Le sagouin

De WikiMediation.

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Le sagouin de François Mauriac lu par Isabelle Valarcher

Sommaire

L’histoire

Le sagouin est un huis-clos familial et social se déroulant après la première guerre mondiale. Paule Meulière a épousé, à 26 ans, un homme malade, le baron Galéas de Cernés, avec l’intention d’appartenir à un monde interdit par ses origines. Guillaume (ou le sagouin), âgé de 12 ans est né d’une seule relation entre eux.

Cette nouvelle reprend les conflits vécus par les personnages et leurs issues.

Les conflits

La mère Paule a épousé Galéas par vengeance (« Elle n’avait jamais oublié…» ) et elle a très vite découvert que cela ne suffisait pas à la rendre heureuse. Elle ne s’est jamais intégrée dans cette famille et se reproche d’avoir cédé au mirage de la noblesse (« Avoir perdu sa vie pour ça ! ») tout en reportant sa rage (« une obsession ») sur les autres : son époux, son fils, sa belle-mère la baronne…

Au cours de la première année de son mariage, elle a réussi à apposer sa solitude à celle du jeune prêtre de Cernés. Mais suite aux interprétations et prêts d’intention, des rumeurs l’ont meurtrie pour toujours (« celle qui a eu une histoire avec le curé ») et l’ont conduite à être définitivement rejetée et à s’enfermer dans le malheur (« elle se débattait toute la nuit dans les ténèbres d’une fosse où elle-même s’était précipitée et d’où elle savait qu’elle ne remonterait pas »). Elle déteste son fils car il porte en lui le visage de son propre calvaire (« elle ne luttait plus contre ce dégoût »). Sa belle-mère, la baronne de Cernés, veuve et ayant perdu un fils aimé, est la seule à s’opposer frontalement à elle, en utilisant son fils Galéas et son petit-fils Guillaume. Pour elle, l’avenir de la famille ne repose pas sur leurs épaules.

Les rapports de force, teintés de lutte des classes, arrivent à leur paroxysme avec l’instituteur communiste et sa femme. Guillaume est un petit être innocent, abandonné par tous, élevé sans amour, jugé idiot et sale par manque d’attention. Il est laissé à son triste sort et ne reçoit aucune instruction du fait de sa différence qui est construite par son entourage. Sa mère, égocentrée et indifférente, décide tout de même de lui faire prendre des leçons chez l’instituteur Monsieur Robert BORDAS afin de s’opposer à la Baronne et combattre les sous-entendus rapportés.

Le déclencheur de la résolution : l’instituteur

La rencontre avec l’instituteur nous permet de découvrir la richesse de Guillaume (« il aurait dû s’émerveiller d’entendre cette voix fervente de l’enfant qui passait pour idiot »). Cet enfant grandit seul avec son imaginaire et ses lectures. Il découvre chez Monsieur BORDAS une sorte d’écoute ignorée jusqu’à présent. Cette écoute et ce nouvel univers familial lui font découvrir un monde inconnu où il se projette très rapidement, et découvre un peu la sensation du bonheur. Pourtant l’instituteur est enfermé dans ses croyances, ses certitudes, ses convictions. Il est dévoré par ses propres ambitions. Il n’a pas la disponibilité pour accueillir et accompagner l’enfant (« Il n’entendait l’enfant qu’à travers son propre tumulte… ») et, pour éviter tout conflit, il démissionne de sa fonction « qui institue l’humanité dans l’homme ». (« Il aurait pu, il aurait dû se réjouir de la tâche qui lui était assigné, du pouvoir qu’il détenait pour sauver ce petit être frémissant »).

Les issues

Dans cette adversité, les issues mises en œuvre sont la rébellion, la soumission et l’abandon.

La Baronne De Cernés, Paule, et la cuisinière s’affrontent au quotidien. L’instituteur délaisse Guillaume sous la pression de son épouse et en accord avec ses croyances, certitudes, convictions.

Dans un premier temps, Galéas de Cernés et Guillaume se sont résignés à leur sort, en s’évadant de temps à autres au cimetière pour le père, ou dans son propre monde pour le fils.

Dans un deuxième temps, ils abandonnent tout espoir de changement et se suicident, sans un mot, seuls dans leur souffrance mais ensemble dans la solution, et enfin délivrés…

Paule, la mère, quitte alors le château,  rejetée et malade, et, continue à se laisser dévorer par ses pensées « elle voulait boire le calice jusqu’à la dernière goutte … ».

La baronne de Cernés ne pleura pas la mort de son fils et de son petit-fils, elle termina ses jours, abandonnée par ceux entre les mains desquels elle avait placé l’avenir de la famille de Cernés.

L’instituteur, quant à lui, ne se pardonnera jamais de l’avoir «… rejeté comme ces chiots perdus que nous ne réchauffons qu’un instant ».

Points de réflexion

François Mauriac, buste dans le jardin public de Bordeaux

Nous retrouvons dans cette nouvelle les invariants des conflits. Leur résolution suit dans ce cas le processus de l’adversité.

Tous ces rapports de force conduisent les protagonistes à perdre encore plus que ce qu’ils avaient perdu.

Nous constatons également que l’instituteur n’a pas la posture du médiateur :

  • Il n’est pas à l’écoute totale de l’autre
  • Il est égocentré
  • Il est trop préoccupé par ses propres pensées

Dans cet état d’esprit, il est dans l’impossibilité d’aider à résoudre les conflits.

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