Je m'appelle Asher Lev

De WikiMediation.

Share/Save/Bookmark

Je m'appelle Asher Lev de Chaïm Potok lu par Nathalie Gourgue

Sommaire

Résumé

La seconde guerre mondiale est finie. Nous voilà plongés au cœur d’une communauté juive hassidique de Brooklyn aux Etats-Unis, originaire de Russie sur laquelle règne la toute puissance spirituelle du Rebbe (rabbin). Dès l’enfance, ce petit juif Asher dessine comme il respire : sa maison, sa rue, son père, un des principaux collaborateurs du Rebbe qui tout en s’acharnant à sauver des juifs de la répression soviétique, est consterné de voir son fils unique s’écarter de la tradition religieuse pour se livrer aux sottises de l’art. Il dessine aussi sa mère lumineuse et fragile, déchirée par les ambitions admirables et contradictoires de son mari et de son fils. Mais le Rebbe qui dirige sa vie et la sienne le comprend.

Positionnement du médiateur

Me voilà confrontée a mes propres angoisses, à mon histoire. Ce thème va me permettre de me tester, de savoir si je pourrai rendre l’inimaginable, audible. Mon premier travail, qui est d’après moi crucial, va être de « faire le vide en moi », trouver la force d’oublier mes acquis, mon passé, ma culture. Même si nul n’est tenu à l’impossible, si je ne réussissais pas à franchir cette étape, ma place de futur médiateur me semblera très compromise. Je dois évacuer mes propres peurs, cette peur indicible d’être rejetée du seul monde que je connaisse. Cette phase franchie, je commence à élaborer une dynamique de réflexion qui me permettra de rétablir la communication entre les deux protagonistes. Cette dernière sera suivie par la mise en place du processus de médiation à proprement parler.


Rétablir la communication

Un père et un fils ne se parlent plus. Ils ont rompu le dialogue. Tous les deux pratiquent la même religion mais le plus jeune souhaite extérioriser ses sentiments par le dessin, phénomène que le plus âgé n’arrive pas à comprendre (les représentations sont interdites dans la religion juive).

Il va falloir petit à petit arriver à dénouer les nœuds du conflit existant dans cette famille.


Le positionnement du père dans le conflit

Le paradoxe de la grenouille met en avant le poids des habitudes. Il peut être adapté à cette situation. Depuis sa naissance le père respecte les lois religieuses à la lettre. Ces habitudes prises, il n’arrive plus à rompre avec ses manières de penser pour écouter son fils. Il a une peur obsédante, son fils unique Asher peut-il s’éloigner de la religion, de lui ?

Le Rebbe, moins impliqué sentimentalement, arrive à comprendre Asher. Ils ont mis en place leur mode de communication. Monsieur Lev ne parvient pas à cet état de sérénité avec son fils. Il va falloir qu’il rompe avec ses manières de penser. Il va devoir agir avec pour objectif de renouer avec la création de valeur.

L’allégorie de la caverne est une métaphore qui permettra au père de visualiser la situation. Il va devoir lâcher prise, abandonner son point de vue. En un mot faire preuve d’ouverture d’esprit afin de pouvoir respirer.

Les trois types d’obstacles existent : - Les certitudes anticipées : « mon fils s’éloigne de D. » - Les expériences non intégrées : « je n’aurai jamais dû mettre des crayons dans les mains de cet enfant » - La précipitation mentale : basée sur de fausses croyances, de fausses suppositions selon lesquelles tous les schémas de pensée sont identiques. Tous les artistes sont athées.

Il va falloir accompagner cet homme dans le changement, lui permettre de s’affirmer pour qu’il puisse faire face à toute situation et pouvoir entamer l’inimaginable discussion avec son enfant.


Le positionnement du fils dans le conflit

Il a peur de perdre l’affection et le respect de sa famille. Mais le dessin fait partie de lui, c’est dans sa nature. Voilà tout est dit. Le fils affirme se connaître mais ne pas être maître de son comportement. C’est le fatalisme fonctionnel. Le travail effectué avant cette réflexion m’a permis de m’apercevoir tout de suite de cette fuite en avant du fils.

Asher a un fort sentiment de frustration, ce qui va nourrir le conflit. Il a un fort sentiment d’insécurité, de rejet à l’endroit de son père voire même de sa communauté. Il est convaincu que son père le méprise.

Exemple : Le lieu d’étude biblique est à Vienne. Asher ne veut pas y aller, il veut étudier le dessin. Ses parents l’obligent a aller dans cette Yeshiva, il demande alors à son oncle de l’héberger. Ce dernier va rendre compte de cette discussion à ses parents et le soir même, son père lui demande de cesser ses bêtises. Il rétorque que ce ne sont pas des bêtises. Son père le fait taire et sa mère l’envoie au lit (rupture du dialogue).

Ce conflit est nourri par la colère des deux protagonistes. Leur désaccord se traduit par une stratégie en adversité. Ils s’opposent et recherchent tous les soutiens possibles dans leur entourage où ils vont choisir la fuite en fermant la porte à toute communication. On peut également noter le principe de la surenchère, c’est une escalade de la pensée pour justifier le conflit.

Il est démontré que les deux parties sont bien dans une stratégie en adversité. Le rôle du médiateur va être de les faire adhérer à une réflexion en altérité qui respectera par définition chacun d’entre eux.


Le processus de médiation

Le processus (série d’étapes identifiables qui ne suivent pas un ordre formel) structuré de la médiation va permettre aux parties de trouver une solution à leur différend ou du moins de les accompagner dans leur réflexion, dans leurs changements de postures.

Les différentes étapes de ce processus sont établies et déposées, je ne m’attarderai pas à les récapituler. Je vais m’intéresser plus spécifiquement à l’identification des P.I.C. Les parties sont toujours dans une réflexion en adversité.

Les P.I.C

Mettre les prêts d’intention, les interprétations et les contraintes de chaque partie en évidence, revient à les confronter à leur contradiction.

  • Les prêts d’intention, cela revient à penser à la place de l’autre. Il s’agit de malveillance, de mensonge….

Extrait : « Quand un fils s’éloigne de son père, il ne peut en résulter que des malheurs. Je ne t’accuse pas d’être mauvais, mais il y a quelque chose en toi que je ne comprends pas. Et c’est ça qui déclenchera des catastrophes. Tous les troubles que ça a déjà entraînés. J’ai honte de mon fils. »

  • Les interprétations reviennent à juger, analyser….

Extraits : « Je n’aime pas le monde, je ne le dessinerai pas joli dit Asher. Je sentis la main froide de mon père sur mon bras. Il me faisait mal. Tu dois aimer le monde que D. a fait même s’il n’est pas terminé. Tu devrais faire le monde joli dit Mr Lev »

« Pour lui j’étais devenu un étranger. Il y avait eu comme une erreur cosmique et toute la lignée en était souillée. Une force démoniaque s’était immiscée dans une tradition de responsabilité. »

  • Les contraintes reviennent à imposer la solution d’une partie à l’autre partie, obliger l’autre à faire quelque chose.

Extrait : « Je t’interdis de dessiner, tu iras à la Yeshiva de Brooklyn à côté de la maison et tu rentreras directement. Les sottises sont terminées »

Les P.I.C. définissent des comportements pouvant entraîner une surenchère du conflit de la part de la partie adverse.

Les qualités

La distanciation est le nécessaire recul que l’on doit prendre par rapport à ce que l’on dit, fait ou montre. C’est une distance par rapport aux idées.

Dans cette œuvre, la seule personne capable de prendre du recul par rapport à la situation conflictuelle entre le père et le fils est le Rebbe. Il intervient d’ailleurs dans leur vie en prenant une décision à leur place (ce qui est contraire aux règles de la médiation auxquelles il n’est pas tenu). Mais il ne fait pas preuve de distanciation pour autant. Il est potentiellement impliqué dans le conflit et il ne peut faire preuve de neutralité. Il veut qu’Asher reste dans sa communauté dont il a la responsabilité.

Il faut reconnaître l’intégrité et l’honnêteté de l’intention.

Le père comme le fils sont à la recherche du bonheur. Le leur, mais également celui des autres. Le Rabbin Lev ne peut pas « être en écoute active » par rapport à son fils, le conflit et les émotions sont trop présents. Mais le Rebbe, lui, devrait pouvoir écouter les deux parties sans interférences. Ce n’est pas possible. Il ne peut pas faire preuve d’impartialité. Il fait partie du conflit, il est le chef de pensée et le « patron » d’une des parties.

Personne dans ce livre ne peut tenir la place d’un médiateur neutre, impartial, et indépendant. Quant à la confidentialité voilà un terme dont l’auteur n’a même pas besoin de connaître la définition. Toute la communauté participe au conflit et du conflit. Chacun des protagonistes, avec des points de vue foncièrement différents, prend à partie différents membres de celle-ci.

Il s’agit donc uniquement d’une réflexion en adversité dont le fils et le père n’arrivent pas à se détacher. Dans certaines parties, on constate une volonté de rapprochement du père comme du fils. Le père commence à regarder les dessins d’Asher tout en posant ses limites mais le fils lui veut toujours aller plus loin dans la « provocation ».

La réflexion en altérité permet la paix et le respect à travers la reconnaissance de l’autre. Le besoin de l’affirmation de soi est encore plus flagrant dans cette réflexion, mais chaque individu recherche le bonheur. Les médiateurs ont encore de beaux jours devant eux.

Outils personnels
Translate