L’affaire du chevalier de la barre

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L’affaire du chevalier de la barre de Voltaire, lu par Marie-Luce Mormin

Sommaire

Le contexte historique

L’affaire du chevalier de la barre est un extrait du précis du siècle de Louis XV. A Abbeville, le crucifix de bois posé sur le pont neuf est mutilé par des inconnus. L'évêque d'Abbeville (qui est aussi celui d'Amiens), fit une procession solennelle et grossit l'évènement en lui donnant célébrité et importance.

Le Lieutenant de police d’Abbeville (sorte de tribunal d’élection), nommé Belleval (petit-fils d’un lieutenant général des armées et dont le père avait dissipé une fortune de plus de 40 000 livres de rentes), est en charge de l’enquête. Avec lui Mr Broutel (un marchand de vin, de bœuf et de cochon qui avait acheté pour 50 francs la lettre de Reims qui lui a permis de s’inscrire au tableau des licenciés des lois).

Belleval considère La Barre comme son ennemi intime. En effet le nommé Belleval est amoureux de Madame Feydeau de Brou, l'abbesse du couvent et tante du jeune chevalier de la barre, qui l’a repoussé. Et pour se venger il a extorqué à l’abbesse quelques affaires d’intérêts. Le comportement du lieutenant a amené le jeune chevalier à prendre la défense de sa tante, ce qui n’a pas plu au lieutenant qui a tout fait pour se venger. Le lieutenant et son conseiller n’ont pas hésité à fournir de fausses accusations et de faux témoignages pour faire accuser le chevalier de La Barre. Mais aucun indice ne fut découvert pour justifier la détérioration du crucifix : « on en vint à penser qu’il pouvait s’agir d’une charrette chargée de bois ».

Cependant Belleval, ou Duval de soicourt, ne s'avoua pas vaincu et menaça, intimida les personnes qu'il interrogeait. Les délations (fausses ou vraies) pleuvent. Après avoir accusé à tort le chevalier de la barre, le lieutenant a mis à exécution sa vengeance affichée et força le juge à entendre les personnes qu’il a menacées si elles n’accusaient pas de la Barre.

De la Barre est connu pour avoir chanté 2 chansons irrespectueuses à l’égard de la religion et être passé devant une procession de capucins sans ôter son chapeau. Il fut accusé avec Etallonde, le sieur Moisnel, jean François Douville de Mailleveu et le propre fils de Belleval. Lors d'une perquisition au domicile du chevalier, on découvre 3 livres interdits, dont le Dictionnaire Philosophique de Voltaire. Cette découverte achève de le condamner, malgré son alibi.

Etallonde (18 ans), qui s’est enfui, fut condamné par contumace à souffrir de l’amputation de la langue jusqu’à la racine et à être brûlé vif.

le Chevalier de La Barre est condamné le 28 février 1766, à la décollation et au bûcher. Cette sentence fut exécutée le 1er juillet de cette même année et on brûla avec lui le dictionnaire philosophique de voltaire. Ce fut une procédure très vicieuse parce qu’elle reposait sur l’insistance d’un seul homme (Belleval) pour se venger.

Dès 1774, Voltaire tente d’obtenir la réhabilitation du jeune homme. "Relation de la mort du chevalier de La Barre à Monsieur le Marquis de Beccaria" et "le Cri d'un sang innocent en 1775" seront rédigés à cette époque là. La réhabilitation du chevalier de La Barre, réclamée dans ses cahiers de doléances par la noblesse de Paris, sera prononcée par la Convention. Le roi n'accordera sa grâce et la réhabilitation du chevalier qu'en octobre 1788, dix ans après la mort de Voltaire.

La posture du médiateur

Dans cette affaire, on remarque qu’une personne s’est créé son propre conflit intérieur : il s’agit du lieutenant Belleval. Dans le contexte présent, il n’y a pas du tout de médiation. Il existe un courant entre la monarchie et un mouvement religieux qui détiennent le pouvoir absolu. Belleval abuse de sa position de lieutenant du tribunal de l’élection pour imposer ses règles et contraindre le juge de la sénéchaussée d’abbeville à prendre en compte ses doléances et à entendre les dénonciateurs. Ainsi, il fait condamner des innocents pour le seul désir d’assouvir sa vengeance.

Dès lors c’est lui qui définit les règles du jeu. On trouve tous les ingrédients du conflit ainsi que les effets et les conséquences odieuses d’un règlement de conflit par l’adversité. Il y a une absence totale de communication.

Les causes du conflit

L’élément juridique : un contrat moral qui repose sur la religion. Le lieutenant d’Abbeville dépose plainte contre le jeune chevalier et força le juge à entendre les dénonciateurs qu’il a intimidés. Le chevalier n’avait pas la jouissance d’avoir un avocat et ne connaissait pas son chef d’inculpation avant de se présenter au tribunal.

La partie technique : le lieutenant utilise un concept religieux en place et interpelle l’évêque de la cité pour donner à cette aventure une dimension importante qui permet à l’évêque de lancer un monitoire que seul le pouvoir éclésiastique peut faire. Est considéré comme un délit le fait que le chevalier soit resté debout son chapeau sur la tête lors de la procession des religieux de Saint pierre, ainsi « le lieutenant chercha dès ce moment à faire regarder cet oubli momentané des bienséances comme une insulte prémédité faite à la religion »

L’Etat émotionnel : l’état émotionnel est défini dans le comportement du lieutenant. Il est repoussé par l’abbesse, il ne supporte pas l’attention que cette dernière porte à son neveu, il est jaloux, il est en colère puisqu’il soutire à l’abbesse quelques affaires d’intérêt. Le jeune chevalier de la Barre prend partie pour sa tante, vexé, le lieutenant se venge

L’absence de communication

Les règles de communication qui constituent une étape essentielle dans la résolution des conflits sont inexistantes dans l’affaire du chevalier de la Barre. Cependant on identifie tous les ingrédients d’un PIC qui n’est pas réciproque et qui est imposé par celui qui détient le pouvoir dans la ville. C’est lui qui est à l’origine même du déclenchement d’une aberration humaine dans le seul but de se venger.

  • Les prêts d’intention : toutes les accusations recueillies auprès de la population à la suite du monitoire lancé par l’évêque de la ville reposent sur les : « on dit, les ouï dire, j’ai cru entendre, les ouï dire qu’un nommé x a dit, les avoir entendu dire que », etc….
  • Le jugement : on constate qu’il n’y a eu aucun scandale dans la ville et que les personnes accusées ne furent arrêtées que sur des monitoires lancés à l’occasion de la mutilation du crucifix dont aucun témoin n’a reconnu leur implication.
  • Les contraintes : le chevalier n’a aucun moyen de se faire entendre, le système judiciaire en place impose ses règles, puisque les deux juges qui se sont désignés pour traiter l’affaire, Messieurs Belleval et Broutel, n’ont à aucun moment tenu compte des explications que fournissaient les accusés à l’audience. Et pour cause, ils étaient juges et parties. L’accusé ne connait pas à l’avance le chef d’inculpation, il n’avait même pas le droit d’avoir un avocat.

On peut remarquer cependant, l’attitude de Voltaire dans sa démarche de communication et de justification d’information sur la procédure d’Aberville, auprès du conseil du roi. Il a dénoncé les actes de barbarie du système judiciaire à l’égard de ces personnes innocentes.

Ce n’est pas de la médiation certes, mais il s’est comporté en négociateur. On y trouve un élément essentiel de la médiation, la communication, l’échange de point de vue entre le conseil du roi et voltaire et se sont ces armes qui lui ont permis d’obtenir (un peu tard pour sauver la vie du chevalier) réparation pour la réhabilitation du jeune chevalier et il a aussi contribué très fortement pour la grâce accordée à l’ami du chevalier le jeune Etallonde, qui lui était toujours en vit puisqu’il avait fui au moment des faits pour échapper à la sentence capitale.

Conclusion

Ce livre, je l’ai lu d’emblée avec une vision de médiateur, j’ai dû faire plusieurs lectures de cet ouvrage de 120 pages afin d’effectuer la synthèse du médiateur. Depuis le milieu de la formation, les regards et la lecture que je porte sur les ouvrages sont différents. Une vision u médiateur. L’approche est complètement basée sur l’altérité sur l’analyse et sur la distance par rapport à l’auteur - celle du médiateur (encore stagiaire) que je suis.

Ce métier est une vraie découverte ! Avec la prise en compte du fameux « esprit de médiation »….

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