Inside Man

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Keith Frazier  réalise, lui qui croyait gagner du temps,  que c’est en fait le braqueur qui en gagne. Mais dans quel but ? Que cache l’intervention de la négociatrice ? Il ne parvient pas à se l’expliquer.<br />
Keith Frazier  réalise, lui qui croyait gagner du temps,  que c’est en fait le braqueur qui en gagne. Mais dans quel but ? Que cache l’intervention de la négociatrice ? Il ne parvient pas à se l’expliquer.<br />
Quand ses complices ont fini d’aménager sa cachette à l’intérieur de la banque, Russel  leur fait croire  qu’il vient  d’exécuter un otage.  Se fiant  aux images des caméras de surveillance installées par la police, les forces d’intervention donnent aussitôt  l’assaut, c’était la réaction qu’il attendait. Il libère les otages, parmi lesquels se dissimulent ses complices, tous revêtus des mêmes oripeaux, ils sont inidentifiables.<br />
Quand ses complices ont fini d’aménager sa cachette à l’intérieur de la banque, Russel  leur fait croire  qu’il vient  d’exécuter un otage.  Se fiant  aux images des caméras de surveillance installées par la police, les forces d’intervention donnent aussitôt  l’assaut, c’était la réaction qu’il attendait. Il libère les otages, parmi lesquels se dissimulent ses complices, tous revêtus des mêmes oripeaux, ils sont inidentifiables.<br />
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Alors  Keith Frazier réalise ce qu’avait voulu lui dire Russell avec « au-delà des apparences », dans leur face à face. Il découvre une réalité inimaginable pour lui, son sens de l’observation, sa logique, sont mises à mal devant : des armes en plastic, aucun cadavre  d’otage, aucun coffre facturé, et plus de trace des braqueurs ! <br />
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Alors  Keith Frazier réalise ce qu’avait voulu lui dire Russell avec « au-delà des apparences », dans leur face à face. Il découvre une réalité inimaginable pour lui, son sens de l’observation, sa logique, sont mises à mal devant : des armes en plastique, aucun cadavre  d’otage, aucun coffre facturé, et plus de trace des braqueurs ! <br />
Il  s’en tient au strict respect des règles qu’il a lui-même établies, organisation et méthode sont ses références ;  Madeleine White, la négociatrice  chargée des intérêts de Monsieur Arthur  Case, ne lui est d’aucune utilité : «  ''Qu’est-ce qui vous fait croire que j’ai besoin de votre aide ?'' » lui demande-t-il ?<br />
Il  s’en tient au strict respect des règles qu’il a lui-même établies, organisation et méthode sont ses références ;  Madeleine White, la négociatrice  chargée des intérêts de Monsieur Arthur  Case, ne lui est d’aucune utilité : «  ''Qu’est-ce qui vous fait croire que j’ai besoin de votre aide ?'' » lui demande-t-il ?<br />
« ''La centaine de personnes là dehors'' »<br />
« ''La centaine de personnes là dehors'' »<br />

Version du 4 décembre 2010 à 10:21

Claude Léobon a vu pour vous « Inside Man », un film policier réalisé par Spike Lee.

Sommaire

Introduction

Ce film met en scène le récit d’un ingénieux cambriolage. Il m’a permis d’observer qu’un conflit pouvait être généré par la résurgence du passé (pour le braqueur et pour le banquier), ou par l’interprétation des apparences (pour le négociateur), de réaliser comment un conflit principal peut enclencher une série de réactions en chaine, entrainant avec elles, comme ici avec les otages, d’autres personnes bien malgré elles, les privant de toute expression de volonté et les empêchant de trouver par elles mêmes une solution pour mettre un terme à leur conflit. Surtout, comme c’est le cas dans le film, lorsqu’il s’agit d’un rapport de force imposé par une personne, le braqueur.

Le titre « L’Homme de l’intérieur » m’a renvoyé l’image du Médiateur « L’Homme du Milieu », et fait faire le parallèle avec la posture du médiateur.

Les comportements des personnages, évoluant dans une situation de tension extrême, m’ont fait prendre conscience de ce qui pouvait faire échec à une Médiation.

Dans un premier temps, nous examinerons cette histoire tel qu’un Médiateur le ferait en la traduisant en faits, conséquences et ressentis. Puis nous regarderons ce qui manque à ce récit pour en faire une médiation, aux travers les règles propres à cette discipline.

Le Film passé aux travers des Filtres de la Médiation

Pour un Médiateur professionnel, il convient en premier lieu de purger les états émotionnels des parties d’un conflit  qui nuisent à leur bonne qualité relationnelle, en repérant aux travers de leurs propos : les jugements de valeurs, les contraintes, les interprétations, les mauvaises intentions, qu’elles se sont portées. En leur faisant prendre conscience de leur connotation subjective pour les amener à réaliser qu’il en est de même pour l’autre et ainsi les faire basculer sur le terrain neutre de l’objectivité  pure et simple en les faisant raisonner en : faits, conséquences, ressentis, ce qui leur permettra d’avoir ou de ré avoir ce qu’elles pensaient être une « inimaginable discussion ».

Les faits

Le contexte général : l’action se déroule en plein cœur de New York, dans le quartier de Wall Street au 20 Exchange place. Un commando de 4 personnes revêtues de combinaisons de peintres en bâtiment, portant masques, gants blancs, capuches noires, lunettes de soleil, vient de pénétrer à l’intérieur de l’agence N° 32 de la Manhattan Trust Bank, puissant groupe bancaire. Rapidement, avec calme et méthode, ils neutralisent les dispositifs de sécurité et d’alarme, se barricadent dans l’Etablissement, rassemblent clients et employés et sous la menace de leurs armes, leur ordonnent de se débarrasser de leurs portables, des clefs, leur font enfiler les mêmes combinaisons et masques qu’eux, les répartissent dans différentes pièces dans les sous-sols, près de la salle des coffres.

L’alerte est donnée au Central par un policier que le braqueur met en joue, en lui déclarant avec un fort accent russe qu’il a des otages qu’il tuera si la police s’approche. Aussitôt, les forces spéciales d’intervention de la police commandées par le Capitaine Darius se mettent en place, sécurisent le périmètre, prêtes à donner l’assaut. Le Chef de la Police criminelle de New York envoie sur place le Capitaine Keith Frazier pour négocier la libération des otages sains et saufs.

S’engage alors le bras de fer entre le négociateur et Dalton Russell, le chef des braqueurs de la banque, sans permettre à Keith Frazier de parvenir à percer à jour la véritable motivation.

Prévenu du braquage, le Président du conseil d’Administration de la Manhattan Trust, Monsieur Arthur Case décide d’avoir recours aux services d’une négociatrice réputée Mademoiselle Madeleine White pour empêcher que les preuves de son passé trouble enfermées dans le coffre qu’il possède dans cette agence, ne soient révélées  ce qui pourrait le faire condamner pour « crimes de guerre ».

Nous avons là tous les ingrédients d’un conflit : l’aspect émotionnel intense (menace sur la vie d’innocents, révélation d’un lourd secret), l’aspect technique (comment obtenir la libération des otages sains et saufs, comment les braqueurs vont –ils sortir) et l’aspect juridique (les crimes de guerre commis par le banquier vont-ils être punis ? les braqueurs vont-ils être condamnés ?).

Il est intéressant maintenant d’étudier ces personnages et de voir leur comportement dans ce conflit.

Identification des parties :

Beaucoup de personnages gravitent dans le film ce qui lui donnent de l’intensité. Tenons-nous en aux principaux : le braqueur, le Banquier, le négociateur de la police et la négociatrice, les otages.
Quelle perception chacun a-t­-il ? Comment traite-t-il ? Exprime-t-il les informations extérieures et comment les confronte-il à son monde intérieur, fait de certitudes, de croyances, de valeurs éducatives, culturelles, qui se révèlent être des phénomènes de surenchère lors d’un conflit.
Quelles sont leur «  stratégie de communication et d’interaction » pour comprendre leur fonctionnement et leur motivation à entrer ou à subir ce conflit ?

  • Le Braqueur : il se présente lui-même au début du film  « je me nomme Dalton Russell » et nous raconte ses actes en utilisant le diagramme de Pareto ou le QQOQCP= Qui Quoi Où Quand Comment Pourquoi.

Il nous explique son cambriolage sur le ton du constat d’une voix grave et posée, il synthétise son action en termes clairs, donne les renseignements essentiels.
Authentifie sa façon de s’exprimer : « je trie mes mots sur le volet et ne me répète jamais, je vous ai dit comment je m’appelle, çà règle la question du Qui ».
« Le Où quant à lui pourrait être décrit comme les murs d’une cellule, mais il y a une nette différence entre se retrouver enfermé dans une cellule étriquée et se retrouver emprisonné !
- Le Quoi est facile, j’ai conçu et amorcé dernièrement tout un processus afin de réaliser le plus parfait des braquages de banque, ce qui vous donne le Quand. »
Nous donne ses motivations : « Quant au Pourquoi, en plus de l’évidente motivation financière, la raison est très simple parce que je l’ai décidé ».
Ce qui nous laisse avec le Comment à résoudre et à ce stade, ainsi que Shakespeare pourrait nous le dire, c’est là tout l’embarras !
Et, c’est tout le sujet du film où vont s’alterner les plans du braquage (le passé) avec ceux des interrogatoires des otages (le présent), puis l’avenir avec l’issue finale qui nous permettra avec le négociateur Frazier de comprendre sa réelle motivation à échafauder tout ce processus.
C’est en « expert» qu’il a organisé « le plus audacieux des braquages de banque », en y impliquant des personnes bien malgré elles (les otages) qui vont subir impuissants tout le déroulement de son processus.
Pour « s’assurer la fortune », il prend le risque de voler le contenu d’un seul coffre, sans effraction dans la première agence bancaire fondée par un homme qui s’est enrichi en faisant commerce avec les allemands pendant la guerre.
Pour réussir la réalisation de son projet il fonctionne sur un mode rationnel, il suit méthodiquement les différentes étapes de son plan analysé dans les moindres détails, et qui vont constituer pour la police et son négociateur autant de fausses interprétations.
Avant de passer à l’action, il s’est renseigné sur le contenu du coffre et sur le procédé de la police en matière de prise d’otages, il va l’utiliser pour atteindre son but (usage des micros dissimulés par la police dans la nourriture réclamée pour les otages). Il se montre redoutable dans sa dynamique fonctionnelle :
Jusqu’à ce qu’elle donne l’assaut, la police et le négociateur vont s’en tenir à ce que leur logique fonctionnelle leur fait prendre pour un braquage de banque avec une prise d’otages.

Le Capitaine Darius et Keith Frazier, sont des hommes de terrain ils ont l’habitude de l’action. Ils ont déjà connu une situation analogue qui s’est mal terminée, ils ne veulent pas revivre la même chose ici, ils vont se montrer prudents. L’accent russe, puis les enregistrements en albanais, la libération des deux premiers otages, autant d’indices qui les lancent sur la fausse piste de terroristes.

Keith Frazier fonctionne lui sur un mode analogique, il a du mal à en comprendre le but de Russell qu’il a perçu intelligent et cultivé, ses étranges revendications le déroutent.
La tension monte côté police : la banque est piégée, leur dit-il, et pour accroitre la pression, il sème la confusion dans leurs esprits avec la résolution d’une improbable devinette.
Keith Frazier réalise, lui qui croyait gagner du temps, que c’est en fait le braqueur qui en gagne. Mais dans quel but ? Que cache l’intervention de la négociatrice ? Il ne parvient pas à se l’expliquer.
Quand ses complices ont fini d’aménager sa cachette à l’intérieur de la banque, Russel leur fait croire qu’il vient d’exécuter un otage. Se fiant aux images des caméras de surveillance installées par la police, les forces d’intervention donnent aussitôt l’assaut, c’était la réaction qu’il attendait. Il libère les otages, parmi lesquels se dissimulent ses complices, tous revêtus des mêmes oripeaux, ils sont inidentifiables.
Alors Keith Frazier réalise ce qu’avait voulu lui dire Russell avec « au-delà des apparences », dans leur face à face. Il découvre une réalité inimaginable pour lui, son sens de l’observation, sa logique, sont mises à mal devant : des armes en plastique, aucun cadavre d’otage, aucun coffre facturé, et plus de trace des braqueurs !
Il s’en tient au strict respect des règles qu’il a lui-même établies, organisation et méthode sont ses références ; Madeleine White, la négociatrice chargée des intérêts de Monsieur Arthur Case, ne lui est d’aucune utilité : «  Qu’est-ce qui vous fait croire que j’ai besoin de votre aide ? » lui demande-t-il ?
« La centaine de personnes là dehors »
« C’est pas un problème »
Il refuse son offre  des 2 millions de $ à la sortie de prison: « non, mais non merci »ce n’est pas la solution qu’il a envisagée, rien ne le ferra bouger de son point de vue. Et garde l’enveloppe contenant les preuves de la collaboration d’Arthur Case avec les nazis, comme garantie : « si un jour je devais comparaître devant un juge pour les actes que je suis en train de commettre vous et votre patron ferez ce qu’il faut pour m’aider ». Il vérifie si elle sait le pourquoi elle est là « Dites m’en un peu plus sur ces intérêts que vous êtes censée protéger ». -« Je ne peux pas, je regrette », en fait, elle ignore le passé de la personne pour qui elle travaille, il le lui a caché, le but de Russell, lui est de le faire savoir :
« Moi si. Je vais vous raconter une histoire : pendant la deuxième guerre mondiale un citoyen américain travaillait dans une banque suisse, pas besoin de vous rappeler cette période de l’histoire riche en opportunités pour des gens sans scrupule. Cet homme a profité de sa position auprès des nazis pour s’enrichir, alors qu’autour de lui des gens se faisaient spolier de tous leurs biens, et a ensuite utilisé son argent sale pour fonder une banque. »
Alors est-ce que la description est celle de l’homme pour qui vous travailler ou est-ce-que c’est moi qui suis en train de me faire un film ? ».
« Nous sommes sur la même longueur d’onde » lui répond-elle, pragmatique sans manifester la moindre réaction émotionnelle. Il est maître de ses émotions « vous cherchez vraiment à m’énerver, je n’ai pas l’air assez calme pour vous », demande-il au capitaine Frazier  quand celui-ci essaye de le provoquer en lui racontant ce qui l’attend en prison, à la suite de braquage« Oh si, Oh que si » constate ce dernier, qui cherche à percer le pourquoi de cette attitude, qui le déroute par rapport à la nervosité de pilleurs de banque ordinaires.
Russell en dehors de son but fait preuve d’affect, il manifeste de la gentillesse vis à vis du jeune garçon qui accompagnait son père à la banque, le rassure « çà va bien se passer » « tu seras bientôt  chez toi », est surpris de la violence inutile de son jeu vidéo, il va avoir des égards pour les deux otages âgés.

  • Son adversaire, la raison de son acte : le Banquier  Monsieur Arthur Case, est dans le « SAVOIR-ETRE » : il est Président du Conseil d’Administration de la Manhattan Bank, puissant groupe financier. C’est un homme de pouvoir, son imposant bureau témoigne de sa réussite sociale.

Il s’exprime avec retenue et de manière courtoise et ferme, respectueux des règles de savoir vivre et des us et coutumes de son milieu.
Pour en arriver là, il n’a pas hésité à « vendre son âme ».Il ne peut accepter que son appartenance à « l’Establishment » new-yorkais soit remise en cause avec la divulgation des actes accomplis dans son passé.
Il est perturbé là où il est perturbable, mais fait prédominer la raison sur les émotions.
En homme rationnel, il va réagir en faisant appel aux services d’une personne dont il s’est assuré de la réputation «  personne aux compétences particulières et des plus discrètes », Madeleine White pour l’aider résoudre «  un petit problème ».
Il a l’habitude d’avoir des assistants qui exécutent les tâches à sa place, sauf qu’en la matière, il s’agit d’une affaire privée et qui doit le rester même pour la personne en charge de ses intérêts.
« Qu’est ce qui vous fait croire qu’ils en veulent à votre coffre ? »
« Rien », lui répondit-il, et lorsqu’elle veut en savoir plus : « Le contenu de ce coffre a pour moi une valeur inestimable, aussi longtemps que je peux en préserver le secret ».
Il reste dans son quant à soi, fidèle à ses principes de contrôle de soi, qui conviennent à un financier. Cette affaire sera traitée comme une autre, en payant le prix, il n’a pas à se justifier auprès de la personne qu’il emploie. Il lui indique sa mission, c’est tout : « J’aimerais que personne ne touche à mon coffre à aucun moment ni eux, ni vous, ni les autorités, et le plus tôt la situation sera réglée, mieux je me porterais, cela vous paraît-il suffisamment précis ? ». « Non » lui répond Madeleine White, qui a besoin de savoir les tenants et aboutissants d’une affaire pour sa dynamique transactionnelle.
Elle aussi fait partie des « WASP ». Elle a reçu une solide éducation dans une des grandes universités américaines. Elle s’exprime en termes réfléchis et précis, dans le langage du constat. Elle est dans le« savoir faire » son carnet d’adresses atteste de sa notoriété en matière transactionnelle. Elle se réfère à son expérience de négociatrice d’affaires délicates, pour lesquelles elle ne manifeste aucun état d’âme, particulier.
Rationnelle, énergique, sa devise pourrait être : une mission, un résultat, l’affaire confiée doit aboutir. Elle n’hésite pas à aller trouver le Maire, même si elle n’est pas en bon termes avec lui pour le persuader de l’amener sur les lieux. Et au besoin, elle lui rappelle qu’il est son débiteur pour vaincre ses réticences et lui apporter son soutien afin d’écarter Keith Frazier de la négociation. « Vous êtes très bien informée »lui dira un client « c’est indispensable » lui dit-elle, c’est sa dynamique fonctionnelle pour garantir un résultat efficace. Elle explique sa méthode à Monsieur Case : elle analyse les informations données les clients, puis par un questionnement logique, elle vérifie si ses déductions sont exactes: « Vous dites que des biens de famille se trouvent dans ce coffre à la banque, mais je sais par expérience  que des gens comme vous ont des assistants à leur service pour régler ce genre d’affaire et que s’il y a un souci ils ne m’appellent pas, j’ai donc compris instantanément que ce coffre renferme quelque chose que même vos assistants les plus proches doivent ignorer. »
Le mutisme de celui-ci va mettre en échec sa stratégie auprès de Russell. Elle est convaincue que sa technique éprouvée au fil des expériences, lui permet d’obtenir le meilleur résultat. «Cela dépasse largement votre profil salarial, sans offense » Elle traite Keith Frazier avec le mépris  pour l’évincer de la négociation qu’elle mène. Afin d’obtenir qu’il la mette en contact avec Russell, elle utilise comme moyen de pression la disparation d’une somme d’argent lors une affaire de drogue dont il s’est occupé et lui laisse à penser qu’elle peut avoir de l’influence sur son éventuel avancement.

  • Keith Frazier  appartient lui à la communauté afro-américaine, il n’est pas allé dans les meilleurs facultés. C’est un policier intègre, soucieux de grimper dans l’échelle sociale en faisant son métier de façon honnête :

« Vous ne me tenez pas avec cette histoire d’argent de la came, j’y arriverai sans l’aide de personne, je sais ce que j’ai fait et ce que je n’ai pas fait » ; « Je passerai Divisionnaire quand je passerai Divisionnaire » C’est un homme d’action, il se base sur ce qu’il voit pour en tirer des conclusions. il va rapidement à l’essentiel, son langage est imagé, Il s’exprime en termes crus. Il est chaleureux, centré sur les autres, il s’efforce de préserver des relations harmonieuses avec son entourage, il félicite le sergent Collins, le policier qui a donné l’alerte : « excellent boulot », « j’aime cette attitude » lorsque celui-ci veut rester sur les lieux. Il s’impose en douceur vis-à-vis du Capitaine Darius, pour qu’il ne donne pas l’assaut sans lui, il lui demande de lui faire un rapport détaillé, lorsqu’il aura sécurisé le périmètre. Il est dans la conciliation.

Sa logique pragmatique de raisonnement à partir d’observations est mise à mal par le comportement du braqueur, aussi il demande à Madeleine White si elle peut lui apporter des précisions et confirmer ses déductions. Ce qu’elle n’est pas disposée à faire car ce serait lui indiquer qu’elle travaille pour Mr Case, elle lui déclare avoir simplement dit au braqueur de sortir, il éclate de rire : « Vous savez d’habitude je ne me vexe pas lorsque que l’on ne prend pour un idiot, mais là, vous allez un peu loin » et lui demande de lui en dire plus « je lui ai mis une carotte sous le nez » « Ok, et il a accepté » « Non, mais je dirais qu’il y réfléchit » « C’est un malin, hein ? » « Il croit l’être » « Oui, c’est quelqu’un de votre trempe issu des grandes universités » « il est cultivé, c’est clair » « Ce que je dis précisément très précisément : vous parlez comme lui, vous pensez comme lui, il va où ? » « Où qu’il aille, il ne tuera pas » « Qu’en savez-vous ? » pour lui c’est une des éventualités de toute prise d’otages, alors qu’elle a pu après son entrevue avec Russel vérifier qu’il n’en est rien, elle sait que de n’est pas un meurtrier, même si elle ignore toujours ce qu’il fait ici.

  • Les otages  eux, sont dans l’expression collective de l’émotionnel, tous sont sous le choc, ils ont tous eu peur pour leur vie.

Le film passe en revue les différents points de vue, les interprétations de chacun, nous les verrons dans les ressentis. Pour l’instant, regardons les contraintes résultant des comportements ci-dessus ou plutôt quelles en sont les conséquences pour chacune des parties ?

Les conséquences

Pour le Banquier, la contrainte qui pèse sur lui est celle de préserver le secret de son passé qui « s’il était divulgué ? » lui demande sa négociatrice, «  il me faudrait répondre à des questions délicates ». Il s’en remet à Madeleine White mais exprime ses craintes sur ses capacités « Pensez-vous que ce soit possible ? »  « Je l’espère, je dois vous dire que je reste tout de même sceptique ». Melle White doit faire en sorte que la mission confiée à prix d’or réussisse, il lui faut convaincre des hommes armés de la laisser pénétrer dans la salle des coffres avec comme alternative «  où ça disparait ou çà reste au coffre ». Pour Dalton Russell, il s’agit de faire en sorte que son plan réussisse pour ressortir lui et ses complices de la banque libres, malgré les forces de police devant la Banque, sans faire l’objet de poursuite pour profiter tranquillement de leur butin. Pour les otages : retrouver au plus vite la liberté, sans être tués ni par la police si elle donne l’assaut, ni par les braqueurs.

La police souhaiterait éviter de donner l’assaut qui pourrait tourner au « cauchemar », vue la topologie des lieux(les otages sont dans les sous-sols et se confondent avec les preneurs d’otages). Mais force doit rester à la loi. Pour Keith Frazier : « trouver une solution qui satisfasse tout le monde » pour faire sortir le plus rapidement possible le maximum de personnes saines et sauves. Il lui faut négocier rapidement car il sait que pour les forces d’intervention  «  il s’agit d’une simple opération tactile, et qu’ils n’ont aucune considération pour le coté psychologique » de son métier. « J’ai le couperet au dessus de la tête », sa hiérarchie n’hésitera pas à lui faire porter le chapeau, si ce braquage tourne mal de la disparition de l’argent sale dans une autre affaire. Il aimerait passer rapidement divisionnaire, pour pouvoir se marier.

Ces conséquences sont d’autant plus difficiles que le conflit est émaillé de fausses interprétations.

Les ressentis

Mr Case vit un conflit interne entre l’image qu’il donne de lui à l’extérieur « d’homme au-dessus de tout soupçon » et ce qu’il sait avoir commis. « Inimaginable » pour lui qu’un homme de sa trempe, fier de sa réussite sociale, qui à tout fait pour racheter son passé, puisse devenir le jouet du destin, lui qui a l’habitude de prendre des décisions, là est obligé s’en remettre à une autre personne. Il garde les commandes, lui dit le stricte nécessaire, mais pas l’essentiel. A la fin du braquage, Melle White revoit Arthur Case, la première chose qu’il lui demande, inquiet : Où est l’enveloppe ? Elle va lui dire que c’est celui qui a organisé le coup qui l’a gardé « c’est l’assurance pour lui de ne pas être victime de votre vengeance » Ce qui va le préoccuper alors c’est de savoir si elle a passé un accord avec lui ? D’une certaine manière oui lui confirme-t-elle, si un jour, il le menace, il aura payé pour qu’il l’a lui rendre. Puis elle lui raconte que Russell a « une vilaine opinion de lui » et l’a mise au courant, il déclare sur le ton du constat :  «   C’est exact, il ya 60, j’étais jeune et ambitieux, j’ai vu là la voix royale Vers le succès. - J’avais une âme et je l’ai vendue et depuis je fais tout ce que je peux pour la racheter ». Elle va lui montrer aussi qu’elle a compris, seule, à la suite de ce braquage, qu’il y avait autre chose dans le coffre, suffisamment important, pour il ne touche à aucun des autres coffres : des diamants, lui assurant ainsi la fortune, ce qu’il lui avait caché en parlant de « biens de famille ».

Sans le moindre remort, il va continuer son histoire en lui parlant d’une bague de grande valeur qui appartenait à ses amis banquiers, juifs, il n’a rien fait pour les sauver de la mort car « les nazis payaient trop bien » Et conclut l’entretien, en lui tentant un chèque « Puis-je avoir la garantie que vous n’ébruiterez pas tout ce que vous venez d’entendre, quoique que vous puissiez en penser ?» Elle va pleinement le rassurer en lui montrant qu’elle fait son métier, sans état d’âme pour ses clients.   Elle continue sa mission en essayant d’empêcher Frazier qui « s’avère plus futé qu’il ne semble » de continuer l’enquête, en le flattant  « Vous êtes un bon élément, cette ville a besoin de vous », «  pensez à votre carrière ». Bien décidé à terminer son travail de policier, et non plus de négociateur, il lui fait écouter l’enregistrement de la conversion qu’ils ont eu avec le Maire lui donnant ordre de  donner à Melle White ce qu’elle vous demande ou sa carrière s’arrêtait là. Keith Frazier, intrigué par le fait que rien n’a disparu dans la banque, qu’il n’y a pas eu de victime se pose la question pourquoi toute cette mise en scène ?

A l’examen du relevé des coffres fournit par la banque il remarque que le N° le 392 n’y figure pas, il comprend que Melle White lui a caché en fait être là pour assurer la protection des intérêts de celui à qui appartenait cette banque. Il veut en avoir le cœur net et demande à Mr Case une explication, ce qu’il lui refuse. Il ne sait rien, lui d’abord si aimable avec l’agent Frazier, qu’il félicite pour son rôle dans cette affaire, devient distant et se réfugie derrière sa respectabilité pour nier la réalité. L’agent Frazier lui met alors la bague sous le nez. Une fois, l’histoire reconstituée, il ira trouver le Maire pour qu’à son tour il fasse son travail « il faudrait penser à arrêter les vrais criminels, Monsieur le Maire ». Pour les otages, lors de leur interrogatoire, les uns après les autres expriment la peur d’être tués, de ne plus revoir leur famille. L’un qualifiera de « géniale, cette façon de nous faire perdre les pédales, au point de très vite on se retrouve sans la moindre faculté d’agir, je dirais qu’ils étaient distants et c’est curieux détachés ». Cette prise d’otages, les a faits passés par toutes les étapes du deuil : De l’état de choc lors de l’arrivé des braqueurs, à la stupéfaction de ce qu’il leur arrivait, au déni (Peter Hammond qui refuse de donner son portable), à la colère exprimée par la vielle dame, à la dépression (tristesse, abattement) puis la résignation lorsqu’ils attendent dans des pièces séparées, à l’acceptation de leur condition, puis enfin à leur libération lors de l’assaut.

Une fois l’affaire calmée, ainsi qu’il l’avait prévu, Dalton Russell sort de sa cachette, sort comme il l’a déclaré à Frazier et à la négociatrice qui ne pouvaient le croire, par la grande porte et explique qu’en fait il vivait ce conflit comme généré par un besoin de vengeance: «  Je ne suis pas un héros, je l’ai fait pour de l’argent, mais çà ne vaut pas le coup si après çà on ne peut plus se regarder dans une glace, La dignité est la valeur suprême, j’ai volé un homme qui a vendu la sienne pour une poignée de dollars et qui a tenté ensuite de racheter ses fautes, de les noyer dans un flot de bonnes actions et un océan de respectabilité. Mais inévitablement plus vous avez passé de temps à fuir vos pêchés, plus vous êtes affaibli lorsqu’ils vous rattrapent car ils vous rattrapent, assurément, çà ne loupera pas. Il laisse la bague dans le coffre avec « suivez l’anneau »comme indice à l’attention de Frazier pour qu’ainsi il remonte jusqu'à Case, et démêle toute l’histoire tel un médiateur démêle un conflit.

Ce récit est l’illustration de « l’inimaginable discussion ».

ABSENCE DE L’ESPRIT de MEDIATION REGNE : l’idée de base en médiation est que le conflit résulte d’un problème de communication, la personne ne l’a pas fait exprès, c’est une erreur de décodage du message transmis qui entache son expression. Sa maladresse est la cause du conflit, les émotions vont emprisonner la personne dans une dynamique conflictuelle, ici rien de tel : Absence totale de maladresse ici, Russell revendique la cohérence entre son action et son intention. Il assume complètement son action. Il n’a jamais perdu sa liberté de décision dans son conflit, mais au contraire à garder le leadership «  c’est moi qui vous dit où l’on en est, Serpico »

Absence de volonté des parties d’adhérer librement à un processus de règlement d’altérité du conflit. Elles restent dans l’adversité, elles n’ont jamais pensé confronter leur point de vue pour trouver une solution ensemble. Arthur Case envoie une négociatrice, pour moyennant finances défendre son intérêt, pour lui l’expression de son non-dit ne doit jamais émerger.

La notion de dépassement des obstacles, incontournable en Médiation, (les jugements, les interprétations, et les contraintes, les certitudes, la soumission n’ont pas été purgés) n’a pas pu se réaliser.


Aucun lâcher prise, les deux parties sont restées campées sur leur point de vue. Arthur Case n’a jamais entendu révéler son conflit interne à qui que ce soit, il s’est muré dans son mensonge et le silence.   Dalton Russell s’enchaine à ses certitudes : son plan va lui permette de sortir de la banque, « par la grande porte » en toute impunité, la seule personne qu’il ait volé, en est réduite à l’incapacité de porter plainte, à défaut de se trahir. Il va utiliser les deux négociateurs sachant qu’il n’a rien à négocier. Reste un rapport de force, voulu et vécu par Dalton Russell comme une vengeance à la mémoire des familles juives spoliées et envoyées à la mort par Arthur Case.


Il ne prend de la distanciation que pour déparasiter de tout ce qui pourrait l’empêcher de réussir. Mais il n’a pas coupé « sa radio interne » qui au contraire lui sert de guide dans les diverses étapes de son plan Il n’a jamais entendu lever les contraintes qu’il a imposées aux otages, à la police, et au banquier tant qu’il n’est pas arrivé au bout de son processus.

Toutefois, si nous nous plaçons sur la spécificité de la Médiation qui tient plus dans la sortie que dans l’entrée en Médiation, par le choix d’une solution émanant des parties elles-mêmes, expression de leur libre arbitre et comme telle peut ne pas être conforme au droit, à l’ordre public, le motus-vivendi trouvé ici ne doit pas nous choquer. Cette résolution du conflit ne leur donne-t-elle pas satisfaction à tous les deux, les intérêts du départ ne sont-ils pas finalement remplis ? Par contre toute la question de la pérennité de cet accord arraché par la force, reste entière. Rien ne garanti dans le futur un éventuel chantage de la part de Russell.

Car durant cet affrontement d’intérêts, de positions, aucun des deux n’a entendu épurer le côté émotionnel,(ils l’ont occulté), comme ils auraient pu le faire avec l’aide de Keith Frazier, si celui-ci avait été Médiateur.

Ce qui a manqué à Keith Frazier pour avoir été un médiateur

Même s’il a fait preuve  d’écoute dans la façon de mener les interrogatoires vis-à-vis des otages, s’il essaye de créer des liens entre les informations qu’ils peuvent lui donner, il ne parvient pas à faire émerger la solution. C’est plutôt la négociatrice qui va agir comme un détonateur. Il ne peut pas rester maître de la discussion, car il ignore qu’Arthur Case est l’autre partie du conflit. Il va, cependant chercher à comprendre ce conflit, en tant que négociateur dans un premier temps, puis en tant que policier lorsque son chef hiérarchique lui dit de laisser tomber l’affaire, il va le temps de boucler son enquête s’affranchir de sa dépendance hiérarchique, comme un médiateur doit l’être.

Tout comme, il s’est montré capable vis-à-vis du Maire de s’affranchir de sa dépendance tutélaire(en enregistrant leur conversation dans laquelle ils essayent de faire pression sur lui avec la disparation de l’argent de la drogue et sur son avancement, « vous ne me tenez pas ») Il va s’affranchir de l’autorité sociale que peut exercer Arthur Case, sur un simple policier. Il le traite comme un suspect ordinaire.

Il n’a pas pu mener un processus d’accompagnement individuel à la réflexion, la réflexion était déjà faite, aucune des deux parties n’étant pas volontaire pour se parler ni pour lui parler.

Toutes les fausses pistes données par Russell, vont le laisser évoluer dans le domaine du jugement, de l’interprétation, sans pouvoir démêler le vrai du faux. Il n’a pas l’impartialité qu’il convient à un médiateur, Il reste avec ses filtres de policier, représentant de l’ordre, ce qui lui enlève toute neutralité par rapport à la solution.

Il va bien tenter une déstabilisation, mais elle sera physique uniquement, Russell va lui faire croire que l’exécution de l’otage est une réaction de surenchère, il va même l’en rendre responsable. Il n’utilise pas la rhétorique pour lui déclencher une prise de conscience, mais fait usage de la force.

Là où il peut s’approcher du travail d’un médiateur s’est en utilisant les techniques de reformulation, de répétition, il est très attentif aux mots utilisés par ses différents interlocuteurs, il rebondit à leurs propos. Il reste centré sur chacun, mais uniquement parce qu’il reste soupçonneux. Même s’il veille à établir une bonne communication, et a une bonne compréhension de lui-même « affaire bien trop balèze pour moi », et cherche à en avoir une bonne des autres, il a adopté la position de « celui qui ne sait pas qu’il ne sait pas », par force, il a été manipulé par les deux, rien à voir avec la conscience du médiateur. S’il témoigne de l’humanité à l’otage sikh libéré, malmené par ses collègues c’est parce qu’il se reconnait dans les difficultés rencontrées par les minorités. Keith Frazier n’a jamais penser se positionner comme un médiateur lorsqu’il dit au braqueur de «  tâchons de trouver une solution convenable pour tout le monde », il cherche à épargner les otages, dans le cadre de sa mission.

REFLEXIONS LA FORMATION DISPENSEE :

Aux travers de ce film, avec le regard du médiateur, j’ai pu prendre conscience des nouvelles définitions de certaines notions qui m’avaient interpellé lors de ma formation. Cette formation m’a faite évoluer tant sur le plan personnel que sur le plan professionnel.

  • Sur le plan personnel : dans ma vie de tous les jours, je m’entraîne à écouter plus attentivement, mes enfants, mes amis, ainsi que mes autres interlocuteurs.

J’essaye de mettre en pratique ce que j’ai appris concernant la qualité de l’écoute de l’améliorer afin que ce ne soit plus de la simple empathie. Je me focalise plus sur leurs propos .Je m’entraine dans la formulation de mes questions, notamment, pour vérifier que j’ai compris le message transmis. Je suis beaucoup plus vigilante aux apparences, à ne pas juger les personnes à priori, à les excuser maintenant que j’ai appris qu’elles ne font pas exprès. Encore que parfois ! Mais c’est pareil pour moi, n’est ce pas ?

Je fais plus attention à adapter la façon de m’exprimer en fonction de mes interlocuteurs, de diversifier mon langage pour être sous la même longueur d’ondes. Par rapport aux conflits, comme tout le monde, le conflit me dérange, mon fatalisme fonctionnel ne porte plus à « arrondir les angles », même si j’en ressens parfois de la frustration. Maintenant, j’essaye de trouver une solution en essayant de ne pas refouler mes émotions, mais de les identifier, pour analyser le problème en faits, conséquences, ressentis. Et d’avoir avec l’autre personne une réflexion sur notre différence d’interprétation. J’ai pris conscience que la route est longue et difficile ! Seule la pratique peut l’améliorer.

  • Sur le plan professionnel, par mon expérience dans le notariat, la notion de « libre accord »résonne particulièrement à mes oreilles et me renvoie à ce que j’ai appris lors de mes études sur le contrat.

Certes, on m’a enseigné que le principe général du droit en matière de contrat est le « Consensualisme » issu de l’esprit de 92 de la « Libre volonté », mais très vite au vue d’un formalisme protecteur, de plus en plus envahissant j’ai réalisé que le principe est en fait vidé de son sens. Le fait que pour régler un conflit il convient en premier lieu de purger les émotions a constitué pour moi un changement, dont j’ai pu mesurer toute l’importance : Les bureaux des notaires sont souvent le théâtre de rancœurs, de frustrations, de la libération des non-dits. Les annales de la profession regorgent d’anecdotes à ce sujet. Notre préoccupation première, avant la rédaction du contrat reste la recherche de la règle de droit applicable au cas d’espèce. Même si, immanquablement, le côté affectif ressort dans les affaires de famille : divorces, donations, et successions sont l’occasion de « régler ses comptes ». L’émotionnel, nous l’écoutons, nous compatissons au besoin, mais ce que les parties demandent au notaire c’est de mettre en forme leur volonté, de leur trouver une solution légale à leur problème, et ce sous forme d’un écrit « authentique » ayant force exécutoire. Le notaire est un tiers, professionnel du droit qui à ce titre ne saurait être neutre : la solution doit être conforme à la loi. Pas plus qu’il n’est indépendant, même s’il s’agit d’une profession libérale, c’est un officier ministériel nommé par le Garde des Sceaux, dans l’exercice de sa profession, il dépend du Procureur de la République. Son impartialité est limitée, elle ne peut s’exercer que s’il est seul notaire dans une affaire, s’il est en concours avec un confrère, chacun représente son client et assure ses intérêts, comme tout autre professionnel du droit, notamment un avocat. Il existe un parallélisme entre certaines règles incombant à un médiateur dans l’exercice de sa profession et à celles d’un notaire : Les deux doivent vérifier la capacité des parties d’exercer leur libre arbitre pour les médiateurs, à contracter des engagements pour les notaires. Les deux sont tenus par la confidentialité des affaires qu’ils ont à traiter, et doivent attirer l’attention de leurs clients sur ce point. Ces deux professions sont régies par des règles déontologiques, établit dans une charte par le Conseil Supérieur du Notariat, codifiées dans le Code de la Médiation élaboré par la Chambre professionnelle de la Médiation servant de référence pour les Médiateurs professionnels. J’ai pris conscience qu’en médiation, il ne s’agit pas de donner des conseils, la neutralité s’impose à moi comme règle déontologique, la solution n’a de loi que celle d’être l’expression du libre arbitre des personnes.

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