L'indépendance des médiateurs en question

De WikiMediation.

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Un article publié sur le site de L'Orient le jour du 30 octobre 2008, sur une formation de médiateurs au Liban, animée par Stephen Bensimon, directeur de l'IFOMENE, conduit à se faire un certain nombre de réflexions concernant la conception de l'activité des médiateurs. La notion de discipline à part entière associée à la médiation y est reprise combinée à une absence de référence à l'indépendance des médiateurs. Ce point fondamental n'est pas sans rappeler les préconisations faites dans les travaux ayant abouti au rapport Magendie pour la mise en place de la médiation dans les affaires judiciarisées.


Sommaire

Constats et réflexions

La reprise des concepts de la CPMN

Le wikimediation.org fait son oeuvre pédagogique. Des idées essentielles ont ainsi été portées et reprises dans un pays lointain :

  • médiation discipline à part entière
  • processus structuré
  • définition nuancée de l'impartialité et de la neutralité
  • règles de la médiation

Je m'y croirais... presque. Les réserves sont de plusieurs ordres. Si l'écoute fait partie des compétences des médiateurs, il en va autrement de la neutralité et de l'impartialité qui sont plus une question de posture. Toutefois, l'essentiel ne réside pas dans ces thématiques, quoique ce ne soit pas négligeable. L'essentiel, aujourd'hui, porte plus sur l'absence déconcertante de référence à l'indépendance des médiateurs.

Pas de référence à l'indépendance des médiateurs

Il reste en effet des références à des notions qui s'écartent encore beaucoup de la discipline de la médiation, comme la compassion qui relève d'une attitude spiritualiste et moraliste plus que scientifique et cet attachement à l'obtention du "pardon" comme point de repère et d'aboutissement d'une médiation bien conduite.

Et il manque un mot dans cet article qui raconte une formation à la médiation au Liban, essentiel, déterminant, qui est un mot de posture des médiateurs professionnels : l'indépendance (hiérarchique, tutélaire, culturelle...). Sans l'indépendance, quid de la réalité de l'accompagnement vers une libre décision ?

Mais n'est-ce pas logique que nous ne trouvions pas de référence à cette question d'indépendance dans cette démarche pédagogique ? Il y aurait-il fort à faire pour que les médiateurs soient conçus indépendants, en l'occurrence dans l'activité professionnelle de la résolution des différends accompagnant les personnes habituées à judiciariser leurs conflits ?

Le lien avec une certaine conception de la médiation sous tutelle

On retrouve cette grave problématique en France. Le débat est en cours. Que va devenir la médiation ? La lecture du rapport Magendie ne devrait pas rassurer ceux qui avancent dans l'idée que la médiation peut être une discipline à part entière. En effet, qu'en est-il de l'indépendance des médiateurs ? Elle n'est pas citée. Nous avons déjà fait cette observation lors de la rédaction de la directive européenne. Nous n'avons réussi qu'une chose, faire changer le mot "procédure" en "processus structuré". Sinon, pour l'indépendance, c'est resté lettre morte.

Quand même. Vous ne trouvez pas paradoxal de placer la médiation sous une tutelle ? Qu'en sera-t-il de cette médiation sous la tutelle de la magistrature ? Les magistrats ont déjà beaucoup de difficulté à défendre leur propre indépendance. Alors, l'indépendance d'une autre profession, ne sera-t-elle pas logiquement qu'une préoccupation secondaire ? Vous ne voyez pas le risque d'enfermement de la médiation placée sous l'autorité d'un juge ? L'évidence est là : la médiation ne peut fonctionner avec efficacité que si elle présente les garanties :

  • d'indépendance
  • d'impartialité
  • de neutralité

qui sont les trois mots clés de la posture des médiateurs professionnels.

Si on ne se retrouve pas dans cette notion essentielle de l'indépendance, on fait de la conciliation. Qu'on se le dise. C'est ce qui explique aujourd'hui qu'il y ait des divergences fortes entre une forme de médiation encore erratique et les définitions adoptées depuis plusieurs années par la CPMN. Il est manifestement très risqué pour la médiation de suivre les voies du rapport Magendie, tout comme il était aberrant de promouvoir un diplôme d'Etat de médiation familiale, dont il faut demander aujourd'hui tous ensemble l'abrogation. Les propositions du rapport Magendie résultent d'une logique de pensée dans un même cadre, sans créativité. Faut-il être complaisant ? Il s'agit de la mise en place de la médiation. Si elle est définie dans ces conditions, c'est le même échec que celui de la conciliation et dans trente ans, nos héritiers chercheront un autre mot pour réhabiller notre manque de vigilance actuelle.

Il est simple de comprendre que, définissant le système judiciaire comme l'instrument de justification de l'adversité et la médiation comme une discipline inscrite dans la promotion de l'altérité, c'est du sophisme, de l'habile récupération que de réussir à placer l'altérité sous l'autorité de l'adversité.

La proposition que fait la CPMN est de l'ordre d'une simple évidence, c'est que la médiation soit prévue par la loi, préalable à toute action judiciaire, engageant la recevabilité d'une requête. Car ce qui est déterminant, ce n'est pas la manière dont on entre en médiation, c'est la manière dont on en sort. Lorsqu'on entre en médiation, on n'est pas content, on est en conflit, prisonnier de ses émotions, incapable de prendre une décision pertinente, sinon celle par exemple d'aller se soumettre à la décision d'un tiers, en l'occurrence d'un juge. Une décision de résignation qui fait perdurer le conflit. Ce choix doit être le dernier ressort. Avec la médiation, c'est la liberté relationnelle et contractuelle qui est rediscutée.

Liens externes

  • Médiateur, une profession à part entière de jour en jour plus essentielle, L'Orient le jour du 30 octobre 2008 (le lien antérieur est désactivé)
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