Le Miroir à double face

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Le Miroir à double face
Passé de l’autre côté du miroir le 20 juillet 2006, Max-Gérard Houry Tannenbaum, Gérard Oury, a laissé des chefs d’oeuvres. Son film Le Miroir à deux faces, réalisé avec André Cayatte en 1958 - dont le scénario a été adapté au cinéma américain avec "Leçons de séduction", est ressorti tard le soir à la télévision, le jour de la mort de l’homme de cinéma. Adaptation à deux cultures, les deux films ne se ressemblent guère. L’original est riche en enseignements...

Sommaire

Un cinéma de sensibilité, d’humour et d’amour

Populaire pour des réalisations comme Le Corniaud et La Grande Vadrouille, Le Cerveau, La Folie des Grandeurs, Gérard Oury avait été séduit par les acteurs comiques. Mais, oublié, le "Miroir à deux faces" est d’une grande finesse d’observation des comportements humains lors d’un changement.

Bien évidemment, il est possible d’en faire plusieurs présentation. A priori, l’histoire n’est pas ordinaire, surtout en 1958.

Le miroir à deux faces

Pierre Tardivet (Bourvil) est un professeur besogneux. Célibataire, il considère que le mariage est une affaire sérieuse. Il se décide à choisir sa future épouse en passant une annonce. En commettant quelques mensonges, aidé par ses futurs beaux-parents, il épouse Marie-José Vauzange (Michèle Morgan). La jeune fille a un physique ingrat, tandis qu’elle voit sa sœur avec envie. Tardivet n’aspire qu’à une vie discrète, sans nouveauté. Marie-José se laisse porter. Dix ans passent de vie commune, avec la belle-mère et deux enfants. Tardivet s’offre une voiture et a un accident provoqué par le docteur Bosc, célèbre chirurgien qui exerce ses talents dans des interventions esthétiques. Bosc ne veut pas d’un procès qu’il sait perdu d’avance. Il soigne Tardivet, le rembourse de tous les dommages et en cadeau, il propose d’opérer Marie-José. Tardivet refuse. Marie José se fait opérer en cachette. Magnifique Michèle Morgan ! Se sentant abusé, Tardivet rejette la beauté de sa femme. Il est dépassé. Son miroir ne lui raconte plus la même chose. Il devient agressif, amer et haineux... Il sombre et se met à boire.

La distribution, la qualité des acteurs, le N&B, autant d’ingrédients qui ajoutent à la force de ce "vieux" film si actuel.

La confrontation au changement...

Il y est question de la relation au changement. Changement de l’autre, de celui que l’on a aimé, pour des raisons parfois secrètes de l’âme humaine. Changement d’apparence. Et soudain, c’est le bouleversement, la chute terrible dans un drame imprévisible.

Connait-on bien l’autre, celui que l’on côtoie au quotidien ? Celui ou celle avec qui le partage du sentiment d’appartenance devient, dans la confrontation au changement, un affrontement animé par un sentiment de propriété ? Non, pas dans ses réactions, surtout quand il perd pied, qu’il sort de son propre cadre, qu’il devient hors-de-lui. Mais le connaît-on dans ses désirs, dans ses aspirations, dans ses frustrations, ses inaveux ?

Les non-dits creusent progressivement les écarts. Le lit du silence repousse chacun de son côté.

Pas d’erreur, de facilité, de scène vite bâclée pour faire entrer les comportements humains dans des grilles de lecture de théorie fumeuse. Un réalisme cru, sans être sombre ou noir.

Quelle finesse pour présenter les comportements humains ! L’autre, mon miroir... mais l’autre est double...

La fin du film à la française est dramatique, tandis que Leçons de séduction, version américaine, est tout de suite plus légère, le miroir est sans teint.

Mais cette adaptation franco-américaine, quand on insiste sur le côté plus léger du cinéma américain et souvent plus lourd du cinéma français, ne nous renvoie-t-elle pas encore à l’idée d’un miroir à double face concernant des deux cultures ?

Pour ceux qui ont eu la chance de le voir, il a fallu ce vieux film pour que soudain Gérard Oury reprenne vie et jeunesse.

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