La qualité d'écoute

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Version du 16 août 2015 à 10:17 par Jean-Louis Lascoux (discuter | contributions)
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Nous vivons dans un monde dans lequel l’information est fondamentale, si fondamentale que nous écoutons sans entendre vraiment. L’écoute directe des personnes qui nous entourent (famille, voisinage, collègues de travail) est rendue difficile, voire impossible, en raison de la position égocentrée qui résulte du mode de fonctionnement cérébral et des représentations du monde qui nous entoure, c'est-à-dire principalement des êtres humains. Dans une très belle phrase de Luigi Pirandello «  chacun de nous projette un univers dans lequel il s’enferme et les autres avec lui ». Notre perception des autres et de nous même se trouve donc limiter à notre propre monde, nos représentations, perceptions et projections. Alors qu’en réalité, nous ne sommes individuellement qu’une partie infinitésimale du monde. Henri LABORIT, quant à lui précise que «  l’homme interprète ses émotions plus ou moins consciemment par le langage qui dépend du néo cortex qui ne permet pas de traduire leur finalité. Le fonctionnement a pour conséquence qu’il les enferme dans des jugements de valeur et justifie ainsi les pulsions primitives ». Confrontés à ces deux réalités, il apparaît que l’être humain exprimant ses émotions et plus généralement dans son comportement et sa réflexion est donc trompé d’une part, par ses projections et d’autre part, par son mode de fonctionnement cérébral qui génère des représentations erronées et des interprétations peu rationnelles.


En pratique lorsque j’écoute l’autre, j’utilise mes sens et fais appel à ma réflexion, mon analyse  : ce qui signifie que  :


Je me vois - je m’écoute - je m’entends – je me sens- ressens -réagis - interprète - réfléchis - juge - pense - imagine - rêve, le tout selon moi sans même le savoir, sans en être conscient.

Sommaire

Le bilan

Comment puisse-je écouter l’autre dans ces conditions ?

Tout d’abord, il convient de retenir que le cerveau à horreur du vide et qu’il déteste avoir tort. Ensuite, je dois prendre conscience du mode de fonctionnement de ce cerveau humain dont je suis dépendant en raison de mes expériences, de mon éducation, de ma culture, de mes croyances et préjugés. L’ensemble de ces éléments ajoutés à mes besoins d’harmonie, de reconnaissance vis-à-vis des autres auxquels il convient de joindre leurs conséquences : interprétations, représentations et projections, créent un cocktail neuronal détonant peu susceptible de favoriser l’écoute de l’autre et ce malgré la meilleure des bonnes volontés.

La méthode

Pour ce faire, je dois m’exercer à créer les chemins neuronaux différents et me contraindre sans cesse à examiner avec une grande rigueur les faits objectivement, veiller à analyser fréquemment mes pensées et être humainement authentique. Vaste et délicat programme me direz-vous ! Dès lors, il m’est possible d’appréhender et de comprendre la portée et la dimension philosophique de la phrase d’Albert COHEN « le seul vrai spectacle, c’est celui des hommes, la seule aventure, c’est les autres »

Cette prise de conscience indispensable doit se doubler d’une réflexion personnelle, intense et exigeante, Elle est seule de nature à permettre une qualité de l’écoute d’une part, et d’autre part, à sortir de l’esclavage de son propre égo.

Les démarches

Quelles démarches intellectuelles doit user le médiateur pour que cette qualité d’écoute puisse être perçue comme irréprochable par ses interlocuteurs et les interpelle suffisamment pour qu’ils puissent s’interroger sur les dangers de la nature de leur propre communication ?

La première est celle qui consiste en la reconnaissance de l’autre dans sa légitimité, une reconnaissance explicite donc exprimée. Le médiateur doit absolument aider l’autre dans l’expression de ses émotions, sa souffrance, son désarroi et ses ressentiments. Il doit respecter ses valeurs alors même qu’il les considère comme inacceptables. Ce point peut paraître choquant, il est certes inhabituel, surprenant, contraire aux représentations mentales, mais absolument indispensable pour permettre l’expression libérée des émotions. La qualité du remerciement à l’endroit des parties est très importante même lors des critiques réelles ou simplement ressenties comme telles. Ce remerciement fait appel à leur intellect et favorise la perception d’une émotion positive, la reconnaissance.

La seconde repose toujours sur l’idée de la reconnaissance, cette fois, des bonnes intentions de l’autre et celle de la maladresse humaine. A l’exception des personnes présentant des troubles psychologiques, le médiateur rapidement, s’il est un professionnel sérieusement formé, pourra aider l’autre à mesurer les conséquences de ses états émotionnels et de la dichotomie qui les sépare de la logique rationnelle examinée finement par René DESCARTES. Il favorisera ainsi ce changement à l’aide de métaphores, de fables faisant ressortir les paradoxes en veillant à en adapter le contenu et la portée suivant l’état émotionnel et les capacités intellectuelles de son interlocuteur. L’enjeu est essentiel, la finalité est de faire évoluer les positions des parties qu’elles considèrent pratiquement comme immuables, figées au début, pour créer les moyens d’un consensus qu’ils parviendront à trouver à la fin par une compréhension et une écoute réciproque et respectueuse. La médiation est créativité et doit donc favoriser le deuil de position.


D’autres éléments sont de nature à favoriser cette qualité d’écoute

Par l’explication des règles éthiques et la nature de sa posture du médiateur. Il doit expliquer la nature et les conséquences de ces règles d’éthiques contenues dans le Codeom, préciser son indépendance vis-à-vis des parties et d’une quelconque autorité, pour clarifier son rôle et éviter toute interprétation ou incompréhension.

Par la qualité de son implication, son attitude, sa gestuelle qui doivent s’adapter à l’intensité émotionnelle rencontrée. Sa présence doit s’exprimer tant physiquement, qu’intellectuellement et humainement.

Par la qualité de son accueil des parties, par la bonne humeur qui doit être la sienne, il développe un sentiment de confiance et d’empathie. Il faut noter ici que par sa posture, le médiateur ne cherche pas à être empathique ou bienveillant mais qu’il suscite chez l’autre de l’empathie. Ce qui est tout à fait différent. C’est un rôle qu’il joue, il devient personnage.

Par la qualité et la maîtrise de la rhétorique, son élocution, l’utilité, la précision, l’authenticité de ses propos, il interpelle, déstabilise et fait évoluer l’autre dans son attitude, son comportement, ses positions auxquelles il tenait tant.

Par sa prise de distance à la fois sur le plan personnel et ses savoirs techniques qu’il veillera à mettre de côté, il aura une position altéro-centrée.

Le médiateur doit entendre le message de l’autre et lui montrer qu’il l’a reçu. Il doit veiller à le laisser s’exprimer en toute liberté sans contrainte ressentie. Il sait interrompre une partie dans des explications trop longues et qu’il considéra comme inutiles en remerciant cette dernière alliant la parole à une gestuelle adaptée et non frustrante. Il sait aussi faciliter l’autre dans son expression en le recentrant, en reformulant ses propos en lui permettant de rester centré sur lui-même. L’autre se sentira, reconnu, redevable et s’exprimera plus librement.


L’écoute est indispensable tout au long de la médiation. Elle permet à l’autre de s’exprimer librement, de pouvoir se confier ; elle est respectueuse de l’écouté, source de responsabilité et d’altérité.

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