Illusion intellectuelle

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Version du 27 juin 2010 à 08:25 par Véronique Ménard (discuter | contributions)

Création de la notion d'illusion intellectuelle. Comme il existe des illusions d'optiques, il existe des illusions auditives, telles que les mots valises peuvent en fournir, mais aussi d'autres sortes d'illusions auditives à écouter. A celles-ci, il est possible d'ajouter les illusions intellectuelles. Cette nouvelle notion pourrait regrouper, en médiation, les idées faussement bonnes qui sont véhiculées avec une apparence séduisante mais inadaptée à la réalité de la médiation appliquée à la résolution des différends et surtout des conflits.

Il s'agit notamment de concepts transposés directement de la dynamique de réflexion en adversité que les amis de la médiation piochent dans les systèmes juridiques et judiciaires, dans les pratiques de négociation ou les croyances du bon sens commun.

Elles ont pour effet de limiter la discipline de la médiation dans ses intérêts réels, ses applications et ses perspectives.

La liste n'est pas exhaustive. Elle est à préciser et à enrichir au fur et à mesure des réflexions.

Sommaire

Gagnant-gagnant

Dans un conflit, chaque partie a perdu quelque chose. Afficher le gagnant-gagnant, c'est présenter la médiation comme une pratique simple de négociation. Or, en médiation, la première chose qu'un médiateur accompagne réside dans l'apaisement de la dynamique affective, voire émotionnelle d'un différend.

La dimension affective d'un conflit témoigne des pertes qu'une personne au moins a subi sur le plan émotionnel. Le gagnant gagnant fait référence aux aspects matériels. Dans un conflit, les deux parties ont perdu quelque chose : leur espoir, leur confiance, leur projet... Elles vont devoir trouver une solution de reconstruction, laquelle n'est pas dans le gagnant-gagnant, mais le moins insatisfaisant possible, voire le plus satisfaisant possible et, parfois, le moins perdant possible, se référant au passé qui laisse toujours, en abordant la médiation, la marque d'une déception, d'une amertume, d'une rancune, d'un remord, d'un regret... Si en négociation commercial, ce concept est une perspective réaliste, en médiation, compte tenu du conflit vécu, il s'agit d'une illusion intellectuelle susceptible de rendre la médiation illusoire, voire irrespectueuse de la réalité en cours...

Afficher "gagnant-gagnant", ce serait également négliger, minimiser, voire ne pas considérer le côté "perte" volontairement consenti par les parties, et donc, par conséquence, se serait également afficher la "non-reconnaissance" de l'effort, l'intelligence de la réflexion intellectuelle, la bonne volonté, et surtout, de l'autonomie acquise ou retrouvée par la personne,au niveau de sa prise de décision, notamment sur le choix difficile d'abandon de certains objets.--Rita Delattre 23 juillet 2009 à 11:27 (CEST)

Med-Arb

Le Med-arb est une approche qui présuppose que le médiateur serait saisi par des parties pour intervenir d'abord de manière neutre et impartiale en sachant que si la médiation n'aboutit pas il pourrait se transformer en arbitre. Or, comment pourrait-il écouter de manière impartiale et neutre en sachant qu'il serait amené à arbitrer en cas d'échec de son intervention ? Ne serait-il pas légitiment tenté d'apprécier le comportement de l'une ou l'autre des parties comme étant responsable de difficultés qu'il aurait pu rencontrer lors des échanges ? N'est-ce pas préjuger de la capacité de distanciation d'un humain dont la nature porte naturellement à juger plutôt quà accompagner l'autonomie de réflexion ? Ne serait-il pas tenté de faire valoir la solution qu'il aurait plus particulièrement approuvé au cours de son intervention illusoire de médiateur ? Ce concept si séduisant est de nature oxymoresque.

Accès avec libre consentement à la médiation

Contrairement à ce qui est raconté, on ne vient pas en médiation de manière libre. Le conflit est un enfermement fonctionnel. Il nous pousse plus vers l'adversité que vers l'altérité. Il apparaît donc plus pertinent, notamment en matière de conflits judiciarisés, que le juge puisse imposer la médiation avant la poursuite de la procédure.

Médiation espace de liberté

La médiation n'est pas un espace de liberté. Des personnes en conflit sont dépendantes de leurs états émotionnels. La colère constitue en cela un enfermement affectif qui prive la personne de sa capacité de raisonner de la manière la plus objective possible. En conséquence, si la médiation peut déboucher sur un libre accord, elle ne saurait être un espace de liberté, pas plus que toute action visant à résoudre un conflit, qu'il s'agisse de l'usage d'un mode dit alternatif de résolution des conflits ou d'un procès. Les personnes sont enfermées dans leur conflit, bloquées sur leur point de vue antagonistes, animées par des émotions contradictoires et belliqueuses. Le médiateur doit donc avoir reçu une formation lui permettant d'être efficace face aux états affectifs des parties.

Un mauvais accord vaut mieux qu'un bon procès

«Une mauvaise transaction vaut mieux qu’un procès»[1]. Ce type de sentence émane de l'approche judiciaire. Il s'agirait d'une sentence qui serait prononcée pour défendre la médiation de préférence à un jugement. Et pourtant, l'idée apparaît elle-même paradoxale et donne plus envie du procès. Pourquoi choisirions-nous une chose a priori mauvaise ? Si le procès peut être bon, alors pourquoi ne pas le tenter ? Faut-il être bête pour se contenter d'un mauvais accord ... L'application de cette idée en médiation revient à faire croire que la médiation conduirait à un accord de mauvaise qualité, tandis que le procès pourrait être bon. Une médiation, conduite par des professionnels, ne saurait aboutir à un mauvais accord. L'illusion intellectuelle réside dans le sous-entendu voulant que cette sentence pourrait décrire un intérêt de la médiation, car au contraire elle la dessert. Si l'on veut faire échouer l'idée de la médiation, il n'y a pas mieux comme discours à véhiculer.

  1. Arbitrage et médiation, Une percée encore timide, L'économiste du Maroc, 19 juin 2009

Un acte juridico-judiciaire est plus sûr qu'un accord de médiation

En raison du peu de confiance que le système de la polémique et de l'adversité entretient, peu de confiance associé à l'idée précédente, il est logique de vouloir encadrer un potentiel "mauvais accord". L'homologation (enregistrement) d'un accord par un tribunal pour lui donner la valeur de la chose jugée correspond à un état d'esprit de méfiance, de soupçon. C'est-à-dire que les protagonistes sont toujours dans l'adversité. La médiation doit aboutir à un libre accord, c'est-à-dire un contrat élaboré dans un climat de confiance, respectueux de l'altérité. Il peut être nécessaire d'en faire une rédaction juridique. Mais dans tous les cas, comme pour tout contrat, ne pas oublier la clause de médiation. Un contrat reste un contrat, un libre accord a la solidité de l'engagement pris dans un contexte donné. Tout contrat, tout accord peut être rompu ou réaménagé. L'enregistrement et l'homologation n'ajoutent rien à la qualité du contrat, sinon une ambiance de soupçon a priori.

Concessions matérielles réciproques

Pas plus que le contradictoire, le système des concessions réciproques n'est pertinent en médiation. C'est une importation illusoire de l'idée des transactions du système juridico-judiciaire en médiation. Les émotions ne sauraient faire l'objet d'une transaction. On ne négocie pas les états affectifs, ils ne sont pas négociables. Déjà dans le contexte habituel, il faut souvent chercher la réalité des transactions. En médiation, les accords ne s'illustrent pas par ce genre de notion.

Certains conflits ne pourraient faire l'objet de médiation

En matière civile et commerciale, dans les conflits liés à la vie familiale, sociale, économique, professionnelle ou politique, tous peuvent faire l'objet de médiation. Si certaines personnes affirment que des conflits ne peuvent pas faire l'objet de médiation, c'est parce qu'elles énoncent en fait la limite de leurs compétences, non des possibilités de la médiation. Par ailleurs, une médiation peut s'imposer dans les cas de violences - conjoints, voisins, collègues. Une médiation s'impose dans les conflits au sein d'une nation, interethniques ou internationaux.

La médiation est moins couteuse (financièrement) qu'une procédure

Cette manière de traiter la valeur d'une intervention de médiation procède d'une comparaison visant la dévalorisation de l'approche pacificatrice. Comme si ce qui pouvait être rentable pour un professionnel de la résolution des conflits ne pouvait que résider dans l'accompagnement des rapports de force. Pacifier, c'est pas cher. Guerroyer, c'est rentable.

Le conflit, une opportunité pour grandir

Nous pouvons trouver ce non-sens, jouant volontairement de paradoxe, dans certains discours s'inspirant de certaines conceptions de la sagesse asiatique. Cette illusion intellectuelle provient de la gentille situation de personnes qui n'ont vécu que des conflits sans conséquence physique. Un conflit aurait quelque chose de positif et il faudrait le trouver. Une guerre ? Ha, non, pas ce genre de conflit. Bref, les gentils conflits peuvent être positivés...

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