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  The Lost city of Z de James Gray


Le film

Avec son dernier film, James Gray ouvre un champ nouveau dans sa filmographie, quittant l’univers urbain et new yorkais pour s’attaquer au récit biographique de 20 ans de vie de l’explorateur britannique Percy Fawcett.
Le film retrace les étapes fondamentales de ces 20 ans en commençant par une mise en perspective du héros, jeune officier, audacieux et capable mais souffrant de sa relégation et de l’absence de toute reconnaissance. Son nom, marqué par un père joueur et alcoolique, exclue que ses exploits puissent être reconnus et l’écarte de promotions comme de la simple reconnaissance sociale. Le récit se centre après sur les expéditions, entrecoupées par les combats de la première guerre mondiale, qui le conduiront par trois fois dans la forêt amazonienne, leur motivation, leur déroulé, le retour au Royaume Uni, où sur sa femme lorsqu’il ne reviendra pas de sa dernière aventure.


Le regard de la médiation

The lost city of Z est bien plus qu’un film d’aventure, il aborde de multiples thème et au premier chef les préjugés et à la liberté. Nombre de scènes ont par ailleurs trait à la prévention ou la résolution de conflit.

Des préjugés

Le film est irrigué par trois préjugés sociaux dont Fawcett, tantôt victime, tantôt contempteur, tantôt conscient mais porteur, est le vecteur de la mise en exergue. En creux sont esquissées les pertes que cela implique pour une société qui ne sait pas regarder autrement.
Le premier est celui de la naissance. Fawcett, mal né d’un père dont on devine qu’il appartenait à la noblesse mais dont le comportement à tâché le nom, se voit refuser toute reconnaissance de ses qualités et aptitudes, frein absolu à sa carrière. C’est parce qu’on lui fait miroiter la reconnaissance de ses mérites s’il réussit qu’il accepte, mais à contrecœur, sa première mission en Amazonie.
Le second préjugé qui conduira à la seconde mission de Fawcett, est celui de la suprématie sinon de l’exclusivité de la civilisation occidentale. Les tribus indiennes ne peuvent être que des sauvages, écartés de manière sous entendue et un peu subliminale des sauvages, d’une certaine notion d’humanité, et en tout cas de capacité à la civilisation. L’affirmation de l’existence d’une ville engloutie dans la jungle, qui aurait précédée la civilisation européenne sera l’occasion d’une violente dispute à l’occasion d’une réunion de la Société nationale géographique, une telle assertion étant proprement inconcevable. Fawcett est tout au long du film le porteur d’une opposition à ce préjugé et d’une capacité à affirmer la richesse des autres, dans le temps et dans l’espace.
Un troisième préjugé est celui de la place des femmes, résumée à celle d’épouse et de mère, reléguées aux bancs de la société. Une scène le montre physiquement, où l’on voit l’épouse du héros, debout dans une sorte de poulailler de la salle de conférence de la Société nationale de géographie, seul espace où les femmes sont acceptées, quand bien même elles auraient contribuées aux avancées de la science, comme la femme de Fawcett en découvrant un manuscrit ancien. Devant l’indignation de cette dernière, quelqu’un lui rappelle que c’est bien là sa place, nulle espace dans la société pour un regard différent, chacun est enfermé dans sa « caverne ». Cette relégation de la femme réapparait en filigrane à de multiples reprises. L’épouse de Fawcett, femme libre, comme elle le revendique est tenue voire remise à sa place : porter et éduquer les enfants, attendre son époux tout en lui laissant à lui sa liberté. Même son mari, esprit ouvert et éclairé, reconnaissant l’égalité des sexes, lui refusera de l’accompagner dans une expédition, au nom de sa faiblesse physique (plus que de son manque d’entrainement, qui aurait pu être une raison plus rationnelle).
Le second thème qui irrigue le film est celui de la liberté. Un explorateur en est par essence une forme de symbole. Fawcett en se rendant à 3 reprises en Amazonie témoigne de plusieurs récits de la liberté, liberté réservée aux males, comme on l’a vu plus haut. Chaque fois, assez paradoxalement, la décision de partir n’est pas le fruit de sa volonté explicite. Il est poussé par d’autres à se révéler à lui-même. La première expédition se fait forcée et n’est accepté par Fawcett que pour reconquérir son honneur. La seconde expédition est poussée par un défi à relever : découvrir la cité perdue de Z, dont l’existence reste à démontrer après les premiers éléments identifiés à l’occasion de la première expédition. Pour la dernière, c’est le fils de Fawcett qui le convaincra, sans peine, de partir à nouveau, cette fois pour réaliser son rêve. En effet, partir est le rêve, au sens littéral puisqu’il en rêve, de Fawcett, sa liberté, mais à chaque fois il faut que ce besoin lui soit révéler par un tiers. Ce besoin de liberté, il le revendique d’autant plus facilement que le départ lui est dicté, l’aidant à surmonter ses chaines, familiales, elle lui est reconnue par son épouse, et de manière plus inattendue par son fils devenu majeur, lui qui l’avait accusé de l’avoir abandonné et d’avoir préféré l’appel de la forêt à celui de ses enfants.


De la résolution (ou non) des conflits

Par ailleurs, plusieurs scènes du film sont porteuses de résolution des conflits.
La première mission de Fawcett est le fruit d’une forme d’arbitrage : Bolivie et Brésil ne savent s’entendre sur le tracé de leur frontière, avec de forts enjeux économiques en cette période de boom du caoutchouc. Pour éviter une guerre, ils donnent mission à un tiers neutre, la Grande Bretagne, de l’établir.
Confrontés à plusieurs reprises à des tribus amazoniennes, les explorateurs, pour certains tentés en première réaction, par le recours aux armes, déploient, sous l’influence du héros, des messages de prévention de l’usage de la violence. Les bras levés, le mouchoir déployé en signe de bienveillance, mais plus original la musique (des explorateurs dépenaillés émergeant des eaux troubles du fleuve en entonnant un chant britannique). La relation avec les indiens est marquée par la reconnaissance de la légitimité des attitudes, Fawcett accepte les coutumes locales, fussent-elles anthropophages, dont il nous rappelle au passage les fondements.
Enfin et surtout, une scène relate une tentative, échouée, de conciliation.
De retour de sa seconde expédition, où il s’est séparé d’un membre, Murray, de son équipe, Fawcett est invité par la Société nationale de géographie veut jouer la conciliation entre un Murray qui accuse Fawcett de l’avoir abandonner en mettant ainsi sa vie en péril et ce dernier qui estime avoir fait son devoir et donné à Murray sa seule chance de survie.
Fawcett, plus ou moins informé de la conciliation, entame les échanges par des propos élogieux sur prouesse remarquable de Murray d’être revenu sain et sauf.
Mais l’échange se poursuit sur un ton différent. Murray accuse Fawcett de l’avoir abandonné, Fawcett lui répond qu’il en allait de la survie de l’équipe, qu’il lui a laissé cheval, hommes, plus de nourriture qu’à eux, et enfin que Murray a volontairement saccagé ses vivres, ce que ce dernier dément, tout en indiquant qu’il a saisi un avocat pour avoir été abandonné. Il précise toutefois qu’il est prêt à renoncer au contentieux si Fawcett lui adresse ses excuses sous certaines conditions.
Ce dernier en accepte le principe dans « l’intérêt collectif » mais souhaite connaitre les conditions mises : des excuses publiques devant son épouse. Fawcett est prêt à les formuler devant ses hommes, plus lui parait inacceptable, il s’emporte, quitte la salle tout en démissionnant de la Société nationale de géographie.
Cette médiation, qui n’en est pas une, est illustrative à plus d’un titre et d’un conflit et des erreurs à éviter.
Elle est publique, c’est en effet devant la Société nationale de géographie que la « médiation « est menée, donc sous le regarde de pairs, ce qui exacerbe les postures.
Le médiateur est ambivalent et transparent. En effet, la Société nationale de géographie n’est pas très claire sur ses intentions et sa neutralité et se montre totalement absente dans les échanges qui s’enflamment assez vite sous les yeux un peu atterrés de ses membres. De fait, la conciliation semble ressembler plus au début d’un procès destiné à éviter une action en justice au risque médiatique que pour tenter une réelle conciliation. La scène commence en effet plutôt comme une mise en accusation que comme une conciliation.
A tout le moins, la Société nationale de géographie pèche par impréparation. Aucune préparation n’a précédé les échanges pour permettre moins d’établir les griefs que d’éclairer les attentes respectives et de préparer l’équilibre des attitudes. Ceci a pour conséquence l’absence de recherche de parallélisme dans les attitudes, voire simplement dans la régulation des prises de parole.
En découle, alors que l’on semble partir d’une possibilité d’accord assez simple : la présentation d’excuses, demande acceptée dans son principe à une rapide escalade verbale qui aura vite raison de la tentative de conciliation.
Les excuses acceptées par Fawcett, le sont non parce qu’elles seraient fondées au moins sur un défaut d’interprétation mas au nom du bien commun et de l’intérêt de tous, nulle reconnaissance de la légitimité du point de vue de Murray ou de maladresse. Les conditions mises à la présentation des excuses par Murray, une fois détaillées s’avèrent inacceptables pour Fawcett. Une inversion et une déclinaison conceptuelle eut sans doute fait apparaitre à Murray, le caractère sensible de sa demande et l’eut fait réfléchir sur ce qui lui serait à lui acceptable.
Dès lors point de surprise à l’issue violente de la tentative amiable.
On retrouve par ailleurs autour du même fait, l’impossibilité de Murray, lourdement malade, de poursuivre l’expédition, de sa conséquence la séparation du groupe et le raccompagnement de Murray vers la base de départ, deux ressentis opposés avec leur lot de prêts d’intention et d’interprétations contradictoires. D’un côté Murray accuse qu’on l’ai abandonné et mis en danger, avec un prêt d’intention : on l’a sciemment abandonné sans chance de survie, lui qui s’est toujours senti ( ou s’est placé) en dehors du reste du groupe ; de l’autre Fawcett estime avoir choisi la seule voie possible : faire en sorte que Murray ait une chance de survie en lui donnant la possibilité avec des moyens en hommes, chevaux et vivres largement comptés de retourner vers une zone habitée par des blancs.

The lost city of Z est donc un film philosophique, social, riche de nombreuses facettes et aussi d’une grande richesse visuelle (il faut voir la dernière scène avec la tribu qui va accueillir Fawcett et son fils).

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