La cigale et la fourmi

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la Cigale et de la fourmi, illustration de Gustave Doré[1]
La Cigale et la Fourmi est la première fable du premier recueil, Livre I, de Jean de La Fontaine, publié en 1668. Cette fable reprend celle du fabuliste Esope[2], du VI° siècle avant notre ère.

La version de La Fontaine[3] a été mise en musique par Charles Trenet et Django Reinhardt en 1941 et Charles Trenet l'a interprétée[4].

Sommaire

Deux versions de la Cigale et de la fourmi

La cigale et la fourmi selon La Fontaine

Jean de La Fontaine

La Cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
"Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'Oût, foi d'animal,
Intérêt et principal. "
La Fourmi n'est pas prêteuse :
C'est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
- Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
- Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
Eh bien! dansez maintenant.

La cigale et la fourmi selon Esope

La Fourmi et la cigale, illustration d'Arthur Rackham[5]

La Fourmi faisait sécher son froment qui avait contracté quelque humidité pendant l’hiver. La Cigale mourant de faim, lui demanda quelques grains pour subvenir à sa nécessité dans la disette où elle se trouvait. La Fourmi lui répondit durement qu’elle devait songer à amasser pendant l’été pour avoir de quoi vivre pendant l’hiver. – Je ne suis point oisive durant l’été, répliqua la Cigale, je passe tout ce temps-là à chanter. – Oh bien, repartit la Fourmi, puisque cela est ainsi, je vous conseille de danser maintenant ; vous méritez bien de mourir de faim[6].

Interprétation

Charles Trenet & Django Reinhardt - La Cigale Et La Fourmi

La critique sur le style est une chose. Les textes anthropomorphiques d'Esope ont été mis par Jean de La Fontaine au goût de son époque. Au premier la force de la prose, au second la légèreté de la versification, si bien rendue par le fou chantant (Charle Trenet).

Pour ce qui est de comprendre le sens du texte, c'est encore autre chose. N'allez pas plonger dans ces interprétations du rapport à l'argent qui n'étaient pas l'immédiate pensée de l'auteur de cette fable qui date du VI° siècle avant notre ère. Cette pensée n'était pas non plus celle de La Fontaine. L'accent sur la question financière n'est pas mis, non plus, dans la version proposée par l'illustrateur des fables d'Esope, Arthur Rackham. Les fabulistes ont exprimé leur intention de montrer que l'art ne devait pas être négligé sous le prétexte qu'il n'apparaissait pas productif. Cette fable souligne le caractère indispensable de la création artistique dans la vie en société. Ce faisant, si les fabulistes témoignaient de leur propre situation, ils interrogeaient ce qui fait vivre le pacte social.

La fable est porteuse d'un questionnement philosophique très actuel. Celui-ci porte sur la manière dont on vit avec l'autre, en tant que l'autre est différent et apporte autre chose dans la vie sociale, autre chose qui ne correspond pas à un besoin considéré comme vital, mais dont le caractère incident n'en n'est pas moins indispensable. C'est une réflexion sur le sens de la vie en société.

Elle peut permettre de réfléchir sur ce qui fonde les rapports de confiance et de reconnaissance, d'intégration, d'assimilation et d'accueil des différences. Elle ouvre le questionnement sur l'hypothèse que le ciment social pourrait être la promotion de l'altérité au lieu de la gestion de l'adversité.

A l'école, l'enseignement contemporain est très lié à la préparation de chacun à faire ce qui présente une pertinence économique. Les petits humains y sont plus préparés par rapport à l'intérêt, au sens d'une productivité économique, qu'ils peuvent représenter que par rapport à leur propre autonomie. Cet enseignement tend à privilégier le projet de la rentabilité des actes, celui de la compatibilité entre enseignement et insertion professionnelle, plutôt que de l'amélioration constante de la personne.

Nous pouvons placer cette fable parmi les plus fortes interpellations du pacte social, un choix entre deux conceptions :

  • soit c'est chacun pour soi, et l'autre est un adversaire potentiel,
  • soit c'est en solidarité et l'autre est un allié potentiel.

Plus en profondeur encore, c'est le choix entre l'adversité et l'altérité. Laquelle des deux conceptions serait fondatrice de la société ? Si c'est dans les problématiques des rapports d'adversité qu'il faut aller chercher, alors il faudrait "gérer les relations". "L'homme serait un loup pour l'homme" et il s'agirait de protéger l'agneau contre les tentations du carnassier. L'alliance humaine ne se justifierait que dans une recherche de survie face à l'étranger qui serait un adversaire potentiel, un profiteur, quelqu'un dont il faut se méfier. L'autre serait un suspect. Cette fable peut être lue comme interrogeant sur les limites de la tolérance et l'intérêt de l'accueil. Elle montre qu'au seuil de la maison de la fourmi s'arrête la tolérance et que l'accueil n'y a pas sa place.

C'est pourquoi je propose de lire cette fable comme une mise en scène d'une interrogation de l'adversité et de l'altérité.

Sources et références

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