IN THE FAMILY

De WikiMediation.

Share/Save/Bookmark
Version du 26 août 2015 à 13:17 par Walter Gilpin (discuter | contributions)

« In the family » film dramatique américain écrit, coproduit, interprété et réalisé par Patrick Wang, et sorti le 4 novembre 2011. Bande annonce ici : [1]

SYNOPSYS

Chip HINES, 6 ans, vit avec son père Cody, et Joey son compagnon. L’enfant a toujours vécu heureux, entouré de ses deux papas, très investis envers lui. Un matin, alors qu’il s’apprête à emmener Chip à l’école, Joey reçoit un appel l’informant que Cody vient d’avoir un accident et qu’il a été amené à l’hôpital. Le premier malaise s’installe lorsque le personnel hospitalier lui interdit toute visite ou information concernant l’état de santé de son compagnon, au principe qu’il ne fait pas partie légalement de la famille. Eileen, la sœur de Cody qui affectionne Joey, lui apprend malheureusement que son frère a succombé à ses blessures. Chip et Joey font alors courageusement face à la tragédie. Quelques jours plus tard, Eileen annonce à Joey que Cody a laissé un testament rédigé de longue date, la désignant tutrice de l’enfant au cas où son père viendrait à disparaître. Joey est incrédule. La situation va se cristalliser et sombrer dans le conflit, lorsqu’il tente de revendiquer son droit à garder l’enfant auprès de lui, au principe qu’il a toujours été son deuxième papa. La famille de Cody refuse de lui restituer l’enfant et demande à la police d’intervenir afin que Joey ne puisse plus l’approcher.

Joey n’a de cesse de chercher une solution pour faire valoir ses droits. Dans le cadre de son activité de décorateur, Joey est amené à travailler pour un client, Paul HAWKS, qui exerçait la profession d’avocat avant de prendre sa retraite. Ce dernier a connaissance de la problématique de Joey, et, touché par son histoire, lui propose de l’aider. Joey lui explique qu’aucun avocat ne veut défendre ses intérêts, puisqu’il ne peut revendiquer aucun droit sur l’enfant. Me HAWKS lui propose alors une alternative à la justice : la déposition. Joey ne comprend pas où Me HAWKS veut l’amener, mais il accepte de l’écouter.

La dernière partie du film est saisissante en termes de résolution du conflit.

Tout d’abord, Me HAWKS met Joey en confiance : « Joey Williams, puis-je vous dire un mot ? Juste pour vous dire combien je suis content de vous avoir comme client. Vous êtes mon genre de client préféré. J’ai l’impression que vous allez m’écouter. Vous êtes prêt ? »

En très peu de mots, il va poser les choses et lui expliquer sa stratégie : « Je connais des choses en matière de justice que vous devriez savoir. Primo, le fait que la loi ait des limites ne veut pas dire que notre rôle consiste à nous y attaquer. Ces limites peuvent détourner de l’essentiel. Aussi, ne les attaquez pas de front. Concentrez-vous sur ce qui mérite votre énergie. D’accord ? Secundo, que la loi ait ses limites ne veut pas dire que notre vie répond à ces mêmes limites. Les avocats vivent au tribunal, pas vous. Les limites de la loi concernent la Cour. Mais hors de la Cour, quand la partie adverse n’est plus un ennemi, beaucoup de choses sont possibles. »

Joey : « C’est une autre façon de voir les choses. Comment se reparler avec la famille après tout ça ? »

Me HAWKS : « La loi pourrait peut-être vous aider à y arriver, quand l’autre ne sera plus un ennemi. »'''

Joey : « Je n’avais jamais entendu ça avant. »

Me HAWKS propose à Joey de désamorcer le conflit AVANT de faire éventuellement appel à la justice. En cela, le processus peut ressembler à la médiation. En revanche, la suite est très différente puisque c’est Joey seul, qui va devoir se justifier et convaincre la famille de Cody de ses aptitudes à élever Chip, comme il l’a fait au demeurant du vivant de son compagnon.

Avant d’être confronté à la famille de Cody, Joey doit se plier à un exercice.

Me HAWKS : « Je vais vous écrire vos devoirs. Il vous faut trouver ce qui compte pour vous, indépendamment de la loi. Oubliez la loi. Exposez ce qu’il importe de changer dans votre vie, ce que vous ne voulez pas chambouler, et ce à quoi vous êtes prêt à renoncer. Et une fois que vous aurez fait le tri, demandez-vous qui ou quoi vous fait obstacle. Réfléchissez-y un moment. Ça parait simple, mais ça va entraîner du chambardement. Il faudra y penser et y repenser jusqu’à ce que vous trouviez la clé. Nous en reparlerons ensuite. D’accord ? Et ensuite il faudra que je trouve comment la loi concorde avec ce que vous avez trouvé. Pas de réponse aujourd’hui et ça peut prendre un moment pour qu’on trouve ça tous les deux, avant qu’on remplisse une seule feuille de papier. Ça vous va ? »

Joey revisite son histoire pour comprendre comment ils ont pu en arriver à cet état de rupture qui le mine. Nous découvrons alors les circonstances surprenantes de la rencontre entre Cody et Joey. Peu à peu, Joey donne du sens à la situation.

Le jour de la déposition, Joey retrouve son avocat sur le parking et ils échangent leurs dernières paroles avant de rencontrer Eileen, son mari et leur avocat.

Me HAWKS : « Bonjour Joey, vous êtes prêt ? Rappelez-vous, ils vont dire n’importe quoi, des choses horribles, mais aucune importance. L’important, c’est qu’après, ce sera à vous de parler. »

Dès son arrivée dans le bureau, on constate le caractère juridique et règlementaire de cette rencontre. L’avocat de la famille demande à Joey de déposer sous serment. Une greffière est également présente afin de consigner les échanges.

Nous apprenons alors ce à quoi Joey est prêt à renoncer, car en préambule, l’avocat de la famille précise à l’auditoire que Joey renonce à tous ses droits éventuels, qu’ils concernent les comptes bancaires ou la maison qu’il occupe actuellement et qu’il partageait avec Cody et Chip. L’avocat insiste sur un élément majeur : quelle que soit l’issue cette affaire de droit de garde, Joey renonce inconditionnellement à ces droits.

En guise de bonne foi et afin de gagner la confiance de la famille de Cody, Joey leur fait cadeau du renoncement à ses droits légitimes.

C’est l’avocat de la famille qui s’exprime en premier. Nous assistons à une parodie de procès, durant laquelle il s’attaque au passé de Joey pour brosser de lui un portrait peu flatteur. Eileen et son mari semblent étonnés et incommodés par la violence des propos de leur avocat mais à aucun moment ils ne vont s’exprimer. Joey tente de rester digne, on comprend au travers de ses expressions qu’il ne s’attendait pas à de telles digressions.

L’avocat de Joey reste discret et n’intervient qu’à de très brèves reprises, lorsque son confrère va trop loin.

Puis, c’est au tour de Joey de s’exprimer. Comme lui a conseillé son avocat, il évite tous les écueils du droit pour se concentrer sur l’essentiel, à savoir la relation qu’il entretenait avec Cody. Il s’adresse à Eileen et son mari sur le ton de la confidence, il leur livre ses émotions avec pudeur et sincérité.

Joey reconnait n’avoir jamais assuré son défunt compagnon de son implication auprès de Chip, tant elle lui semblait évidente, d’où le testament resté inchangé, entraînant cette légitime interrogation de la famille actuellement.

Le discours de Joey est en totale opposition avec celui de l’avocat de la famille. Un tel contraste entre la confession de Joey et les attaques de l’avocat amène le spectateur à ne retenir que les paroles du jeune homme. Etant seul à se battre, l’avocat de la famille obtient l’effet inverse de celui escompté. Au lieu d’abîmer l’image de Joey, son agressivité salit celle de ses clients.

Eileen et son mari sont amenés à reconsidérer le positionnement de Joey et le leur.

Il est intéressant d’observer la position très différente des deux avocats, celui de la famille étant dans un rôle très traditionnel de défense des droits de ses clients, contrairement à celui de Joey, davantage tourné vers une justice participative. Bien que les deux points de vue soient antinomiques, cela n’empêche pas la communication de s’instaurer.

En résumé, Joey savait n’avoir qu’une infime chance d’obtenir gain de cause en justice. Néanmoins, n’ayant connaissance d’aucune autre solution, il envisageait tout de même faire appel au Droit pour obtenir un droit de garde sur l’enfant. Or, contraindre la famille à régler le conflit par le biais de la justice n’aurait eu d’autre résultat que de figer radicalement le conflit en éliminant toute possibilité de discussion future. Me HAWKS, en proposant un autre point de vue, permet de trouver un mode alternatif et créatif de résolution du conflit, lui permettant d’atteindre son objectif sans contrainte, sans prêt d’intention et sans jugement. L’acte fondateur de cette résolution étant le cadeau. En proposant ce cadeau sans contrepartie, il donne les pleins pouvoirs à la famille et désamorce les tensions. Ayant de plus la possibilité d’être représentée et accompagnée par son avocat lors de la déposition de Joey, la famille n’a plus de raison de se méfier de ce dernier. Le dialogue peut alors s’instaurer.

Joey a choisi, en toute connaissance de cause, de sacrifier tout ce qui relève de l'aspect matériel de son existence, pour obtenir de l'autre partie la possibilité de conserver un lien affectif. Ce choix a été fort habile puisqu'il a permis à la famille de constater à quel point son objectif était désintéressé. Fait-on un cadeau à celui qu'on considère son ennemi ?

« Quand la partie adverse n’est plus un ennemi, beaucoup de choses sont possibles. »

Film fort et personnages magnifiquement interprétés.

Murielle Anteo

Outils personnels
Translate