Heureux qui communique

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(Différences entre les versions)

Version du 16 février 2008 à 15:15

Synthèse de livre HEUREUX QUI COMMUNIQUE Jacques Salomé, Illustrations Françoise Malnuit POUR OSER SE DIRE ET ETRE ENTENDU Albin Michel, 1994

1 – Les auteurs Jacques Salomé est psychologue, il a écrit plusieurs livres sur la communication. Il anime des séminaires, il a réalisé des cassettes vidéo avec Bernard Martino, des livres de pensées avec des photographies sur l’amour, un livre sur l’enfant Bouddha illustré par Cosey. Françoise Malnuit est l’illustrateur du livre, et à ce titre elle est vraiment co-auteur.

2 – L’objet du livre Il est exprimé dans le sous-titre et dans la première phrase : « Il devient de plus en plus urgent d’apprendre à communiquer au quotidien de la vie. »

3 – La forme du livre C’est un livre mince de 95 pages, avec beaucoup d’illustrations représentant des personnages dans diverses situations, souvent familiales et aussi dans le travail, etc. Ces personnages expriment les sentiments ou les paroles contenues dans des bulles . Les personnages parlent ou pensent tous en même temps, et quand l’un d’eux ne parle pas, sifflote…on doit se demander pourquoi il ne dit rien ou ne pense à rien. Ces illustrations sont très riches de signification, en particulier pour montrer les malentendus : ce que dit l’un face à ce que comprend l’autre. L’humour est présent avec légèreté, sans méchanceté, sans tourner les personnages en ridicule. En fait les bulles illustrées posent beaucoup de questions au lecteur.

3 – Quel rapport entre ce livre et la médiation ? Ce livre traite de la communication au quotidien, et de ses difficultés. Comprendre et imaginer les difficultés à communiquer ….ce sera la même recherche en médiation. Avoir des outils, des réflexions et des réflexes pour mieux communiquer…l’utilité est indiscutable.

4 – Organisation du livre L’introduction souligne les difficultés de communiquer : blocages, déperdition d’énergie, encombrements par des peurs, des souffrances, une détresse profonde. Heureux qui communique, il est urgent d’apprendre. Communiquer signifie mettre en commun des signes verbaux, non verbaux, et aussi infra ou ultra-verbaux pour transmettre des messages impliquant une mise en relation à partir de ressemblances, de complémentarités, de différences ou d’antagonismes. Les courts chapitres (4) sont organisés avec des paragraphes sous-titrés traitant chaque fois d’une idée, d’un conseil ou d’une réflexion. Et toujours en marge sur une pleine page ou dans le texte les personnages et leurs bulles soulignent les textes en montrant l’incompréhension, ou la compréhension dans la communication. Le dispositif est très efficace car les textes des bulles sont des exemples de la vie de tous les jours,(essentiellement dans la famille) l’ensemble pose des questions et le lecteur trouve, à lire le texte et regarder l’illustration, la compréhension pour y répondre.


5 – Synthèse et/ou résumé des thèses, pratiques et réflexions du livre Oui il est possible d’apprendre à communiquer grâce à quelques repères concrètement identifiable. A - Création d’un espace de communication : un lieu où une zone ou la parole est privilégiée.

B - Propositions de 4 outils 1. Le positionnement personnalisé par l’usage du je. Je renonce à parler sur l’autre, je témoigne. 2. L’écharpe relationnelle : elle symbolise à la fois le lien et le canal. 3. Le bâton de parole : simple objet symbolique, celui qui l’a ne peut pas être interrompu. Celui qui s’exprime ne peut pas parler sur le précédent. 4. Le recours à la visualisation. J’identifie ce dont je parle ou ce dont l’autre me parle (l’objet de l’échange) et je le représente, je le montre. Ainsi en le voyant, en le nommant, j’apprends à ne pas le confondre avec le sujet (celui qui parle). La visualisation suppose une seule condition : avoir une créativité en éveil qui permet de se dire avec le maximum d’atouts pour être entendu.

C – Mise en pratique de quelques conseils d’hygiène relationnelle. 1. Toute relation (symbolisée par une écharpe tenue par les deux personnes en relation) a deux extrémités. Je suis partie prenante de ce qui se passe à mon bout de la relation et de ce que je reçois de l’autre extrémité. 2. Il m’appartient bien d’utiliser le je et d’inviter l’autre à parler de lui. 3. J’utilise et pratique la confirmation. Chacun a besoin d’être reconnu et entendu dans sa différence, son unicité, sans être comparé ou réduit à un modèle. Je ne veux être, moi ton enfant, ni confondu avec tes peurs, ni être toujours conforme à tes désirs, à tes besoins ou à tes attentes sur moi. Aucun ressenti intime exprimé par quiconque n’est contestable en soi. 4. Accompagner les émotions. Le plus difficile pour les adultes sera d’accepter d’entendre les émotions comme un langage . 5. J’évite les pièges de l’incommunication : deux pièges principaux : - l’accusation ou la mise en cause d’autrui (c’est de ta faute…) - l’auto-accusation ou la disqualification de soi (de toute façon je n’ai jamais su….j’ai toujours été incompris…) 6. J’ai le souci de nourrir, de dynamiser les relations qui sont ou restent importantes pour moi. 7. Je suis vigilant à ne pas polluer mes relations. 8. J’apprends à ne pas entrer dans les jugements de valeur. 9. Je différencie sentiments et relations. 10. Je ne confonds pas besoin et désir. 11. Je renonce à imposer mes certitudes et croyances. 12. Se rappeler la règle d’or de la communication : se respecter et être fidèle…à soi-même. 13. Chaque jour je peux choisir une règle d’hygiène relationnelle.

D – Principes de base de l’écologie relationnelle 1. Triangularisation. Dans tout échange il y a l’autre, moi et le lien entre nous : la relation. Il faut apprendre à les identifier. 2. Savoir adopter l’alternance des positions d’influence. Une relation en santé suppose le rééquilibrage des positions d’influence, sans cesse remises en cause….Je peux proposer sans imposer, témoigner sans convaincre, influencer sans soumettre. Se positionner c’est prendre le risque de s’affirmer en exposant des désirs propres, un point de vue original, des projets personnels, des idées semblables, proches ou différentes. Et dans ce dernier cas savoir renoncer à l’approbation de l’autre, voire parfois, prendre le risque de le contrarier. 3. Distinguer « pouvoir » et « autorité ».J’exerce du pouvoir sur l’autre quand je l’influence par la contrainte. J’ai de l’autorité quand j’exerce une influence permettant à l’autre d’être plus lui-même. Avoir de l’autorité c’est rendre l’autre auteur. 4. Favoriser les positionnements relationnels centrés sur la différenciation et la confrontation. …Oser la confrontation et ne pas confondre la mise en mots avec la mise en cause. 5. Maintenir la cohérence relationnelle autour de 4 grands axes : - Demander : oser faire des demandes en prenant le risque de la réponse - Donner : offrir sans attendre de retour - Recevoir : accueillir ce qui est bon pour moi sans préjuger des intentions . - Refuser : non la personne, mais ce qui vient d’elle. Oser dire non pour soi.

        6.  Toute tentative de communication oscille entre deux axes ou tendances.

A – Tendance infantilisante : rapports de force maxima - Demander devient exigence - Donner devient culpabilisation ou imposition - Recevoir :devient prendre ou devoir - Refuser devient opposition ou rejet B – Tendance créative ou maturante : rapports de force à minima - Demander se change en proposition, invitation, stimulation - Donner , en offrande, partage sans contrepartie - Recevoir devient accueil, ouverture - Refuser devient affirmation, positionnement personnalisé et serein. 7. Se sensibiliser aux « autres langages » . Symptômes corporels (grossir) 8. Priorité au sujet : se décentrer de « l’objet » ou du contenu pour mieux entendre le sujet . - Au delà du discours utilisé, c’est le message qui doit être entendu. Qu’est ce qui est dit ?…Qu’est-ce qui est sensible ou atteint chez celui qui parle ? - Le plus important n’est pas la problématique énoncée, exposée au niveau manifeste…elle sert même souvent à cacher ou brouiller les pistes. - Avant de comprendre, il s’agit d’entendre. - Exemple : A. Que se passe-t-il chez l’enfant ? Que tente-t-il de dire ou de taire avec ses difficultés, avec ses refus ou ses blocages ? Pour l’entendre, il est nécessaire de prendre conscience de ce qu’il déclenche chez les adultes qui l’entourent. « Qu’est ce qui est dérangé en moi par cet enfant ? Puis-je différencier mon ressenti du sien ? » B. Que se passe-t-il chez le parent atteint, réactivé par la conduite de l’enfant à deux niveaux ? a) actuel : «  ce que j’ai fait, dit… ce que je n’ai pas fait, pas dit » b) historique : réveil et réactualisation du passé. Réactualisation de l’ex-enfant qui est dans chaque parent.


Prière d’un enfant à sa mère et à son père : Maman ,Papa, je vous en supplie ne me laissez pas croire que mes désirs sont tout-puissants. Maman, Papa, je vous en prie, prenez le risque de me frustrer et de me faire de la peine en refusant certaines de mes demandes. ….. Maman, Papa, s’il vous plait, ne revenez pas trop souvent sur un refus, ne vous déjugez pas. Pour que je puisse découvrir mes limites et avoir des repères clairs. Etc.

Déclaration des droits de l’homme et de la femme à la communication …..Tu es toi quand tu parles


6 – Conclusions : quels enseignements ce livre peut-il apporter à la médiation ? On le voit le livre est très axé sur les relations et la communications entre enfants et parents. Mais pas seulement. Et il y a des enseignements à tirer, des attitudes, des règles…pour la médiation. Voici ce que j’en pense et en retient :

  • La création d’un espace de la communication….c’est le lieu ou aura lieu la médiation. Mon commentaire : cet espace n’est pas seulement symbolique, il est doit être choisi avec soin, la disposition des personnes doit être réfléchie. Une séance de médiation est souvent un moment difficile, voire douloureux pour les parties. Ma culture professionnelle et ma formation d’architecte m’ont fait comprendre depuis longtemps qu’il y a des lieux et des dispositifs spatiaux qui sont facililtateurs ou qui sont ralentisseurs, voir empêcheurs de la communication, de la transmission des échanges. Il ne faut pas hésiter à modifier l’organisation de la salle où se tiendra la médiation dans le sens souhaité.

 Le bâton de parole…règle : celui qui s’exprime n’est pas interrompu, il ne peut pas parler sur l’autre.  La visualisation : identifier celui qui parle et ce dont il parle. Cette idée rejoint celle de l’importance de la description dans un autre conteste : celui de l’argumentation . C’est une piste riche pour progresser dans la compréhension d’une situation litigieuse ou conflictuelle.  La confirmation : reconnaître le ressenti de celui qui l’exprime comme incontestable en soi. Ce peut être le départ d’un enchaînement de compréhension, de dé-tricotage de malentendus etc.  Accompagner les émotions : se taire, être présent, accueillir de qui se passe chez l’autre….et tenter de comprendre le sens du message que l’émotion apporte aux mots.  Les pièges de l’incommunication…une occasion de faire recentrer le débat ou l’expression sur l’objet de la médiation.  Ne pas entrer dans le jugements de valeur. Facile et évident à dire, mais le médiateur peut être choqué, inhibé dans son action, par des actes ou des déclarations qui expriment des valeurs qui sont étrangères ou opposées aux siennes. Là le code de déontologie de la Chambre permet un jugement à froid sur cette question.  Ne pas confondre besoins et désirs. Souligner cette distinction nécessaire doit permettre de rendre apparents les vrais points de désaccord et les enjeux de la médiation  Les positionnements centrés sur la différenciation et la confrontation…oser la confrontation.  Etre sensible aux autres langages…même dans une situation de médiation, le langage corporel, les attitudes…peuvent renseigner sur la sincérité, ou son contraire, le malaise de celui qui s’exprime, la confiance ou la défiance etc.  Et toujours l’attention est portée sur la priorité au sujet : se décentrer de «  l’objet » ou du « contenu » pour mieux entendre le sujet. Ensuite on s’occupe du contenu. Avant de comprendre, il s’agit d’entendre.


Hervé de TRUCHIS 09.02.2008

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