halliwell, a un pouvoir d'empathie...

La même imagination de pouvoir empathique vient au secours du scénario de la série américaine Profiler, créée par Cynthia Saunders.

Les théoriciens de l'empathie

Cette notion a fait l'objet de nombreuses réflexions de la part de théoriciens et praticiens de la relation : Carl Rogers, qui la met en application avec l'écoute dite bienveillante (ou écoute active) et de certains de ses élèves, tels Thomas Gordon, Marshall Rosenberg...

On peut trouver une notion étendue de l'empathie dans l'ouvrage "Pratique de la Médiation" ed. ESF, de Jean-Louis Lascoux, avec le néologisme alterocentrage[3], [4]. Ce terme tend à définir, en médiation, une attitude et un comportement excluant une adhésion quelconque aux émotions exprimées par un tiers, à ne pas exprimer d'interprétation et donc, globalement, à ne pas s'identifier à l'autre : 'ne pas prendre pour soi ce qui n'est pas soi' (inspiré de l'œuvre de Descartes. L'auteur indique qu'à la différence de l'empathie, l'alterocentrage permet cette distance par rapport à la souffrance. Le concept d'empathie implique une attitude centrée sur la souffrance énoncée, tandis que l'alterocentrage ne prend pas le parti de la souffrance : il permet le centrage sur l'interlocuteur. C'est donc un concept de distanciation excluant le parti pris sur ce qui est exprimé par l'autre : 'ne pas prendre les mots ou les états émotionnels comme des représentations certaines de l'expérience concrète vécue'.

Exemples de formulations empathiques

Une personne dit : - Je n'aurais pas dû faire cela... Je ne l'ai pas fait volontairement Retour (effet miroir) au moyen de l'empathie : - Vous regrettez ce que vous avez fait et vous vous sentez coupable...

Une personne dit : - JB m'empêche de faire ce que je veux... Retour : - Vous éprouvez de la frustration face à JB et vous ne parvenez pas à vous affirmer...

Une personne dit : - C'était génial. J'ai passé des vacances de rêves... Retour : - Vous êtes heureux d'avoir passé ce séjour...

Les "retours empathiques" sont relativement "normés". Il consiste à témoigner du centrage sur la personne qui s'exprime et restitue une dimension affective, en utilisant la reformulation (analogie). Ils peuvent autant être utilisés face à l'expression de sentiments positifs que négatifs.

Autrement dit, l'empathie est une pratique intellectuelle qui, par définition, s'enseigne et s'apprend.

Anecdotes

Dans le cadre du programme d'accompagnement artistique de la première ligne de tramway de Strasbourg, l'artiste américaine Barbara Kruger a créé un panneau de 18,2 sur 7,6 mètres où est inscrit en grandes lettres L'empathie peut changer le monde. Ce panneau est installé dans la station de la galerie à l'en-verre desservant la gare centrale de la ville[5].

Certains prétendent que des troubles de l'autisme seraient liés à son absence, sur le principe de la théorie de l'esprit.

Littérature et cinéma

L'auteur américain Philip_Kindred_Dick a utilisé la notion d'empathie dans son roman les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?. Pour distinguer les androïdes en fuite des êtres humains, le Blade runner Rick Deckard utilise un test de psychologie qui met en évidence l'absence d'empathie. Ce test s'appuie sur l'observation des réactions émotives à travers la dilatation de la pupille. Dans ce même ouvrage, certains humains accèdent à une expérience mystique de martyre par l'intermédiaire d'une boîte à empathie.

Le film "Ce que veulent les femmes" est un électrochoc et peut être regardé sous l'angle du message qu'il véhicule en matière d'empathie...


Liens externes

Références

  1. Gérard Jorland et Bérangère Thirioux : Notes sur l'origine de l'empathie
  2. citation de Geoffrey Miller, auteur de The Mating Mind
  3. altérocentrage notam. cité dans la Gazette du Maroc
  4. Anglais Savez-vous ce qu'est l'empathie ?
  5. photo "L'empathie peut changer le monde"
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