Le goût de la vie

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Le goût de la vie



Le goût de la vie ou Table pour trois au Québec (No Reservations) est un film américain réalisé par Scott Hicks, sorti le 12 septembre 2007 en France. Remake du film Chère Martha réalisé par Sandra Nettelbeck (2001). Avec Catherine Zeta-Jones, Aaron Eckhart, Abigail Breslin.

Lecture proposée par Typhaine Hoenner-Joinct- promotion CAP’M 2014-2015


Contexte

Un grand chef cuisinier (Kate) travaille dans un célèbre restaurant lorsque sa vie bascule.
Célibataire depuis des années, elle voue sa vie à son travail lorsque sa sœur décède dans un accident de voiture alors qu’elle venait chez elle. Sa nièce présente au moment de l’accident s’en sort indemne. Son père n’est pas connu, elle a toujours vécu seule avec sa mère.
Pour répondre au vœu de sa sœur, Kate décide d’assumer la garde de sa nièce (Zoé). Ce changement est non désiré et mal accueilli, ce qui peut déjà laisser présager des conflits.
Dans le même temps, son second en cuisine est enceinte.
Lors des jours de congés imposés par son employeur, un autre chef (Nick) sera embauché par la responsable du restaurant.


Regards sur les conflits

Dès les premières scènes, nous pouvons identifier un conflit entre le chef (Kate) et son employeur. En effet, cette dernière lui demande de venir en salle pour se faire remercier par des clients satisfaits et elle refuse, estimant que sa place est en cuisine. Kate suit une thérapie, à la demande de sa responsable, pour essayer de mieux gérer ses humeurs et son caractère, qui est selon son patron son seul point faible.
Il est donc possible d’identifier un fatalisme fonctionnel lorsque Kate refuse d’aller en salle car elle estime qu’elle « est comme cela », qu’ « elle n’a pas à avoir de relations avec la clientèle », car « elle ne sait pas faire ». Le second conflit identifiable est celui qui nait lors de la rencontre de Kate avec le nouveau second de cuisine. Elle n’est pas informée qu’il a été recruté et passe à l’improviste au restaurant pendant sa semaine de congés. Au moment où elle découvre « sa » cuisine, sa fenêtre d’humeur n’est pas ouverte en positif, car elle ne souhaitait pas avoir un autre chef et est surprise de l’apprendre de la sorte, d’autant plus que de l’ambiance qui règne dans la cuisine est radicalement différente, que lorsqu’elle y travaille. Lui, à l’inverse, est ravi de la découvrir et son ouverture est très positive. Cependant, sa bonne humeur ne l’emporte pas cette fois-ci.
Kate affirme à Nick, son second de cuisine, qu’elle ne veut pas de lui, qu’il veut lui prendre sa place (prêt d’intention), alors que lui affirme qu’il veut simplement travailler avec elle. Les contraintes sont bien présentes dans ce conflit car ils se doivent de travailler ensemble (même employeur) et Kate reste la responsable de la cuisine et donc de Nick. Lui considère que c’est un honneur de travailler avec elle. L’interprétation et le jugement de la part de Kate sont identifiables car elle juge qu’il n’a pas sa place ici, qu’il a travaillé dans des restaurants italiens uniquement (et donc pas à la hauteur de ce qu’elle exige) et qu’il devrait être son propre chef s’il est aussi bon qu’il le prétend. - Les trois éléments du conflit sont donc bien présents : prêts d’intention, contraintes et interprétations- . Cette dernière phrase de Kate envers Nick est un point d’accroche du conflit pour Nick, car il a beaucoup de remords de ne pas s’être lancé en tant que chef. Kate, elle, n’a pas confiance en elle et aux autres de part son sentiment d’insécurité (professionnelle, émotionnelle), et son manque d’estime (reconnaissance sur ce qu’elle fait pour sa nièce).
L’équilibre relationnel est donc impossible.
L’issue de ce conflit, géré dans l’adversité, est la fuite (abandon). Nick se soumet à la volonté de Kate de rester seule maitre de sa cuisine. Cependant, la patronne demande à ce qu’il reste et lui demande que ce soit uniquement à la demande de Kate (soumission à nouveau). La patronne joue ici le rôle d’arbitre en utilisant, pour la gestion du conflit, des arguments de types juridiques, c’est elle le patron donc elle décide) et techniques (il faut un chef pour remplacer celle qui est enceinte) et impose donc sa décision à Kate.
Les relations s’apaisent ensuite grâce, principalement, aux fenêtres d’humeur de Kate qui s’ouvrent de façon positive grâce à ce que Nick réussit à faire avec sa nièce (par exemple : la faire manger à nouveau). Nick lui, reste toujours ouvert. La méfiance (composée de PIC négatifs, de surenchère sur les 3 axes et sans plus de reconnaissance), qui était très présente fait peu à peu place à la méfiance puis à la confiance.
Le conflit suivant qui est lié aux idées novatrices de Nick, qui sont soutenues par la patronne. A ce moment-là, Kate lui fait les mêmes prêts d’intention que la première fois (prendre « sa » cuisine) Nick lui apprend alors que son poste lui a été proposé. C’est un point d’accroche très important pour Kate, car elle considère « sa » cuisine comme toute sa vie et elle est alors proie à un sentiment total d’insécurité (affective de par sa relation avec Nick) et se sent rejetée (sentiment d’appartenance au restaurant). Nick, lui, s’en va à nouveau pour ne plus revenir au restaurant, cette fois-ci, ce qui créera un nouveau conflit entre Kate et sa patronne le lendemain, pour identifier un remplaçant. La défiance, basée elle sur de la surenchère, des PIC positifs et négatifs ainsi qu’une reconnaissance altérée sur 1 ou 3 des axes de la qualité rationnelle, a repris le dessus. En parallèle de ces deux conflits : Nick/Kate ; Kate/ sa patronne ; il y a celui de Kate avec sa nièce (Zoé), qui, elle, est dans le deuil de sa mère. Kate dit ne pas « y arriver », alors que sa nièce la rassure malgré qu’elle lui dise qu’elle « souhaite sa mère » et que sa tante « subit la situation et ne voulait pas d’elle ». Kate, comme Zoé, son pleines de rancœurs. Sur ce dernier conflit, il est possible, encore plus que sur les deux autres, d’identifier les 3 aspects d’un conflit : le juridique (Kate doit prendre soin de sa nièce sinon, elle sera placée dans une famille d’accueil), le technique (comment faire garder Zoé sans l’emmener au restaurant, et l’émotionnel (affection et liens qui unissent ces membres d’une même famille, ainsi que le devoir de Kate envers sa sœur : prendre soin de sa fille).
Il n’y a pas de médiateur dans ce scénario, et le thérapeute de Kate ne peut pas jouer ce rôle.
En effet, bien qu’il soit neutre (vis-à-vis de la solution à trouver), et impartial (il n’est pas intéressé par les enjeux du conflit), il n’est pas indépendant (car « lié » uniquement à Kate). En effet, celui-ci n’est en relation qu’avec une des parties et n’entrera jamais en contact avec Nick, ni Zoé. Ce n’est pas son mandat de départ car Kate le consultait uniquement pour elle-même et bien en amont des changements qu’elle ne pouvait pas prévoir dans sa vie (accueil de sa nièce, relation avec Nick, et sentiment de remise en cause à son travail). Cependant, le thérapeute la fera réagir sur un point d’accroche qui est celui qu’elle renvoyait à Nick : le fait d’être son propre chef en cuisine. En effet, le thérapeute fera prendre conscience à Kate que bien qu’elle ait « sa »propre cuisine, elle est liée juridiquement à sa patronne.
Ainsi, lorsque Nick lui apprend qu’il a trouvé un poste à la hauteur de ce qu’elle lui avait conseillé, et il lui adresse un message de reconnaissance doté des trois composantes nécessaires : fait (« Tu m’as dit que si j’étais un si bon chef que je le prétendais, je devrais avoir ma propre cuisine »), conséquence (« je me suis mis à chercher », « j’ai trouvé un poste de chef »), ressenti (je suis satisfait d’aller à San Francisco pour ce nouveau poste), un sentiment d’insécurité reprend Kate, car elle sait que la conséquence va être leur séparation. Nick est lui dans une position délicate par rapport à ce changement car il était non désiré (volonté de travailler avec Kate), mais il l’accueille bien (car il a un sentiment de réussite). Elle a, à ce moment précis, des remords, voire de la rancune de ne pas s’être affirmée plus tôt vis-à-vis de Nick et de ses sentiments.
Ce sera finalement Kate qui ouvrira positivement ses fenêtres d’humeur à Nick (chez qui elles sont toujours positivement ouvertes, ce qui a déstabilisé Kate), afin de monter un projet de restaurant ensemble.
Dans ce projet, qui est entre l’aménagement de la relation (par rapport à son début) et la reprise de la relation (telle qu’elle était au milieu du film), l’équilibre émotionnel est possible car les PIC sont stabilisés : il n’y a plus de jugement (interprétations et interférences), plus de contraintes (car tous les 2 ont fait le choix de monter ce restaurant), ni de prêts d’intention puisqu’ils repartent ensemble et au même «  niveau » sur un projet commun désiré et bien accueilli. La reconnaissance sur les trois axes et les PIC positifs sont bel et bien revenus !

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