Jonathan Livingston le goéland, commenté par Annie-Claude Elisabeth

De WikiMediation.

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Jonathan Livingston le goéland de Richard Bach lu par Annie Claude Elisabeth

Sommaire

Préambule

J’ai apprécié d’avoir porté mon choix sur cet illustre ouvrage intitulé « Jonathan Livigston le Goéland » dont l’histoire pourtant simple et accessible à tous les âges m’a offert l’opportunité d’apprécier mon changement de regard sur une même histoire avant et après la formation de médiateur donnant lieu à deux versions différentes en terme d’analyse des situations évoquées au cours du récit. C’est donc dans cette nouvelle posture de médiateur que je présente la synthèse commentée de ce récit où la place de l’Homme – le goéland étant personnifié- est placé au cœur de tous les dispositifs.

Dans ce récit, nous sommes transportés au sein d’une communauté de goélands, parmi laquelle le jeune Jonathan Livingston fait des choix de mode de vie distincts des coutumes et pratiques de sa famille et du clan dont il fait partie, au point de se voir écarté et conduit à l’exil.

Dès le début de la narration, la présence du médiateur m’a paru nécessaire face à la souffrance exprimée par Jonathan Livingston engagé seul dans un conflit qui l’oppose à sa famille et à la communauté dans laquelle il vit, et dont il ne partage pas les mêmes conceptions de vie. Mais de surcroît, sans lui prêter d’intention, j’ai eu le sentiment que tout au long du récit, le narrateur, avec habilité, me donnait d’office ce rôle en tant que lecteur en me mettant en position d’observateur, d’accueil d’écoute des difficultés rencontrées par Jonathan Livingston, et en mettant sans cesse en parallèle les arguments, les jugements développés par l’autre partie identifiée par le chef de la communauté et sa famille dans l’escalade du conflit.

Toute la subtilité de l’ouvrage réside aussi dans le fait qu’à travers la description de ses découvertes sur la technicité de l’envolée, la relation de symbiose avec les forces de la nature, la performance de ses capacités intellectuelles et physiques et ses prouesses techniques, le protagoniste nous invite à parcourir avec lui le cheminement qui le conduit vers la connaissance. L’évolution de sa posture dans les étapes difficiles qu’il doit surmonter face à la résistance au changement de sa propre famille et de la communauté dont il est originaire apparaît comme les marches vers une ascension dans la réflexion, la conscience à l’instar de la posture d’un homme qui prendrait le chemin de la médiation. D’ailleurs, à la fin du récit, c’est dans la posture du sage qu’il nous apparait dans le message final que veut nous porter le narrateur.

En fait, pour la compréhension de l’action de médiation, je propose d’identifier les conflits qui animent notre protagoniste et de souligner la nécessité de l’intervention d’un médiateur à plusieurs étapes de ce récit pour:

1- coacher notre héros dans sa phase de réflexion et de changement. Il est illusoire de croire qu’il puisse le faire tout seul 2- résoudre le conflit qui oppose notre protagoniste à sa communauté et leur permettre de comprendre réciproquement la perception qu’ils ont chacun de leur réalité 3- lui permettre de transmettre sa connaissance aux autres communautés avec lesquelles il lie des contacts


Le coaching

- En premier lieu, Jonathan Livingston vit un conflit interne dans le passage de celui qui ne sait pas avec le savoir de celui qui sait avec l’ignorance.. Notre héros est dans la position de celui qui ne sait pas qu’il ne sait pas car il a déjà réalisé un parcours et il sait prendre de la distance pour s’ouvrir à une nouvelle compréhension des choses et des idées. Il a une attitude ouverte et maitrisée par la conscience et se positionne dans l’éducation et le développement de la conscience et de la responsabilité. Mais il ne peut pas faire le chemin seul, il doit nécessairement être accompagné par un médiateur, selon une forme de « coaching » personnalisé, dans sa réflexion pour faciliter son adaptabilité, l’agilité de son esprit, l’accueil des changements et de l’aide pour sortir des ornières de ses représentations.

Cet état lui cause de fortes perturbations, le conduisant à le faire douter de ses convictions et de ses choix, le faisant passer par des états d’assurance et des périodes de doutes forts, voire de crise. Notre protagoniste doit intégrer des changements puisqu’il est conduit à acquérir une compétence nouvelle. Ces changements supposent la nécessaire adaptation à la pénible rupture pour laquelle il aurait besoin d’être accompagné par un médiateur. Ce changement est violent, perturbant, bouleversant en soi en même temps qu’il est violent dans la vie extérieure face à la communauté. Son choix implique une rupture avec toutes ses habitudes, manières de penser, d’être et de faire.

Il souffre de ces premiers changements car il n’a jamais eu d’autre manière de percevoir les actes d’envolée, n’a hérité que d’un seul modèle de réflexion encore défendu par sa famille, il est désormais confronté à une autre réalité, la diversité des envols, ce qui fera naitre en lui des sentiments violents.

Pour notre héros, au cours de son passage de l’ombre à la lumière, il traverse un parcours fait de consternations, de silences intérieurs, de solitude, de ravissements, d’enthousiasme et de rechute, et enfin d’espoir à la fin de l’ouvrage.


Le conflit qui oppose notre protagoniste à sa communauté

La posture de Jonathan Livigston

Il est seul dans ce récit, seul face à « tous les autres » ce qui le place dans une forte relation de conflit qui va intensifier sa souffrance et précipiter sa soif de sortir de cette situation insupportable. Il est dans la posture semblable à celle évoquée dans l’Allégorie de la caverne du livre VII de la République de Platon. Notre héros est dans la position de celui qui ne sait pas qu’il ne sait pas car il a déjà réalisé un parcours et il sait prendre de la distance pour s’ouvrir à une nouvelle compréhension des choses et des idées. Il a une attitude ouverte et maitrisées par la conscience ce qui lui a permis de faire lui-même ses découvertes, a redéfinit ses considérations et sa réalité du monde et ainsi accéder à cette nouvelle connaissance. Il a apprécié son état plus riche et ses souvenirs de sa position dans ce qui représentait pour lui «  le monde ancien » dans lequel il ne souhaite plus revenir. Celui-ci lui inspire de l’amertume, de la pitié confondue avec le sentiment de désolation de ne pouvoir les conduire à cette lumière face à la résistance aux changements de sa famille et de la communauté. Amoureux de la même sagesse tel que l’aurait été un médiateur, il ne les juge pas, ne leur prête pas d’intention.


L’attitude du clan

Nous pouvons les comparer à ces personnes immobilisées dans la caverne de Platon depuis leur naissance dans une sorte de nuit, enchainés à leurs croyances, convictions, certitudes, valeurs, raisonnements, expériences, ces prisonniers de leur « caverne » ont tout inventé à partir de leur relation à ce qu’ils vivent. Ils ont ainsi inventé leur relation avec le savoir voler, leur relation avec le pouvoir voler, au droit, à la soumission …. Soit des inventions de leur propre univers d’idées qu’ils pensent incontestables. Eux aussi sont tellement enchainés depuis si longtemps, qu’ils n’imaginent pas d’autre réalité que celle qu’ils ont en eux-mêmes. Comme la caverne de Platon, ils ne peuvent attribuer la réalité qu’aux ombres projetées. Ainsi, ils résistent de toutes leurs chaines à toute nouvelle idée, et trouvent toutes les justifications de leur choix.

L’attitude et la réaction du chef de file de la communauté et de sa famille

La vue du chef de file résiste à la réalité que lui démontre notre héros : il nie la réalité, s’empêtre dans les paradoxes et reste fermé : n’est t’il pas dans la posture de celui qu’on amène à la lumière qui fait montre de résistance et affirmant que sa réalité qu’il a toujours vue est bien plus certaine, et il préfère détourner le regard de cette insupportable lumière de vérité. Il est convaincu que ce que veut lui montrer Jonathan Livigston est illusoire et que ce dernier n’est qu’un provocateur. Sa vérité et conception des choses lui paraissent plus vraies et plus justes que celles que notre protagoniste voudrait lui faire partager.

Mais en réalité, le médiateur que je suis sais qu’il ne fait pas exprès, cette réalité est la sienne comme l’est pour Jonathan Livigston la sienne. Cette réalité que lui montre notre héro lui est insupportable, car il est habitué à concevoir la société dans laquelle il vit au travers de ses coutumes et pratiques routinières et de ce qu’il a pu recevoir comme éducation dans cette représentation. Le passage du noir à la lumière nécessite un passage obligé par la douleur violente insupportable tant il montrerait de résistance au changement par l’expression de sa souffrance. Les autres de la communauté sont enfermés dans un mensonge qu’il ne soupçonne pas dans lequel ils sont maintenus par les « commandements » et consignes du chef de file. Nous voyons dans le conflit entre Jonathan Livigston et les autres de sa communauté les conséquences des situations figées et celles des changements symbolisées à travers le personnage principal. Le médiateur a toute sa légitimité dans les relations conflictuelles et des rapports de force entre les clans, les relations de pouvoir, soit les relations entre celui qui ne sait pas avec le savoir de celui qui sait avec l’ignorance, dès l’instant ou les deux parties acceptent son intervention. .

Grace à l’intervention du médiateur, en effet, le chef de la communauté serait d’abord sous le choc comme ébloui mais, il est possible – sans aucune certitude car le médiateur ne peut présager à l’avance du résultat dont il n’est pas maitre- que nous puissions imaginer qu’une fois confronté à ces nouvelles sensations évoquées par Jonathan Livigston le chef de file acceptera ses nouvelles pratiques et pourra être enfin accompagné pour aller de découverte en découverte. Il pourrait même avoir un sentiment de culpabilité de n’avoir pas trouvé cette voie libératrice de sa propre initiative. Les attitudes nouvelles observées chez les juniors qui s’adonnent aux mêmes pratiques que notre protagoniste pourrait laisser présager des changements au sein de la communauté lents mais irrémédiables.

Transmission de sa connaissance aux autres membres de la communauté

Sans douter de sa compétence pédagogique, je me suis interrogée sur la capacité de Jonathan Livingston à se souvenir de ses mécanismes d’apprentissage qu’il a vécus dans la souffrance, sur sa capacité à transmettre la réalité de ses propres changements aux autres. Comment pourra-t-il expliquer lucidement les deux passages par lesquels il est passé pour parvenir au statut de « consciemment apprenant » ? Il pourrait faire preuve de maladresse humaine dans ses tentatives de transfert de ce savoir. Il serait prétentieux pour lui de croire qu’il serait capable de distance comme le serait un médiateur pour éviter de subir les résistances irrémédiables de ceux qu’il contraint au changement. L’action pédagogique du médiateur est donc de ce fait nécessaire.

Seul le médiateur saura aller et venir, sans s’épuiser, de l’ombre à la lumière pour accompagner ceux qui ont besoin d’intégrer les étapes du changement.


La note d’espoir dans le récit

A la fin du récit, l’auteur nous invite à revisiter le schéma du deuil du conflit interne par lequel est passé Jonathan Livingston le goéland pour accéder à la fin du récit à une certaine plénitude correspondant au deuil du conflit.

La réaction des nouvelles générations qui emboitent le pas de notre « héro » en allant de découverte en découverte sur de nouvelles expérimentations, laisse entendre que les juniors entreprennent la visite de la réalité.

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