LA CRISE EUROPEENNE

De WikiMediation.

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O n n’est pas sorti de … la crise (ou chronique d’une impasse annoncée)

L' Union européenne a pour principaux objectifs : • d'établir les fondements d'une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens, de sauvegarder la paix et de rechercher l'unité politique • d'assurer, par une action commune, le progrès économique et social : création d'un marché intérieur européen et renforcement de la cohésion sociale. • favoriser le développement économique et social et faire face avec succès aux défis de la mondialisation

L’Europe a donc pour mission d’assurer une unité politique, économique et sociale Dans les valeurs que l’Europe véhicule , le concept d’altérité est très présent. Mais la réalité est aujourd’hui tout autre. L’Europe vit depuis quelques temps une période très tourmentée sur fond de crise financière et on assiste à de véritables surenchères sur la façon de sortir d’une crise où dominent des enjeux politiques, économiques et financiers à l’échelle mondiale. La réunion des ministres des finances à Wroclaw en Pologne le 17 septembre dernier en est la parfaite illustration : Aucune décision n’a été prise. Les représentants européens ont eu du mal à s’exprimer d’une seule voix sur les points décisifs.

En effet :

- Les européens n’ont pas réussi à s’entendre entre eux sur la façon de sortir de la crise financière : on assiste à une divergence d’idées et de positions …. L'idée d'une taxe sur les transactions financières, qui permettrait de dégager les fonds nécessaires est source de discorde au sein de l'Europe même, puisque la France et l'Allemagne y sont favorables alors que les Britanniques, s'y opposent. "Il y a des divisions considérables à ce sujet", a reconnu le ministre polonais des Finances Jacek Rostowski, expliquant que de nombreux Etats craignent qu'une taxe sur les transactions financières circonscrite à l'Union européenne "aboutisse purement et simplement à ce que les transactions se déplacent hors de la zone". Le ministre belge des Finances, Didier Reynders a défendu cette taxe qui serait un outil "important, non seulement pour financer le budget (européen) mais pour stabiliser les flux des marchés financiers". A défaut de pouvoir mettre en place cette taxe au niveau mondial, "nous le ferons dans l'Union européenne, et si c'est impossible, dans la zone euro", a affirmé, volontariste, M. Reynders. "C'est une question techniquement simple, économiquement supportable par le secteur financier, financièrement productive et politiquement juste", a plaidé de son côté le commissaire européen aux Services financiers, Michel Barnier. Par ailleurs , les dirigeants européens font corps sur un sujet : celui de la monnaie unique Certains n’hésitent pas à rappeler de façon insistante que la crise européenne est la crise de la dette et non la crise de l’euro. La crise de la dette, sujet sur lequel les ministres des finances européens n’ont pas avancé. Le second plan d'aide au pays, de près de 160 milliards d'euros n’a pu se concrétiser. Alors que la situation de la Grèce empire jour après jour. Sans ce plan de sauvetage, le pays est menacé d'un défaut de paiement. … Le dossier grec bloque en particulier sur l'exigence finlandaise de garanties financières en échange de nouveaux prêts. "Nous négocions en continu, mais il n'y a rien de nouveau pour l'instant", a déclaré récemment la ministre finlandaise des Finances. Les nouvelles difficultés de la Grèce apportent une nouvelle ombre sur la capacité de réaction de la zone euro. C’est à nouveau la réputation et la capacité de décision de l'ensemble de la zone euro qui sont mis en exergue. Les risques sont majeurs : la nouvelle dégradation de la situation grecque pourrait affecter à nouveau les pays les plus fragiles déjà sous assistance – Irlande et Portugal – et pourrait s’étendre à d'autres pays fragilisés par la crise, comme l'Espagne.


Si d'autres Etats devaient connaître de nouvelles difficultés à cause de la Grèce, les fonds de soutien mis en place risquent de se montrer insuffisants. D'autre part, les difficultés grecques peuvent également fragiliser le système bancaire, de la Grèce d'abord, mais plus largement de tous les pays dont les banques sont exposées au risque grec. Le problème grec et l'incapacité de la zone euro à régler ses problèmes inquiètent par ailleurs en dehors de la zone Europe : les Etats-Unis, la Chine ou le Japon ont multiplié les pressions, ces derniers jours, sur les Européens pour qu'ils trouvent une solution durable. Ces conflits d’idées et de positions génèrent perte de temps, dépense d’énergie et perte financière. On constate une inertie de la part des responsables politiques et le seul point sur lequel les Européens sont parvenus à s’entendre , c’est sur la critique des propositions américaines …

- Les Etats-Unis critiquent la gestion de la crise de la dette européenne : On assiste à une divergence de positions mais surtout à un conflit d’intérêts. … La défense de l'Union monétaire est venue de Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne (BCE) : "Prises dans leur ensemble, l'Union européenne et la zone euro sont dans une situation probablement meilleure que les économies d'autres grands pays développés", a-t-il affirmé à la presse. Il a par ailleurs précisé que le déficit de la zone euro devrait être nettement inférieur à celui des Etats Unis cette année. M. Trichet reconnaît par ailleurs "des erreurs au niveau de certains pays pris individuellement", qui ont accumulé déficits et dettes publics trop importants. La zone euro renvoie les Etats-Unis à leurs difficultés Ces propos sont une réponse aux déclarations du secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, venu en Pologne « faire la leçon aux Européens » sur la manière de faire face à la crise d'endettement excessif qui inquiète désormais le monde entier. M. Geithner avait exhorté la zone euro à mettre un terme à ses divisions sur les moyens de résoudre cette crise, en particulier entre la BCE et les gouvernements européens, mettant en garde contre les risques "catastrophiques" de la désunion. M. Geithner avait aussi incité la zone euro à donner davantage de puissance de feu à son Fonds de secours financier (FESF) pour les pays les plus fragiles. Les ministres européens ont peu apprécié ces recommandations. L'Allemagne a suggéré à l'inverse aux Etats-Unis de soutenir l'idée d'une taxe sur les transactions financières, qui permettrait de dégager les fonds nécessaires. Ce que le ministre américain des Finances a catégoriquement refusé. «L'Amérique n'a rien à nous dicter quand elle-même refuse platement nos suggestions», ajoute l'Autrichienne Maria Fekter. On ne peut que constater l'absence de réponse politique concertée à la crise. En donnant toujours plus d'argent à la Grèce, l'Europe entretient le régime de crise dans lequel elle s'est installée et la question de savoir si l’Europe peut générer suffisamment de croissance pour rembourser ses dettes. De ce point de vue, à moyen ou long termes, les États-Unis, l'Angleterre et la France ne sont pas à l'abri également d'une mauvaise surprise. Les Etats-Unis, à la veille d’une nouvelle campagne présidentielle, craignent une faillite de la Grèce, une contagion aux banques européennes et une possible fracture de la zone euro. Si la crise s’aggrave, l'économie américaine en subirait le contrecoup, choc inverse de celui qui avait frappé l'Europe après la faillite de la banque Lehman Brothers en 2008. Il s’agit donc bien de conflit d’intérêts avec comme toile de fond des intérêts à la fois politiques et économiques.



En conclusion : Pour les Américains comme pour les Européens, le rendez-vous de Wroclaw se termine sur un sentiment de frustration. Aucun consensus n’ayant été trouvé, même pour les sujets urgents : l' Eurogroupe a repoussé à la mi-octobre toute décision sur le versement de 8 milliards d'euros à la Grèce. Il n'a pas non plus trouvé d'accord sur les garanties que la Finlande exige de la Grèce. Le rendez-vous de Wroclaw ne fait que renforcer cette idée de la désunion des Européens dans leur réponse à la crise économique elle-même. La question reste posée : Qu’auraient pu faire les Européens pour affronter la crise au moins dans une apparence d’union ? Certes, les plans de relance sont conçus par chaque pays membre de l’union européenne .Mais les mesures proposées par chaque état membre n’auraient - elles pas pu être rassemblées dans un « plan de relance de la zone euro » qui aurait montré la capacité des acteurs à se concerter et à travailler ensemble ? Serait-ce un manque d’attachement au projet européen ? Un manque de confiance dans sa capacité à gérer des situations difficiles comme la crise de la dette … Le traité de Lisbonne a précisé les valeurs de l’Union, à savoir le respect de la dignité humaine, la liberté, la démocratie, l’égalité, l’État de droit, le respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. Elles sont dites communes aux États membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l’égalité entre les femmes et les hommes. Ces valeurs évoquent une union européenne dont le socle est le droit et l’équité mais où l’environnement est occulté. Ces valeurs ne seraient-elles pas éloignées des réalités politiques et économiques, à fortiori en période de crise ou de conflit  ?

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