L'art de la guerre à l'art de la médiation

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L'Art de la guerre, par Sun-Tzu

L'art de la Guerre est une lecture proposée par Franck Arnaud.

SUN TZU était conscient que la guerre, «question d’importance vitale pour l’Etat », méritait étude et analyse. Ainsi, il ne voulait pas aborder de stratagèmes compliqués mais il voulait rédiger un traité méthodique à l’usage des meneurs d’hommes et de généraux à la recherche de méthodes intelligentes pour mener une guerre victorieuse. Il pensait que le stratège habile doit être capable de vaincre l’armée ennemie sans engagement militaire, de prendre des villes sans les assiéger et de renverser un État sans faire usage de l’épée.

La ruse, la création d’apparences trompeuses pour mystifier et abuser l’ennemi, l’avance par des voies détournées, la faculté d’adaptation instantanée à la situation de l’adversaire, les manœuvres souples et coordonnées d’éléments de combat distincts et de concentration rapide sur les points faibles de l’ennemi, voilà les bases des doctrines stratégiques et tactiques exposées dans « l’art de la guerre ». Ainsi, pour SUN TZU, « le meilleur savoir-faire n’est pas de gagner cent victoires dans cent batailles, mais plutôt de vaincre l’ennemi sans combattre ». Cette phrase du célèbre stratège chinois peut-elle être appliquée à la conduite d’une médiation sachant que l’objectif de l’art de la guerre est différent de l’objectif de la médiation ? Cette stratégie offensive et guerrière n’a pour objectif que de contraindre, soumettre et neutraliser un ennemi. C’est le rapport dominant/dominé.

La médiation s’inscrit, au contraire, dans une démarche pacificatrice d’affranchissement de l’individu de sa dynamique conflictuelle en l’accompagnant dans la résolution du conflit. Toutefois, cet « art de médier » est-il réellement éloigné de l’art de la guerre ? La conduite de la médiation ne s’appuie-elle pas sur une stratégie avec un objectif, certes différent, mais en s’appuyant sur des principes assez proches de l’art de la guerre ?

Contrairement au Général dans l’art de la guerre, le médiateur ne cherche pas à soumettre les personnes qui le désignent pour résoudre leur différend. Le médiateur utilise une méthodologie qui vise à la reprise du dialogue entre deux personnes en conflit, et encadré dans une discipline de «la qualité relationnelle» auxquelles les parties doivent adhérer. L’objectif de la médiation ne consiste donc pas à imposer une solution ou le résultat d’une partie sur l’autre mais à aider les parties à obtenir une victoire sur leurs propres émotions afin d’instaurer la reprise du dialogue. Ainsi, même s’il peut paraître difficile d’intégrer une stratégie militaire à la résolution d’un conflit, cette stratégie s’appuie non seulement sur la volonté d’éviter tout recours à la force dans la conduite de la guerre mais aussi sur l’adaptation et le pragmatisme du général.

Les principes de l’art de la guerre pourraient-ils inspirer la conduite de la médiation ?

SUN TZU met en évidence la nécessité d’avoir une philosophie personnelle en établissant une stratégie de communication (indépendante des émotions), la discipline, la prise de conscience des émotions et incite à se méfier de son ego. Pour cela, il va sans dire que si notre philosophie personnelle compte il n’en demeure pas moins qu’elle doit permettre de saisir les occasions en restant altéro centré et en s’appuyant sur les trois postures du médiateur: l’impartialité, l’indépendance et la neutralité.

Le médiateur doit s’affirmer entre un rapport de force et une démarche réfléchie de façon à faire émerger de la qualité relationnelle. Il rappelle ainsi les règles qui excluent certains comportements mais pas les parties. Il créé le contexte de l’écoute et ne cherche pas à avoir le dernier mot. Il permet aux parties elles-mêmes d’élaborer leur propre solution par un accompagnement vers la qualité relationnelle. En référence à SUN TZU, ceci implique que le médiateur définisse une stratégie de communication indépendante de ses émotions afin de favoriser son objectivité et ne pas perturber sa lecture du conflit. Ainsi, le médiateur, en s’appuyant sur le processus, pourra favoriser la reprise du dialogue et la qualité relationnelle. La stratégie de communication du médiateur consiste à permettre aux parties d’exprimer leur ressenti sur des faits et d’analyser les conséquences.

À ce titre, au cours de l’entretien de médiation, le médiateur reformule les phrases négatives du protagoniste en créant des opportunités pour que ce dernier se remette en question et sorte de son jugement. L’inversion permet alors au protagoniste de redescendre petit à petit de ses PIC (prêt d’intention, interprétation et contrainte).

Le médiateur tente de faire redescendre les émotions afin de préparer la reprise du dialogue mais définira des règles de communication et sera garant du respect de celles-ci. La discipline fait ainsi partie du processus de médiation puisque c’est elle qui va crédibiliser la présence du médiateur et garantir que chacun pourra ‘exprimer dans le respect de l’autre. Le processus de la médiation constitue donc une forme de discipline de la qualité relationnelle, sas indispensable à la reprise du dialogue, afin que les protagonistes évoluent vers l’affranchissement du conflit qui les enchaînent. Cette discipline pourra accompagner les protagonistes vers la reconnaissance de la légitimité du point de vue, de la dynamique de bonne intention et de la maladresse. Ces trois invariants de l’altérité sont occultés lorsque les protagonistes sont en conflit. Il s’agit pour le médiateur de leur permettre de les faire ressortir dans la discussion avec chacun des protagonistes.

Le processus intègre la prise de conscience des émotions afin, de les contrôler et de traiter le caractère affectif du litige qui est souvent la source qui alimente le conflit en prêt d’intention, interprétation et contraintes. L’objectif du médiateur est de favoriser, en bon stratège de la qualité relationnelle, la reconnaissance réciproque et par les protagonistes eux-mêmes de la légitimité des points de vue de chaque personne en conflit. Si l’objectif n’est pas comme SUN TZU de créer l’unité dans l’adversité mais plutôt l’unité dans la relation : reprise de la relation, fin de la relation ou aménagement de la relation, cette unité doit avoir néanmoins pris en compte les trois éléments du conflit : affectif, juridique et technique en les traitant dans l’altérité et en respectant la confidentialité.

SUN TZU évoque le piège de l’ego dans son œuvre. Il est vrai que le médiateur doit se méfier de son ego au cours de la médiation en évitant de s’approprier l’histoire du protagoniste et en faisant référence à lui-même. Le médiateur doit au contraire réfléchir « l’autre » devenir le « miroir » du protagoniste afin d’inverser la dynamique conflictuelle.

Pour conclure, quels sont les apports des enseignements de SUN TZU dans la conduite de la médiation ? L’apport essentiel consiste dans l’objectivité, la distance avec les émotions, l’opportunité et la préservation de l’autre y compris lorsque l’on fait la guerre. Cette approche guerrière n’est pas sans rappeler le processus de médiation appliqué à la résolution du conflit. Mais dans ce cas l’ennemi n’est-il pas finalement soi-même dans la relation à l’autre plutôt que l’autre en tant que tel ?

Extraits

Dans les extraits de l’œuvre, on peut se référer à quelques citations qui inspirent la conduite d’une médiation notamment dans la stratégie de communication et dans la volonté du médiateur d’intervenir sur l’aspect émotionnel en faisant descendre les gens de leur PIC. Extraits et commentaires sur l’art de la guerre : Extrait chapitre I : approximation l’art de la guerre SUN TZU : « (…) 16. Reconnaissant les avantages des plans, le général créera les conditions requises pour leur réalisation. J’entends par « conditions » qu’il doit agir promptement pour profiter des avantages et ainsi contrôler l’équilibre ». Le médiateur créera le contexte pour favoriser la médiation en mettant en exergue chaque PIC de façon à contrôler l’entretien altéro-centré et faire émerger par la reconnaissance de la légitimité du point de vue et le remerciement du médiateur l’adhésion à la démarche de la médiation.

« 17 : Tout l’art de la guerre est duperie ».
L’art médiation consiste à réfléchir le protagoniste dans un dialogue élaboré dans l’altérité.
« 18 : (…) actif feignez la passivité ».
C’est une écoute active et un entretien directif en excluant toute formule interrogative.
« 22 : irritez son général et déroutez-le ».
Le médiateur doit mettre en échec l’argumentaire conflictuel en inversant les formules pour amener son interlocuteur à se remettre en question sans se culpabiliser.
« 25. Lorsqu’il est uni divisez-le ».
Le protagoniste emprisonné dans sa dynamique conflictuelle, il faut parvenir à diviser les arguments qui forment le bloc conflictuel en analysant les prêts d’intention, les interprétations et les contraintes ainsi que les faits, les conséquences et le ressenti.
« 26 : attaquez là où il n’est pas prêt, faîtes une sortie surprise ».
Conforté dans la relation de confiance instaurée avec le médiateur, l’inversion va permettre au médiateur de lui faire accepter les règles de communication.

Extrait chapitre III la stratégie offensive (l’art de la guerre SUN TZU) : «3 : (…) le meilleur savoir-faire n’est pas de gagner cent victoires dans cent batailles, mais plutôt de vaincre l’ennemi sans combattre».
L’important est de dénouer le nœud du conflit pour restaurer le dialogue et non de partager avec le protagoniste toutes les « raisons » qui ont amené le conflit. « 31 : connaissez l’ennemi et connaissez vous vous-même »

Connaître les PIC et se connaître soi-même afin de ne pas tomber dans le piège des émotions

Extrait chapitre VII Manœuvres l’art de la guerre SUN TZU :
« 16 : qui connaît l’art de la progression directe et indirecte sera victorieux. Tel est l’art des manœuvres ».
La manœuvre par le dialogue permet d’aider le protagoniste à prendre recul par rapport à ses émotions et à changer son mode de perception du conflit qu’il est train de vivre.

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