La médiation par la différence

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"L’apprentissage et le raisonnement par la différence". Cette approche permet souvent de mettre en lumière quelques évidences. (Des évidences qui sont encore très peu « naturelles » pour tout étudiant travaillant un nouveau sujet). Et donc, pour mettre des idées en place, voici une liste de critères délibérément exposés dans un style simple et rapide.


Sommaire

Généralités concernant la médiation :

  • Le conflit emprisonne, rétrécit les périmètres de discussions et d’actions, elle rend la vie impossible ; La médiation libère, fait rêver, transforme l’inimaginable en possible.
  • La médiation n’est pas une démarche faite pour pardonner ; Elle nécessite au contraire de confronter les individus à l’insupportable, afin de les provoquer, et leur permettre d’aller chercher eux-mêmes les solutions.
  • En médiation, sentir (ressentir) n’a pas de sens ; alors que voir, entendre, et toucher en ont un.
  • La raison cadre, alors que l’émotion transporte, et les émotions permanentes d’une personne en conflit dominent sa raison ; L’inversion de cette tendance est l’objectif du médiateur.


Notion de posture du médiateur :

  • La médiation n’est pas neutre, elle est de parti pris, celui de rechercher par tous les moyens le soulagement de l’autre ; Le médiateur n’a aucun part pris, il est totalement et exclusivement neutre.
  • Les individus en médiation vivent leur propre vécu, ils vivent leurs vies ; alors que le médiateur incarne un rôle, il pratique son métier.
  • Deux personnes en conflit sont en guerre ; Le médiateur, troisième homme, est faiseur de paix.
  • Le médiateur n’est pas dans une situation client / fournisseur ; Il est pourtant bien au service des personnes qu’il accompagne.
  • Le médiateur a des obligations de moyens, ceux d’employer absolument toutes les ressources imaginables pour apurer la situation et libérer le conflit de sa partie affective ; Le médiateur n’a pas d’obligation de résultat.

Les faux amis de la médiation :

  • La médiation profite toujours à ceux qui recoivent les services d’un professionnel formé spécifiquement à cette discipline ; À l’inverse, la manipulation profite toujours et exclusivement à celui qui manipule.
  • La médiation impose au médiateur d'être :
    • impartial (posture qui concerne la relation aux parties adverses),
    • neutre (qui concerne la solution),
    • et indépendant (vis-à-vis du payeur, des institutions, des cultures) ;
  • La négociation n'impose au négociateur que de trouver la meilleure stratégie pour gagner ou au pire ne pas perdre ; le négociateur n’est ni impartial, ni neutre, ni indépendant.
  • Le médiateur travaille pour soulager les deux tiers en conflit ; Le négociateur travaille pour défendre les intérêts d’un seul des deux tiers.
  • La médiation est un processus qui aboutit à un libre accord généré par les parties elles mêmes ; un amalgame est parfois fait avec la conciliation, où le conseil est en plus (car le conciliateur propose) ; Et l’arbitrage, où le jugement est en plus (car l’arbitre impose).


Le positionnement de la médiation par rapport au juridique :

  • Dans le monde judiciaire, il y a toujours une victime et un coupable ; Dans le monde de la médiation, il y a toujours deux victimes.
  • L’avocat prend en charge le dossier ; Alors que le médiateur prend en charge le conflit.
  • La justice traitera en priorité l’aspect juridique d’une affaire, puis fera intervenir des experts pour l’aspect technique, et négligera l’aspect affectif ; À l’inverse, la médiation traitera en priorité et exclusivement l’aspect affectif, et vérifiera ensuite les aspects techniques et juridiques pour transmettre aux spécialistes respectifs si nécessaire.
  • La justice est régie par des procédures figées, millimétrées, immuables, administrativement obligatoires ; La médiation est régie par des processus, "squelettes" des différentes étapes dont la chronologie doit être respectée, mais avec la liberté de consacrer plus ou moins de temps à chacune de ces étapes selon les circonstances.


Généralités concernant les contraintes, conflits, et crises :

  • Une personne en conflit n’est pas malade ; elle est maladroite.
  • Etre en conflit fait parti de la vie, c’est normal (au même titre qu’il existe le mal au dos, le mal aux dents, il peut exister le mal à sa relation aux autres) ; Vivre durablement en conflit, c’est en revanche anormal (au même titre que le médecin soignera, le médiateur libèrera).
  • Le critère de base qui définie que deux individus sont en conflit, c’est qu’ils ne sont pas d’accord ; Le médiateur sera celui qui pourra obtenir le premier geste d’apaisement, en les mettant d’accord sur le fait qu’ils ne sont pas d’accord !
  • Et dès qu’un premier pas est fait, il n’est pas nécessaire que les deux parties se mettent d’accord ; il est juste nécessaire que les deux parties reconnaissent la légitimité de ce qui été vécu respectivement.
  • La personne en conflit faisant preuve de fatalisme fonctionnel, « ce n’est pas moi, c’est ma nature », énonce ce qu’elle utilise comme son bouclier, sa protection, sa force ; Mais elle énonce aussi ce dont elle est esclave.


Notion d’infini contre unicité, voire néant :

  • Le médiateur a pour obligation de puiser dans son imagination une infinité de pistes solutionnant le conflit ; en revanche il doit savoir abandonner une à une et quasi instantanément chacune des pistes qui ne provoqueraient pas l’adhésion des tiers en conflit.
  • Le médiateur dispose d’une infinité de pistes pour travailler l’inimaginable discussion qui solutionnera le conflit ; Mais parfois, le conflit n’a pour origine qu’un seul mot, un seul geste, une seule attitude, et il faut savoir chercher et trouver cette « aiguille dans une botte de foin » !
  • Le passé n’est qu’interprétation, il offre donc une infinité de sources de contraintes ; Mais le futur n’est qu’hypothèse, il est donc impératif de saisir la moindre première petite opportunité de solution dès qu’elle se présente, pour éviter de plonger de nouveau dans les vertiges de l’infini !
  • Au cours de toute une vie, le cerveau humain reçoit, traite, et réémet une infinité (des milliers ? millions ? milliards ?) d’informations ; Et sans s’en rendre compte une seule fois de toute sa vie, l’homme peut ne pas avoir conscience de ce triple circuit.


Info

Cet article est un des premiers écrits par Christian Pierdet, alors qu'il était dans sa période d'apprentissage.

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