Invariants en médiation professionnelle par Jean-Louis Lascoux

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Un problème facile à résoudre et connu de beaucoup !
En se référant aux invariants de la pédagogie identifié par Célestin Freinet, Jean-Louis Lascoux propose d'identifier des invariants relatifs à toute intervention en médiation. La liste n'est pas exhaustive. Elle a pour conséquence de présenter ce qu'est une action de médiation.

L'invariant général de la médiation est le suivant :

Il y a un invariant qui justifie la démarche de médiation et authentifie l'action des médiateurs : c'est la confiance dans la bonne volonté humaine, la bonne intention en soi, la recherche réelle d'amélioration et de perfectionnement qui est perceptible chez chaque personne.

Il existe quatre types d'invariants :

Sommaire

Invariants sur le processus

La médiation est une discipline consacrée à la qualité de la circulation de l’information entre des personnes

  • confidentialité ; le principe de confidentialité s’impose aux médiateurs et aux parties. Tout ce qui se dit et se passe au cours de la médiation reste dans le secret de la médiation.
  • principes relationnelles : la médiation implique la définition et l'adhésion à des principes de qualité relationnelle dont le médiateur est le garant tout au long du processus
  • repères de fonctionnement : elle implique un cadre qui se définit par des repères de fonctionnement (pour le choix du lieu ; dans le temps, la durée des séances, les coûts et leur répartition)
  • prévention : le processus de médiation, dans le contexte d'une médiation mise en place par une autorité, doit permettre aux parties de pouvoir revenir devant le Médiateur avant toute autre action contentieuse ;
  • confiance : le médiateur développe un processus au cours duquel les parties établissent conjointement une relation de confiance avec lui.
  • confrontation et pédagogie : les protagonistes sont confrontées aux contradictions de la dynamique conflictuelle et dans cette situation apprennent à mieux les maîtriser.
  • altérité : le processus fait passer de l'adversité à l'altérité
  • éthique et déontologie des médiateurs : la médiation se fait dans le respect du Code d'éthique et de déontologie des médiateurs

Invariants sur la personne

Toute personne a besoin de reconnaissance

  • La certitude d'avoir raison est l'une des choses les plus répandues chez les personnes et nécessite d'être reconnue comme légitime
  • personne n'aime être contraint
  • chaque personne a des difficultés à passer de l'idée d'une responsabilité partagée à une posture 100% responsable
  • personne n'aime la négation de soi ou le rejet
  • chaque personne souhaite que ses actes soient considérés par rapport à ses intentions centrées sur elle, non sur leurs conséquences directes ou indirectes sur les autres ou l'environnement
  • chaque personne souhaite que les autres respectent ses valeurs, ses croyances, ses certitudes et ses convictions
  • les conflits vécus par une personne sont en fonction de ses connaissances et de ses habitudes en matière de gestion de soi
  • personne ne fait exprès d'avoir des habitudes
  • l'abus de position dominante provoque, immédiatement ou à terme, des comportements conflictuels
  • la maladresse humaine est le lot commun
  • chaque personne est un système relationnel, avec ses facilités de communication, sa dynamique de surenchère (rajout, répétition (litanie), retrait...)
  • chaque personne vit des écarts entre ses intentions et ses actions
  • chaque personne vit des écarts entre sa perception des choses et la réalité
  • chaque personne vit des écarts entre ce qu'elle exprime, la manière dont elle se perçoit et dont elle est perçue par les autres
  • le sentiment d'être unique est le lot commun...
  • Les personnes qui sont en conflit sont à la fois en demande et en défense.

Invariants sur le médiateur

Le médiateur est avant tout une personne comme définie dans la liste des invariants relatifs à la personne ;

  • Animateur d'inimaginable discussion
  • promoteur de la qualité relationnelle
  • n'utilise pas sa position d'autorité pour contraindre
  • il est l'acteur de la reconnaissance des parties
  • il accompagne et se comporte en facilitateur
  • il est indépendant, impartial, neutre
  • il est le garant des principes de communication définies en concertation avec les parties
  • il aide chaque partie à rester centrée sur elle
  • il aide les parties à rester dans le cadre de ce qui les conduit en médiation
  • il utilise les techniques fondées sur la diversification du langage
  • il respecte la confidentialité au sein de la médiation et le principe de "jardin secret"
  • il apaise et reformule positivement les propos de rejet
  • il maîtrise les techniques d'alterocentrage, de gestion du stress, de distanciation et de créativité
  • il respecte le Code d'éthique et de déontologie des médiateurs, CODEOME
  • il présente une assurance RCP qui apporte aux parties les garanties relatives à son intervention professionnelle.
  • il n'arrête jamais une médiation ; s'il considère qu'il n'est pas capable - pour des raisons personnelles de valeurs, de croyances, de conviction, d'interprétation juridique, il doit demander l'assistance d'un autre médiateur ou confier la suite de la médiation à un de ses confrères, tel que prévu dans le Code professionnel, le CODEOME

Invariants sur les conflits

L'observation que Jean-Louis Lascoux a faite au sujet des différends civils qui arrivent devant un tribunal porte sur la nature de leurs éléments constitutifs. Ainsi, il est désormais possible d'affirmer que Tout conflit judiciarisable se compose de trois éléments :

  1. juridique
  2. technique
  3. émotionnel

A défaut de l'un des trois, le différend n'est pas judiciarisé. Si l'élément émotionnel n'est pas présent, il y a absence de motivation. Dans ce cas, une négociation peut se tenir, voire une conciliation suffira à mettre un terme au désaccord. Si le différend est seulement technique, une discussion pourra s'engager et un arbitrage pourra mettre un terme au litige. Si le différend est seulement juridique, il s'agira de revoir la rédaction pour que l'affaire soit close.

S'il est à la fois juridique et technique,nous nous retrouvons dans le cas d'absence de motivation.

S'il est technique et émotionnel, le défaut de la condition juridique empêchera de trouver un tribunal compétent et donc le différend ne pourra pas être judiciarisé. Mais quel type de différend pourrait être de cette nature ? L'enjeu d'une dispute entre des proches.... L'activation d'un élément juridique pourra alors conduire à envisager la judiciarisation...

Il faut constater que l'habitude est forte de commencer à analyser une situation par son aspect juridique... Si bien que ce nouveau constat a conduit à définir l'approche médiale professionnelle comme un processus inversé.

Tout conflit trouve une issue selon le mode de réflexion que l'on y applique :


  • tout conflit génère un besoin de revanche ou de vengeance
  • tout conflit avec autrui renvoit à l'image que l'on a de l'autre en soi
  • l'image conflictuelle que l'on porte de l'autre en soi alimente le conflit avec l'autre
  • tout conflit suit une dynamique logique de surenchère:
    • faire toujours plus que ce que l'on fait déjà beaucoup
    • faire toujours autant que ce que l'on fait habituellement
    • faire toujours moins que ce que l'on fait peu
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