Indigènes

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Indigènes, un film de Rachid Boucharebb, présenté par : Omar El Farissi

Le contexte

Nous sommes en période de guerre pour la libération des territoires d’Afrique du Nord occupés par l’Allemagne, l’Italie et la France de Vichy. Suivra la libération du territoire métropolitain français, le premier débarquement en Normandie est refusé, par les USA, aux troupes non composées exclusivement de blancs. Ensuite viendront trois débarquements auxquels participent les troupes d’Afrique du Nord. Il y a certes le contexte militaire, mais il ne faut pas oublier qu’il est doublé par le contexte politique du fait que les USA veulent établir un protectorat en Afrique du Nord. D’un côté nous avons :

  • l’armée d’Afrique du Nord du Général Giraud et Juin, composée des troupes de Vichy ralliée à la France,
  • les américains possédant un protectorat de fait en Afrique du Nord et voulant occuper la France,

Et de l’autre :

  • les troupes de la France libre du Général de Gaulle commandées par le Général Leclerc et Koening

Août 1943 : Formation de la 2ème DB au Maroc à Temara dont les américains exigent qu’elle soit 100 % blanche (dixit le Général Eisenhower). Une cassure a été créée en construisant des régiments composés exclusivement de Blancs ou principalement d’Africains. Pendant la campagne de France, le maréchal Leclerc fera un rapprochement mais le mal créé par le racisme américain était fait. Ce même mois, le Général De Gaulle rencontre le Sultan Mohammed Ben Youssef et troque l’avenir du Maroc et son évolution future. Le Général est reçu à Rabat, Fes avec l’accueil enthousiaste de toute la population. Le 08 Février 1944 : A Brazaville au Congo, à l’issue d’une conférence dirigée par Félix Eboue, l’Afrique est remerciée et le Général De Gaulle pose les bases d’une évolution vers l’indépendance ou le maintien dans la communauté française.

Nous avons dans cette guerre mondiale une situation conflictuelle qui dépasse le cadre des combats où la médiation pourrait et devrait, en fractionnant chaque conflit, chaque problème, trouver une solution apaisante.

Nous avons un conflit mondial, mais également un conflit lié à la non-reconnaissance des participants d'où ressortent surtout les litiges sur :

  • L’enrôlement dans les forces françaises libres. Les départements français d’Algérie dépendent du régime de vichy jusqu’en novembre 1942, puis sous la coupe américaine jusqu’en 1943. Certaines personnes enrôlées sont issues de ces départements français d’Algérie, d’autres du royaume chérifien et également des diverses colonies ou des royaumes africains.

Certains s’enrôlent pour :

    • l’argent,
    • une vision idéalisée de la France,
    • le désir de s’y installer, d’y travailler, de s’y marier,
    • une réhabilitation ou une libération après s’être évadé d’un bagne,
    • le plaisir du combat,
    • le changement de statut de leur pays,
    • l’amour de leur patrie.

Il y avait beaucoup d’Indigènes Nord Africains qui était déjà dans l’armée française et beaucoup d’entre eux avaient le grade de sous-officier et d’officier issus de l’école de Meknes au Maroc, fondée en 1919 et réservée aux Indigènes Marocains. La situation et les décisions politiques entraîneront un mal-être où l’incompréhension et la rancœur auront une place primordiale pour les combattants qu’ils soient simples soldats, sous officiers et officiers indigènes.

  • La solde puis la pension. Il est fait le reproche sur les différences existantes sur le montant d’une solde en période de guerre, comme en période de paix. Un appelé ou un volontaire (civil avant d’être enrôlé) ne touche pas le même montant qu’un engagé (déjà militaire avant la guerre). Ce dernier garde tous les avantages et voit même sa solde doublée en période de guerre. Certains Indigènes combattent depuis 1942 et touchent moins que les engagés français de métropole (engagés et appelés – les pieds noirs étaient considérés comme des Indigènes). Ce n’est qu’en 1943, à Strasbourg, qu’elle ne sera égalisée avec celle des soldats de métropole. Pour les pensions, ce fût la même chose, elles furent considérées comme dérisoires par rapport au sang versé.


L'analyse du médiateur

Tous les éléments pour conduire à une situation conflictuelle sont présents :

Le comportement d’après-guerre n’a pas permis d’apaiser les rancœurs vis-à-vis :

  • De l’enrôlement dans les forces françaises libres. Pour certain, grâce à cet enrôlement, ils ont pu réaliser leur rêve d’être nationalisé

français

  • De la différence de la solde des soldats selon qu’ils sont engagés ou appelés. Les pays ayant pris leur indépendance ont vu ces petites pensions évoluer moins rapidement au regard du niveau de vie de chaque pays. Un réajustement des pensions, qui est d’actualité, ne coûterait pas une somme considérable et serait le bienvenu même s'il est difficile, voire impossible, dans certains pays de vérifier l’identité de ceux qui prétendent avoir des droits à pension.
  • Du devoir de mémoire. Une invitation à se rendre tous ensembles, indigènes français et indigènes d'Afrique du nord, dans les cimetières militaires où tous les hommes qui composaient les troupes d’Afrique du Nord sont enterrés ensembles. Cette visite serait édifiante, Saïd – Mamadou – Dupont – Dialo, simples soldats, sous-officiers et officiers reposent ensembles, frères d'armes au-delà des querelles politiques et des récupérations. Ils étaient soudés dans le combat ; ils sont restés soudés après le combat.

Le film, avec beaucoup d’insistance, met en évidence les comportements de chaque partie et fait ressortir que le manque d’impartialité, de neutralité, de dialogue, d’écoute a manqué pour que se conflit trouve sa solution.

Les faits du passé ont apporté le jugement. Le ressenti d’aujourd’hui développe le prêt d’intention. Les conséquences du futur sont vécues comme une contrainte.

Les soldats d’origine de partout pendant le conflit, se sont sentis des hommes de nul part après le conflit, ces hommes que tout séparait ont cohabité, ont du compter les uns sur les autres pour survivre, ils ont bravé la difficulté de co-exister malgré leur différence culturelle ; une estime est née et aujourd’hui ils aimeraient se voir appliquer les mêmes traitements que leurs frères d’armes. Cette disparité de traitement entre les Indigènes d’Afrique du Nord et les Indigènes de France sera source de conflits quasi-permanente. Le mal-être, le désespoir, le sentiment d’abandon est devenu de plus en plus fort.

Il ne faut pas oublier que l’affect a une place très importante dans les griefs et l’aide du médiateur pour vider cette charge émotionnelle permettrait d’accompagner les parties pour une prise de décision qui permettrait la résolution du conflit.

Un rappel aux parties sur le terme Indigène permettrait de lever un sentiment de mal-être parfois ressenti. L’appellation Indigène étant simplement utilisée pour une personne originaire du pays où il habite et dont les ancêtres étaient déjà là, tels que les Berbères qui sont des autochtones, les troupes Indigènes sont composées des personnes qui ont été recrutées dans leur pays d’origine. Une précision sur le terme Protectorat permettrait de ne pas faire de confusion, c'est-à-dire un état étranger souverain placé sous la protection d’un autre état pour sa propre sécurité et pour également faciliter ses relations extérieures.

Conclusion

Cette œuvre traitant à la fois d’un conflit d’importance extrême et du comportement de l’être humain démontre parfaitement la nécessité et la place de la médiation dans le but de faciliter le dialogue entre les parties en conflit. Le fait de ne pas avoir fait appel à la médiation pour résoudre les litiges, les incompréhensions, les conflits a envenimé la situation conflictuelle et un sentiment d’injustice s’est installé et le mécontentement est toujours d’actualité. Une tension intense par rapport à :

  • L’enrôlement
  • La solde et les pensions
  • Le devoir de mémoire

Avec humilité, le médiateur pourrait être le facilitateur pour accompagner vers la résolution de ces litiges. Tous les acteurs de ce conflit sont à la fois en demande et en défense. Un processus de médiation aurait pu permettre l’inimaginable discussion entre les parties.

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