Intervention pour la promotion de la médiation en Martinique et Caraïbes, Fort de France, le 23 avril 2013, Jean-Louis Lascoux

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La Martinique à l’heure de la médiation

Une alternative pour régler les conflits : la gestion de l’adversité ou la promotion de l’altérité.

Intervention de monsieur Jean-Louis Lascoux, président de la Chambre Professionnelle de la Médiation et de la Négociation – CPMN, lors de la conférence de promotion de la médiation, le 23 avril 2013, à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Fort-de-France, suite à la première cérémonie d’accueil des médiateurs civils par le monsieur premier président de la Cour d’Appel de Fort-de-France, Bruno Steinmann.

Sommaire

La médiation professionnelle pour éveiller l’altérité

Lorsqu’on parle de médiations et de médiateurs, un pluriel s’impose. Mais à écouter ce qui se dit parfois sur la médiation, le sujet peut paraître soporifique. Il pourrait bien y avoir une impression que c’est en endormant les protagonistes d’un conflit que les médiateurs obtiendraient l’accord. Hum, ça se saurait…

Non, la médiation est une aventure relationnelle. Le principe, dans la pratique professionnelle, est au chahut des positions et les certitudes doivent y voler en éclat. Sans aucun doute, cette médiation est une vraie provocation, du genre à y retrouver des traces de latin qui voudrait que « provocare » nous entraîne sur une autre voie.

Avant cette médiation, c’était la voie de la surenchère, celle de l’affrontement. Avec cette médiation, c’est l’option altérité par rapport à l’option adversité. Le médiateur n’est pas quelqu’un qui essaie. Ce n’est pas non plus quelqu’un qui tente. Le médiateur est un professionnel qui fait, sinon c’est un amateur. L’incompétence se préserve en annonçant sa déresponsabilisation. Je pourrais dire ainsi que si ma médiation échoue, ce n’est pas moi, puisque j’aurai tout tenté en plus de ce que les autres eux-mêmes avaient tenté en échouant. Mon échec était prévisible et il reviendrait aux protagonistes. L’argument est tranquille. Mais cette prestation que vaut-elle ? Pas grand-chose alors ce n’est pas étonnant avec un tel discours, qu’on hésite à payer des médiateurs. Alors, oui, sûr, conduire une médiation, ça tient éveillé.

La médiation sur la voie du changement ou de la poursuite de l'avant

Je me souviens encore de la dernière médiation que j’ai conduite. Si l’une des personnes a pu dire que c’était magique, c’est bien parce que le magicien s’entraîne très sérieusement pour conduire son processus très structuré, jalonné de rationalité. Au passage, un tour de magie, c’est très rationnel. Si la médiation ne l’est pas, elle foire comme un tour de magie d’amateur. De la même manière, l’amateurisme des tentatives et des essais est appelé à disparaître du champ de la médiation. Enfin, on ne sort pas d’un conflit indemne. Un conflit, c’est pénible, ça pourrit la vie, c’est parfois mortel. Contrairement à ce qui se plaide ici ou là, un conflit c’est une très mauvaise expérience de vie. La seule leçon qui vaille, c’est de ne pas replonger dedans. Sortir de là, c’est sortir d’un enfer et si c’était possible avec les bons sentiments, ça ferait longtemps que la recette aux conflits serait en pots de confiture. Et j’aurais ouvert boutique. Avant d’aller plus avant, je souhaiterais pourfendre une autre idée reçue sur le médiateur, enfin, le médiateur professionnel. Celui-là n’est pas un gentil.

Si la médiation est une provocation, provocation pour un éventuel changement, le médiateur ne saurait être tributaire de ses affects. Il est le soutien de la Raison. La gentillesse, c’est fait d’affect, d’émotions, de sympathie, au mieux d’empathie. La gentillesse est une cousine de la complicité, c’est un ingrédient du parti pris. Le médiateur est un professionnel qui accompagne l’émergence de la raison et la raison, ce n’est pas gentil.

La raison, ce n’est pas non plus le « raisonnable ». Elle aide à la structuration de la pensée, elle permet d’éclairer, de comprendre et de décider en conscience et responsabilité ; c’est une composante objective de l’altérité. Elle ne voisine pas avec la complaisance, la complicité et non plus avec la compassion. Tout cela fait souvent confusion dans la tête de beaucoup, ce qui donne voix à l’amateurisme et explique les nombreux échecs.

Comme le rappelait Monique Jean-Marie, si la médiation n’aboutit pas, le conducteur doit se poser la question de savoir ce qu’il a fait et pas fait. C’est avant tout vers lui qu’il doit se tourner pour interroger ses compétences et ses besoins d’amélioration. Personne ne l’invite sur le terrain de la médiation, s’il offre ce service, il doit en être responsable et rechercher en permanence le perfectionnement méthodologique pour permettre aux personnes en conflits d’en sortir. Y a-t-il quelqu’un ici pour affirmer qu’il n’aurait pas vécu de conflit dans sa vie ? Pas de volontaire au mensonge dans cette salle... Merci.

Qui donc dans cette assemblée, avec prêt de 150 personnes, s’est trouvé satisfait d’être en conflit ? Non plus. Le conflit pourrit la vie de tous. On a tous envie d’en sortir, même si parfois les paradoxes d’apparence nous font préférer l’inconfort d’une relation plutôt que l’absence totale de relation.

C’est bien ce qu’il faut avoir en tête quand on fait une médiation : toute personne souhaite mettre un terme à ce qui la perturbe dans ses relations. Le médiateur professionnel doit avoir ce point de repère et il doit savoir accompagner ses interlocuteurs dans ce projet.

Ce point fixe permet au médiateur de savoir ce qu’il doit entretenir chez ses interlocuteurs, ce qu’il doit éventuellement faire émerger : l’aspiration à mettre un terme au différend de manière réfléchie, ensemble. Le médiateur dont je parlerai ici est donc celui qui arpente le chemin de Descartes pour mettre en pratique une « méthode visant à aider les autres à conduire leur pensée » ; ce médiateur professionnel maîtrise des techniques d’émergence d’idées et de prises de décision qui permettent de sortir d’une relation conflictuelle.

Un peu de défrichage

Il existe tant de forme de médiation que les personnes en découverte doivent s’impliquer à fond pour comprendre les spécificités et bien apprendre. Ici c’est le médiateur du cinéma, là c’est la médiation pénale, là c’est une posture, ailleurs c’est un instrument.

D’évidence, l’apprentissage de la médiation impose un parcours pour s’y retrouver. Mais les choses sont bien plus claires lorsqu’on identifie que le médiateur est un professionnel qui œuvre avec l’instrumentation subtile de la pédagogie. Une fois le cadre posé, les personnes peuvent observer que des courants de pensée traversent le domaine spécifique qu’elles sont venues découvrir ici. Le conflit relève d’une problématique sociétale qui l’inscrit dans le rapport idéologique que l’on a de la personne, et de ses multiples rôles relationnels. Il en découle que la conception du règlement des différends appartient à la vie politique, parce que précisément la politique porte sur l’organisation de la vie en société. Et la vie en société, c’est à la fois la qualité des relations et le rapport aux difficultés et même aux transgressions relationnelles.

On s’en tient ici à parler de la médiation des conflits. Les conceptions y sont néanmoins multiples. Il y a ceux qui mettent une intentionnalité dans le fait d’entrer en conflit et ceux qui constatent que le conflit a pour cause la maladresse humaine, l’ignorance de soi, l’incompréhension fonctionnelle, l’absence de maîtrise de soi. Ce n’est pas facile d’être un être humain, me disait un DRH qui prenait conscience de sa propre maladresse relationnelle.

Contexte personnel : pourquoi les Antilles ?

Voici plus de dix ans que je viens en Martinique, initialement parce que j’ai souhaité établir un lien permanent entre mes enfants et leurs cousines d’ici. Et puis, ne sachant pas passer des vacances à bronzer, j’ai choisi de concilier séjour et travail. En avançant, au début dans la confidentialité de quelques personnes, j’ai lancé ici aussi la médiation professionnelle.

Chaque année, depuis plus de dix ans, j’ai rencontré en Martinique des personnes dont l’aspiration est de développer le dialogue. Ce projet commun nous fait insuffler partout l’idée que la meilleure des solutions n’est pas celle que l’on subit, à laquelle on se résout, elle n’est pas celle qu’on impose ; elle est la solution à laquelle on contribue. La solution que l’on a envie de pérenniser. C’est l’un des principes fondateurs de la libre décision, c’est le « potomitan » de la médiation professionnelle.

Parmi ces rencontres, force m’est de remercier :

  • Rémi Delaunay-Belleville, délégué de la CPMN, qui est impliqué depuis que nous nous connaissons, avec beaucoup de patience, dans ce projet qui tend à rassembler des conceptions différentes du même concept ;
  • Isabelle Delaunay-Belleville et Monique Jean-Marie, très impliquées dans la médiation appliquée à la vie scolaire ;
  • Maître Isabelle Raffaelli, avocate et médiateure professionnelle,
  • Jean-Claude Ouka, qui a parfaitement identifié la médiation professionnelle dans ses liens étroits avec la qualité relationnelle au sein des organisations, et en matière de prévention des risques de souffrances au travail.
  • Monsieur le Premier président, Bruno Steinmann, qui a fait le choix depuis longtemps de promouvoir cette démarche de médiation, sachant que le système d’autorité s’en trouve interpellé…

La médiation repose sur l’art de savoir impliquer, ce qui explique que le médiateur doit être pédagogue Il suffit déjà de constater que tout différend s’éteint un jour et on peut commencer à envisager :

  • de fataliser sur la dynamique conflictuelle et dans ce cas, la réponse peut venir par l’adversité ou la compétence gestionnaire ou de conseil de certains.
  • de solliciter l’intelligence relationnelle et des compétences nouvelles sont nécessaires.

La médiation trouve ici sa pleine justification : elle dépasse la compétence d’un seul ; elle sollicite l’intelligence de la relation. C’est une construction ensemble, pas un travail individuel.

C’est pourquoi, d’évidence, la médiation échappe au monde de la morale et du droit pour s’inscrire résolument dans celui de la pédagogie, de l’aide à la compréhension. Et face à des personnes convaincues d’avoir raison, le médiateur doit maîtriser des techniques de rhétorique visant à bousculer ces certitudes pour au moins provoquer la dégringolade des points de vue. Parfois, le chemin est rude et escarpé. Ça fait mal de se retrouver en bas de son point de vue. Alors le boulot du médiateur est de continuer à entretenir la motivation des personnes, de sorte qu’elles ne cherchent pas à rebondir sur leur sommet de surenchères.

Tout à l’heure, monsieur le premier président Bruno Steinmann soulignait que le processus de médiation devait soutenir les parties dans leur recherche de s’entendre. C’est en effet bien de cela dont il s’agit : permettre aux protagonistes, déjà souvent dans un premier temps, de savoir ce qu’elles souhaitent, ce qu’elles veulent, attendent, ce à quoi, pour chacune, elles aspirent. Faire un point pour s’entendre, personnellement. S’entendre soi-même, avant de pouvoir entendre l’autre. Combien de personnes crient parce qu’elles ne s’entendent pas parler ? Comment reprocher à quelqu’un cette difficulté quand la conscience sollicitée ne parvient pas à faire émerger l’écoute ? S’entendre donc soi-même avant d’éventuellement s’entendre avec l’autre. La découverte de la prise de conscience n’est souvent même pas suffisante, tant qu’elle n’est pas branchée, voire parfois même pas câblée.

Hé bien c’est là l’art de la médiation : aider les personnes, par la pratique des trois aspects de la reconnaissance :

  • celle du sentiment de légitimité,
  • celle de la dynamique de bonne intention
  • et enfin de la maladresse, à établir des liens, à déconfusionner les choses et les idées, à clarifier la réalité des interprétations, les conséquences réelles des contraintes attribuées.

Il s’agit des compétences des médiateurs, de leur professionnalisme. En dehors de cela, l’amateurisme renvoie l’échec de la médiation à la faute des protagonistes, voire à une considération de mauvaise foi.

C’est d’une pédagogie permanente qu’il s’agit de mettre en œuvre. Si le maître mot de la médiation professionnelle est celui de la confiance, l’art est à la rhétorique. Une rhétorique fine, choisie, non neutre puisqu’orientée vers la pacification relationnelle. C’est une quête d’amélioration, de qualité de service pour un mieux-être relationnel.

Une table de décision pour les modes de règlement des différends

Je viens de dire que le médiateur n’est pas un auxiliaire, il n’est pas l’aide de camp d’un système économiquement considéré comme coûteux tandis que les gestionnaires de l’Etat devraient certainement plus économiser sur leurs propres coûts que sur celui des moyens au service de la paix sociale. On n’a pas de raison de faire des économies sur ce qui garantit les libertés, la paix sociale, ce qui permet de rétablir ce qui est mieux, voire bien et juste. La raison politique affichée pour promouvoir la médiation est une mauvaise raison. Ce qui rend la médiation intéressante, c’est bien qu’elle libère et qu’elle consiste à étendre la liberté relationnelle et la liberté contractuelle, par-delà ce qui enferme et ce qui contraint.

Pour pouvoir prescrire la médiation, il faut avoir une table de décision. Nous pouvons constater que les différends ont différentes composantes.

Un conflit, c’est une salade composée de choses que l’on retrouve communément. Il y a trois aspects dans les différends judiciarisés.

Selon ce qui prédomine, les prescripteurs peuvent orienter vers le mode le plus adéquat en vue du règlement : procédure, conciliation, négociation assistée type médiation raisonnée, ou médiation professionnelle.

Voici, avec ces ingrédients, la typologie que nous pouvons élaborer :

  • de nature juridique : les contentieux,
  • de nature technique : les litiges
  • ou de nature émotionnelle : les conflits.

De ce constat, il ressort qu’il y a les différends qui ne sauraient faire l’objet d’une médiation, ceux qui peuvent éventuellement le faire, avec des compétences de conseil ou d’assistance de négociation et ceux qui nécessitent une forte compétence en maîtrise des techniques d’altérité pour la résolution des conflits.

L’élément juridique

Par exemples : • deux partenaires ont conclu un accord. Le temps passe. Des conditions changent pour l’un et il souhaite réformer l’accord. L’autre partie refuse. Le différend est né. Dans ce cas, il est possible de considérer que l’affaire est purement juridique. Le juriste apporte sa réponse selon laquelle nul ne peut être contraint éternellement, quand bien même on aurait prévu la mention « lu et approuvé ». • Les clauses abusives en font parties.

Ce type de différends justifie l’organisation judiciaire. C’est a minima le lien juridique qui pré-existe via le contrat social. Ce genre de différend, a fortiori sous cette forme, ne saurait aller en médiation.

L’élément technique

Exemples :

  • un différend oppose deux personnes, en voisinage suite à un héritage ; le bornage n’apparait pas clair. La conciliation par l’expert nommé par le juge peut suffire.
  • les problèmes que chacun a pu connaître avec les fournisseurs de téléphonie et d’accès internet. On se satisfait le plus souvent, à nos dépends, de la résolution du problème technique. Ici, il s’agit de litiges.

La mise en place d’une forme de médiation raisonnée, fondée sur la négociation des enjeux et des intérêts peut permettre la résolution de ce type de différends. Si l’affaire est placée sous l’égide d’un juge, le différend peut cesser, comme on perce un abcès. La vocation d’experts à se positionner en médiation est aussi logique que celle d’avocats habitués à écouter des différends et lassés d’assister à des escalades pour des enjeux de peu de valeur économiques.

L’élément émotionnel

Pour les conflits chargés d’émotion, il en va autrement. C’est ce qui fait le cœur de l’intervention du médiateur professionnel : ces conflits qui pourrissent la vie ne peuvent pas faire l’objet d’une pratique de la négociation. On ne résout pas avec le « gagnant-gagnant ». Les pertes sont déjà importantes et l’émotion engage sur le terrain glissant du je m’en foutisme quant aux suites.

On ne régule pas avec le langage de la morale, de la sympathie, de la réprobation ni de la négociation voire non plus avec celui de l’empathie.

Plus l’émotion prédomine dans un différend, plus le conflit semble complexe. L’émotion, par définition, égare la raison. Lorsque l’émotion est la seule composante, le différend est de type querelle, crise, discorde. Les mots de la polémique jaillissent et enferment la relation dans cette désolation relationnelle.

Trois éléments pour un conflit judiciarisé : J.T.E.

L’émotion anime les différends judiciarisés. Sans elle, pas de procès. Il faut néanmoins ces trois éléments pour qu’une action judiciaire ait lieu.

On commence par le juridique, on poursuit autour du technique et on tend à dédommager l’émotion/affectif. Avec la médiation fondée sur le modèle de la négociation, le principe reste le même. Mais nous ne sommes pas des marchandises.

Avec la médiation professionnelle, il faut changer de paradigme. Il faut prendre les choses autrement. Il faut commencer par purger l’émotionnel. Il faut travailler non sur les enjeux et les intérêts, mais sur les positions. Et là, quand le médiateur est un professionnel, c’est un changement radical qui se produit. Les personnes prennent le temps de réfléchir, de revoir ce qui les a conduit à leurs extrémités et elles font un chemin d’altérité au lieu de poursuivre la surenchère de l’adversité.

La dimension émotionnelle est présente dans tous les différends judiciarisés. Toutefois, plus elle est intense, plus le conflit apparait lourd. Les juges sont bien placés pour aider les justiciables à enrayer leur processus d’affrontement. Pour beaucoup, cette approche ne serait pas naturelle. Ceux-là pensent que « l’homme est un loup pour l’homme » et que le contrat social sert en fait à « gérer l’adversité » naturelles des personnes. Cependant, notre organisation sociale se fonde sur une recherche de solidarité, d’unité, d’intégration ; autant d’ingrédients de l’altérité ; il suffit de constater que c’est la maladresse et l’ignorance qui sont les causes des plus nombreuses difficultés relationnelles. Peut-être pas de toutes, mais de la plupart.

C’est donc un autre point de vue qui doit présider au développement de la médiation, le celui de la promotion de l’altérité, un concept moins connu que celui de l’adversité, mais qui pourtant définit ce qui initie nos rencontres, nos réponses anonymes et solidaires, auprès des autres ou au bénéfice des générations futures. C’est pourquoi, l’organisation que je représente, la CPMN, soutient depuis 2001 l’idée de la médiation obligatoire, parce comme l’instruction obligatoire, elle répond à des lacunes de la nature humaine qui d’évidence ne sait pas spontanément comment s’y prendre avec ses émotions et ses conflits. Nous comptons bien rassembler de plus en plus de bonnes volontés pour promouvoir cette instrumentation au service du mieux vivre en société.

Les premiers textes officiels contenant le mot médiation date de 1957. Depuis, il y a eu le médiateur de la république en 1973, la médiation pénale en 1993, la médiation civile en 1995, le décret de 1996, la directive de mai 2008, la transposition balbutiante de novembre 2011, la nouvelle directive concernant les litiges consuméristes et du e-commerce. Les choses avancent à petits pas.

La réflexion de chaque acteur du traitement des différends est essentielle. L’offre de la médiation est large. Cette richesse présentée ici constitue une assurance que son recourt est bien plus qu’un procédé à défaut de mieux.

La médiation une offre avec un éventail de possibilités. L’échec d’un médiateur ne saurait être celui de la médiation, laquelle va de l’action pédagogique, passant par le bon conseil, l’aide à la négociation jusqu’au savoir-faire apaiser les émotions, promouvoir la qualité relationnelle et résoudre les conflits.

La médiation est une affaire d'éducation et donc de citoyenneté

La médiation n’est plus un avenir ; c’est un moyen présent, au service de tous et je vous remercie de ce qui est entrepris ici, en Martinique qui, de loin, éclaire non seulement les Caraïbes, mais la conception de la vie en société. Ainsi que le démontrait Isabelle Delaunay-Belleville, la médiation doit être enseignée dans les écoles. Ce n’est pas de la morale dont les enfants ont besoin, mais d’outils pour conduire leurs pensées, maîtriser leurs émotions, savoir communiquer.

Parce qu’aussi sûrement que le système du droit permet d’encadrer la vie en société et de « gérer l’adversité », celui de la médiation qui se répand partout permet de comprendre les autres et de « promouvoir l’altérité ». Il s’agit de deux optiques. On peut comprendre que l’altérité naturelle, spontanée, ne peut trouver de repère que si elle trouve un moyen de se réfléchir comparativement à ce qui lui est opposée. Sans un droit affirmé, sans l’égalité des droits, la médiation est illusoire. Ainsi que le soulignait maître Isabelle Raffaelli, il faut des droits clairement identifiés, qui fournissent des repères précis et là où le droit impose, la médiation repositionne ; là où le conflit contraint et le droit divise, la médiation libère.

La ressource de la médiation est un enrichissement culturel de la citoyenneté. C’est un renforcement de cette quête permanente pour un meilleur exercice du pacte social. Cette transformation des rapports à l’autorité, à la responsabilité, à la liberté de décision, ne peut qu’avancer à petits pas. C’est pourquoi, j’aimerais conclure par cette pensée d’Aimé Césaire : « Un petit pas fait ensemble vaut mieux qu’un grand bond fait en solitaire. » Avançons donc doucement, mais sûrement vers le renforcement des outils de liberté.

Je vous remercie de votre intérêt pour la promotion de la médiation. Merci de votre attention.

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