L'homme de l'intérieur

De WikiMediation.

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L’histoire: Pendant la deuxième guerre mondiale, un américain, Arthur Case, travaillant dans une banque en Suisse, va profiter de sa situation dominante auprès des nazis pour s’enrichir. Plus tard, il utilisera tous les biens acquis pour fonder une banque.

Dans l’une de ses succursales, la Manhattan Trust Bank, il garde dans son coffre personnel, certains documents compromettants, liés à cette sombre époque nazi, avec en prime de nombreux diamants indument appropriés qu’il gardait jalousement.

Dalton Russell, un braqueur et son équipe décident de réaliser le plus parfait des braquages de banque en s’attaquant à la Manhattan Trust Bank. Sous les oripeaux d'une équipe de peintres en bâtiment, combinaisons et capuches noires, lunettes de soleil, masques et gants blancs, un commando de quatre personnes pénètre dans l'établissement, qui est illico barricadé de l'intérieur. Les dispositifs de sécurité et d'alarme sont neutralisés. Les clients et employés sont alors rassemblés et sommés d'enfiler la même tenue que leurs agresseurs.

Les trois (3) invariants du conflit sont réunis : L’aspect Juridique du Conflit ou le lien juridique occasionné par le braquage est présent. Les braqueurs, par leurs actions, sont en infraction vis-à-vis de la loi et se posent en adversaires de la police, chargée de veiller à la sécurité des personnes et des biens. L’aspect Technique du conflit Les braqueurs recherchent les diamants, les documents compromettants pour faire chanter le directeur de la banque, puis la liberté, par la suite, pour profiter des fruits de leur braquage en se servant des otages comme couverture. La police a soin de faire libérer les otages et pousser les braqueurs à se rendre. L’aspect Emotionnel du Conflit Les otages sont sous le choc et ont très peur pour leur vie. Le directeur de la banque, Monsieur Case, redoute que ses secrets soient dévoilés pour ternir son image de marque. La police est très inquiète pour les otages. Elle s’inquiète aussi pour son image, quant à l’issue de ce braquage, d’autant plus que l’agent Frazier, l’un des inspecteurs dépêchés sur le théâtre du braquage n’a pu résoudre sa précédente affaire.

Première scène d’une tierce intervention :

Alertée par le Sergent Collins, la police, avec à sa tête l’agent Keith Frazier, arrive très vite sur les lieux et y installe son quartier Général, dans le but de peaufiner sa stratégie d’approche.

Le Capitaine de service fait le point à l’Inspecteur Frazier et lui demande la conduite à tenir. Ce dernier répond avec hésitation : « …je ne le sens pas là…au lieu de l’appeler pour savoir ce qu’il veut, je préfère le laisser venir… ». L’inspecteur, tiers intervenant dans le conflit, a manifestement du mal à établir une règle de communication et reste au point 0 pour l’instant.

Avant que la police ne réussisse à établir un contact avec les braqueurs, un des otages, pris de douleurs à la poitrine, est libéré avec un message pour la police : «… n’approchez pas,…Si vous approchez, il jettera deux cadavres sur le pavé …», dit l’otage après sa libération – PIC NEGATIF (Contrainte par rapport à la solution).

L’agent Frazier tente d’établir cette fois un premier contact avec les braqueurs, sans succès. Il n’arrive, donc, pas à mettre en place le processus de sa tierce intervention. Plus-tard, un deuxième otage est relâché, en réponse à l’appel manqué de l’inspecteur, et avec une nouvelle demande à satisfaire : « ’Deux bus avec le plein d’essence fait, un jumbo-jet réservoir plein avec pilote aux commandes et un JFK mode piste, jusqu’à 21h. Passé cette heure, nous tuerons un otage toutes les heures devant les caméras. La banque est piégée au semtex, nous vous le prouverons si nécessaire … » - PIC (Contrainte). « Ils n’auront rien tant que je ne les ai pas eus au téléphone, …, même pas un café et on attendra de voir » répond l’agent Frazier à cette deuxième requête des braqueurs, après s’être entretenu avec ses collègues- PIC NEGATIF (Contraintes, menaces).

Un troisième otage est libéré avec une nouvelle demande : ‘’50 personnes affamées attendent de manger…’’, sans qu’aucun contact direct ne soit encore établit avec le négociateur en chef Frazier. PIC (Toujours la contrainte. L’Inspecteur Frazier n’a toujours pas pu engager la discussion avec les braqueurs. Il subit les exigences des braqueurs).

Frazier cèdera à cette dernière demande. L’opportunité lui est ainsi offerte de mettre les braqueurs sur écoute au travers des boites de pizza. Lors de la livraison des pizzas, un premier contact visuel, donc un entretien individuel est établi. L’agent Frazier se présente à Russell, le chef des braqueurs, en ces termes : « …du calme, je veux du calme, … bonjour, je suis l’agent Frazier, le négociateur chargé de cette affaire, comment ça se passe ? J’espère que les pizzas seront bonnes, elles ne sont peut-être plus très chaudes… écoutez, vous décrochez le téléphone quand vous voulez, vous tombez directement sur moi ; j’aimerais qu’on ait une discussion… »

On aura deviné au vu du manque de communication, du manque d’indépendance de l’agent Frazier (directement lié à la police et au maire à qui il rend des comptes), à son parti pris quant à l’issue du conflit (celle de faire fléchir les braqueurs et de les conduire en prison), qu’il ne peut être assimilé à un médiateur professionnel. Ainsi qu’il se définit lui-même, il est un négociateur qui est dans la gestion de l’Adversité et non celle de l’Altérité. Russell retourne dans la banque avec la nourriture, mais sans dire un seul mot. Au quartier général de la police, en lieu et place des conversations des braqueurs, les policiers entendent plutôt un vieux discours albanais.

La communication est rompue à nouveau.

Nous ne sommes pas étonnés que la communication soit rompue dans cette négociation. Dans la gestion de l’adversité, les trois issues sont : l’Abandon du terrain du conflit, la Domination et la Résignation. Ces trois issues alternent. Ainsi, Russel domine la négociation et Frazier se résigne à subir la rupture de communication.

Deuxième scène de recours à une tierce intervention : Monsieur Case, le directeur de la banque, contacte Mme White, une « médiatrice », pour lui confier une mission précise. Suivons les échanges qui s’en suivent : « Pourquoi ne pas me dire la façon dont vous aimeriez que les choses se terminent ? » demande Mme White. « La médiatrice » se met automatiquement sous l’autorité de celui qui l’engage et est prête à imposer sa solution aux braqueurs. (PIC = Contrainte). Et Monsieur Case de répondre : « J’aimerais que personne ne touche à mon coffre, ni eux, ni vous, ni les autorités… ». Voici, ainsi, définis les contours de la mission de « médiation « de Madame White.

Elle rassure son client sur la confidentialité de son intervention et n’en soufflera d’ailleurs pas mot à l’agent Frazer. La Confidentialité est une des postures que doit avoir le médiateur professionnel, mais elle n’est pas suffisante pour instaurer un processus de médiation. En l’espèce, sur la nature de sa mission, Madame White s’engage à œuvrer pour la préservation des seuls intérêts de Monsieur Case, et donc directement des siens, au vu de l’énorme rémunération promise par Monsieur Case. Elle manque de neutralité par rapport aux enjeux du conflit.

S’étant déjà mise sous l’autorité de Monsieur Case en s’engageant à imposer sa seule solution, elle marque sa dépendance par rapport à son employeur du jour et sa partialité quant à la solution au conflit. Madame White ne peut être qualifiée de médiateur professionnel. Elle n’en a pas les postures, comme ci-dessus démontré.

Poursuivons tout de même son processus de médiation... Par l’entremise de l’agent Frazier, Madame White réussit à convaincre Russell de la laisser entrer dans la banque afin de s’assurer par elle-même que les intérêts (contenu du coffre 932) de Monsieur Case ne sont pas menacés et de proposer à Russell un marché.

Rentrée dans la banque, elle découvre, par les dires de Russell, le meneur des braqueurs, que le contenu du coffre 932 appartenant à Monsieur Case est la réelle motivation du braquage. Elle ressortira de la banque sans le contenu du coffre.

On se souviendra que dans la gestion de l’adversité, les trois issues, qui peuvent alterner tout au long du conflit sont : Abandon du terrain du conflit, Domination et Résignation. Madame White se résigne à quitter la banque sans le contenu du coffre et Russel continue de dominer dans le conflit. Nous ne sommes pas du tout dans le processus d’une médiation professionnelle.

Poursuivons tout de même les scènes de tierce intervention. Le contact est difficilement rétabli entre l’agent Frazier et Russell, après la tentative de médiation de Madame White. (Retour sur le terrain du conflit qui est géré et non résolu). Russell : « …Vous deviez savoir qu’on n’écoute pas aux portes ?...Vous essayez vraiment de m’énerver ? (...),- Je n’ai pas besoin de vos briefings …, c’est moi qui vous dis où on en est, vous me procurez ce que je veux , ça doit être prêt au moment où je vous le dis, ou vous n’aurez plus qu’à vous asseoir et me regarder faire ce que j’ai annoncé, c’est clair ? » PIC NEGATIF (Contraintes)

Agent Frazier : « …très clair, je m’efforce de trouver ce que vous voulez, mais il y a une chose qui est certaine, le 747 New-York, il n’y en a pas en réserve prêt à décoller pour ce genre d’occasion ». (Gestion du conflit).

Et Russell de rétorquer : « La chose certaine, c’est que si je n’ai pas le mien en vitesse, alors c’est un corbillard vous devrez envoyer… » PIC NEGATIF (Contraintes)

Agent Frazier : «…svp, tâchons de trouver un moyen pour contenter tout le monde…, écoutez, je ne suis pas magicien, il va falloir me donner un peu plus de temps… » (Gestion du conflit).

Russell : « … si vous aviez utilisé plus efficacement le temps que je vous avais accordé, vous ne seriez pas dans ce problème… »--PIC NEGATIF (Prêt d’intentions, interprétations)

Russell propose alors un jeu de devinette à Frazier qui accepte, ce qui permettra à chacun de gagner du temps supplémentaire souhaité. (Gestion du conflit).

Dans leurs échanges, Frazier fait alors comprendre à Russell qu’il voit son petit jeu pour gagner du temps, même s’il a du mal à comprendre pourquoi… « Vous êtes un baratineur…, vous avez planifié votre scénario jusque dans les moindres détails et tout le monde a plongé les yeux fermés, moi y compris, et je ne joue plus à ce petit jeu-là » dit-il à Russell. (PIC = Prêts d’intention, Interprétations négatives).

Finalement, l’agent Frazier est autorisé à rentrer dans la banque pour s’assurer que les otages vont tous bien. A la fin de la visite, et dans une ultime tentative, l’agent Frazier tente de dévisager et désarmer Russell. Celui-ci réagit en menaçant en ces termes : « Vous avez dépassé les bornes, … vous croyez que je bluffe ? Vous n’avez qu’à parier, vous verrez bien… » -- PIC NEGATIF (Contrainte, interprétation et Prêt d’intention)

Aussitôt, Russell organisera dans les minutes qui suivent cet incident, un simulacre d’exécution d’otage en direct pour faire comprendre à la police qu’elle ne doit pas sous-estimer sa détermination. L’agent Frazier finit par se convaincre que les agissements des braqueurs sont étranges et demande aux policiers de lancer l’assaut.

Russell, qui avait mis les policiers sur écoute, active alors son plan de sorti en créant un mouvement de panique pour libérer tous les otages et aussi ses complices déguisés comme tels. Il restera terré avec le contenu du coffre 932, dans un trou creusé à cet effet, duquel il ressortira quelques jours après, par la grande porte de la banque pour aller rejoindre ses complices qui l’attendaient à l’extérieur.

Avec la bague volée aux juifs laissée par Russel dans le coffre, l’agent Frazier oblige le maire à dénoncer Monsieur Case afin qu'il soit traduit devant un tribunal pour crime de guerre.

(Tout au long du film, nous avons assisté à une longue gestion du conflit, dans laquelle l’une des parties, Russel, le meneur des braqueurs n’a fait que dominer. Les tierces interventions n’ont pas réussi à mettre en place une médiation professionnelle, parce que n’ayant pas les postures et l’instrumentation).

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