L'Etranger

De WikiMediation.

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Alexandre Gabriel fait part de ses impressions de lecture sur ce roman d’Albert CAMUS, L'Etranger.

Sommaire

Résumé

Le récit se passe au temps de l'Algérie Française. Meursault, employé de bureau, reçoit un télégramme l'informant de la mort de sa mère qu'il avait placée à l'asile de vieillards de Marengo. Il prend un congé pour assister à la veillée funèbre, puis à l'enterrement sans en paraitre affecté ; il ne simule pas un chagrin qu'il ne ressent pas.

De retour à Alger, il décide d'aller à la plage et rencontre Marie, une dactylo de sa connaissance. Après un flirt au cinéma, Ils décident de passer la nuit ensemble.

Le lendemain, il rencontre Raymond, un voisin de palier, qui lui demande un service ; lui écrire une lettre afin de punir sa maîtresse mauresque. Ce dernier est souteneur et doit se faire respecter. La semaine suivante, Raymond est convoqué au commissariat pour avoir frappé et injurié cette femme. En sortant, il invite Meursault et Marie dans un cabanon au bord de la mer, appartenant à son ami Masson.

Marie demande à Meursault si il l'aime et s'il veut se marier avec elle. Il répond qu'il n'en sait rien mais qu'il veut bien l'épouser, si cela lui fait plaisir. Le dimanche, après un repas bien arrosé, Meursault, Raymond et Masson se promènent sur la plage, et croisent un groupe de maghrébins, dont l’un est le frère de la maîtresse de Raymond. Une bagarre éclate au cours de laquelle Raymond est blessé au couteau. Après avoir s'être fait panser, Raymond veut retourner seul à la plage mais Meursault décide de le suivre quand même.

Ayant retrouvé deux des protagonistes près d'une source, Meursault prend le révolver à Raymond afin de le protéger pendant qu'il règle ça « d'homme à homme ». Les deux maghrébins battent en retraite. Meursault raccompagne Raymond au cabanon de Masson puis repart se promener seul sur la plage, pour ne pas avoir à affronter les reproches de Marie et de la femme de Masson.

Il est accablé par la chaleur et le soleil et se dirige vers la source ombragée où il rencontre à nouveau l’un des maghrébins, couché à l’ombre, qui à sa vue exhibe son couteau. Meursault sort de sa poche le revolver de Raymond et abruti par la luminosité, la chaleur, ébloui par le reflet du soleil sur la lame du couteau, tire sur l'homme et le tue.

Dans la seconde moitié du roman, Meursault est arrêté et questionné. Ses déclarations sincères et naïves irritent le juge et mettent son avocat mal à l'aise. Il ne manifeste aucun remord. En prison, pendant que son procès se prépare, il tue le temps en dormant et en lisant.

Puis le procès a lieu ; on l'interroge plus sur son comportement lors du deuil de sa mère que sur son meurtre. Meursault se sent exclu du procès. Il avoue avoir commis son acte à cause du soleil, ce qui déclenche l'hilarité de l'audience. La sentence tombe : il est condamné à la guillotine.

Meursault refuse de voir l’aumônier car il ne croit pas en dieu. Mais ce dernier insiste, pour apaiser ses angoisses. A la fin de l'entretien, l'aumônier qui ne l'a pas convaincu, lui dit qu'il priera malgré lui pour le salut de son âme, ce qui déclenche pour la première fois du roman, la colère libératrice de Meursault. Après son départ, le condamné à mort finit par se résigner et accepte son sort dans la sérénité de la nuit.

La narration : le « journal de Meursault »

La perception des évènements se fait exclusivement à travers le personnage de Meursault. L'utilisation de la première personne du singulier par Albert CAMUS permet au lecteur de s'identifier à son personnage avec l'empathie nécessaire pour comprendre son point de vue et ses ressentis. Ainsi, le « je » (ego-centrage) permet au lecteur de rester centré sur le personnage (altéro-centrage), comme le ferait un médiateur.

Le meurtre par circonstances

  • - La contrainte : Quand Meursault arrive devant la source ombragée, il n'a qu'une envie, se rafraichir et se reposer mais il est surpris par le maghrébin qui fait obstacle. Il peut choisir ; fuir ou affronter. « j'ai pensé que je n'avais qu'un demi tour à faire et ce serait fini, mais toute une plage vibrante de soleil se dressait derrière moi. » Il fait un pas en avant, déclenchant une réaction de son adversaire qui refuse de se soumettre.
  • - Le prêt d'intention : La scène se déroule sans aucun échange verbal, la communication s'établit uniquement par geste. Quand le maghrébin exhibe son couteau en restant allongé, Meursault perçoit ce geste de défense comme une agression ; « la lumière a giclé sur l'acier et c'était comme une longue lance étincelante qui m'atteignait au front » sa main se crispe sur la détente et le coup part.
  • - L'interprétation : Meursault est sidéré par son geste. Il est pris de remord sur son choix « j'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux », puis de rancœur vers l'autre « Alors j'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte », avant d'en regretter les conséquences « Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur ».

Toutefois Meursaut ne se voit pas en criminel ; il « subit » son meurtre par une succession de circonstances, de maladresses et de malentendus.

De l'instruction au jugement

Pendant toute l'instruction de son procès, Meursault se sent « étranger » à l'affaire. Il a besoin que soient reconnues ses maladresses, sa légitimité de point de vue et sa dynamique de bonne intention.

Quand son avocat ne comprend pas son insensibilité ; « j'avais le désir de lui affirmer que j'étais comme tout le monde, absolument comme tout le monde ». Quand le juge ne comprend pas son athéisme et son absence de regret ; « j'ai réfléchi et j'ai dit que, plutôt que du véritable regret, j'éprouvais un certain ennui ». Quand le procureur l'accuse d'avoir enterré une mère avec un cœur de criminel ; « j'ai senti que les choses n'allaient pas bien pour moi »

Ainsi les jurés ne voient-ils en Meursault que le criminel endurci caricaturé par le procureur « le même homme qui au lendemain de la mort de sa mère se livrait à la débauche la plus honteuse a tué pour des raisons futiles et pour liquider une affaire de mœurs inqualifiable », et le condamnent à la peine capitale.

Le point de vue du Médiateur

Meursault s'en tient aux faits, aux conséquences (pour lui) et à ses ressentis ; toutefois, cette manière naïve et égo-centrée de s'exprimer ne lui permet pas d'engager l'inimaginable discussion. Il aurait pourtant suffit qu'il mente (il est seul lors du meurtre) ou qu'il se range aux croyances de ses interlocuteurs (qui communiquent en contraintes, prêts d'intention et interprétations) pour sauver sa tête ! Surtout que si on contextualise l'affaire dans l'Algérie Française de l'époque, un bon chrétien ayant tué un arabe qui le menaçait d'un couteau avait probablement toute les chances d'être acquitté.

Si l'avocat, le juge et les jurés avaient pu lire le « journal de Meursault », auraient ils compris son point de vue ? Auraient ils changé le leur ?

Peut on avoir une inimaginable discussion sans médiateur ?

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