Indissociables: Affect et mémoire, conflit et biographie

De WikiMediation.

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Existe-t-il un lien entre bon nombre de conflits (en particulier familiaux) et la biographie, qu'ils soient internes, inexprimés ou extériorisés et par conséquent projetés vers autrui? Dans les deux cas les techniques de médiation sont un secours.

Dans le cas d'un conflit intériorisé non résolu, ce n'est qu'une question de temps pour qu'il se somatise pour s'appeler "maladie" par la suite. A travers de l'écoute active et la re-formulation nous pouvons aider à exprimer ce qui est si "mal-à-dire".

Dans le cas d'un conflit projeté sur autrui le médiateur peut comprendre le sujet et l'objet du mécontentement. Le sujet et l'objet entrent en résonance avec des circonstances analogues d'une situation mal vécu dans le passé, ayant créé un conflit non résolu. L'affect en est le temoin.

H. Laborit, célèbre biologiste du comportement, s'est largement étendu dans "la nouvelle grille" sur ce sujet en démontrant les bases physiologiques et leurs mécanismes. Il les voyait dans le fonctionnement du système limbique (cerveau mammiférien). "Considéré classiquement comme le système dominant l'affectivité, il nous paraît plus exact de dire qu'il joue un rôle éssentiel dans l'établissement de la mémoire à long terme, sans laquelle l'affectivité nous paraît guère possible. En effet, la mémoire à long terme...est nécessaire pour savoir qu'une situation a été déjà éprouvée antérieurement comme agréable ou désagréable."

Parler d'un "re-sentiment" d'aujourd'hui n'induit-il pas de parler d'un certain "sentiment" d'hier? En effet se souvenir d'une situation éprouvée gratifiante fait remonter le bonheur. En général, nous ne rencontrons aucune difficulté à nous rappeler... ("une situation éprouvée gratifiante entraîne une réponse du MFB (Medial Foreign Bundle) au niveau du cerveau mammiférien" insérant dans notre système des "catécholamines", des substances déclenchant de dfférentes façons un sentiment de bonheur, de bien-être et "d'être dans l'action".

Pourquoi à l'inverse nous avons des "lacunes", des difficultés à nous souvenir de situations mal vécues et classées commes désagréables? De quelle nature est la gêne, le génôme? Si H. Laborit a raison, le souvenir est accompagné par l'affect.

Les sentiments d'une situation que l'on vit mal peuvent être: La peur, la pudeur, la tristesse, la honte, l'impression d'être inapte, se sentir rejeté... Ces sentiments ne déclenchent-ils pas une seule envie: celle de fuir? Si nous ne pouvons fuir la situation, eh bien, il nous reste toujours l'option de l'enfouir quelque part à l'intérieur de soi...

H. Laborit: Le plus souvent ce conflit sans solution est si douloureux (système PVS, Peri Ventricular Systeme) que l'individu préfère    l'enfouir dans son inconscient, le refouler."

Chaque réaction à une situation mal vécu déclenche immédiatement une réponse du système PVS - Système opposé du MFB - dont les substances biochimiques "cholinérgiques" nous mettent physiquement mal à l'aise, rendent déprimé et - à long terme - malade. "Etre loin d'agir")

Oui, on voudrait parfois nier ce que la physiologie mets clairement en évidence: Quasiment synchrone, selon la manière dont on vit une situation, nos glandes et centres nerveux émettent des substances, que ça soient des hormones ou des neuromédiateurs. Ceux-ci font - selon leur qualité - qu'en premier lieu notre système nerveux réceptif devient calme (pour être sûr de nous) ou irrité (pour que le milieu ambiant nous paraise menaçant). Ensuite, en deuxième lieu, l'information traitée passe du système nerveux au "sang", le rendant "bon" ou "mauvais".

On peut se dire et croire que l'information ne dure pas. Ceci ne paraît guère réaliste. Il est plutôt probable que l'information perdure jusqu'au moment où nous développons une stratégie qui nous permet de faire façe, de ne plus fuir...

Les expériences en Ostéopathie et d'autres domaines mettent en évidence qu'une information "négative" - comme dans le cas d'un conflit non résolu - n'est pas évacuée ou neutralisée. Elle est condamnée à rester quelque part dans nos tissus jusqu'au moment où nous pouvons l'accueillir, l'accepter, la transformer, pour enfin nous en libérer.

Qu'on le veuille où non, notre "je" est bien lié à notre support physique, son mode de fonctionnement et sa fonction de "boite noire". Les empreintes du passé conduisent inévitablement aux stratégies comportementales d'aujourd'hui.

Un médiateur devrait connaître les grandes lignes du fonctionnement humain et les stratégies d'ajustement par rapport aux situations mal vécues.

Il devrait en tirer des conclusions et adapter ses techniques, pour ne pas ressembler à un médecin qui ne sait pas mieux que de proposer un antalgique à une personne souffrant de douleurs...


Ces réflexions ne sauraient être un plaidoyer pour une approche psychologique de la médiation.

Cependant: Il existe la simple relation physiologique de cause à effet.

Un médiateur peut - grâce à une compréhension du fonctionnement humain dans son approche - s'en servir pour avoir une idée de la situation que la personne impliquée dans un conflit a mal vécu dans son passé. L'intérêt (pédagogique) de ce raisonnement n'est certainement pas de travailler le passé de la personne, mais de pouvoir aider la personne - aujourd'hui - à trouver la stratégie (le remède) qui lui permet de se positionner, de développer la capacité de gérer le conflit.

                 Le but est la transformation. La personne s'en souviendra...


Sources: H. Laborit "La nouvelle grille" R. Laffont, 1974

              Herbert Minkus "La parabole humaine", parution 2009 en allemand, 2010 en français 

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