Le cid

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Version du 15 décembre 2010 à 22:59 par Jean-Pierre BAILLEAU (discuter | contributions)
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LE CID de CORNEILLE


Résumé Pièce de théâtre racontant les amours contrariés de Rodrigue, jeune noble espagnol, et Chimène (a un prétendant rival Don Sanche). Après une violente altercation entre le père de Chimène (Don Gomez) et le père de Rodrigue (Don Diègue), Don Diègue, qui a reçu un soufflet de Don Gomez, demande à son fils de le venger. Dilemme Cornélien entre l’amour et l’honneur. Rodrigue choisit l’honneur et tue Don Gomez en duel. Il part ensuite combattre les Maures et revient victorieux .Chimène essaie de renier son amour et demande la tête de Rodrigue au roi qui propose un duel entre Rodrigue et Don Sanche. Chimène devra épouser le vainqueur. Rodrigue, victorieux, reçoit la main de Chimène.

Conflits divers avec diverses solutions apparaissent tout au long de l’œuvre. Le Cid contient plusieurs « conflits cornéliens » dans lesquels chaque personnage est forcé de prendre des décisions très complexes.

-1 Conflit historique. (médiation possible) La France était alors divisée en provinces tenues par de grandes familles féodales. En face se dressait un pouvoir unique : le pouvoir du roi. La pièce de théâtre « Le Cid » développe le thème du conflit entre la noblesse et le pouvoir royal. Corneille révèle non seulement la tension et la confusion produites par la notion du devoir, mais aussi deux versions différentes de la justice qui doit la contrôler : la noblesse ou bien le roi. A travers le Cid, Corneille mets en évidence le désir inassouvi du pouvoir officiel à dompter une noblesse peu obéissante. En terminant son œuvre par les conseils du roi, Corneille souligne encore une fois ce désir insatisfait du roi qui veut l’autorité complète d’un souverain. Mais l’heure était au changement. Dans ce grand débat politique, Corneille opte pour le pouvoir royal contre les clans féodaux. Son indépendance financière lui permet d’adopter cette position moderne. Toutefois, il doit se plier à certaines règles. « Le Cid » déclenche une vive polémique due sans doute à des conflits d’intérêt, des jalousies, mais cela donne lieu à un débat intéressant sur l’esthétique classique. Si le conflit est indispensable aux pièces de théâtre, l’affrontement entre deux personnages ne peut se régler qu’à la fin du désaccord. La réparation d’un affront public se réglait en public par un duel, ce qui n’est pas concevable dans une pièce de théâtre. C’est pourquoi le duel entre Rodrigue et Don Diègue n’apparait pas sur scène, mais il est relaté. Les temps ont changé, avons-nous dit, l’honneur doit dorénavant être au service du roi et non des intérêts individuels. Les conflits doivent être réglés par la médiation du droit et non de la violence. « Le Cid » reflète cette évolution historique avec le rôle du roi Don Fernando de Castille comme médiateur.

- Conflit politique, conflit de société. (médiation possible) Les écrivains de la société française vont entrer en conflit avec Corneille, lui reprochant de ne pas respecter les règles de l’époque dans la rédaction d’une pièce de théâtre (unité d’action, unité de temps, unité de lieu…). A ce reproche littéraire va s’ajouter un reproche d’ordre moral. Chimène est considérée comme une fille dénaturée : en effet, comment pourrait-elle joindre sa main à celle d’un homme dont la main est entachée du sang de son père. Mais il ne faut pas confondre réalité dans la vraie vie et réalité dans une œuvre d’art. C’est à notre imagination de résoudre la contradiction entre les désirs et les réalités. Ici le médiateur qui va trancher, à son profit il est vrai, est Richelieu. Il va demander à l’Académie Française, qu’il vient de créer, son opinion. Il veut, en effet, en faire le tribunal des lettres. Le talent de Corneille sera ainsi reconnu par l’Académie Française. Cela lui permettra de faire face à ses détracteurs.

- Conflit d’intérêt entre Don Diègue et Don Gomez. (médiation impossible : l’honneur prévaut, il y a substitution de personnage) Don Diègue est nommé par le roi gouverneur du prince héritier plutôt que Don Gomez. A la sortie du conseil, Don Gomez devient furieux, il cherche querelle à Don Diègue et lui donne un soufflet qui est ainsi une provocation pour un duel. Trop âgé Don Diègue ne peut se défendre, mais il ne peut se soustraire à un tel affront. Au début, Don Diègue s’efforce d’apaiser Don Gomez. Plus âgé, il est plus maître de lui. Mais plus Don Diègue s’efforce de calmer le débat, plus Don Gomez s’emporte et l’insulte. Don Diègue en perd à son tour son sang froid. L’échange a abouti par un geste irréparable. Le roi a beau demander à Don Gomez de présenter ses excuses à Don Diègue, le menaçant des pires châtiments, Don Gomez s’en moque. Le roi le reprend sèchement, lui notifiant qu’il n’y a jamais de déshonneur à obéir à son souverain. Un royaume forme selon lui, un vaste corps dont les sujets sont les membres et don le souverain est la tête. Mais dans un tel contexte, il ne peut y avoir de médiation, l’honneur prévaut. Il ne peut y avoir de médiateur. Don Diègue remet le conflit entre les mains de son fils et lui demande de défendre son honneur.

- Conflit intérieur (Rodrigue contre Rodrigue) (le seul médiateur : l’honneur) La maitrise de soi des personnages et ici celle de Rodrigue qui, seul, est tiraillé entre amour et devoir découle de leur force intérieure soumise au principe de l’honneur plutôt qu’à une force rationnelle. Appartenant à la même classe, honneur et amour peuvent se fondre. Comme le monologue le montre, il ne peut y avoir aucune ingérence extérieure, aucune médiation. Nous sommes au 17ème siècle. Etant donné les codes sociaux en vigueur, l’idée de médiation semble impossible. Don Diègue utilise le sentiment fort d’honneur de son fils pour arriver à ses fins : il évoque la vengeance pour arriver à ses fins. Il pousse son fils à la vengeance en utilisant la pitié. N’est-il pas trop vieux pour se battre en duel. Une telle attitude est l’archétype de l’anti-médiation. Aucun recul n’est possible, puisqu’un protagoniste en remplace un autre au lieu d’avoir recourt à une tierce personne.

- Conflit central qui oppose Rodrigue et Chimène (stratégie et médiation du roi) Rodrigue veut venger son père, mais aussi épouser Chimène. Voila des désirs incompatibles. Don Gomez ne veut pas tuer Rodrigue, mais il ne veut pas perdre la face. Il rend hommage à la bravoure et au sens de l’honneur de Rodrigue mais, sûr de vaincre il exprime aussi sa pitié. Deux sentiments qui ne sont pas compatibles. De plus, il doit se battre pour être digne de l’estime de Comte Les deux personnages sont enfermés dans une logique binaire. Le tragique cornélien repose sur une problématique de l’affirmation de soi. Face à un dilemme (un choix impossible), né d’une situation sociale et historique et non de l’influence néfaste d’un destin, le héros doit, au prix d’une tension extrême de la volonté, s’engager totalement. Les liens affectifs sont brutalement mis en cause par ce conflit. Les tragédies cornéliennes se focalisent moins sur les êtres que sur les actes et leurs conséquences.

Ici les seuls témoins sont les spectateurs qui ne peuvent intervenir dans la pièce de théâtre. Les choses auraient pu être différentes dans la vraie vie, si on imagine deux belligérants, un témoin qui aurait joué le rôle d’arbitre, voire de médiateur. Mais revenons au duel, Rodrigue choisit l’honneur et tue Don Gomez en duel dans un endroit discret, sans contrôle ni cérémonial, sans la présence d’un ami pour vérifier la régularité du combat.

Mais c’est aussi pour rester digne de Chimène qu’il a tué son père. Ne pas le faire aurait été une lâcheté. Comment Chimène aurait-elle pu aimer un lâche ? (« tu n’as fait le devoir que d’un homme de bien ») : Chimène et Rodrigue déplorent ensemble leur destin.

Il part ensuite combattre les Maures et revient victorieux et couvert de gloire. Son père lui avait fait remarquer qu’une victoire sur l’ennemi serait le meilleur moyen d’obtenir le droit au pardon, de forcer Chimène au silence et peut-être de regagner son cœur.

Le roi va user d’un stratagème pour mettre Chimène à l’épreuve. Il lui fait croire que bien que victorieux, Rodrigue n’a pas survécu à ses blessures. Chimène blêmit, défaille mais se reprend aussitôt quand elle connait la vérité .Elle essaie de renier son amour et demande la tête de Rodrigue au roi. S’ensuit une scène où Chimène demande justice au roi. Chimène souligne l’atrocité du sang injustement versé lors de la mort de son père et lui rappelle la valeur de son père et en tant qu’orpheline, elle se met sous la tutelle du roi. Don Diègue détruit tous ses arguments. Don Gomez l’a privé de son honneur, ce qui signifie la mort pour un chevalier.

Ici nous sommes sur le chemin d’une médiation possible, le roi étant à l’écoute des partis. A la fin de la scène, le roi ne prend pas de décision immédiate. Il va tester les deux partis et essayer de leur faire entendre raison. Chimène reste sur sa position et obtient du roi un duel. Ce sera un duel entre Rodrigue et Don Sanche, lui aussi épris de Chimène. Elle promet d’épouser le vainqueur. On considérerait en effet que Dieu refusant par définition l’injustice, accorderait automatiquement la victoire à l’innocent et qu’il laissait mourir le coupable. Rodrigue veut courir à sa défaite, mais Chimène pour le détourner de son projet suicidaire multiplie les objections (« Sors vainqueur d’un combat dont Chimène est le prix »).
Quand Don Sanche revient, blessé, elle imagine que Rodrigue est mort et donne libre court à sa douleur. Elle s’estime alors le droit de clamer son amour. Son amour pour Rodrigue .Elle reconnait sa passion devant le roi et devant Don Diègue. En fait, Don Sanche lui annonce que Rodrigue est victorieux et lui a épargné la vie. Rodrigue victorieux reçoit la main de Chimène. Rodrigue qui ne souhaite pas contraindre Chimène à l’épouser la prie de décider de leur avenir. Celle-ci demande au roi un délai de convenance. Le roi a certes usé d’un stratagème mais, celui-ci a permis d’aboutir à la résolution du conflit. « Quand un roi commande, on lui doit d’obéir » : il a joué un rôle de médiateur.

En abandonnant le 17ème siècle et, en se transposant au 20ème siècle, on pourrait dire qu’il faut éviter toute précipitation, qu’il faut rester neutre pour laisser les protagonistes arriver à leur propre décision. Ce qui leur permettra de se l’approprier.

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