La Zizanie

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Version du 9 septembre 2013 à 20:56 par Yves Fagherazzi (discuter | contributions)
La Zizanie : un laboratoire de la mise en place des conflits. De René Goscinny et Albert Uderzo, La Zizanie est une bande dessinée qui scénarise la tentative menée par les Romains de mettre fin à l’existence du village gaulois « qui résiste encore et toujours à l’envahisseur » en y semant la discorde. Partant de ce prétexte, l’album met en image la manière dont des conflits se construisent, l’effet qu’ils ont sur une organisation ou un groupe et comment ce même groupe va trouver l’énergie pour résister et se reconstruire (résilience).

Une fiche initiée par Yves Fagherazzi - version 3.4 du 14 août 2013

Nota :  annotations dans les bulles : "P" pour prêt d'intention, "I" pour interprétation, "C" pour contrainte.

Sommaire

Au fil de l'histoire

Le point de départ (pages 5 à 6) :

Idée géniale
L’histoire débute sur le contraste entre l’ambiance du village gaulois (amical et gais) et celui du sénat romain où on « règle ses comptes ». L’intervention du sénateur Stradivarius est un bon exemple d’agression qui vise à générer un blocage vis-à-vis de son interlocuteur, en l’occurrence César. A la requête de ce dernier demandant de l’argent pour un nouveau projet (nouvelles conquêtes), le sénateur répond par un jugement de valeur qui met en cause la compétence de chef de guerre de César (« … n’est même pas capable d’assurer la paix romaine à l’intérieur de ses conquêtes. ») et termine par une déclaration dévalorisante (« … nargue nos forces d’occupation » : nos forces ou plutôt leur chef sont l'objet de moqueries).

On remarquera qu’à aucun moment, le projet de César n’est abordé ni dans son bien fondé ni dans son opportunité. On peut également penser que le fond du problème n’est pas tant l’existence du village gaulois que les limites mises par César au pouvoir du Sénat Romain. (Voir commentaire de César à la page 6 – fin de la première ligne). Au mépris affiché par César répond la rébellion du Sénat, le dénigrement et la minimisation de son action. Nous sommes bien dans une dynamique conflictuelle.

Dans l’entreprise : situation typique d’une instance qui s’est sentie négligée par le passé (CE, CHSCT, Comité de Direction, …) et qui prend sa revanche à l’occasion où l’autorité dont il attendait de la considération est dans l’obligation d’en passer par elle (info consultation pour un changement d’organisation par exemple).

César préfère alors battre en retraite. Il se sent dans l’obligation de réagir. Dans un style "médiateur", il aurait pu dire "Je vous remercie de la clarté de votre position." .... et passer à autre chose. Après tout, a-t-il vraiment besoin de l'accord du Sénat ?

Toujours est-il, lors du conseil qui se tient dans sa demeure, deux éléments intéressants sont à noter.

D’une part, chaque intervenant fait des propositions en fonction de lui-même plus qu’en fonction d’une analyse précise de la situation. Ainsi Brutus propose la force, un autre conseillé (qui a un « look » de business man) propose d’acheter les Gaulois, … On vérifie là que « je » ne parle que de moi. 

D’autre part, il convient de s’arrêter sur la proposition qui va être retenue et fera la trame de l’histoire : « … leur force vient de ce qu’ils sont unis, si nous parvenions à semer la zizanie, la discorde dans le village alors ils se disperseraient et la potion n’aurait plus aucun intérêt. ». Au travers de ces quelques lignes les auteurs mettent en lumière que la vraie force du village gaulois est la qualité de la relation entre ces habitants, la potion magique ne devant être considérée que comme un outil, un moyen au service de cette relation.

Dans l’entreprise : d’excellents collaborateurs ne font pas pour autant une entreprise à succès, si ces derniers ne « font pas équipe ». De même avoir le meilleur produit (potion magique) ne permettra pas à une entreprise de se développer si les relations en interne (et donc probablement avec ses clients) sont détestables, au point d’en faire partir les collaborateurs (« … ils se disperseraient … »).

La mise en œuvre (pages 7 à 14) :

Reste à trouver l’instrument pour « dissoudre cette union ». Ici entre en scène Détritus, semeur de zizanie. Les pages 7 et 11 sont consacrées à la démonstration de l’efficacité du personnage.

Comment procède-t-il ?

… en ne faisant rien ou presque rien, en tout cas pour sa première intervention : sa seule apparition déclenche la discorde entre les conseillés de César. S’en suivent une avalanche de prêts d’intention et d’interprétations dont le thème central est la loyauté des présents envers César.

Comment une étincelle met le feu aux poudres
« C’est ça la solution à tous nos problèmes ? Il n’a pas l’air bien terrible » : Interprétation négative (dévalorisation) - contestation de l'autorité de celui qui a proposé la solution de l'intervention de Détritus - recherche pour Brutus de recréer l'harmonie en soi (ce n'est pas sa solution).

« Oh, bien sûr ! Quand une idée n’est pas de Brutus, Brutus est jaloux » : Prêt d’intention (dérision) - rupture de l'équilibre relationnel (Dent pour dent).

« Jaloux, moi ? Je suis peut être jaloux mais je n’ai pas trahi César en me mettant à la solde de Pompée, son ennemi » : Prêt d’intention (rébellion) - recherche par Brutus de la satisfaction de ses besoins (être reconnu de César, rester son "préféré", en tant que fils adoptif - on connaît la suite) et déclenchement d'un rapport de force.

Au fait que vient faire cette question à ce stade ? On voit ici comment une situation conflictuelle amène les protagonistes sur des terrains qui n’ont plus rien à voir avec l’objet même du différent mais qui ont un lien avec la relation entre les personnes concernées (jalousie, méfiance, …) et avec le besoin viscéral d'être bien (homéostasie).

La seule intervention de Détritus est la formulation d'une hypothèse  : les conseillés de César auraient profité de la naïveté de celui-ci … ce qui revient à remettre en cause son autorité de chef et sa clairvoyance … et entraîne immédiatement une réaction agressive de l’intéressé (au lieu de « je vous remercie de présenter aussi clairement votre analyse de la situation »), signe que la remarque de Détritus a touché son égo.

Tout ce développement montre également comment les personnes en conflit se projettent dans un univers dans lequel elles s'enferment et enferment les autres avec elles (Luigi Pirandello) : sur deux pages, à aucun moment n'est évoqué le fond de l'affaire. Détritus se retrouve ainsi envoyé en Gaule, sans que la stratégie de son intervention ne soit évoquée et encore moins arrêtée.
Conflits et catastrophes !


La deuxième démonstration se fait au détriment des pirates. Ces derniers attaquent la galère qui emmène Détritus en Gaule. L'homme posté sur la hune de la galère romaine cherche à prévenir son capitaine. Mais comme les deux hommes sont en conflit, cet avertissement est ignoré ("Personne ne l'écoute celui là, il est en quarantaine").
Au moment de l'abordage, l'équipage romain est totalement accaparé par son conflit interne et se retrouve dans la totale incapacité à faire face. Détritus (bien intentionné par rapport à lui-même !) sème alors la zizanie chez les pirates, qui se battent entre eux, jusqu'à couler leur propre bateau !

Dans l'entreprise : les conflits sont systématiquement contre-productifs. En effet, ils augmentent les « frottements » des rouages de l'entreprise (on peut dire également qu’ils en augmentent l’entropie). Ce faisant, ils augmentent l’énergie et les moyens nécessaires à son bon fonctionnement, énergie et moyens qu’ils détournent de l’objet même de l’entreprise (ses produits, son marché, ses clients). Ils diminuent ainsi sa capacité à anticiper sur les risques et les opportunités, parce qu’ils empêchent la bonne circulation d’informations essentielles, du fait de la mauvaise qualité de la relation entre les acteurs. Poussés à l’extrême (comme dans la BD), ils peuvent conduire à d’authentiques actes de sabotage des personnes en conflit envers leur propre entreprise.


Fatalisme et habitudes

Pour prolonger notre analyse de la « technique » de Détritus, reportons nous maintenant aux pages 12 à 14 : Détritus parvient à semer la zizanie dans le village en offrant un vase précieux « … à l’homme le plus important du village … » qu’il considère être Astérix et non le chef, Abraracourcix …

Plus précisément : la page 12 est à nouveau un rappel de la bonhomie des habitants du village, reposant pour partie sur des rôles convenus et des rites bien ancrés comme l’anniversaire du chef, qui fera semblant d’être surpris, fera un discours de circonstance correspondant à sa fonction (« … ma position de chef, d’homme le plus important du village, me rend tributaire de certaines obligations … » - qui le flattent plus qu’elles ne l’obligent peut-on ajouter) et recevra, comme chaque année, un glaive, un bouclier, un menhir et un poisson empaillé, au grand dam de son épouse qui attendrait « … un beau bibelot. ».

La problématique est montée : la bonne entente entre les habitants du village est construite, au moins pour partie, sur des codes, des traditions, des habitudes dont on ne connaît plus vraiment le sens, une sorte de fatalisme fonctionnel et d'habitude, et qui reposent sur des non-dits et des approximations. Par exemple, le chef est-il réellement l’homme le plus important du village ? Comme le reconnaîtra Bonemine son épouse, les aventures du village sont celles « d’Astérix le Gaulois » et non « d’Abraracourcix le Gaulois ». De plus, ces traditions qui paraissaient une force (celle de l’habitude, de la permanence, de la stabilité) portent en elles-mêmes les fragilités qui vont faire vaciller tout l’ensemble. Et que Détritus a repéré …

Dans l’entreprise : il en est ainsi des situations où existent une différenciation marquée entre ceux qui sont porteurs (au moins sur le papier) de l’autorité et du pouvoir (nominal) et ceux qui sont détenteurs d’un pouvoir d’influence bien réel, non clairement identifié ou assumé par la structure. Tout va bien quand les relations entre ces deux autorités sont bonnes et productives. Si le conflit s’installe, la catastrophe n’est pas loin … De même, les traditions, les bases de l’entreprise qui paraissent les plus solides portent en elles-mêmes les ingrédients de leur propre remise en cause, quand elles se transforment en fatalismes fonctionnels. Il est utile de tenter de repérer ces ingrédients et, ainsi, de faire bouger ces traditions « à froid ». Il faut parfois « changer une équipe qui gagne » (voir Pascal Picq "Un paléoanthropologue dans l'entreprise" à ce sujet).

Encore une histoire de vase ...
Voilà donc Détritus qui se présente à la porte du village avec son vase à la main et indique qu’il vient « … apporter un présent à l’homme le plus important du village ! ». Remarquons ici toute l’importance de la présentation des faits et du vocabulaire utilisé sur la réaction des personnes. Détritus ne ment pas et son intention est clairement exprimée. Mais en omettant (ici sciemment) de nommer avec précision qui est « l’homme le plus important du village », il laisse à ses interlocuteurs une marge d’interprétation que le chef va mettre à son profit … pour finir de se rendre compte (mais trop tard) qu’il s’est trompé (a été trompé ?). Son erreur est tellement manifeste que tout le village l’a vue et notée, ce qui finit de mettre à mal son autorité, à tel point qu’il prend le linteau de la porte de sa hutte sur la tête et en tombe de son bouclier. Est-il trahi par l’inattention de sa « base » (ses porteurs), fruit de sa perte d’autorité ? En tout cas, ni cette chute, ni la remarque acerbe de son épouse n’arrangent les choses.
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y reprendrait plus

Dans l’entreprise : combien de fois n’avons-nous pas fait des déçus avec (pour le coup) les meilleures intentions du monde, simplement par imprécision sur ce que nous exprimons comme reconnaissance ou sur la façon de définir une mission, … et donc par maladresse ? Il peut en résulter une perte d’autorité importante pour le collaborateur victime de cette situation et l’installation d’une rancune qui peut être tenace ! A noter également que l’absence de clarté dans les rôles et les missions est identifiée comme un des facteurs principaux de "Risques Psycho Sociaux", ou plutôt des risques de difficultés personnelles et relationnelles... 

Les effets et le développement (pages 15 à 29) :

Deuxième offensive de Détritus

La poissonnerie (p 15) : la perte d’autorité du chef rejailli sur son épouse dont le rôle de première dame est contestée par les autres femmes. Accessoirement, c’est la première fois que ce rôle est affirmé avec autant de précision dans une des histoires d’Astérix. Bonemine ne serait-elle pas entrain de forcer le trait, d’en faire plus que ce qu’elle n’en fait habituellement, sous l’effet de la situation de stress que constitue le camouflet fait à son mari ?

La deuxième visite de Détritus (p 16 – 17) : Détritus pénètre dans la hutte d’Astérix puis en ressort quelques instants plus tard en remerciant son hôte pour le sanglier. S’en suit un dialogue entre Abraracourcix et Astérix où le premier use de prêts d’intention ("On a des invités pour le sanglier"), d'interprétations ("Il avait l'air de le trouver bon ton sanglier ce Romain") et de contraintes. Arrêtons nous sur ce dernier registre. Le chef signifie à Astérix qu’il a « … le droit de choisir ses amis … même chez l’ennemi, même chez les romains. ». Sous cette apparence de liberté se cache en fait une menace et une contrainte : tu es libre de … mais si tu exerces cette liberté tu devras te préparer à en assumer les conséquences !

La relation entre Astérix et Obélix (p 17 – 18) : Obélix, partant d’une bonne intention (vis-à-vis de lui-même) a mangé les sangliers (« Ils allaient refroidir … »). Cela corrobore, malencontreusement, les dires de Détritus, ce que ne manque pas de remarquer Abraracourcix (silence éloquent du chef). Obélix reprend l’argumentation du chef sur le choix des amis, de façon sincère cette fois (la bulle est blanche et non verte), mais cette interprétation engendre chez Astérix l’expression d’une contrainte (« Mes amis, je les choisirai mieux dorénavant »),
Reconnaissance de la maladresse
invitation à la rupture de la relation entre les deux amis, ce qui ne manque pas d’arriver … mais ne dure pas longtemps. La réconciliation est basée sur la reconnaissance par chaque acteur de sa propre maladresse. On remarquera que cette réconciliation est initiée par Obélix, qui est, à ce stade de l’histoire, le moins concerné par tout le tumulte provoqué par l’intervention de Détritus : il ne revendique ni le pouvoir apparent du chef ni le premier rôle d’Astérix : tout cela ne le touche finalement qu’assez peu.

La surenchère interne (p 18 – 21) : De la part des Gaulois, la surenchère dans le conflit qui vient de se nouer prend deux formes. D’une part, Abraracourcix, dans une tentative visant à rétablir son autorité, en appelle implicitement et de façon paradoxale à César, laissant croire qu’il aurait pu être nommé sénateur … La "radio mentale" du chef lui sert un argument visant à l'aider à rétablir son harmonie personnelle.

D’autre part, au cours d’un « lait de chèvre » (page 19) les femmes du village enchaînent les inférences, les prêts d’intention et les interprétations pour arriver à la conclusion : Astérix a vendu le secret de la potion magique aux Romains, explication qui semble donner un air de rationalité au comportement de Détritus et aux événements récents.

Rumeurs et chuchotements
Arrêtons-nous un instant sur les mécanismes mis en jeu :

- Première étape : minimisation de l'incident de la poissonnerie qui vise à rétablir le dialogue. Comme on le verra plus loin cette banalisation ("c'était pour rire") ne résout en rien la question de fond, celle de l'éventuelle préséance entre les femmes du village ;

- Deuxième étape : Bonemine entame par un prêt d'intention sous couvert de ce que penserait son mari (Astérix aurait des relations amicales avec Détritus), la femme de Cétautomatix enchaîne avec une interprétation fondée sur des faits réels (Astérix et Obélix ont fêté bruyamment leur réconciliation) et exprimés comme tels, mais qui, dans le contexte de la conversation, sonne comme "ils se réjouissaient de la situation". La vignette suivante (voir ci-contre) constitue un vaste rappel à l'histoire : le célibat d'Astérix, l'appétit d'Obélix, .... ce qui en soit constitue une importante contrainte, sous forme de "catalogue" interprétatif de leurs défauts. 

- Troisième étape : une fois Astérix et Obélix définitivement dévalorisés dans leur personne, il est alors possible d'entamer la dernière phase du processus : la création de la rumeur. Inférence de la part de Bonemine : Astérix serait au courant de beaucoup des secrets du druide. Deuxième inférence : parmi ces secrets révélés il y aurait celui de la potion magique. Le tout constitue un prêt d'intention : le druide aurait enfreint son serment et aurait donné le secret de la potion magique à Astérix. Retour mental sur les évènements passés (la visite du Romain, le cadeau à Astérix, sa 2° visite, le fait qu'Astérix et Obélix étaient ensuite de bonne humeur) et sur les interprétations du début de la rencontre comme autant de preuves de l'inévitable "vérité" : Astérix a donné ce secret au Romain. L'affaire est conclue par un éloquent non-dit de la part de Bonemine ("Je ne peux rien dire"), conforté par des regards pleins de sous-entendus.

En l'absence de médiateur, il n'a pas été possible de confronter les protagonistes de ce "lait de chèvre" à leurs propos (effet miroir) afin de leur faire prendre conscience de ce qui était entrain de se passer.

Dans l'entreprise : la recherche de "coupable" à telle ou telle difficulté, à tel ou tel échec se nourrit souvent de constructions où s'empilent les interprétations. Les protagonistes de ce genre de jeu s'éloignent ainsi petit à petit des faits réels et la "beauté" finale de la démonstration fini par tenir lieu de vérité.

Surenchère quand tu nous tiens !

Cette interprétation, maintenant présentée comme une vérité (« Ma femme a appris que …») se propage dans tous le village et conduit à une atmosphère de méfiance généralisée. Les relations sont devenues tellement tendues que la moindre remarque se termine en bagarre (p 20). Mais, en même temps, les habitants du village choisissent de ne pas en parler au seul intéressé, à savoir Astérix. Peur des mots ?

Dans l’entreprise : Il arrive que la personne centre d’un conflit soit la dernière avertie ou interrogée à son propos.

A ce stade, toute raison semble avoir quitté l’esprit des villageois. Le druide isolé dans sa hutte et enfermé dans la certitude que « tout cela n’est pas sérieux » (minimisation) ne joue pas le rôle de médiateur qui aurait pu lui revenir. Personne n’est là pour faire descendre les protagonistes de leurs points de vue. La "fenêtre des humeurs" des villageois est complètement fermée. En conséquence, tout le monde soupçonne tout le monde. Dans ce contexte, le banquet d’anniversaire du chef est un fiasco : la fin du village serait-elle proche ?

Le village est mal parti
La surenchère externe (p 22 – 28) : En parallèle, Détritus n’est pas resté passif. Il monte tout un stratagème visant à démontrer aux Gaulois en pleine confusion que le secret de
la potion magique lui a effectivement été livré. Malgré l’évidente grossièreté du stratagème, parce qu’ils sont perdus dans leur conflit, et que leur raisonnement est complètement altéré, les Gaulois mordent à l’hameçon : il est maintenant établi que le secret a été trahi !

L'extrait ci-contre montre comment fonctionne une inférence :

  • Ordralphabétix assiste à la distribution d'un breuvage par Détritus aux légionnaires (fait) ;
  • il ne peut savoir de quoi est fait ce breuvage, mais la scène lui rappelle la distribution de potion magique par Panoramix. Puisqu'ils font comme nous, c'est que c'est bien de la potion qui est distribuée - 1° inférence ;
  • Détritus "organise" une démonstration de l'efficacité de la "potion" distribuée : un petit légionnaire fait tomber un légionnaire trois fois plus grand que lui.
  • Ordralphabétix a vu un légionnaire donner un coup de poing à un autre, qui est tombé : voilà les seuls faits. Mais, tout à sa confusion, à ce fait il ajoute une information supplémentaire : un petit légionnaire n'aurait jamais osé s'attaquer à un tel mastodonte si son "courage" ou son "audace" n'avait été aidé par une force supérieure à la normale, la potion magique - 2° inférence.

Le dénouement (p 29 à 45) :

Ras le bol (euh ... le vase)

Faits, Conséquences et Ressenti (p 29) : L’énoncé d’une accusation de trahison portée à l’encontre du druide et d’Astérix (fait) conduisent ces derniers à quitter le village (accompagné d’Obélix - conséquence) ce qui provoque chez Abraracourcix un sentiment d’abandon et de grande lassitude (ressenti).

Détritus peut alors penser alors avoir gagné son pari. Le mouvement de la légion romaine vers le village gaulois avec comme objectif d’en prendre définitivement le contrôle met les villageois devant leurs responsabilités : « Avec ou sans potion magique nous allons leur montrer qui nous sommes ! ». L’identification d’un ennemi commun semble avoir renvoyé au second plan le conflit récent.

Médiation (p 30 à 38) : Le départ d’Astérix, Obélix et Panoramix du village symbolise leur prise de distance par rapport aux événements et au village. En faisant croire à Détritus qu’il a gagné (p 31), ils se libèrent également de sa pression. Nous remarquerons également que, dans les pages qui suivent, Astérix et Panoramix ne se départent ni de leur sens de l'humour, ni de leur ingéniosité ni de leur capacité d'action, preuve qu'ils ne prennent pas pour eux ce qui n'est pas eux.

Ils vont alors permettre la résolution du conflit entre les villageois. Le font-ils comme des médiateurs professionnels internes qui se seraient "auto-saisis" ? Pour commencer à répondre à cette question, vérifions qu'Astérix et Panoramix adoptent bien la posture adéquate :

  • Indépendance : Panoramix et Astérix démontrent qu'ils sont capables de confronter leurs interlocuteurs, qu'il s'agisse du chef (voir l'extrait ci-contre), des autres villageois (voir le même extrait) ou au travers de leur sortie momentanée du village. A aucun moment, ils ne feront référence à un système de valeurs (par exemple, ils auraient pu en appeler à l'historique et légendaire solidarité entre les habitants du village). Leur indépendance ne fait donc pas de doute.
  • Neutralité : nous pouvons penser qu'Astérix et Panoramix ne sont pas neutres quant à la solution. Ils veulent clairement sauver le village du péril qui le menace. Pour autant, nous verrons dans la suite qu'ils ne cherchent pas à imposer leur point de vue, mais laissent les villageois libres de leur raisonnement et de leurs conclusions, tout en alimentant leur réflexion de façon très concrète (expérimentation de la potion magique romaine). Ils n'expriment aucune préférence ni aucun rejet. En ce sens, nous pouvons considérer qu'ils sont sinon totalement pour le moins suffisamment neutres pour mener à bien leur médiation. Cette distance par rapport à la solution vient peut-être de leur sérénité et d'une (relative?) confiance dans la suite du processus.
  • Impartialité : Si la question se pose en terme de conflit entre Détritus et le village, Astérix et Panoramix ne sont pas impartiaux. Or, comme déjà indiqué plus haut, ce n'est pas ce conflit qu'ils cherchent à régler, mais celui qui oppose les villageois. Sur ce terrain là, leur impartialité ne fait aucun doute : ils ne prendront parti pour personne, ils ne chercheront pas à trouver des "coupables" ou des responsables, ils n'auront ni paroles ni attitudes conflictuelles, n'invoqueront ni valeurs, ni croyances. En bon médiateurs, ils ne s'attacheront pas à chercher le pourquoi du comment du conflit et, au contraire, se concentreront sur la "sortie" de celui-ci.

Une médiation ... originale

Voyons maintenant le processus de résolution adopté :

Retour aux faits : Leur première action est de réunir les éléments objectifs de la duperie de Détritus en allant chercher la soi-disante potion magique romaine et en la ramenant au village (p 32 à 36). 

Acceptation de la « médiation » d’Astérix et Panoramix (p 37): L’ouverture des portes du village à la demande d’Abraracourcix qui permet le retour des trois Gaulois constitue une forme symbolique d’acceptation du chef (et donc du village) à rentrer dans un processus de règlement du conflit. Le chef commence d’ailleurs par remercier : « C’est gentil d’être revenu » est proche de « merci d’être revenu » puis il énonce l’ébauche d’une solution : préparer de la potion magique. 

Astérix et Panoramix, dans leur nouveau rôle de médiateurs, résistent à cette forme de dynamique contraignante, refusent (à ce stade) de mettre en oeuvre la solution du chef et confrontent les villageois à leurs contradictions.
En réponse à l'appel à la sympathie ou à la compassion qui est également contenu dans les paroles du chef, Astérix et Panoramix répondent par une attitude et des énoncés neutres et confrontants, dénués de tout affect, s'en tenant aux faits ("De la potion magique, en voilà ...").

Résolution du conflit : Pour Résoudre le conflit qui oppose les Gaulois, Panoramix et Astérix s’inscrivent alors dans une démarche de type FCR : Faits / contexte : vous pensez que les Romains ont la potion magique – nous vous proposons d’en tester l’efficacité – celle-ci se révèle nulle ; Conséquence : Vous avez été trompés (p 38) ; Ressenti : sentiment d’unité du village est recréé. 

Remarquons qu'Astérix et Panoramix sont parfaitement conscients de ce qu'ils disent et des implications de leur propos. Ils en restent à la contextualisation et laissent aux villageois le soin d'arriver par eux-mêmes à la conclusion que le lecteur sait évidente depuis le début de la page. Ces derniers et Cétautomatix en particulier, ayant abdiqué tout raisonnement, vont jusqu'à l'expérience de leur confusion et de leurs contradictions pour pouvoir en sortir.

Dans ce processus, Astérix et Panoramix utilisent toute la palette du triangle sémiotique : ils disent et conduisent les débats, ils impliquent en rendant leurs interlocuteurs acteurs de la démonstration ("Donc buvez ! A qui le tour" dit Panoramix). Enfin, ils montrent ou ils démontrent : Cétautomatix ne peut déraciner l'arbre alors qu'Astérix y parvient sans mal. De plus, ils évitent tous les principaux pièges tendus au médiateur : pas de moralisation de leur part, pas de révolte par rapport à la conduite des villageois à leur égard, pas de dévalorisation, aucun recours à la dérision, à la menace ou au sous-entendu, pas de conseil, de polémique, de rappel à l'histoire, ...

Panoramix utilise également la technique du "peut-être" pour confronter Cétautomatix ("Elle est peut-être efficace...") au lieu de répondre directement à l'interrogation sous-jacente de celui-ci quand il dit : "Elle n'a pas beaucoup de goût".

Enfin, malgré la pression des évènements (une légion romaine s'approche du village avec la claire intention de l'eradiquer et les Gaulois ne sont pas en condition de faire face avec des chances raisonnables de succès), nos médiateurs Astérix et Panoramix prennent le temps de dérouler leur processus. Ils ne se laissent pas contraindre par l'urgence.

Cette séquence se termine par un exemple de communication altéro-centrée. A l'affirmation d'Abraracourcix ("C'est cette potion qu'il nous faudrait!", le druide, au lieu d'acquiescer renvoie : "Tu trouve donc que celle des Romains n'est pas la même que la mienne ?").

Dans ce contexte, la solution qui paraissait inimaginable avec le départ du druide du village devient possible : ce dernier va préparer à nouveau de la vraie potion magique. "Enfin je vous retrouve, ..." énonce-t-il. Entrer en conflit conduirait-il donc les protagonistes à se perdre ?

De retour au village, la réconciliation se manifestera par une reconnaissance de la part d’Abraracourcix envers Astérix et Panoramix de sa maladresse ainsi que celle de tout le village (p 45). Prenant conscience de ses actes, le chef exprime ici un fort sentiment de culpabilité sous forme de l'énoncé d'un regret : "Nous avons mal agis".

Au final, Astérix et Panoramix ont mis en œuvre un processus qui, à plusieurs égards, pourrait être celui d'un médiateur professionnel, sans toutefois en avoir respecté toute les caractéristiques. Manquent principalement les entretiens individuels avec les protagonistes et surtout, la définition des règles de bonne communication. Il est vrai que l'intention des auteurs n'était pas de faire de cette BD un manuel illustré de la médiation professionnelle ...

Pour en revenir à notre histoire, le conflit prend donc fin sur une reprise de la relation telle qu’elle était avant, sans condition particulière. La preuve : un nouveau banquet pour l'anniversaire du chef est organisé, renouant en tout point avec les habitudes du passé.

Reste que l'histoire n'est pas tout à fait finie ...

Epilogue (p 45 à 48) :

Incorrigibles humains

Le déroulement de l’épilogue tourne autour de la question de la durabilité et de la solidité de l’accord de fin de conflit : « J’aimerai tout de même savoir s’ils sont vraiment guéris. ». A noter que dans la manière dont Panoramix et Astérix vont chercher à répondre à cette question, on ne peut pas considérer qu’ils se placent en posture de médiateur, puisqu’ils parlent de « guérison » et en viennent à imaginer une « revanche ». Nous sommes dans une démarche "coup pour coup" : vous avez douté de moi, je vous mets à l'épreuve.

Le mécanisme est maintenant bien rodé : une attitude ambiguë (Astérix se promène dans le village sur un bouclier de chef porté par Obélix) laissant place à :

- la contrainte : "C'est réservé au chef ..." ,

- l’interprétation : "Peut-être a t'il l'intention de remplacer le chef ..." ,

- et au prêt d’intention : "Abraracourcix l'a sans doute désigné comme successeur ...".

La femme d'Agécanonix énonce alors une autre solution (son mari doit être le successeur d'Abraracourcix), légitime de son point de vue (c'est le plus ancien) et centré sur ces intérêts (elle deviendrait alors la première femme du village).

S'en suit une nouvelle querelle sur la légitimité d’Abraracourcix, (on se souvient ici que lors du "lait de chèvre" la question de la préséance entre femmes du village n'a pas été réglée), puis à des jugements divers sans lien les uns avec les autres, le tout conduisant à une bagarre générale.

Celle-ci s’achève quand Astérix donne le sens exact de ce qu’il est entrain de faire (il essaye le confort du bouclier qu’il va offrir à Abraracourcix !). Les événements passés lui ayant conféré une autorité morale incontestable, il est cru et les protagonistes de la bagarre sont renvoyés à leurs interprétations.

Conclusion de Panoramix : «  … ils sont braillards, tête en l’air, farfelus mais il faut bien les aimer … Ils sont humains ». Nous pourrions ajouter « … et maladroits, animés de bonnes intentions par rapport à eux-mêmes, avec un fort sentiment de légitimité (sur) de leurs points de vue... ».

Tout est bien qui finit bien

Sujets transverses

Le font-ils exprès ?

Dans un conflit, il n'est pas rare que l'un ou l'autre des protagonistes prête à l'autre partie des intentions négatives du style : "il le fait exprès", "Il sait très bien ce qu'il fait" ... Remarquons que les séquences de la BD que nous venons d'analyser montrent qu'il n'en est rien : il est impossible, dans aucune d'entre-elles, de venir dire : ce qu'ils ont fait / ce qu'ils ont dit, ils l'on fait ou dit délibérément, en toute connaissance de cause. Au contraire, nous voyons bien, par exemple, que si Abraracourcix rentre en conflit avec Astérix, c'est bien parce que, confronté à une situation qui montre clairement qu'il n'est pas l'homme le plus important du village malgré son titre, il ne sait comment faire autrement que de rentrer en confrontation avec le héros des histoires dessinées par A. Uderzo et R. Goscinny. C'est bien son manque d'imagination, son manque de recul qui le pousse vers le conflit. Il aurait très bien pu admettre la situation (qui est d'ailleurs la vérité comme le fait remarquer son épouse) et comprendre que là n'est pas le plus important, que sa place de chef et celle d'homme le plus important n'ont pas de raison objective d'être confondue et qu'au bout du compte cela ne change rien ni à ses prérogatives ni à l'affection que lui portent les villageois. Qu'au final, tout cela n'est pas dramatique !!!

Pourquoi entre-t-on en conflit ?


La bataille une fois gagnée, les Gaulois, Astérix en tête, iront « rendre la monnaie de sa pièce » à Détritus (voir extrait ci-contre). Cette séquence est intéressante parce qu’elle montre que des personnes rentrent en conflit certes du au fait qu’elles n’ont pas trouvé « comment faire autrement », mais également parce qu’elles y trouvent un « bénéfice ». Ici, le centurion d’Aquarium se saisi de l’opportunité de l’intervention des Gaulois pour trouver une explication « rationnelle » à sa défaite … 


Dans l’entreprise : la recherche de responsabilité suite à un échec est très lourdement porteuse de dynamique conflictuelle. Ce processus ne doit être réservé qu’aux cas qui « valent le coup » et être mené avec beaucoup de doigté. Encore un domaine où les techniques de communication utilisés dans le cadre d’une médiation peuvent se révéler fortes utiles … !


D'autres processus de résolution des conflits (en dehors de la médiation)

Différents processus ou procédures de résolution des conflits peuvent être mis en œuvre en dehors de la médiation ... avec des fortunes diverses. Classiquement, nous pouvons parler de la conciliation, de l'arbitrage, de la négociation. Nous pouvons débusquer ces différentes options au fil des pages de la Zizanie ... (les citations qui suivent sont issues du code la médiation).


La conciliation : "consiste en l'intervention d'un tiers, le conciliateur qui après avoir écouté les parties et analysé leur point de vue, propose une solution pour régler leur différent". Ici Cétautomatix demande conseil à Agécanonix. Il lui transfert ainsi le "poids" de la décision à prendre. Comme dans une conciliation, il fera ce qu'il voudra de l'avis du "conciliateur" du moment ...


L'arbitrage :
"est la procédure par laquelle les parties à un litige décident d'un commun accord ... de soumettre leur différend à une ou plusieurs personnes ...". César soumet au Sénat romain et ainsi à son arbitrage, son projet de conquête. Dans le cas présent celui-ci lui est défavorable. Et comme dans tout arbitrage, il s'impose à lui, ce qui l'oblige à trouver une solution de contournement.


La négociation : "est la recherche d'un accord, centrée sur des intérêts matériels ou des enjeux quantifiables entre deux ou plusieurs interlocuteurs". Dans le cas présent, Détritus invoque une prétendue négociation avec l'un des pirates. En échange d'un versement en or, il aurait accepté de ne pas attaquer la galère romaine. Une négociation est donc bien une confrontation entre deux intérets à priori contradictoires, conduisant les parties à des concessions mutuelles : de l'or d'un coté, un "laissé passé" de l'autre.

La Zizanie : un outil pédagogique ?

Voici quelques idées d'utilisation pédagogique de cette histoire. Cette dernière s'y prête pour au moins deux raisons. D'une part, il s'agit d'une bande dessinée, elle fait donc la part quasi exclusive aux dialogues par rapport à la narration. Ensuite, elle est entièrement consacrée au conflit ...

  • Identifier les PIC : chaque stagiaire prend une page est identifie les prêts d'intention, les interprétations et les contraintes ;
  • Identifier et décrire les processus conflictuels : chaque stagiaire prend l'un des épisodes conflictuels et décrit le processus en jeu ;
  • Parole de médiateur : l'exercice précédent peut être prolongé en imaginant ce qu'aurait pu dire un médiateur pour résoudre l'épisode conflictuel ;
  • Fatalisme : toujours dans la même idée : identifier les fonctionnements qui relèvent du fatalisme (fonctionnel, d'habituation, d'habitude) ;
  • Regrets : idem, en distinguant les différents types de regrets (remords, rancunes, rancoeurs) ;
  • Faits et interprétations : identifier ce qui relève des faits, de l'interférence, de l'interprétation, de l'omission ou de la déduction ;
  • Langage corporel : décrire les réactions corporelles des protagonistes, suivant les différentes situations dans lesquelles ils se trouvent. D'autant plus marqué et donc intéressant que le genre de dessin utilisé par les auteurs est de type caricatural ;
  • etc...

Le médiateur : le "Panoramix" des temps modernes ?

Le médiateur professionnel serait-il comparable au druide du village gaulois ? L'inimaginable discussion à laquelle il invite les personnes en conflit serait-elle une sorte de potion magique qui donne à ses interlocuteurs une inimaginable force ?

En tous cas, remarquons que Panoramix incarne dans la bande dessinée la figure du sage, du philosophe. Si son action n'est pas totalement conforme à ce que l'on attend d'un médiateur, elle s'en rapproche, en particulier dans la liberté qu'il laisse aux villageois de prendre eux-mêmes conscience de leur état de confusion et d'arriver à leurs propres conclusions. De même, il ne se substitue pas aux parties, ne prend pas le pouvoir, alors même que le crédit d'Abraracourcix est au plus bas, et laisse chacun jouer son rôle. Au moment de l'action (la bataille qui oppose les Gaulois et les Romains), il ne définit pas la stratégie (bon d'accord, cette dernière est assez sommaire), ne participe pas à la bagarre et ne joue aucun rôle dans la conduite des opérations : il reste au centre du village, attendant la fin du tumulte (page 42). D'une manière plus générale, dans la quasi totalité des ouvrages, Panoramix ne joue pas le premier rôle et reste cantonné à sa hutte, sauf quand le péril apparaît. Si dans "Astérix et Cléopâtre", il est un personnage plus central, c'est en qualité d'architecte et non de druide. Il a la sagesse de ne pas tirer parti de sa "science" pour se positionner comme un gourou manipulant ses congénères. Enfin, il n'explique pas (le secret de la potion ne se transmet que de bouche de druide à oreille de druide !), il fait - un point c'est tout.

Il a décidément beaucoup des qualités et postures du médiateur ...

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