Le placard

De WikiMediation.

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Œuvre cinématographique : « Le placard » de Francis Weber, commenté par Nathalie Grillet


Ce film s’inscrit dans la saga Pignon (La chèvre, le Dîner de cons…) de Francis Weber. Il met en exergue les rapports humains dans l’entreprise du 21ème siècle.

Les personnages clés du film : François Pignon (Daniel Auteuil), comptable ; Melle Bertrand (Michèle Laroque), chef comptable ; Ariane (Armelle Deutsch), aide-comptable ; François Santini (Gérard Depardieu), Chef du personnel ; M.Kopel (Jean Rochefort), PDG ; Guillaume (Thierry Lhermitte), Directeur de la communication ; Jean Pierre Belone (Michel Aumont), le voisin de palier de Pignon ; Christine (Alexandra Van Dernoot), ex-femme de Pignon.

Sommaire

Synopsis

Pignon est un pauvre gars, malchanceux, affublé de tares. C’est un personnage à la fois tendre, complexé, maladroit, timide. Le personnage est sympathique, profondément gentil. Il est comptable dans une entreprise de préservatifs, divorcé et père d’un fils au lycée. Il vit seul dans son appartement. Il est licencié et l’apprend de manière fortuite. Une stratégie décidée par son voisin de palier Belone, permet à Pignon de conserver son emploi.

Ce film porte sur l’exclusion (perte d’emploi, exclusion d’un système) et met l’accent sur le changement : changer le regard des autres et le regard de Pignon sur lui- même.

Le regard du médiateur

Les ingrédients de la dynamique conflictuelle

Le parking d’une entreprise de préservatifs. Une petite Renault se gare, Pignon descend de la voiture. Pignon est un homme d'une quarantaine d'années, effacé, timide. La seule note un peu agressive du personnage est une cravate neuve, assez voyante. Deux de ses collègues rattrapent Pignon et le mettent gentiment en boîte.

PONCE « Oh, mais il a une belle cravate, Pignon ! »
ALBA « C'est pour la photo qu'il s'est fait beau comme ça ? »

Des gradins ont été dressés dans la cour pour une photo d'entreprise. Tous les employés de l'usine y ont pris place, formant une sorte de pyramide au sommet de laquelle trône Kopel, le P.D.G. Pignon se trouve sur la bordure droite de la pyramide. Malgré plusieurs tentatives du photographe pour que tout le monde rentre dans le cadre, Pignon ne s’insère pas et ne figure donc pas sur la photo. Le processus de rejet a démarré.

Après la photo, Pignon apprend son exclusion dans les toilettes lors d’une conversation entre le photographe et Santini le chef du personnel.

Santini : « C’est pas grave, il est viré le mois prochain »
Le photographe « Pauvre type »
Santini : « Non, c’est un con ».

Tout le monde est au courant y compris la chef comptable, sauf lui. Tous les mécanismes de non dit, de dissimulation, de mal dits sont présents.

Egaré, Pignon tente d’appeler son ex-femme pour trouver du réconfort. « Allo Christine ?... Franck ?... Vous êtes là ?... Allo ?.. ». Il laisse un message sur le répondeur, « Je suis viré, Christine, je serai chômeur le mois prochain... j'ai appris la nouvelle ce matin et ça m'aurait fait du bien de te parler ». Il est exclu là aussi de sa famille.

Il rentre chez lui et trouve un chaton sur son balcon, trait d’union avec son voisin Belone. Il se penche dangereusement depuis la balustrade de son balcon, prêt à sauter dans le vide. « Ne faites pas ça, vous allez bousiller ma voiture. Je suis garé sous votre fenêtre et vous allez me tomber dessus à tous les coups » dit Belone. Pignon, sans un mot, bat en retraite dans son appartement. Il referme la fenêtre, fait quelques pas dans le living, l'air perdu, puis se laisse glisser par terre et se met à pleurer, la tête dans les genoux.

Plus tard les deux hommes conversent et Pignon raconte son désarroi quant à sa vie, son licenciement. « Ma femme m'a quitté il y a deux ans et je l'aime toujours, j'ai un fils de quinze ans qui m'a complètement laissé tomber et j'ai perdu mon boulot qui était tout ce qui me restait, voilà, c'est passionnant, non ». Le rapport bourreau/victime est installé entre Pignon et les autres. Le fatalisme fonctionnel est complètement exprimé par Pignon qui adopte une attitude passive et dépressive. Belone décide de sauver Pignon.

Pignon « Je l'ai su par Santini, le chef du personnel... Ah, il doit être bien content que je sois viré, celui-là ! »
Belone « Pourquoi ? »
Pignon « Il m'a jamais aimé...C'est un gros con... Il m'a pété la clavicule » (référence au rugby). « Je l'aimais bien, cette boîte, j'y ai passé plus de vingt ans, je m'y plaisais… »
Belone « Il y a peut-être un moyen de les empêcher de vous licencier, laissez-moi y réfléchir »

Nous repérons dans cette première partie du film les ingrédients de la dynamique conflictuelle :

  • La soumission : Pignon est résolument soumis dès la prise de photo.
  • Le fatalisme fonctionnel : Pignon se persuade du désintérêt de sa vie et de sa personne.
  • Les interprétations : il subit les regards des autres et les interprétations de ses collègues.
  • Les jugements : Pignon se juge et juge les autres.
  • L’agressivité : de ses collègues à son égard (moqueries, exclusion…)
  • Le déséquilibre relationnel : les refus, les non dits, les manipulations dont il fait l’objet.
  • La métaphore de la grenouille : passivité fonctionnelle. Les autres décident pour lui.

Certains invariants sur la personne en conflit (Pignon) apparaissent :

  • Il a besoin qu’on reconnaisse son existence, son point de vue.
  • Il n'aime pas être contraint, il n'aime la négation de lui et le rejet dont il fait l’objet.
  • Pignon souhaite que les autres respectent ses valeurs, ses croyances, ses convictions, à commencer par son fils.
  • Pignon ne fait pas exprès d'avoir des habitudes : son fatalisme l’amène à des schémas de fonctionnement ancrés, une certaine relation maître-esclave avec lui-même et les autres.
  • Sa maladresse.
  • Pignon vit des écarts entre sa perception des choses et la réalité : il vit des écarts entre ce qu'il exprime, la manière dont il se perçoit et dont il est perçu par les autres.

Changer le regard des autres sur soi, changer le regard de soi sur (ou à) soi

Quelques jours plus tard, Belone rencontre de nouveau Pignon.

BELONE : « J’ai été psychologue d’entreprise dans le temps et je connais bien le monde du travail. Si vous voulez garder votre emploi, sortez du placard, avouez votre homosexualité ».
PIGNON : « Mais je ne suis pas homosexuel du tout ! »
BELONE : « Ca, on s'en fout, l'important, c'est que les autres le croient, et particulièrement votre patron » « Vous êtes chiant, terne physiquement, sans avenir et plutôt con, voilà, vous vous sentez mieux, non »
PIGNON (Il sourit) « Je ne me sens pas plus mal, en tous cas ».

Conclusion

Ce qui va changer à partir de cette stratégie, c’est le regard des autres sur Pignon et progressivement le regard de Pignon sur lui-même. Tout comme le médiateur, Belone accompagne Pignon dans son expression, le réfléchit et l’amène progressivement à sortir de son enfermement lié principalement à son fatalisme et à sa passivité fonctionnelle. Belone agit en médiateur engagé aux côtés de Pignon. Grâce à lui, Pignon apprend à réapprendre en surmontant les obstacles de ses croyances, de ses expériences antérieures, de ses peurs, de ses doutes, des jugements sur soi.

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