L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux

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Version du 18 février 2010 à 11:28 par Agnès TAVEL (discuter | contributions)
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Elizabeth Martin a vu pour vous « L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux » (« The Horse Whisperer ») de Robert Redford

Présenté par TOUCHSTONE PICTURES
Sur la nouvelle de Nicholas Evans
Avec notamment : Robert Redford (Tom Booker, rancher), Kristin Scott Thomas (Annie McLean, rédactrice en chef au magazine « COVER »), Scarlett Johansson (Grace McLean), Sam Neill (Robert McLean, avocat au Barreau de New York), Dianne Wiest (Diane Booker), Chris Cooper (Franck Booker, rancher), Catherine Bosworth (Judith) ;
et les chevaux dénommés « Gulliver » pour Judith  et « Pilgrim » pour Grace.
Musique de Thomas Newman.

Sommaire

Introduction

Ce long-métrage de Robert Redford, filmé dans les paysages splendides des USA, de l’hiver froid et neigeux de la côte Est, jusqu’à l’été ensoleillé et chaud du Montana, a fait connaître la profession d’éthologue équin, véritable spécialiste de la psychologie animale, qui, alliant à la fois douceur, patience, sens de l'observation, force de persuasion et amour des chevaux, permet de rassurer l'animal en travaillant avec lui et non contre lui, et au propriétaire du cheval, de renouer la confiance entre l'animal et lui.

L’histoire est simple mais tragique : deux jeunes amies, excellentes cavalières de 13/14 ans, propriétaires de deux hongres « Gulliver » pour Judith et « Pilgrim » pour Grace, font ensemble un matin d’hiver très enneigé peu avant Noêl, une promenade à cheval. Elles connaissent bien leur parcours, mais n’ont pas compris qu’en choisissant, ce matin-là, le raccourci habituel qui leur permet de contourner une voie ferrée, elles vont devoir faire monter à leurs chevaux, un talus que la neige rend impraticable d’autant qu’ils ne sont pas ferrés en conséquence.
En contrebas dudit talus, alors qu’elles essaient de le faire grimper à leurs montures, se trouve une route empruntée au même moment par un énorme camion de transport de matériaux de construction.
Gulliver, qui est en tête, glisse, tombe et Judith, tombée de sa selle, est traînée sur le sol, un pied coincé dans son étrier.
Grace tente d’arrêter Gulliver pour remettre Judith en selle.
A l’instant où elle a enfin pu stopper le cheval de son amie, elle voit surgir le camion, dont le chauffeur qui a vu les chevaux et leurs cavalières, écrase sa pédale de frein en klaxonnant à toutes forces. La route est glissante, sa remorque se déporte sur sa gauche. Le camion est incontrôlable.
Interdite, Grace lâche les rênes de Gulliver, voit le camion balayer Gulliver et Judith puis foncer sur elle et Pilgrim.

Gulliver et Judith ne survivent pas à cet accident.
Grace et Pilgrim, eux, très gravement blessés, vont s’en remettre, mais Grace amputée du pied droit jusqu’au genou est équipée d’une prothèse et Pilgrim, dont la blessure sur le côté droit de son chanfrein terrorise Grace, refuse tout contact avec l’Homme.

Annie, la mère de Grace, également cavalière, se rendant compte de l’importance de la dépression de sa fille qui refuse de poursuivre sa scolarité et que Pilgrim n’est plus approchable par l’Homme, décide d’avoir recours à Tom Booker, un « chuchoteur », dont le ranch se trouve dans le Montana.
Les kilomètres qui séparent New York du Montana importent peu, parfaitement déterminée, elle emmène Grace et Pilgrim près de Tom Booker, afin qu’il trouve le remède ou la solution.

Avec d’excellents acteurs et des chevaux parfaitement dressés, ce film fait vivre à ses spectateurs les phases successives de la médiation menée par le « chuchoteur », entre la cavalière handicapée et son cheval dont certains pensent que l’accident l’a rendu fou.

Instruction de l’affaire

Tom Booker se rend au motel « Lazy Jane » où Annie et Grace ont élu domicile.

Préliminaire : l’observation

  • L’observation de Grace : Une prothèse du pied droit jusqu’au milieu du mollet. Pas un mot de Tom.
  • L’observation de Pilgrim dans le pré de la grange du motel. Tom fait sortir le cheval qui était enfermé dans la grange. Chanfrein couvert de boue séchée, côté droit du chanfrein pratiquement à vif, encolure parcourue de longs frissons. Sur le poitrail : longue cicatrice. Entre le bras et le coude droit, encore une cicatrice. Vérification de la vue du cheval : Tom s’empare d’un petit caillou qu’il lance aux « pieds » de Pilgrim. Le cheval recule d’un pas et agite sa tête d’avant en arrière : il semble dire « oui » à Tom, le regarde très attentivement et n’a pas peur de lui.

Le traitement des informations perçues par Tom

Tom doit analyser rapidement ce qu’il vient de voir, d’entendre et de ressentir.
Il doit évaluer la situation alors même qu’Annie ne lui a rien raconté de l’accident et doit peser le pour et le contre : accepter de s’occuper de ce cheval ou refuser ?

Le dialogue entre Tom et les deux femmes

Tom est très psychologue et attentif à Grace et à sa mère.
Aux yeux de Grace, il marque un point : il coupe court aux tentatives de remarques d’Annie que Grace trouve trop dirigiste, en lui faisant sentir qu’elle n’a rien à dire, ni rien à décider.
Il laisse à Grace le pouvoir de choisir qu’il prenne ou non soin de Pilgrim.
Et Grace accepte, au motif qu’ « il n’y a rien d’autre à faire ici, de toute façon. », mais en réalité parce qu’elle souhaite non seulement que son cheval aille mieux, mais aussi parce qu’elle aimerait le monter à nouveau.

Les réflexions supposées de Tom

Pilgrim physiquement : un alezan puissant, d’environ un mètre soixante-dix au garrot ; une belle bête ; amaigri mais il retrouvera sa santé originelle dans quelques mois ; il voit, certainement pas clairement, mais il voit ce qui est l’essentiel. Considérant la force dont il vient de faire preuve, Tom conclut que ses blessures ne lui ont apparemment pas laissé de séquelles, cela étant cependant à vérifier. Il est exact que sa face donne le frisson, mais la cicatrice du chanfrein s’atténuera avec le temps.

Pilgrim psychologiquement : ce cheval n’est ni méchant, ni fou. Pourquoi est-il dans cet état psychologique ? Que lui est-il arrivé exactement ?

Grace physiquement : une adolescente de taille normale pour son âge, une silhouette fine, un handicap à vie, impressionnant et dramatique pour une jeune fille.

Grace psychologiquement : elle est renfermée sur elle-même, elle est cassante, elle semble à la fois très en colère, déterminée, mais aussi très anxieuse pour son cheval et Tom a pu noter qu’elle affiche une certaine tristesse par moments.

Cacherait-elle autre chose ? A-t-elle quelque chose à se reprocher ? La tristesse est-elle due uniquement à son handicap ? Pourquoi refuse-t-elle qu’un tiers intervienne pour Pilgrim ?

Evaluation de la situation :

Pilgrim : Il se défend car il a peur. Peur pourquoi ? Peur de qui, de quoi ?  Il n’a pas besoin de repos, car ce repos, il l’a eu le temps de la cicatrisation de ses plaies qui ne sont pas récentes. Il doit être remis en jambes et respirer à l’air libre, et non pas dans cette grange infecte et sombre. Il doit dominer sa peur, reprendre confiance en lui, réapprendre à vivre.

Grace : Prothèse certes, mais elle peut s’en sortir car la Science progresse de jour en jour. Psychologiquement, il faut la faire parler.

Un inventaire partiel mais imprécis,:

Il est évident que Grace aime son cheval. A défaut, elle n’aurait pas assisté à l’examen de son cheval.

Tom pressent une cause logique : le couple cheval/cavalière présente d’importantes blessures. Ils ont certainement eu, ensemble, un accident. Où, quand, comment ? Telles sont les questions qui restent en suspens.

Tom et d’avis de traiter Pilgrim et Grace ira mieux :

Pour le cheval : rien n’est impossible.

Pour Grace : si, à son âge, elle est capable de monter ce cheval, elle est certainement une excellente cavalière, donc pourquoi ne pas l’aider, d’autant qu’elle sera plus à l’aise à cheval qu’à pied.

Tom Booker est un expert. Sa méthode est on ne peut plus rationnelle.

Action

Tom a pris sa décision : le cheval d’abord, la cavalière ensuite car, dans l’immédiat, elle marche difficilement, aidée d’au moins une canne.
En sa qualité d’expert en « chevaux difficiles », il va faire preuve de méthode, il va structurer son action, organiser et reconstruire ce qui a été détruit.

Le cheval

Les premières séances de rééducation

Pilgrim est amené au ranch Booker et sa rééducation commence :

enfermé dans un corral circulaire : vérification de ses allures de ses changements de pied et de son obéissance aux ordres ; séances  de balnéothérapie : pour lui faire reconstruire ses muscles ;
à l’occasion de la quatrième séance, Tom fera preuve d’une immense patience, face à ce cheval qui, terrorisé par une sonnerie de téléphone, s’est enfui au fond d’un champ proche de la rivière et qui, à la fin de la journée, va revenir tout seul vers lui.

Les séances subséquentes

La méthode employée par Tom est récompensée : Pilgrim retrouvant son équilibre, est redevenu un cheval calme et approchable par Tom, en tout cas.
Par ailleurs, physiquement, il a repris du poids, les cicatrices s’estompent un peu : il est à nouveau le beau hongre qu’il fut. La partie semble gagnée.

La cavalière

Qu’a fait Tom avec Grace depuis son arrivée ?
Rien : elle devait s’habituer à son nouvel environnement, développer ses capacités de marche avec sa prothèse et surtout … prendre confiance en elle.
Il ne lui a jamais rien demandé.
Ce temps est révolu, Tom, qui est un homme qui structure, construit ou reconstruit, a décidé qu’il était temps de s’occuper de Grace qu’il côtoie tous les jours, depuis environ quatre mois.

Grace se voit confier une responsabilité importante

Cette adolescente, que sa prothèse contraint à des mouvements lents, alors qu’elle était habituée à des efforts physiques importants en sa qualité de cavalière notamment, et, qui plus est, n’est plus scolarisée, s’ennuie c’est évident.
Elle n’ose pas faire quoi que ce soit puisque personne ne lui a rien demandé. Tom lui donne sa chance : s’occuper des chevaux, les bouchonner, changer leurs litières. Elle n’attendait que cela et accepte.

Le premier réel dialogue entre Grace et Tom

Puisque Tom ne sait rien de ce qui s’est passé, il faut que Grace raconte. Toutefois, l’adolescente ne se confie pas facilement. Puisqu’elle marche mieux, il va lui montrer qu’elle peut oublier sa prothèse et lui donner une seconde raison d’avoir confiance en elle.

Il la fait conduire son pick-up et lorsqu’ils sont arrivés à destination, engage la conversation en lui faisant raconter comment elle est devenue propriétaire de Pilgrim. Puis il dit : « Tu sais, j’ai un problème. Quand je travaille avec un cheval, j’aime bien connaître son histoire. En général il me raconte tout lui-même à sa façon, mais certains sont tellement perturbés qu’on a besoin d’en savoir plus.
[Silence].
Je ne sais pas si tu as envie de parler de ça maintenant et je comprendrai si ça t’ennuie, mais pour me faire une idée de ce qui lui trotte dans la tête, j’aurais besoin que tu me racontes exactement ce qui s’est passé ce jour-là. »

Silence de Grace. Tom : « Pas aujourd’hui. Dès que tu le sentiras. Je te laisse décider. »

Cette promenade avec Tom sera le déclencheur pour le renouveau de Grace.

La détermination de Grace : remonter à cheval - De la pédale d’accélérateur aux étriers

Sa détermination résulte d’une part de ses observations des progrès que Tom a fait réaliser à Pilgrim, d’autre part, de la responsabilité que Tom lui a confiée et de conduite du pick-up : elle a repris confiance en elle, la vie lui est moins triste, sa prothèse n’est plus, physiquement, une contrainte constante, elle a plus de force qu’à son arrivée. En conséquence, elle peut remonter.

Elle fait une tentative avec le cheval de Joe, l’aîné des neveux de Tom : sans succès. En effet, le pied gauche à l’étrier, Grace ne parvient pas à prendre appui sur son pied et sa jambe droite pour s’élever jusqu’à la selle. Echec cuisant pour l’adolescente.

La prothèse et la peur du futur

Grace est une adolescente intelligente et réaliste. La prothèse n’est plus une contrainte physique. Cependant, elle demeure une contrainte psychologique : elle constitue pour le futur un handicap majeur. En effet, quel jeune homme sera capable d’aimer durablement une jeune fille, aussi jolie et intelligente soit-elle, lorsqu’il aura constaté qu’elle n’a qu’une jambe et demie ?

Grace se confie enfin à Tom : elle raconte l’accident

Grace a toujours suivi les séances de rééducation de Pilgrim. Ce jour-là, elle est seule à les observer, debout derrière les barrières du corral.

Tom est assis, dans le corral. Pilgrim le regarde. Tom fait un nœud à une corde. Pilgrim a vu Grace, mais il se dirige au pas vers le dos de Tom. Il le sent. Tom dirige vers ses naseaux la corde qu’il nouait ; Pilgrim renifle le bras de Tom qui, avançant lentement ce bras, le caresse sous la mâchoire inférieure. Grace regarde cette scène, émerveillée.

Plus tard dans la journée, elle tentera d’approcher son cheval dans son box, mais y renoncera, compte tenu de la réaction du cheval. Jusqu’au soir, assise dans l’écurie, elle attendra le retour de Tom.

- Grace : « J’attendais que vous reveniez »
- Tom, qui comprend qu’elle est prête à lui raconter l’accident : « Tu as faim ? »

Dans la cuisine de l’appartement des ouvriers de la ferme, Tom prépare en silence leur dîner. Grace est assise, silencieuse quant tout à coup, sans que Tom ait demandé quoi que ce soit, elle raconte :

- Grace : « Judith me parlait d’un garçon. Elle n’a même pas eu le temps de me dire son nom.  »

Tom éteint la cuisinière et écoute sans bouger, Grace continuer son récit.

- Grace : « On allait contourner le pont de la voie ferrée. On riait. Je ne sais plus pourquoi. J’ai oublié. Et tout d’un coup, son cheval est tombé et son pied s’est pris dans l’étrier. Elle avait l’air terrorisé … et ensuite j’ai vu le camion déboucher du virage. Il a pas arrêté de klaxonner. Il nous a vues. Alors j’ai essayé d’attraper ses rênes et de tirer son cheval sur le bas-côté et le camion s’est mis à glisser. J’avais plus le temps de faire quoi que ce soit. Le camion est arrivé sur Judith et puis … elle a disparu. Ensuite il est arrivé sur Pilgrim. Pilgrim s’est cabré devant le camion et je suis tombée en arrière. Mais Judith … Oh ! non, Judith [Grace fond en larmes] je te demande pardon, Judith. »

Tom vient s’asseoir à côté de Grace qui se tourne vers lui et se jette dans ses bras en pleurant.

Tom : « Je ne dirais pas que ça va passer, mais je veux que tu saches que tu n’as rien à te reprocher. La même chose aurait pu arriver à Franck ou à Joe. Ca ne sert à rien de chercher à tout prix une explication à ce qui s’est passé… Ne disparais pas. Fais tout ce que tu peux pour tenir. Il y a autre chose que je veux te dire. Quand Pilgrim s’est cabré face au camion, je crois que ce maudit cheval t’aimait tellement qu’il a voulu te protéger. J’en suis sûr. »

Grace, les yeux pleins de larmes, embrasse Tom et se jette à nouveau dans ses bras.

Tom a réussi :
d’une part à la faire parler : elle vient de lâcher prise en affirmant qu’elle se reprochait la mort de son amie Judith, ce qui explique sa tristesse, son introversion et ses réponses parfois très cassantes. Ce terrible accident explique également pourquoi elle a peur de son cheval, de ses hennissements de terreur qui déchirent l’air et de ses mouvements brusques et puissants, de défense ;

d’autre part, il connaît enfin les circonstances de l’accident …[ encore qu’elle ne lui ait raconté que ce qu’elle a vécu et vu jusqu’à ce qu’elle perde connaissance]. Tom comprend dès lors les frayeurs du cheval.

Toutefois, très logiquement, il ne peut que se demander si le cheval pourra à nouveau être monté et accepter Grace : a-t-il peur d’elle, n’a-t-il plus confiance en elle, lui reproche-t-il l’accident ? Quant à Grace : saura-t-elle surmonter sa peur ?

Tom, le médiateur : un étonnant savoir-faire

Sur le fondement de l’historique de l’accident, Tom agit sur Pilgrim

Pilgrim, amené dans le corral, est calme. Tom le selle, puis il va chercher Grace qui lui sourit. Il l’entraîne vers son cheval, en la tenant par l’épaule.

La révélation : Pilgrim a peur de Grace

Pilgrim voit venir Tom et Grace. Il hennit doucement. Tom s’avance, seul, vers lui, et la rêne gauche dans ses mains, veut entraîner Pilgrim vers sa cavalière.

Hélas, face à Grace, Pilgrim recule immédiatement, hennit plus fort cette fois et relève son encolure. Tom se tourne vers lui et lui tapote l’encolure pour le rassurer. De son côté, Grace, immobile au centre du corral ressent à nouveau la peur.

Tom fait marcher PIlgrim au pas, pour le détendre, comme on fait toujours avec un cheval qui ne veut pas se laisser monter. Il le positionne à nouveau face à Grace. Et là, Pilgrim a compris que Grace va monter. Il se cabre violemment plusieurs fois, hennit aussi fort que le jour de l’accident… La tension monte dans l’assistance et le visage de Grace se ferme à nouveau.

Tom fait signe à son assistant qui l’aide avec un lasso attaché à la selle, à remonter l’antérieur gauche de Pilgrim.

Pilgrim a-t-il réellement peur de Grace ? Ne lui fait-il plus confiance ou refuse-t-il de la reprendre en charge pour une promenade ?

Le savoir-faire de Tom : le lâcher prise de Pilgrim

Tom fait faire à Pilgrim, sur trois jambes au lieu de quatre, le tour du corral, en le maintenant à la longe. Il veut obliger Pilgrim, en abaissant la longe au ras du sol, à se coucher sur le flanc gauche. Après quelques instants pendant lesquels Pilgrim a montré d’une part sa force, d’autre part, sa détermination à rester debout, il cède à la pression de Tom sur la longe et se couche, flanc gauche au sol. : il a lâché prise.

Tom a pris l’option suivante : le cheval refuse de reprendre en charge sa cavalière pour une promenade car il redoute qu’en cas d’accident, elle le laisse seul, comme ce fut le cas sept à huit mois auparavant : il y a effectivement conflit entre lui et Grace. Toutefois, c’est un animal et il n’a pas pu comprendre qu’étant inconsciente et également gravement blessée, elle ne pouvait plus l’aider ce jour-là.

En conséquence, en ayant fait se coucher Pilgrim, Tom entend bien faire revivre au couple cheval/cavalière, les instants terrifiants, immédiatement postérieurs à l’accident, que Pilgrim et Grace ont vécu séparément.

Flash-back pour Pilgrim et Grace

Tom fait venir Grace près de lui, la fait asseoir avec lui sur l’épaule droite de son cheval, puis les laisse seuls. Grace est seule, assise sur l’épaule de son cheval et continue ses caresses. Pilgrim relève doucement la tête et regarde sa cavalière qui pleure sans bruit. Elle revoit, comme son cheval, le terrible accident dont ils ont été tous les deux, victimes. Puis Tom montre alors à Grace comment faire basculer Pilgrim sur le côté droit pour qu’il se remette debout : pour Grace, il ne s’agit que de mouvements de rênes.

La solution du conflit

Le résultat de la médiation de Tom

Pilgrim se relève. Grace, bouche ouverte, yeux, grands ouverts et tenant à deux mains le pommeau de la selle, semble paralysée par le changement de position de sa monture. Debout, Pilgrim reste immobile, puis se met à marcher au pas, lentement. Après quelques minutes, il entame le trot en respirant très normalement. Un tour du corral au trot, il hennit doucement, comme de joie, et prend le galop, sans que Grace ait fait un seul mouvement de jambe : il est satisfait. Grace est souriante et tient les deux rênes de son cheval dans ses mains. Son corps accompagne parfaitement l’allure de Pilgrim : elle a retrouvé son cheval.

Une salve d’applaudissements et toute la reconnaissance de Grace

Toutes les personnes qui ont assisté à cette épreuve manifestent leur joie pour Grace, Pilgrim et bien entendu pour Tom : applaudissements nourris, grands sourires et cris de « Hourra ! ». Quelques instants plus tard, Grace arrête son cheval, lève les bras au ciel, puis se penche sur l’encolure de Pilgrim pour lui témoigner son affection. A ce moment précis, les oreilles de Pilgrim se dressent au ciel : il a tout oublié, il est heureux. Il a enfin retrouvé l’harmonie.

Tom Booker :
un expert calme, patient et souriant qui a su prendre la distance nécessaire entre lui et Grace, la laissant se reconstruire physiquement, ne lui parlant jamais de sa prothèse et ne lui posant que deux questions à propos de son cheval ;
un homme déterminé à réussir sa mission qu’il a parfaitement structurée ;
un médiateur psychologue, au savoir faire extraordinaire, qui lui a fait rejeter la solution la plus simple : approcher un escabeau de trois marches contre le flanc gauche de Pilgrim afin que Grace y monte et enfourche son cheval, pour préférer solder définitivement le conflit entre le cheval et sa cavalière en les obligeant à revivre les instants cruciaux de leur accident.

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